Depuis plusieurs mois je souhaitais mettre en ligne un des textes de la collection des Différentes descriptions des arts et métiers concernant la bourrellerie. Le document s’avérant indissociable de la sellerie j’ai donc choisi de reprendre l’intégralité de ces deux thèmes dans un seul et même article afin de ne pas dénaturer le travail de François Alexandre Pierre de Garsault.

ART DU BOURRELIER ET SELLIER.

AVANT-PROPOS.

AVANT de détailler cet art & les suivans, il parait indispensable de faire mention des objets pour lesquels ils se sont formés.
L’homme au commencement, contraint de labourer la terre pour en tirer son principal aliment, s’étant trouvé d’ailleurs avoir plus de desirs que de moyens de les exécuter, a heureusement découvert celui d’apprivoiser certains animaux beaucoup plus forts que lui, & de les associer à ses travaux : tels sont l’éléphant, le chameau, le cheval, le bœuf, le buffle, l’âne, la renne. Parmi ces quadrupedes domestiques, répandus dans les diverses parties de la terre, les uns se sont trouvés propres à porter des fardeaux, d’autres à tirer la charrue & les voitures chargées, & enfin plusieurs également capables de porter & de tirer.
L’éléphant, habitant de l’Asie, le plus grand des animaux à quatre pieds, porte des charges très-pesantes ; le chameau de l’Afrique, & dans l’Asie le dromadaire, autre espece de chameau, sont moins grands & proportionnellement moins forts ; le cheval, animal courageux & de grande ressource, qui se trouve presque par-tout, excepté au fond du nord, est capable non-seulement de porter hommes & fardeaux, comme les précédens, mais encore de les tirer, pourvu qu’ils soient proportionnés à sa force, qui, à la vérité, est bien inférieure aux deux premiers, mais bien plus liante.
Le bœuf, & en quelques contrées de l’Europe le buffle, autre espece de bœuf, animaux très-lents, dont la force est principalement dans le col, ne sont propres qu’au tirage. L’âne est très-fort pour sa petite taille ; il porte & tire : on a tenté de réunir par la génération sa vigueur avec celle du cheval, & on y a réussi ; de sorte que de l’accouplement de la jument avec l’âne, ou de l’ânesse avec le cheval, il provient un mulet, animal domestique plus grand & plus fort que l’âne, mais incapable d’engendrer. Le jumart, autre animal métis, provenant du taureau & de l’ânesse, ne fait que porter ; mais quoique petit, il est très-fort : il ne peut, comme le mulet, se perpétuer. Quant à la renne de Laponie, c’est une espece de cerf, habitant le fond du nord : il ne saurait tirer que des légers fardeaux, & ne porte point.
Pour se servir de tous ces animaux suivant leurs facultés, il a fallu, à l’égard de ceux qui portent, attacher solidement les charges sur leur dos, en observant en même tems l’équilibre nécessaire au soulagement de l’animal, & pour les bêtes de tirage, lier celles qui y sont propres, soit aux instrumens d’agriculture, soit aux voitures dans lesquelles se transportent toutes especes de denrées & de marchandises. Ce détail est du ressort du bourrelier-bâtier, & compose la partie de son art la plus étendue.
L’homme a voulu profiter pour lui-même, des avantages que lui offrent ces animaux, & a imaginé, pour se faire porter sur le dos principalement du cheval, une espece de siege au moyen duquel étant commodément assis, il le conduit où il veut sans se fatiguer ; de plus, afin de se servir aussi utilement des animaux qui tirent, il a construit des voitures à son usage particulier, accompagnées de toutes sortes de commodités. C’est dans ces deux points que consiste l’art du sellier : mais une voiture ne saurait servir, si elle n’est arrêtée & suspendue dans la place qu’elle doit occuper, & si les animaux destinés à la tirer ne sont revêtus des liens qui doivent les y attacher ; ce qui a donné lieu à plusieurs bourreliers de se livrer uniquement à cette derniere entreprise.
L’unique voiture des Français des deux sexes, jusqu’au regne de Charles VI, était le dos du cheval ou du mulet ; les rois, reines, princes, sujets, en un mot, tous n’en connaissaient point d’autre. Sous Charles VI parurent les litieres portées par deux chevaux : elles étaient découvertes & ne servaient qu’aux dames de la cour. Sur la fin du regne de François premier, les coches ou chars parurent ; l’usage en venait d’Italie : il n’y en eut alors que deux en France, l’un pour la reine, l’autre pour Diane, fille naturelle de Henri II ; & en 1588, sous Henri III, il n’y en avait qu’un dans Paris, qui était celui du premier président. Ils se multiplierent ensuite, mais en petite quantité, jusques vers la fin de la ligue, sous Henri IV, tems auquel les ayant changés de forme en quelques points, ils changerent aussi de nom, & furent appellés carrosses.(Il y a toute apparence que le terme de carrosse est dérivé du latin currus ou carius, qui signifient un char, & qu’il en est l’augmentatif, c’est-à-dire un gand char.) Les premiers étaient suspendus avec des cordes ou des courroies ; on y montait avec une échelle de fer. Le reste de leur description manque ; mais il est certain qu’ils étaient bien différens de ceux d’à présent.
Les bourreliers ont été érigés en corps de maîtrise, sous le regne de Charles VI, en 1403. Ce roi leur donna des statuts qui furent renouvellés en 1578 sous Henri III ; puis sous Louis XIV, en 1665 ; & sous Louis XV, en 1734. Leurs titres sont bourreliers bâtiers-hongrieurs. (Ils s’appellent hongrieurs, parce qu’ils ont le droit d’apprêter pour leur usage le cuir de Hongrie.)
Ils feront dossieres, avaloires, brides, têtieres, chaînes, mancelles, anneaux de cuir, traits, reculemens, &c. rênes & longes de cuir de Hongrie, chaînettes, courroies, fausses soupentes de marche-pied, fourreaux de soupente, couvertures de cuir, de toile, &c. sellettes de limonier, tout le harnois de tirage, bâts, panneaux, seaux de cuir pour les incendies, enjolivures de toute étoffe, licols, filets, cavessons, coutres de charrue, langes.
Les selliers ont leurs statuts sous Henri III, en 1577, confirmés en 1595 sous Henri IV, & en 1678 sous Louis XIV ; mais comme la plupart des ouvrages nommés dans leurs anciens statuts ne subsistent plus, ils ont été autorisés à changer leurs listes, en exprimant à la place des pieces anciennes, les modernes qui leur sont dévolues : leurs titres sont sellierslormiers, (Lormier est un vieux mot qui signifie ouvrier en petits ouvrages de fer, comme clous, anneaux, &c. Il parait par ce titre, que les selliers peuvent les forger pour leur usage.) carrossiers.
Ils feront selles de toute espece pour chevaux, haquenées, mulets, &c. cavessines, cavessons, bridons, filets, mastigadours, lunettes, mors, étriers, banderolles de timbales & leurs couvertures, banderolles de guidons, étendards, porte-mousquets, carabines, harnois de selle couverts : ils feront litieres, leurs selles & harnois à bras & bricoles ; coches, chars, chariots, carrosses, caleches garnies, bas de siege de cocher, troussequins, étuis, chars triomphans, chariots de pompe funebre, la grande couverture pendante, garniture de cercueil, caparaçons, crinieres : ils couvriront tous harnois, soupentes, chaînettes, courroies, coussinets de trousse, malles, porte-manteaux, coussinets de poste & leurs valisons, poches de cheval, coussinets, couvertures pour les chevaux, caparaçons, bâts français & leurs courroies, fourreaux de pistolets, chaperons, bourses, faux fourreaux & garniture d’iceux, housses, garnitures de chaises, placets, fourreaux d’arquebuse & leurs bourses, fourreaux de rondaches, casques, heaumes, épieux d’arbalètre & enjolivures.
Dans la description de ces arts, ainsi que de tous ceux où les ouvriers peuvent faire tant de choses, si l’on entreprenait de détailler & d’expliquer jusqu’à la derniere, le lecteur, au lieu d’acquérir de nouvelles connaissances, le trouverait très-souvent fatigué par la répétition des mêmes manœuvres : c’est donc de ces manœuvres qu’il est question de l’instruire, & non de les lui répéter. Ainsi on s’est attaché à décrire les pieces les plus composées de celles que chaque art exécute actuellement, & qui mettent l’ouvrier en état, en suivant les mêmes principes, non seulement de réussir sur toutes les autres pieces dont il est fait mention dans les statuts, mais encore à l’égard de ce qui pourrait se présenter de nouveau à chacun dans son art.
On divisera l’art du bourrelier en deux sections : la premiere, qui commencera au second chapitre, contiendra le bourrelier-bâtier : la seconde, le bourrelier-carrossier, qui sera suivi de l’art du sellier, précédé de l’arçonnier ; sur quoi il faut savoir que la manufacture des arçons est absolument de l’art des selliers, & qu’ainsi s’il y a des arçonniers, c’est que les selliers laissent faire leurs arçons de selles à des ouvriers qui travaillent le bois : ce qu’ils leur ont permis d’autant plus volontiers, que ce travail est étranger au reste de leur art, qui s’approche beaucoup plus de celui du tapissier.
On a obligation de la connaissance de ces arts à plusieurs habiles ouvriers & maîtres. On a été instruit pour le bourrelier-bâtier, chez M. Enfroy, rue des fossés S. Bernard, par lui-même, & par M. Agron, son ancien & premier garçon ; par M. Regnier, maître bourrelier-carrossier, rue S. Thomas, près la place S. Michel, pour tout ce qui regarde son art. L’art du sellier a été dicté par M. Begly, demeurant rue du Sépulcre ; & pour l’arçonnier, on s’est adressé, sur sa réputation, à M. Coulier, rue de Versailles, près la rue S. Victor.

L’ART DU BOURRELIER.

Chapitre premier

[accordion clicktoclose=true scroll=true][accordion-item title= »Instrumens, outils & matériaux des bourreliers en général. »]1. LE corps des bourreliers n’était qu’un, avant que les voitures pour la commodité des hommes eussent paru en France ; mais comme le travail, à raison de ces voitures, devenait plus délicat & exigeait une manœuvre particuliere qui s’éloignait beaucoup de la maniere ancienne, & pouvait occuper un homme tout entier, plusieurs maîtres s’y adonnerent uniquement, ce qui les sépara en deux branches ; & c’est pour les distinguer entr’eux, que ceux qui continuent leur travail primitif, conservent le nom de bourreliers-bâtiers, & que les autres sont appellés bourreliers-carrossiers. Ils se servent tous, en général, à peu près des mêmes instrumens, plus forts pour les bourreliers de gros harnois, plus fins pour ceux de harnois de carrosse. Les premiers en ont cependant quelques-uns qui leur sont nécessaires, & les derniers quelques autres dont les premiers ne se servent point. On les distinguera tous ici, en cotant en lettres romaines ceux qui sont communs à tous les deux ; les lettres italiques indiqueront ceux des bourreliers-bâtiers ; & les chiffres, ceux des bourreliers-carrossiers. Ceux qui sont sans chiffres, sont communs à plusieurs autres arts. Voici la liste générale, qui sera suivie de l’explication.
2. AA, le bat-à-bourre. A, la pince de bois. B, le marteau. C, le couteau-à-pied. DD, la serpette. E,E*, la rénette. F, G, le grand & petit emporte-piece. H, l’alêne à brédir. I, l’alêne à coudre. a, la forme. aa, le coin. bb, le maillet. cc, la fausse verge. dd, le faux garrot. b, la verge à enverger. c, l’aiguille à réguiller. d, le passe-corde. e, le serre-point. f, la broche à piquer. ee, le fer à bâtier. gg, l’aiguille à bâtier. 2, le serre-attache. 3, le poinçon. 4, le formoir. 5,g, le tire-bourre. 6,h, le rembourroir. L’épée. Le tire-pied. La manicle ou gant royal. Le rondin ou rondinet. La masse de fer. Le billot. L’étau. Plusieurs sortes de clous.
3. A,A, le bat-à-bourre est un instrument commun aux deux bourreliers, comme aux selliers, &c. Il est composé de planches posées horizontalement, de six à six pieds & demi de long, & large de trois pieds plus ou moins. A un des bouts de ce plancher est attachée une traverse a, percée de huit trous pendant deux empans ; on arrête dans ces trous huit petites cordes de six pieds de long, qu’on attache ensuite par l’autre bout à une seconde traverse b, qui ne tient pas au plancher : au milieu de celle-ci on fait entrer un manche de bois c, de deux pieds de long ou environ. Ces cordes sont attachées également distantes l’une de l’autre. Le nom de cette machine désigne son usage ; car elle est faite pour battre de la bourre. Voici comme on s’en sert. On commence, après avoir mis la bourre sur le plancher, par prendre deux baguettes, avec lesquelles, se mettant à genoux, on bat cette bourre pour la dégrossir ; ensuite prenant le manche du bat-à-bourre, & tendant les cordes, on en frappe la bourre jusqu’à ce qu’elle soit entièrement divisée & légere.
4. A, la pince de bois, sert aux deux : elle est composée de deux pieces de bois ; la plus longue aa, de trois pieds huit pouces de long & cinq pouces de large par un bout, allant toujours en diminuant jusqu’à l’autre bout qui sera celui d’en-bas ; on l’évuide à plat, commençant à un pied neuf pouces du bas, en lui donnant une forme un peu courbée : cette mâchoire est immobile. L’autre piece est une pareille mâchoire b, qui tient à charniere de bois c, où la premiere commence à se courber. Ces deux mâchoires fermées ne se touchent qu’au haut de leur largeur : celle-ci s’ouvre & se ferme sur la premiere. Quand l’ouvrier veut s’en servir, il la fait passer par-dessous la cuisse droite en biais jusqu’à terre, appuyant sa mâchoire immobile sur la cuisse gauche ; il place ensuite les peaux qu’il veut coudre ensemble, entre les deux mâchoires, & il les contient en appuyant la cuisse droite sur la mâchoire mobile ; alors il se met à coudre en perçant les deux peaux avec l’alêne : puis passant dans le trou les deux aiguilles en sens contraire si c’est un bourrelier-bâtier, ou les deux soies si c’est un bourrelier-carrossier ou un sellier ; il tire l’aiguillée qui les suit jusqu’à ce que le point soit serré.
B, est la forme du marteau des bourreliers-sellier, &c.
C, le couteau à pied : il sert aux deux, ainsi qu’aux selliers, aux cordonniers, &c. pour couper le cuir.
D, la serpette : les deux bourreliers s’en servent à couper le cuir en long & en venant à soi, comme le couteau à pied, en avançant.
E, la rénette sert aux deux à faire des traces sur les courroies, en entamant la superficie du cuir ; celle marquée E est simple : elle appartient au bourrelier-bâtier ; E* est à double branche, c’est celle du bourrelier-carrossier.
F, le grand, G le petit emporte-pieces. Ils servent aux deux à faire les trous aux courroies pour y passer les ardillons des boucles.
H, l’alêne à brédir sert aux deux à percer les fentes au travers desquelles ils passent la laniere de cuir avec laquelle ils brédissent.
I, l’alêne à coudre sert aux deux à percer les trous pour les coutures à joindre des bourreliers-bâtiers, & pour les coutures piquées des bourreliers-carrossiers.
a, la forme ne sert qu’aux bourreliers-bâtiers : elle est composée de deux gros morceaux de bois d’orme de trois pieds de haut chacun, coupé-plat sur son épaisseur du haut en bas, ainsi qu’à sa surface supérieure, où il a six pouces de large ; ils s’élargissent ensuite en tous sens dans leur longueur jusqu’en bas, où ils ont treize pouces d’épaisseur : le dos de chacun est arrondi différemment : l’un en se rétrécissant par les côtés, se termine en portion de cercle ; c’est celui coté u : l’autre, coté x, se rétrécissant davantage, forme une arête un peu arrondie. On se sert de cet instrument pour mettre les colliers en forme, comme il sera expliqué ci-après. Pour cet effet on approche les superficies plates l’une de l’autre ; on fait entrer le collier par-dessus la forme ainsi disposée ; & à l’aide du coin aa, qu’on fait entrer entre-deux à grands coups du maillet bb, on l’oblige à s’étendre & à se former : la fausse-verge cc, qui est de cuir, laquelle se met à un bout du collier, & le faux-garrot dd, de bois, aident encore à cette opération.
bb, la verge à enverger sert aux mêmes ; c’est une tringle de fer d’environ quatre pieds & demi de long ayant un bouton à un de ses bouts, & l’autre bout applati & un peu échancré à son extrémité : elle sert à pousser la paille dans la verge du collier.
c, l’aiguille à réguiller ne sert qu’aux précédens : elle est un peu recourbée, & sert à faire les grands points de ficelle qui rapprochent la tête du collier.
d, le passe-corde sert aux mêmes à enfiler la ficelle pour la passer où on veut qu’elle traverse.
e, le serre-point sert aux mêmes à prendre & entortiller la ficelle pour avoir plus de force à en serrer les points : il est de bois.
f, la broche à piquer sert aux mêmes pour faire tenir & incorporer, pour ainsi dire, la bourre dans la paille, quand on en met par-dessus un empaillement.
ee, le fer à bâtier sert aux mêmes : il est pointu par un bout, plat & quarré par l’autre : il sert à rembourrer les bâts de mulet.
gg, l’aiguille à bâtier sert aux mêmes à passer la ficelle au travers de la rembourrure des bâts de mulet.
2, le serre-attache ne sert qu’aux bourreliers-carrossiers à serrer leurs brédissures & attaches de cuir : il est de bois.
3, le poinçon ne sert qu’aux mêmes pour monter & démonter les voitures.
4, le formoir de même : il est de fer garni au bout d’une petite roulette sur l’épaisseur.
5, g, le tire-bourre : il sert aux deux ; mais quoique son usage soit le même pour chacun, le tire-bourre 5 des carrossiers & le tire-bourre g des bâtiers sont de forme différente ; celui des carrossiers est contourné en S, & celui des bâtiers est plus long, tout droit & recourbé seulement par le bout. Leur usage est de retirer la bourre des endroits d’où on veut l’ôter.
6, h, le rembourroir sert aux deux : il est dans le cas du précédent pour la forme & pour la matiere ; car celui des carrossiers 6, est de bois un peu contourné, & celui des bâtiers est de fer, tout droit, applati, échancré par le bout, & emmanché : ils servent tous deux à pousser & enfoncer la bourre.
5. ON a jugé qu’il était inutile de donner les figures des instrumens suivans, trop connus pour les décrire ici : on renvoie à l’Art du cordonnier pour le tire-pied & la manicle : on dira seulement que le tire-pied ne sert qu’aux bâtiers ; que la manicle, moins large que celle des cordonniers, sert aux deux, & qu’ils l’appellent le gant royal, pour l’ennoblir par le terme. L’épée n’est autre chose qu’un bout d’épée d’un pied de long, emmanché dans un manche de bois ordinaire : elle ne sert qu’aux bâtiers, principalement à percer la verge pour y passer les boutons. Le rondinet est un bout de manche à balai, long d’un pied ; qui sert aux bâtiers à pousser la bourre dans le collier & à la battre par-dessus pour l’arranger. Le billot sert aux mêmes à battre & corroyer le cuir avec la masse de fer ; l’étau à tirer le cuir, pour l’alonger. Les mêmes se servent de plusieurs sortes de clous, entr’autres de broquettes, de clous de quatre, d’un pouce & demi de long ; de clous de six, de deux pouces ; de clous à lattes, &c.
6. LES deux bourreliers ont toujours au milieu de la boutique une table quarrée d’environ deux pieds de large, entourée d’un rebord de quatre doigts de haut : ils la nomment le veilloir, parce qu’elle leur sert toute l’année. Ils se placent sur des tabourets autour du veilloir pour travailler, & mettent dessus les outils dont ils ont besoin, à mesure qu’ils s’en sont servis. On verra dans la suite des chapitres mettre tous ces outils en œuvre.
7. Matériaux. LES matériaux que les bourreliers en général emploient sont les cuirs, les peaux tannées, les peaux passées en poil, la toile, la bourre de bœuf, de veau & celle de mouton qu’ils nomment bourre blanche ; le crin, la laine en écheveau de toutes couleurs, le fil gros, la ficelle en deux brins, le fil blanc & de couleur, la paille de seigle.
8. LE cuir de Hongrie est du cuir de bœuf préparé en blanc : il s’en fait aussi de cheval, mais bien inférieur en bonté ; il est même défendu aux bourreliers-carrossiers par leurs statuts, de s’en servir en soûpentes. Le cuir de Hongrie ne se débite qu’en demi-peaux, qu’on nomme bandes. On appelle cuir d’Allemagne, le cuir de vache préparé comme le précédent. Le cuir d’Angleterre est de bœuf ou de vache, apprêté en couleur fauve : il est à grain ou lissé. Le cuir de bœuf noir lissé. Le cuir marroquiné de vache, veau, mouton, & le marroquin. La peau de mouton tannée ou basane jaune. La peau de mouton blanche. La peau ou toison de mouton. La peau de cochon tannée. La peau de castor tannée. La peau de veau, de blereau, de sanglier en poil. Voyez le Tanneur, le Corroyeur, le Mégissier, le Marroquinier, & le Chamoiseur, par M. de la Lande, de l’académie des sciences.[/accordion-item]Bourrelier - Pl.I.

PREMIERE SECTION.

DU BOURRELIER-BÂTIER

CHAPITRE II.

[accordion-item title= »De la coupe du cuir ; les mesures, les coutures, les nœuds & les ouvrages en général du bourrelier-bâtier. »]9. DANS cet art, on ne saurait donner de regles certaines pour la coupe du cuir ; on dira seulement que le dos de l’animal est toujours le plus fort, quoique le côté du ventre soit quelquefois plus épais : du reste on examinera la peau, & on verra ce qu’on peut en tirer du fort & du faible, suivant les pieces qu’on doit exécuter, afin que le tout puisse servir, soit à une chose, soit à une autre. Cette connaissance est dans le cas de celles qui s’acquierent plutôt par la pratique que par la théorie.
10. LES bourreliers ne mesurent que par empans pour les longueurs, & par travers de doigt pour les largeurs. Un empan est huit pouces de long : ils s’accoutument à faire avec la main étendue la valeur d’un empan, en mettant le pouce en-arriere & les doigts en-avant, jusqu’à ce que depuis le pouce jusqu’au bout du second doigt ainsi étendus, il se trouve huit pouces ou environ ; & pour continuer cette marche, ils apportent le pouce où était le second doigt, & ainsi de suite en avançant jusqu’à la fin de la mesure. Ils ne s’assujettissent pas, comme on voit, à la précision géométrique, de laquelle leurs ouvrages n’ont pas un besoin absolu ; cependant l’habitude fait qu’ils ne s’en éloignent guere.
11. POUR assembler toutes les pieces d’un harnois quelconque, afin de le rendre complet & prêt à servir, il faut d’abord tailler tous les cuirs, pour ensuite les lier l’un à l’autre par différens points de couture, ou par des nœuds & des attaches de diverses façons, suivant les places & l’effet que chaque espece de lien doit produire. Or comme toutes ces manœuvres font partie de la construction des harnois, & qu’on répétera plusieurs fois leurs noms dans l’explication qui va suivre, il vaut mieux, afin de retrouver plus aisément leurs descriptions & procédés, les transporter dans ce chapitre, que de les répandre à mesure dans le courant du discours.
12. LES bourreliers-bâtiers se servent d’aiguilles, & jamais de soie de sanglier ; ils different en cela de leurs confreres les bourreliers-carrossiers, qui n’emploient pour leurs coutures que des soies de sanglier au lieu d’aiguilles, comme on le verra ; on réserve alors la maniere dont ils s’y prennent pour lier ces soies à leurs aiguillées, quand on les traitera à la suite de ceux-ci. Tous les deux se servent de fil gros ; mais les bâtiers l’enfilent dans de véritables aiguilles, ou dans des carrelets. Outre le fil gros, ils emploient encore de la ficelle plus ou moins grosse, mais toujours cordée en deux brins : ils cousent aussi avec de la laniere de vache & de mouton blanc ou rouge ; c’est ce qu’ils appellent de la couture.
13. ILS éfilochent leur fil gros & leurs ficelles par les bouts, & leur font faire la pointe pour les enfiler dans les aiguilles : ils les poissent, ou ils s’en servent sans les poisser, suivant les cas. Lorsqu’ils veulent poisser, si c’est du fil gros, après en avoir assemblé plus ou moins de brins suivant la grosseur de l’aiguillée qu’ils veulent faire, & en avoir éfiloché & retordu les deux bouts sur le genou, ils prennent de la poix noire, & tendant le fil au crochet, ils l’en frottent d’un bout à l’autre, ajoutant à mesure un peu de suif qu’ils prennent au bout du doigt pour rendre cet enduit plus coulant. Ils poissent la ficelle de la même maniere. A l’égard des lanieres ; qu’ils nomment de la couture, ils en taillent les bouts en pointe alongée, laquelle leur tient lieu d’aiguille pour traverser les trous qu’ils font avec l’alêne.
14. ILS ont plusieurs sortes de coutures, les unes ordinaires, comme à surjet, à point devant, &c. & d’autres qui leur sont plus particulieres, comme celle qu’ils nomment couture à joindre, la même que leurs confreres les bourreliers-carrossiers appellent couture piquée, & semblables, à quelques petites différences près, aux coutures que les cordonniers nomment coutures lacées. L’aiguillée de ceux-ci étant enfilée, comme on a déjà dit, dans une aiguille à chaque bout, ils commencent par s’armer du gant royal, & posant les deux cuirs qu’ils veulent joindre sous la pince, ils passent d’abord la moitié de l’aiguillée au travers le premier trou d’alêne ; puis ayant percé un second trou plus ou moins près du premier, ils y font passer toujours l’aiguille à main droite la premiere, & la gauche en-deçà : ils continuent de même jusqu’à la fin de la couture, en serrant chaque point. Cette couture leur sert à joindre ensemble deux cuirs le long de leurs bords. Lorsqu’ils veulent joindre avec une seule aiguille, la passant successivement dans les trous de l’alêne, ils nomment cette couture une couture à demi-jonction.
15. La brédissure est une autre espece de couture qui ne se fait jamais qu’avec de la laniere de cuir ; elle est destinée à contenir dans l’espece d’anneau de cuir qu’elle occasionne, une boucle, un anneau de fer, un cuir traversant, &c. On commence par plier le bout du cuir autour de ce qu’on veut qu’il contienne ; car la brédissure ne se fait jamais qu’aux bouts des cuirs du sens de leur largeur ; on les y replie sur eux-mêmes ; le cuir redoublé, on perce les deux doubles avec l’alêne à brédir, puis on passe de la couture dans la fente : on continue toujours ainsi. La laniere ou couture, en allant d’un trou à l’autre, doit tourner l’épaisseur des deux cuirs en-dehors. La brédissure ne passe guere le nombre de quatre points de chaque côté. On finit ordinairement par un point supérieur dans le milieu des cuirs ; & quand les deux derniers points qui se regardent sont suffisamment éloignés l’un de l’autre, on met souvent un point quarré dans l’intervalle. Cette brédissure se fait de deux façons. L’une est la brédissure ordinaire ; l’autre est celle par laquelle les fentes étant moins proches l’une de l’autre, courent moins le risque de se communiquer.
16. Le point de billot est une espece de brédissure qui se fait toujours comme la précédente avec de la couture ; mais celle-ci s’exécute au milieu de plusieurs cuirs qu’elle traverse pour les serrer plus fort l’un contre l’autre : on la nomme point de billot, parce qu’elle se fait toujours aux billots du collier : on verra sa disposition dans les planches.
17. La rentraiture est une couture à demi-jonction, faite par du fil ou de la ficelle ; elle se fait à points devant, en perçant avec l’alêne des trous également distans, dans lesquels on fait passer successivement l’aiguille : cette couture peut se serrer en tirant avec la main tous les points de dessus.
18. Appointer est enfoncer l’aiguille en perçant deux cuirs qu’on veut joindre ensuite par les bords, la ressortir à côté, nouer le fil & couper : ces appointures se font de distance en distance, pour joindre des pieces qu’on doit coudre ensuite, afin qu’elles ne se dérangent pas en cousant ; on les enleve à mesure qu’on les rencontre. Ils font aussi plusieurs nœuds différens, suivant que les places l’exigent ; savoir, le nœud droit, le nœud plat ou de coupliere, le nœud croisé ou patte d’oie, le nœud quarré ; ils se font tous avec la laniere de cuir.
19. Le nœud droit n’est autre chose que le nœud ordinaire redoublé par un second nœud serré sur le premier à contre-sens ; la fig. A, pl. VI, en fait voir l’apparence.
20. Le nœud plat ou de coupliere, se fait de la laniere même, quand on s’en sert pour approcher deux pieces l’une de l’autre ; on l’emploie pour tenir ensemble les attelles d’un collier ; alors la laniere ainsi nouée se nomme une coupliere, pl. VI, fig. I. Ayant redoublé la laniere sur elle-même, faites une fente a ; faites passer dans la fente le double b en c ; remontez par-derriere en d ; ramenez en-devant le bout e par-dessus c : voilà le nœud simple. Pour le faire double, fig. 2, faites passer le bout e par-derriere, de g en f, d’où vous le ferez revenir par-devant, passer par-dessous g, & serrer. La fig. 3 fait voir ce qui paraît à l’envers de ce nœud double.
21. Le nœud croisé ou patte d’oie, se fait pour attacher l’un sur l’autre plusieurs cuirs larges, pl. VI, fig. 4 ; passez en a dans la fente de l’alêne la laniere eh, à laquelle vous aurez fait une fente en e ; relevez-la à l’envers (lignes ponctuées) c’est-à-dire, derriere les cuirs en b. Son chemin est marqué par deux lignes ponctuées : passez-la en-devant dans la fente b, & vous la menerez par-dessus a, e, dans la fente c ; puis vous la releverez par-derriere (lignes ponctuées) pour la ramener en-devant au travers de la fente d, fig. 5 ; passez le bout h de d en h, au travers de la fente e, par-dessous & par-dessus jusqu’en f ; puis la faisant passer entr’elle & les cuirs de f en g vous en ramenerez le bout h par-dessous f.
22. Le nœud quarré. CE nœud se fait pour joindre deux portions de courroies ou de lanieres ensemble ; on s’en sert principalement aux harnois des mulets fig. 6 ; pliez le bout a en 1 ; passez le bout b par-devant 1 en 2, fig. 7 ; relevez le bout a par-dessus le bout b 2 en 3. Côtoyant 1, fig. 8, relevez le bout b par-dessus le bout a en 4, le passant au travers du pli 1.
23. La gance de mulet. ON ne construit guere cette espece de gance qu’aux harnois de mulet ; elle se fait en ficelle à peu près comme un des côtés d’une boutonniere d’habit : on la commence par six ou sept points coulés aa, fig. 9, qu’on croise l’un sur l’autre par le milieu de leurs longueurs. Comme ces points ne tiennent à l’étoffe que par les deux bouts, on leur donne plus ou moins de longueur, suivant celle qu’on veut donner à la gance ; on les renferme ensuite à points noués qu’on fait avec la même ficelle. Ladite fig. 9 en montre l’apparence.
24. LE bourrelier-bâtier fait à neuf les harnois des chevaux de charrette, les panneaux pour différens usages, les bâts des chevaux de somme ordinaires, & pour la guerre, tout l’équipage de guerre du mulet, le collier & bât d’âne, l’équipage des chevaux de coches & de fourgons, les torches ou bâtines, les colliers des chevaux de brancards, &c.
25. PARMI les raccommodages, il y en a un entr’autres, auquel les bourreliers donnent un nom particulier, peut-être à cause qu’il arrive fréquemment. Le collier du cheval de charrette est sujet à s’user bien plus tôt à l’endroit du poitrail qu’ailleurs, parce que l’usage des charretiers est de mener leurs chevaux à l’abreuvoir en les dételant, & avant de les déharnacher ; & comme le bas du collier trempe chaque fois dans l’eau, il se pourrit : ce qui oblige à y remettre des pieces neuves. C’est ce que les bourreliers appellent mettre une enfonçure au collier.[/accordion-item]Bourrelier. Pl. VI.

CHAPITRE III.

[accordion-item title= »Le harnois des chevaux de charrette. »]26. LES chevaux de charrette sont, à proprement parler, les chevaux de force & de peine ; aussi les gros chevaux entiers sont préférables à tous autres. Cela étant, leurs harnois doivent être de résistance & très-solides. Aux voitures à deux roues, comme charrette, haquet, tombereau, &c. on ne les attele jamais  qu’un à un l’un devant l’autre. Celui qui tient immédiatement à la voiture, placé entre ses limons, a un harnois plus composé, parce qu’indépendamment du tirage, il a à supporter partie du poids de la voiture ; tous les autres ne faisant que tirer, en ont un bien plus simple. Celui qui est dans les limons, se nomme le limonnier, pl. IX, fig. A, a ; celui qui le précede immédiatement, le chevillier b ; le troisieme, le cheval de faute quand il y en a un quatrieme avant lui ; sinon, il s’appelle le cheval de devant c. On peut en atteler tant qu’on veut ; mais passé cinq, il faut un second chartier. Il s’agit maintenant d’expliquer la bride & le collier, qui sont le harnois de l’avant-main de tout cheval de charrette ; après quoi on détaillera le reste de celui du limonnier, & ensuite des chevaux de devant ; le licol qui est proprement le harnois de tête du cheval à l’écurie, terminera l’article IV de ce chapitre.[/accordion-item]Bourrelier. Pl. IX.

ARTICLE PREMIER

[accordion-item title= »La Bride. »]27. LA bride est composée de la têtiere, du fronteau, des montans, des aboutoires, du cache-nez, de la sous-gorge, du mors & des rênes. Pour construire la bride, pl. IV, fig. 1, on a un mors 2, rond, de buis, de sept pouces un quart de long, large dans son milieu de deux pouces de circonférence, & renflé aux bouts d’un quart de pouce de plus, au travers desquels est passé un anneau de fer. Ces mors viennent de province & se vendent chez les quincailliers. Pour faire les montans 3, coupez des bandes de cuir blanc, larges d’un pouce ; appliquez-les en deux l’une sur l’autre, passez-les dans l’anneau du mors ; repliez-les ensuite sur elles-mêmes, ce qui fera quatre cuirs : le montant gauche doit avoir de longueur trois empans & demi, parce qu’après avoir passé sur la tête, où on le nomme la têtiere, il doit se boucler au montant droit fait également de quatre cuirs, mais qui n’aura qu’un empan & demi de long. Le montant gauche arrivé avec ses quatre cuirs à un empan au-dessus du mors, vers le lieu où seront posées par la suite les aboutoires, vous l’appointerez avec des clous, & vous commencerez à le diminuer d’épaisseur avec le couteau à pied, en supprimant d’abord un des cuirs intérieurs ; vous en ôterez de la même maniere encore deux en montant de distance en distance ; il ne restera plus que le cuir extérieur seul qui doit passer sur la tête. Il faut, en exécutant ceci, amener toujours en mourant les cuirs intérieurs à mesure qu’on les retranche, de façon que la dégradation soit imperceptible. Ce montant gauche, après avoir passé sur la tête, doit descendre de l’autre côté pour se boucler au montant droit fait également de quatre cuirs, qui s’appelle le court montant, lequel sera terminé par la boucle qui recevra ledit montant droit. Quelques-uns veulent des porte-mors de cuirs simples attachés aux montans, & pointent quelques clous le long des bords desdits montans pour les tenir en place.
28. COUSEZ ensuite les cuirs de chaque montant par deux coutures à joindre le long des bords ; vous ôterez les clous à mesure que votre couture avancera ; continuez au montant gauche, jusqu’à ce que vous soyez arrivé au-dessus de la tête ou têtiere ; cousez de même le court montant, & attachez sa boucle ; battez-les sur le billot avec la masse pour les corroyer & unir ; surtaillez-les ensuite avec les ciseaux, c’est-à-dire, égalisez-en les bords ; cousez avec de la laniere de cuir le cache-nez 4 à l’un & à l’autre montant à un pouce au-dessus de l’anneau du mors, & les aboutoires 5 de même sous chacun à huit pouces dudit anneau : chacune de ces trois pieces sera de deux cuirs cousus ensemble. Cousez ensuite le fronteau au-dessous de l’oreille ; le fronteau 6 & la sous-gorge 7 sont de la même piece ; mais le fronteau aura deux cuirs, & la sous-gorge un seul : le bout du fronteau à droite doit dépasser le montant ; vous le fendrez en forme de boutonniere, pour y boutonner le bout de la sous-gorge, auquel vous ferez un bouton de cuir roulé ; vous attacherez deux petites lanieres ou lacets de cuir du haut de chaque aboutoire, au milieu du fronteau, pour assurer les aboutoires en leurs places.
29. VOILA la bride toute simple ; il faut être bien indigent pour se contenter de cette grossiere simplicité : presque tous y desirent plus ou moins d’ornemens. On renvoie pour ce détail à l’article cinquieme ci-dessous, où l’on verra tout ce qu’on a coutume d’ajouter aux harnois des chevaux de charrette pour les parer.
30. ON brédit aux anneaux du mors les deux branches d’une rêne 8, de cinq empans, qui doit être fendue jusqu’au cinquieme empan.[/accordion-item]Bourrelier. Pl. IV.

ARTICLE II.

[accordion-item title= »Le collier. »]31. Ce n’est pas la chose la plus simple que la taille du collier d’un cheval de charrette ; elle est au contraire tellement compliquée, & d’un détail si embarrassé, qu’il n’a pas été possible de la traiter ici sans multiplier les figures, afin de conduire cette coupe jusqu’à son dernier terme : en voici la raison. Il faut que sans aucune base solide sur laquelle on puisse se régler, ayant étendu sur une table une peau de mouton tannée, on parvienne à composer une espece de long sac irrégulier dans sa largeur, mais qui ait toutes les proportions requises. Lorsqu’après l’avoir rempli de paille & de bourre, on l’aura accollé par les deux bouts, cette premiere peau n’étant jamais suffisante, on y ajoute des morceaux ; on coud le tout ensemble, excepté les deux bouts qu’on laisse ouverts ; on retourne ce sac, on le remplit de paille & de bourre, comme il vient d’être dit ; on attache les deux bouts l’un contre l’autre, ce qui lui donne l’apparence d’un ovale à jour, quand ensuite on l’a mis dans la forme. Ceci n’étant qu’un extrait succinct de l’opération, on va entrer dans le détail.
I. Prenez une peau de mouton tannée, autrement basane jaune A, trempez-la dans un seau d’eau pour la ramollir & la rendre flexible ; tordez & égouttez l’eau, étendez la peau sur la table, la chair en-dessous.
II. Pliez-la exactement sur elle-même par la moitié le long du dos, la fleur en-dedans bb ; pliez le col c le long de l’arête du dos jusqu’à la ligne ponctuée, qui marque ici l’endroit de ce pli ; dépliez sur-le-champ, la marque du pli restera. Vers le milieu de la trace que ce dernier pli a laissée, est marqué ici dans la ligne ponctuée un gros point d, qui désigne une marque que vous ferez avec le dos de vos ciseaux.
III. Pliez en biais environ les deux tiers du dos, côté du col par-dessus, la peau jusqu’à la susdite marque d, & le tiers restant du côté de la queue pareillement, ce qui vous donnera deux triangles a, b. Le petit triangle b, de quelque grandeur que soit la peau, ne doit jamais avoir plus d’un empan de long : remettez votre peau dans sa premiere situation II, bb.
IV. Renversez le col b, par-dessus le commencement du dos depuis la marque d ; il emmenera avec lui une partie du poitrail de l’animal, & les jambes de devant, le tout en double ; faites une trace le long de la ligne du col avec le dos des ciseaux de c en d ; coupez le long de la trace une portion desdites parties qui est celle du poitrail.
V. Coupez de même l’autre portion du poitrail qui est le double de la précédente, une portion double qui est celle des jambes de devant étant restée en-bas ; faites une trace avec le dos des ciseaux en biais depuis d jusqu’en e ; appuyez ferme pour qu’elle se marque sur le double qui est dessous.
VI. Retournez la partie sur laquelle vous venez de faire la trace, & coupez celle de dessous le long de l’impression que la trace de dessus vient de faire jusqu’en d ; alors toutes les parties coupées ci-devant depuis IV, tenant à cette derniere ooo, seront totalement séparées du corps du collier, & ôtées comme superflues. Pliez en-dessous la petite piece de dessus a, que vous avez tracée sans la couper, jusqu’à ce qu’elle rencontre le bord de celle de dessous ; vous les appointerez ensemble en deux endroits, le col n’ayant pas quitté sa place pendant toutes ces opérations : dédoublez-le sans le déplacer b ; appointez-le sur le corps en deux endroits marqués par deux points.
VII. Refaites vos plis en biais, comme ils étaient n°. III, & avec un fil, une ficelle, &c. vous prendrez en ligne droite, depuis le bout supérieur du grand triangle, la longueur jusqu’au pareil bout du petit triangle, c’est-à-dire, de a en b ; pliez ensuite votre mesure en deux, & vous la porterez ainsi du haut des deux plis au bas du ventre de la peau de c en d. Si cette derniere mesure dépasse la peau, vous y ajouterez des pieces pour remplir les vuides.
VIII. Coupez le bas du grand triangle en a, ce qui vous défera du col ; coupez de la même direction le bord double du ventre jusqu’au bout b des jambes de derriere ; mais vous commencerez cette derniere coupe à un pouce au-dessus de celle du bas du grand triangle en a ; vous couperez aussi en pointe alongée le bout du petit triangle du côté de la queue en c : puis relevant cette pointe vous marquerez sur le corps une trace circulaire qui ira se terminer en b, & tout de suite vous couperez tout le derriere le long de cette trace ; puis vous fendrez toute l’arête du dos, en coupant les plis d’en-bas du grand & du petit triangle dd, d’un bout à l’autre ; appointez chacun avec le corps à quelque distance de la rondeur e. (Les bourreliers nomment la rondeur, l’inflexion qui se fait à la pointe des deux triangles.) Vous plisserez cette petite rondeur avec quelques points d’aiguille : vous ferez une belle rondeur ; c’est, en terme de bourrelier, arrondir cet endroit en douceur & avec grace. Comme chaque triangle est double, & qu’ils sont repliés sur le corps qui est pareillement double, l’espace qu’occupent les triangles est quadruple ; & comme il est nécessaire que tout le reste le soit aussi, vous prendrez deux morceaux de pareille peau qui puissent, étant l’un sur l’autre, couvrir tout ce qui n’est que double, & au-delà : on les nomme le fourniment A. Vous les taillerez de façon que non-seulement ils couvrent le corps, mais qu’ils le dépassent par-derriere de quatorze pouces ou environ, formant un triangle avancé, dont le haut descende de la pointe alongée c du petit triangle, & dont le bas se releve un peu depuis les jambes de derriere b. Le fourniment est marqué A. Il s’agit maintenant de coudre pour joindre toutes les pieces. On fait quatre coutures à joindre ; savoir, une pour coudre chaque piece du fourniment aux deux triangles dd, une au bout large du grand triangle en a, la quatrieme pour joindre tout le ventre de l’animal aux fournimens. Toutes ces coutures se font avec le tire-pied & le gant royal. Les coutures faites, vous replierez le collier comme lorsqu’il a été fini de tailler ; vous égaliserez bien tous les bords saillans de ces coutures avec les ciseaux, c’est ce qui s’appelle surtailler ; vous coudrez ensuite à grands points une bande de toile de trois pouces de large, à l’endroit qu’occupera la verge dont on parlera ci-après, pour la doubler, & d’autres bandes de quatre pouces de large pour doubler les deux bouts.
IX. Retournez votre collier comme on fait un gant, en faisant passer un bout au travers de l’autre ; la fleur alors se trouvera en-dehors, & doit y rester ; puis vous ferez à grands points avec l’alêne & le carrelet une couture à demi-jonction aa, à un pouce de distance du devant du collier ; cette couture formera la verge, espece de bourrelet qui coule le long des attelles, comme on verra par la suite. Les bourreliers appellent cette opération rentraire la verge.
32. PROCÉDEZ à l’empaillement, c’est-à-dire, à remplir d’abord la verge du collier avec de la paille droite de seigle : la nouvelle est la meilleure. Pour cet effet, prenez la verge à enverger ; passez-la par un trou fait dans une planche jusqu’à la tête de cet instrument, qui ne doit pas pouvoir passer au travers de ce trou. Cette planche étant à terre, vous debout, mettez les pieds dessus, l’instrument se tiendra droit : alors prenez de la paille longue plus ou moins, portez-la au haut de l’instrument, pliez-en environ un pied de long sur son échancrure ; puis vous le ferez entrer par un bout du collier dans sa verge, l’y enfonçant d’un bout à l’autre ; vous continuerez cette manœuvre jusqu’à ce qu’il y ait assez de paille pour la rendre dure & bien ronde.
33. Nota. Que pendant l’opération du remplissage, il faut toujours entretenir la peau humectée. Quand la verge est remplie, prenez de la bourre bien fine, celle de veau est la meilleure ; après vient la bourre de bœuf ; celle de cheval est la moins bonne : prenez le bâton nommé le rondin ou rondinet, pour pousser la bourre, l’enfoncer & la battre par-dessus le collier, pour la ranger & la rendre égale par-tout : vous en mettrez la valeur de deux pouces d’épaisseur dans tout le collier.
34. VOUS procéderez ensuite à le remplir entièrement de paille : en voici la façon. Etant assis & tenant le collier par un bout, prenez le rembourroir, portez sur son extrémité échancrée de la paille longue que vous y plierez en deux ; poussez cet instrument ainsi couvert de paille dans le collier le long du côté opposé à celui de la verge, qui doit faire, quand le collier sera monté sur attelles ci-après, le haut du derriere ; vous ne passerez pas le milieu qui est l’étroit ; continuez toujours cette façon, jusqu’à ce que vous voyiez ce côté tendu & enflé. A mesure que la paille s’accumule, elle range la bourre du côté de la verge : ce côté empaillé, vous en faites autant à l’autre. Il est à observer qu’en poussant la paille, il ne faut pas continuer à la cacher entièrement sous la peau ; on en laisse une portion en-dehors, ce qui en fait un amas le long de la tête du collier, lequel sert à lui donner sa forme, comme on verra ci-après. Tout le collier étant rempli d’un bout à l’autre, marchez dessus en le foulant avec les pieds ; cette action corrompt, range & égalise l’épaisseur de la paille.
35. ENSUITE vous tenant debout au milieu, vous saisissez des deux mains un des bouts ; vous le tirez à vous avec force, & en même tems frappant du pied par reprises sur le côté pour le faire obéir, vous parviendrez à amener le bout jusqu’à vous ; vous en ferez autant de l’autre côté. Ayant donc de cette maniere approché les bouts l’un de l’autre, & les ayant accollés, vous prendrez l’aiguille à réguiller, dans laquelle vous enfilerez une ficelle en deux, non poissée, longue de quinze pieds ; vous commencerez d’abord à joindre ces deux bouts l’un à l’autre par quatre ou cinq grands points croisés, dont vous les lacez au bas de la tête, où la paille commence à paraître ; vous continuerez par-dessus la paille à lacer de grands points paralleles l’un à l’autre jusqu’en-haut ; vous serrerez ensuite tous ces points avec la main comme on serre un lacet ; cette façon approche les cuirs de chaque bout l’un de l’autre, & resserre la paille apparente, que vous ébarbez ensuite avec un couteau.
36. LES deux bouts qui font la tête du collier étant rapprochés & joints comme il vient d’être dit, le total représente un ovale alongé, vuide en dedans, mais sans régularité ; c’est cette régularité qu’il est nécessaire de lui donner, ce que vous exécuterez au moyen de la forme. (Voyez la description de cet instrument chapitre premier, & sa figure, pl. 1.) Pour cet effet, vous le ferez entrer sur la forme, la verge en-dessous, & à grands coups du plat du maillet vous le battrez tout autour sur son épaisseur pour l’applatir, étendre la peau, & corrompre la paille ; puis mettant le coin, vous le ferez entrer à force de coups de maillet ; le collier s’étendra alors, & commencera à prendre son contour intérieur : retournez-le, la verge en-dessus. J’ai oublié de dire qu’il faut toujours mettre sa tête du côté de l’arête de la forme. L’ayant retourné comme il vient d’être dit, vous recommencerez le même procédé ; cette fois vous aurez fait entrer la fausse verge entre le bas du collier & le côté arrondi de la forme, & le faux garrot entre sa tête & l’arête de la forme. Cela fait, qui s’appelle former en premier, reprenez votre collier, & recommencez à y faire entrer de la paille tant qu’il en pourra contenir, ce qui s’appelle refournir ; vous resserrerez une seconde fois les points de ficelle de la tête, puis vous le reformerez, c’est-à-dire, vous le remettrez sur la forme, où vous le traiterez comme la premiere fois, sans en omettre aucune circonstance. On use communément à toutes ces façons une botte de paille entiere & davantage. Après l’avoir ôté de la forme, si vous vous appercevez de quelqu’endroit mal uni, vous y rapportez encore de la paille ; enfin vous revenez à votre ficelle que vous serrez tant que vous pouvez le long de la tête ; & continuant avec la même ficelle, vous en employez le restant à la larder de tous côtés dans la paille de la tête, perçant de l’embouchure au haut de la tête, revenant à l’embouchure, &c. Ainsi vous traversez toute cette partie de grands points que vous serrez à mesure, pour y donner de la fermeté & de la consistance, & jusqu’à ce qu’elle ait acquis une figure longue, étrécie par degrés jusqu’en-haut, où elle se termine quarrément. Le collier est alors en état d’être appiécé.
37. La piece, autrement le chaperon, est un morceau du même cuir du collier ; vous le taillerez en élargissant par les côtés, & vous en échancrerez les bouts en queue d’hirondelle, le proportionnant de façon que, lorsqu’il sera en place, il recouvre le dessus, le devant & le derriere de la tête, où la paille est apparente ; vous en coudrez tous les bords au cuir du collier à surjet, avec de la couture blanche ; & avant de fermer la couture, vous passerez encore un peu de paille par-dessous, ce qui se nomme soutenir sous le chaperon. La fig. A, pl. II, représente le collier vu par-devant ; a, partie du chaperon ; bb, la verge : la figure B représente le collier vu par-derriere ; b, partie du chaperon ; ccc, le reste du collier.
38. QUAND un collier est destiné aux chevaux de devant, on y ajoute les deux pieces de côté, qui sont deux morceaux du même cuir, qu’on coud avec de la couture blanche au cuir du collier de chaque côté vis-à-vis de l’endroit où passent les billots auxquels tiennent les traits de corde, pour le garantir de leur frottement : on voit la position de ces pieces, pl. III, fig. 2; a, piece de côté : on ne met point ces pieces au collier du limonnier, parce qu’il n’a point de traits.
39. LE haut du collier se nomme la tête b, fig. 2, pl. III. Elle est recouverte d’une piece de cuir cc, qui s’appelle la piece ou chaperon. L’embouchure d est au-bas de la tête ; c’est là que le collier commence à se séparer en deux parts qui forment le corps du collier ; l’endroit où il est le plus large par-derriere, se nomme la pance e ; la verge ff est l’espece de bourrelet qui occupe tout le devant du corps. Quand le collier est achevé, il est bon de le frotter d’huile ; elle nourrit le cuir. L’huile de poisson est la meilleure ; à son défaut, on peut prendre telle huile que l’on voudra.
40. LE collier, tel qu’on veut le décrire, n’est en état de servir que lorsque les attelles, au nombre de deux, y sont ajoutées & intimement jointes ; elles sont toutes de bois de hêtre : leur forme est représentée pl. II, fig. C. Elles se fabriquent dans les ventes des bois, d’où on les envoie par paquets de différentes grandeurs, depuis deux pieds de long jusqu’à quatre ; elles sont ou de sciage ou de fente. L’ouvrier les joint par paires, en passant de la ficelle dans un trou qu’il perce exprès au bas de chacune. On donne des noms aux parties de ces planches, pour les distinguer. Le haut de l’attelle a, qui est le plus large, se nomme la patte. Le petit angle b, se nomme la mentonniere d’en-haut ; le reste de la longueur cc, est le corps de l’attelle ; & l’extrémité d, la mentonniere d’en-bas.
41. Monter d’attelles un collier, c’est y joindre & attacher solidement ses attelles ; pour cet effet, le bourrelier choisit celles qui lui sont, les mieux proportionnées ; & lorsqu’en les présentant en place il voit qu’elles n’en prennent pas assez bien le contour, il les charpente, & en ôte du bois aux endroits défectueux avec une espece de petite hache recourbée en-dedans, qui s’appelle essette, & la rape à bois, jusqu’à ce qu’il les ait réduites au point nécessaire ; ensuite il fait à chacune une mortaise traversante, pl. II, fig. C, e, de deux pouces de long à un empan au-dessus du trou de l’ouvrier dont on vient de parler. Il se sert, pour faire cette mortaise, d’une espece de tarriere qui se termine en vrille, ce qui lui a donné le nom de queue de cochon, & de la rape à bois pour l’adoucir : il fait aussi avec la même tarriere un trou en-haut f, au-bas de la patte.
42. LES attelles préparées comme il vient d’être expliqué, prenez une courroie, passez-la au travers du bas de la verge, bien au milieu ; puis par trois fois d’un trou du bas d’une attelle à l’autre, en serrant ; finissez par la nouer du nœud double de coupliere ; c’est ce qu’on nomme la coupliere d’en-bas, pl. III, fig. 1, a, qui approche les mentonnieres d’en-bas des attelles, & les unit au bas du collier. Ce nœud est décrit chapitre II, & sa figure pl. VI, fig. 2 & 3. Puis approchant les attelles de long des côtés extérieurs de la verge du collier jusqu’aux mentonnieres d’en-haut, autant qu’elles peuvent s’approcher, vous prendrez la courroie destinée à faire la coupliere d’en-haut, laquelle doit être beaucoup plus longue que celle avec laquelle vous avez fait celle d’en-bas, & vous vous en servirez comme d’une ceinture qui embrasse le bas des deux pattes pour les maintenir en place pendant que vous attacherez les boutons.
43. Les boutons, au nombre de huit, bbbb, sont de petites courroies qui joignent tout le corps du collier aux attelles ; pour les attacher, vous les enfilerez dans le passe-corde, avec lequel vous percerez la verge de dehors en dedans, en rasant l’attelle, sur laquelle vous laisserez un bout de la courroie que vous y clouerez avec de la broquette ; le premier bout que vous avez passé, vous le ramenerez par-dessus la verge sur le bois de l’attelle, à laquelle vous le clouerez avec trois clous de pareille broquette : le premier se place de chaque côté vers la coupliere d’en-bas, le second vers la mortaise ci-devant faite aux attelles, le troisieme au-dessus du second, & le quatrieme vers le haut de la verge à égale distance ou auprès l’un de l’autre, comme on les voit dans la figure 1. Quand on destine le collier à quelqu’un des chevaux de devant, on prend la courroie de chaque troisieme bouton plus longue que celles des autres, afin qu’il en dépasse un bout cc, qui servira par la suite à attacher la couverture de toile qu’on leur met sur le dos : ce qui ne se fait point au limonnier, attendu qu’il n’a point de couverture.
44. QUAND les boutons seront attachés, vous déferez la ceinture ci-dessus, qui tient les attelles en respect, & vous en ferez la coupliere d’en-haut, en la passant d’une attelle à l’autre une seule fois dans le trou de chaque patte des attelles dd, & vous la nouerez à son milieu sur celui de la tête du collier avec le nœud de coupliere simple, pl. III, fig. 1 ; le bout qui en restera doit être fort long : on va en voir l’usage.
45. Le sommier est une longue courroie qui embrasse le collier par-derriere, où on l’étend raisonnablement ; ses deux bouts retournent s’attacher sur le devant des attelles en ee, pl. III, fig. 1, où on les cloue au-dessous du troisieme bouton. Passez le bout du nœud de la coupliere d’en-haut, que l’on a dit devoir être fort long , sous la croisée f, dont on va parler, de là sous le milieu du sommier ; puis tirant ce bout par-dessus ledit sommier avec force, vous l’obligerez à monter vers le derriere de la tête du collier, où vous l’arrêterez en nouant le bout de la coupliere sur lui-même. Cette manœuvre tendra la coupliere d’en-haut par-devant, comme le sommier par-derriere.(On voit le sommier b en place, pl. IV, sur les deux chevaux qui y sont représentés.)
46. La croisée f est une espece de gance dont on garnit le dessus de la tête du collier ; on la fait avec de la laniere qu’on fend en boutonniere par un bout ; on la passe au travers d’un coin du haut de la tête du collier, laissant la fente en-dehors ; passez ensuite la laniere dans la fente, où vous la serrerez ; de là allez la passer au travers du coin opposé, puis vous la redoublerez, la cordant sur elle-même jusqu’à ladite fente, où vous l’arrêterez avec un nœud : elle est destinée à empêcher la rêne de la bride qui doit passer dessous de couler à droite ou à gauche ; on passe aussi en même tems, quand on veut, un morceau de cuir aux deux bouts de la croisée, lequel couvre tout le dessus de la tête, & la garantit du frottement de la rêne.
47. Les billots (On voit les boites des billots gg, pl. III, enfilés dans les biquets hh.) sont au nombre de deux ; ils se construisent avec une courroie de cuir de bœuf, large d’un pouce, longue de quatre empans ; pliez la courroie par les deux tiers, c’est-à-dire, que les deux bouts pliés enjambent l’un sur l’autre, & se recouvrent vers le milieu de leurs retours ; vous en amincirez les extrémités ; les deux retours formeront deux vuides ou anneaux de cuir qu’on nomme les boites du billot, dont vous fixerez l’étendue par quelques points de couture de vache, & avec de la même couture vous percerez au travers des trois cuirs dans le milieu du billot, d’une boite à l’autre, quelques points qui les serreront l’un contre l’autre, & les fortifieront. Cette couture particuliere se nomme le point du billot ; voyez-en la disposition, pl. VI, fig. B : passez par l’envers de chaque attelle au travers de la mortaise pl. III, fig. 1, gg, les boites du billot l’une sur l’autre ; quand elles seront passées en-dehors, faites-y entrer le biquet hh, petit bâton encoché par les deux bouts, où il est plus gros qu’au milieu : le billot ainsi redoublé & arrêté à l’attelle par le biquet, forme à l’envers de ladite attelle un gros anneau de cuir, pl. IV, cc, fig. 1 & 2, qui servira à tenir ou la mancelle si le collier est pour le limonnier, ou l’œil des traits de corde s’il doit servir aux chevaux de devant.
48. La mancelle du limonnier, pl. IV, d, fig. 1, tient d’une part au billot c, comme on vient de le dire, & d’autre part aux limons de la voiture E de chaque côté ; elle est de fer ou de cuir. Celle de fer d, est une grosse chaîne composée de quatre mailles longues de deux pouces & demi chacune, dont la premiere se met dans le billot c ; cette chaîne est terminée par un gros anneau rond de quatre pouces & demi de diametre de dedans en dedans, qu’on fait entrer par le bout du limon de la voiture, jusqu’à un trou où il est arrêté par une cheville à tête nommée l’atteloir f, qui s’enfonce dans le trou quand l’anneau a passé au-delà, & qui tient à un pendant de cuir attaché au sommier. Les mancelles de cuir se font ainsi. Prenez une courroie de cuir de bœuf blanc, d’un pouce de large & de huit pieds de long ; redoublez-la quatre fois sur elle-même, ce qui la réduira à deux pieds de long ; fabriquez un anneau rond de même cuir & de cinq pouces de dedans en dedans, que vous travaillerez comme une corde, auquel vous donnerez un demi-pouce ou plus d’épaisseur, & que vous fermerez avec un nœud plat de mouton blanc, pl. VI, fig. A ; passez cet anneau au milieu de votre premiere courroie que vous réduirez à un pied de long en la repliant par-dessus l’anneau, & dont vous rejoindrez les deux bouts par un pareil nœud plat, ce qui vous donnera un anneau long que vous ferez entrer dans le billot, & l’anneau sera arrêté au limon comme le précédent, quand on attelera le limonnier.
49. Nota. Que les mancelles de cuir sont meilleures que celles de fer ; elles n’usent pas le bois des limons, ni le cuir des billots comme le fer ; il est vrai qu’elles sont plus cheres, & ne durent pas tant. Il ne s’agit plus, pour que le collier ait tout ce qu’il lui faut, que d’y attacher la housse qui est une peau entiere de mouton avec sa laine ; on la double en entier de toile blanche, que l’on coud à petits points avec du fil poissé ; on coud de même une bande de cuir par-dessus la doublure le long du devant de la peau, & une piece de peau de castor dans le milieu ; pour mettre cette housse au collier la laine en-dessus, on fait deux fentes en long à un pouce des bords du devant, suffisantes pour y faire entrer les pattes des attelles jusques vers la coupliere d’en-haut, où on la cloue aux attelles de quatre clous par-devant, & de deux par-derriere ; on en met aussi au bas de la bande de cuir de chaque côté, qu’on noue contre les attelles ; cette peau de mouton tombe librement derriere le collier, le couvre ainsi que le garrot & les épaules, & lui sert en même tems d’une espece d’ornement. On n’a point exprimé la housse du collier dans les fig. 1 & 2, pl. IV, parce qu’elle aurait caché toutes les pieces de dessous ; il suffit, pour en voir l’effet, de la voir sur tous les chevaux d’une charrette attelée, pl. IX, fig. A.[/accordion-item]Bourrelier. Pl. II.Bourrelier. Pl. III.

ARTICLE III.

[accordion-item title= »La selle ou sellette de limon, & le reste du harnois du limonnier. »]50. LA sellette de limons, dont l’usage est de soutenir sur le dos du cheval les limons d’une charrette ou autre voiture pareille, cette sellette, dis-je, est composée d’un fust de bois, de quatre pieces, pl. III, fig. 3, deux courbes aa, & deux lobes bb ; ces pieces se fabriquent dans les forêts, d’où elles viennent en paquets sans être assemblées ; c’est au bourrelier à les assortir & à les monter à son point, les taillant avec l’essette & la rape, c’est-à-dire, ôtant du bois, les amincissant, &c. & enfin les montant à demeure, en unissant les lobes aux courbes devant & derriere avec quatre clous cccc : les courbes se posent d’équerre sur les lobes dans une rainure qui est à un pouce de l’extrémité de chacun, qui par conséquent dépassera les courbes par-devant & par-derriere.
51. LE fust de la sellette assemblé, tournez-le à l’envers, pour tendre & clouer dans le vuide que les lobes laissent entr’eux, un vieux cuir de l’une à l’autre courbe, ce qui se nomme le pont ; croisez l’une sur l’autre sous le pont deux autres vieilles courroies, que vous clouerez aux bouts des deux lobes en croix de saint André ; on les nomme les traverses : retournez votre fust en-dessus, & couvrez tout l’espace entre les deux courbes & le dessus des lobes avec un morceau de vieille toile ; c’est ce qu’on nomme le faux siege de la sellette ; vous clouerez ce faux siege le long des courbes & sur les deux aubes ; ensuite prenez, suivant les statuts, une peau de mouton tannée, mais mieux du cuir de bœuf, pour faire le vrai siege ; taillez comme le faux siege, clouez-le de même aux courbes, mais avec des clous à tête ronde ; mettez aussi un seul clou au milieu des lobes, tirant vers le bas, lequel percera dans le bois ; ce clou sera ôté par la suite ; empaillez entre la peau & la toile, c’est-à-dire, entre le siege & le faux siege, avec de la paille seulement, jusqu’à ce que le siege soit suffisamment tendu & bombé ; vous forcerez de paille davantage le long des courbes, pour qu’il s’y fasse une élévation ou bourrelet qui se nomme une arête : afin que le milieu du siege soit plus creux, & pour l’abaisser encore davantage, vous le foulerez en le piétinant : cela fait, déchirez & arrachez la paille qui pourrait se trouver au-dessous du clou dont on vient de parler jusqu’au bas du lobe ; rangez le surplus de côté & d’autre ; ôtez le clou, & mettez-en six, dont l’arrangement doit imiter les jambages d’un A tronqué par sa pointe ; vous mettrez un petit cuir sous chacun des deux clous d’en-haut ; il ne doit se trouver dans cet intervalle que la peau, la toile & le bois : cette opération se nomme chambrer le siege.
52. Vous percerez avec une tarriere deux trous à la courbe de derriere, un de chaque côté, lesquels serviront ci-après à passer la ceinture de l’avaloire, & quatre autres aux quatre coins des aubes pour y passer les quatre attaches du panneau ci-après, puis vous clouerez les tasses. On nomme ainsi des bandes de peau, pl. IV, fig. 1, hh, de castor, larges de quatre pouces, & taillées quarrément & en long, qui s’assemblent en les cousant en équerre au bout l’une de l’autre ; elles sont au nombre de quatre, deux devant & deux des deux côtés ; les deux de devant se taillent en demi-pointe. Quand vous les aurez assemblées, vous les borderez toutes autour du bas avec de la laniere de mouton blanc, que vous y coudrez avec du fil ciré ; puis vous les clouerez au bas des aubes, & celles de devant le long de la courbe de devant, les pointes en-dehors au-dessus du garrot de la sellette : on ne met point de tasses derriere la sellette ; mais on y cloue une bande de toile ii, un peu plus large que les tasses ; on la remploie d’un pouce pour la clouer, & on met sous les clous une nervure de mouton blanc ; on la taille en biais, descendant à chaque bout pour qu’elle se termine en pointe : on la nomme simplement la toile quand elle est toute unie ; mais si on la brode, ou qu’on la peigne, alors elle prend le nom de couverture façonnée ; on la coud aux tasses avec du fil ; on en orne les deux pointes avec de petits flots ou bouffettes pendantes.
53. IL faut ajouter à la sellette son panneau qui doit porter sur le dos du limonnier : vous le ferez à part. Prenez une basane ; vous la mouillerez & l’étirerez bien ; pliez-la par le milieu sur sa longueur, & la réduisez à deux empans & demi de largeur sur un empan & demi de longueur, la taillant de façon que la partie dont vous voulez faire le derriere aille en élargissant de deux pouces plus que devant ; cousez ensemble tout du long les deux côtés du ventre de la peau ; surtaillez la couture, coupez ensuite le pli d’un bout à l’autre, la couture du ventre fera le milieu du panneau ; & le dos de l’animal séparé en deux, comme étant le plus fort de la peau, en sera les côtés. Prenez des bandes de vieille toile de quatre pouces de large, que vous coudrez tout autour de l’envers de la peau ; ensuite ayant étendu sur la table de la toile de Mortagne, vous mettrez votre basane par-dessus, vous l’appointerez avec ladite toile aux quatre coins, de peur qu’elle ne se dérange ; puis vous couperez votre toile tout au tour, d’un pouce de plus que la peau ; vous y remploierez & coudrez ce surplus ; vous chambrerez ensuite par une couture l’espace d’un empan en long au haut du devant de cette forme-ci A, la pointe tournée du côté du dos. Cette chambrure se trouvera au-dessus du garrot du cheval ; & pour conserver le pli, c’est-à-dire, afin que la rembourrure ne passe pas d’un côté à l’autre, vous en ferez la séparation par une couture à grands points le long de celle que vous avez faite au commencement pour joindre les côtés du ventre de votre peau ; celle-ci doit traverser la toile & la joindre à son dessus. Faites ensuite une fente en travers au milieu de chaque côté de la doublure, par lesquelles vous les empaillerez ferme & à plat. Cela fait, il vous reste à attacher le panneau à la sellette ; alors vous y mettrez quatre attaches, une à chaque coin du panneau, en perçant d’abord le coin au travers duquel vous ferez passer l’attache, qui traversant le trou que vous avez ci-devant fait à l’aube, se nouera en-dessus ; vous le joindrez encore au milieu des courbes devant & derriere, au-devant par une petite courroie que vous coudrez sous le milieu du devant du panneau, & que vous clouerez ensuite sur le plat de la courbe de devant ; par-derriere vous arrêterez un pareil cuir sous le milieu du panneau, au travers duquel vous le passerez ensuite pour le clouer de même sur le plat de la courbe de derriere.
54. COUSEZ sur le haut de l’arête du devant du siege de la sellette, une boucle demi-ronde z, enchappée ; elle servira par la suite à boucler la rêne du limonnier 8.
55. CLOUEZ la souventriere du limonnier K sur le lobe hors la main de la sellette, à l’endroit de la chambrure dont on a parlé ci-dessus, dans la construction de la sellette, & au même lieu à la main ; clouez pareillement une boucle enchappée. La souventriere est une courroie large de deux pouces, & longue de cinq à six pieds, qui, passant sous le ventre du cheval, se boucle du côté opposé, c’est-à-dire, à la main.
56. Nota. Lorsque les chevaux, mulets, &c. marchent seul à seul, l’un devant l’autre, & que le conducteur est à pied, il est d’usage qu’il se tienne à gauche, ayant son fouet à la main droite, pour avoir plus de facilité à les appuyer, ce qui a fait appeller le côté gauche de l’animal le côté à la main (sous-entendue du fouet), & le droit le côté hors la main. Le cavalier monte à gauche ; il est à sa main pour monter. Le postillon monte le cheval qui est à gauche ; le cheval de brancard est sous la main, le cocher ayant un cheval à droite & un à gauche ; le gauche est hors la main, & le droit sous la main du fouet.
57. QUOIQUE la souventriere de limons ne soit point attachée au harnois du limonnier, cependant c’est ici le lieu de la décrire, puisqu’elle est faite à son intention ; il pourrait, dans le cas où la voiture s’en irait à cul, la retenir par son propre poids : cette souventriere l est faite d’un cuir blanc de trois pouces de large, qui va d’un limon à l’autre, passant par-dessous le ventre du limonnier quand il est attelé. A quelques pouces en-avant de sa souventriere, on redouble ce cuir sur lui-même, & on le brédit, ce qui forme un anneau de cuir qu’on nomme la boite de cette souventriere : cette boite doit avoir deux empans de tour, sans compter la brédissure ; le surplus qui est le simple cuir, aura quatre empans & demi, au bout desquels sera cousue une boucle enchappée de la largeur du cuir, au-delà de laquelle le cuir continuera pendant environ quatre empans. Cette continuation se nomme le contre-sanglot de cette souventriere. Pour la placer, on fait entrer sa boite sur le limon hors la main, & on la boucle à son contre-sanglot autour du limon à la main ; sa place est entre les mancelles f, & la dossiere en c, dont on va parler. Le reste du harnois du limonnier consiste dans la dossiere & les pieces qui s’y joignent, & dans l’avaloire & ses accompagnemens.
58. La dossiere A soutient les limons de la voiture sur le siege de la sellette du limonnier ; elle se fait de cuir blanc de bœuf, de neuf pouces de large & de neuf empans de long, coupé quarrément ; on plie ce cuir en deux du sens de sa largeur ; la dossiere ainsi redoublée n’a plus que quatre pouces & demi de large. Quand le cuir n’est pas assez fort, on y ajoute un blanchet (voyez le Bourrellier-carrossier ci-après) large de trois pouces & demi, que l’on placera avant de plier le cuir le long du double qu’on destine à être extérieur ; on taillera en pointe le bout à la main du blanchet ; on attachera cette pointe au cuir avec une attache ou nœud croisé, pl. VI, fig. 5, & à un empan dudit nœud ; on commencera à le coudre à deux rangs de fil jusqu’à l’autre bout ; quand après cela la dossiere sera pliée, comme il vient d’être dit, par le milieu de sa largeur, cette couture sera totalement cachée, & le blanchet se trouvera entre les deux redoublemens.
59. AYEZ deux rouleaux c ; on nomme rouleau un petit bâton tourné, terminé par une tête à chaque bout, de six pouces de long & un pouce de diametre ; vous les renfermerez, excepté leurs têtes qui doivent dépasser dans chaque bout de la dossiere par une brédissure, avec de la couture de vache de quatre points & un point quarré ; ensuite vers le milieu de la longueur de la dossiere vous coudrez un passant de cuir de deux pouces de large, qui s’appelle ici une traverse ; cette traverse doit être cousue à un peu au-delà du milieu hors la main : elle est destinée à maintenir la ceinture qui sert à alonger & raccourcir la dossiere. Cette ceinture B se fait de toute la longueur d’un cuir de bœuf ; elle aura un pouce de large. Après l’avoir étirée, vous la battrez & la borderez ; vous mettrez à un de ses bouts le moins fort une boucle demi-ronde, & à l’autre bout vous ferez avec l’emporte-piece des trous de deux pouces en deux pouces pendant la longueur de trois pieds. La ceinture ainsi préparée, vous fendrez en quarré la dossiere à ses brédissures ; ces fentes découvriront le milieu des rouleaux ; puis ayant fait entrer la ceinture sous la traverse ci-dessus, vous la ferez passer de dedans en dehors dans les fentes des rouleaux, d’où elle doit retourner, repliée sur elle-même, se boucler proche de ladite traverse vers le milieu de la dossiere à la main, d’où en la serrant plus ou moins, elle alonge ou raccourcit la dossiere par les rouleaux. On finit par former la dossiere, c’est-à-dire, par la mettre sur la forme. Pour cette opération, l’on a deux morceaux de bois ronds, de quatre pouces de diametre & d’un pied à quinze pouces de long, percés chacun de deux trous de tarriere ; un en-haut, l’autre en-bas ; à deux pouces ou environ de leurs bouts ; on les met dans les deux retours des bouts de la dossiere, où on les approche ensuite l’un de l’autre par une corde qui, passant de leurs trous hauts dans leurs trous bas, les lie l’un à l’autre, & les maintient en place. On porte le tout sur la forme à collier : les bâtons ronds doivent être du côté de son arête à droite & à gauche ; alors on enfonce le coin à coups de maillet, on retourne la dossiere, & on refrappe le coin : cette façon l’étend, & en même tems ses extremités se moulent sur les bois ; on la surtaille ensuite par les bords, & on ajoute un pendant de cuir en-haut qui servira à la tenir à la sellette, en l’attachant dans le trou de la courbe de derriere hors la main, lorsque le cheval sera attelé.
60. LA croupe du limonnier est occupée par l’avaloire DD, composée de huit pieces.
61. LES deux pieces les plus considérables de l’avaloire se nomment les bras d’avaloire, mn ; ils sont de cuir blanc de bœuf, coupés quarrément, & chacun de huit pouces de large. Le bras d’avaloire d’en-haut m, qui passe sur la croupe, aura cinq empans de long ; celui d’en-bas n, qui tourne autour de la croupe horizontalement, en aura sept. Pliez chaque bras sur sa largeur, non pas précisément en deux, mais à un pouce près, que le dessous aura de plus ; vous les brédirez chacun par les deux bouts dans deux gros anneaux de fer o, de cinq pouces de diametre ; chaque brédissure sera de quatre points gradués & un point quarré. Pliez ensuite En deux le bras d’en-bas sur la longueur, pour avoir son milieu, & vous régler pour poser les branches d’avaloire.
62. Les branches d’avaloire 10 sont au nombre de quatre, deux de chaque côté du même cuir des avaloires, chacune d’un pouce & demi de large ; elles sont inégales en longueur ; les deux plus courtes auront quatre empans de long, & les plus longues deux pouces & demi de plus, parce que celles-ci doivent croiser sur les courtes branches & s’attacher plus loin ; la courte branche de chaque côté s’arrêtera au bras d’en-bas, vers le milieu de sa moitié, au cuir de dessus seulement, & la longue branche de même à six pouces du pli ci-dessus fait au bras ; pliez ensuite le bras en-haut pour avoir pareillement son milieu ; vous mettrez à celui-ci cinq attaches, une au milieu pour la croupiere 12, les quatre autres pour les quatre branches. Toutes ces attaches doivent être passées au travers des deux doubles du cuir de l’avaloire ; vous fendrez ensuite le cuir de dessus du bras d’avaloire d’en-bas, & celui du bras d’en-haut, tous deux à la distance d’un empan du gros anneau, & vous passerez dans ces deux fentes une courroie pareille à celles des branches, qu’on nomme le couplet p ; vous en joindrez les deux bouts ensemble au milieu en-dehors, & vous les y nouerez avec le double nœud de coupliere, pl. VI, fig. 2.
63. DE crainte que les attaches ci-dessus, que vous avez mises au bras d’avaloire d’en-haut qui traversent son double cuir, ne blessent le cheval, vous ferez deux petits coussinets larges comme la main ; le dessus se fait en basane ; on le double de toile que l’on coud au-dessus tout autour avec du fil, & on les emplit de paille ou de bourre. On les attache sous le bras proche les branches de chaque côté ; vous fendrez le cuir du bras d’en-haut vis-à-vis de chaque coussinet, pour y attacher une courroie nommée la ceinture de l’avaloire q ; vous la passerez en premier lieu dans le trou hors la main de la courbe de derriere de la sellette de limon, & la repasserez ensuite dans l’autre trou à la main, & vous la ramenerez à l’autre fente du bras, où vous l’arrêterez : cette ceinture fait tenir l’avaloire à la sellette.
64. ON forme l’avaloire comme la dossiere ci-dessus, afin de lui faire prendre la tournure qu’elle doit avoir ; pour cet effet, on lie ensemble les deux gros anneaux auxquels le bras d’en-haut & celui d’en-bas viennent aboutir ; on fait entrer sur la forme un de ces bras, on bat le coin, ou retourne le bras, on renfonce le coin : on en fait autant à l’autre.
65. La croupiere 12 se fait d’un seul cuir de deux empans & demi de long & de deux pouces de large ; on le fend en deux par un bout, ce qu’on nomme le fourchet. Cette fente a sept à huit pouces de long ; on attache le culeron à ses deux branches. Le culeron est de mouton tanné ou basane jaune, de trois pouces & demi de large & de deux empans de long ; on le double d’un tissu qui est de la sangle étroite ; on le joint dans sa longueur par une couture à surjet en fil ; on le remplit de bourre, on le tourne en ovale, & on brédit le fourchet à ses deux bouts. La croupiere se prend au milieu de l’avaloire au bras d’en-haut dans une attache qui y est passée.
66. ENFIN on met une chaîne de fer à chaque gros anneau ; elle n’a pas d’autre nom que la chaîne ; elle est composée d’une patte de fer, espece de crochet large qu’on serre à coups de marteau sur l’anneau, & de cinq gros chaînons, au dernier desquels on ajoute un crochet *. Lorsqu’on attele le limonnier, ce dernier chaînon, ou un des autre ; se prend dans un très-gros clou à crochet enfoncé dans le limon assez près de la dossiere ; il se nomme le ragot s. Le crochet du bout sert à retrousser la chaîne sur l’avaloire quand on détele.
67. Le bascul t, quand on en met un, est une courroie assez longue pour que de la chambrure de la sellette hors la main où elle est clouée, à côté de la souventriere, passant de dessous en-dessus du gros anneau, coulant sur tout le bras d’avaloire d’en-bas où elle est soutenue par trois nœuds croisés, pl. VI, fig. 5, pris dans ladite avaloire ; elle aille se rendre à un anneau enchappé, cloué à côté de la boucle de la souventriere dans la chambrure à la main de cette scellette, où elle sera arrêtée.
68. VOICI l’usage de toutes les pieces principales du harnois de limonnier. Les attelles servent à soutenir le collier ; les mancelles attachées aux attelles operent le tirage de la voiture. La sellette soutient la dossiere qui embrasse les limons ; la souventriere assure la sellette sur le dos du cheval ; la souventriere de limons les retient dans la montagne par le poids du cheval ; l’avaloire lie le train de derriere du cheval aux limons par les chaînes qui servent aussi de reculement ; le bascul est utile dans les descentes pour soutenir la croupe du limonnier, & augmenter son appui : dans tout autre cas il ne sert à rien ; c’est pourquoi plusieurs n’en ont aucun besoin.[/accordion-item]

ARTICLE IV.

[accordion-item title= »Le harnois des chevaux de devant. »]69. PLUS les fardeaux dont on charge une voiture sont considérables, plus il faut atteler de chevaux devant le limonnier. Le cheval qui le précede immédiatement, se nomme le chevillier ou le cheval en cheville, parce que ses traits, pl. IV, xx, fig. 2, tiennent aux limons au moyen d’une cheville de bois u, fig. 1, de chaque côté ; celui d’ensuite, qui est le troisieme cheval, n’a point de nom particulier quand il termine l’attelage ; mais s’il y en a d’autres devant lui, alors il acquiert le nom de cheval de faute, & les autres ne se nomment que par le nombre, comme le quatrieme, le cinquieme, &c. Les harnois de tous ces chevaux sont les mêmes, mais bien moins composés que celui du limonnier.
70. PREMIÈREMENT, la bride de tout cheval de charrette est la même, ainsi que le collier garni de ses attelles. La seule différence en ce qui regarde la bride, est que la rêne du limonnier va, comme on a dit, se boucler à un anneau attaché à sa sellette, & qu’aux autres chevaux elle se réunit à une courroie de sept à huit empans, terminée par le culeron, laquelle se nomme demi-rêne à culeron, pl. IV, ee, fig. 2. Les petites différences qui se trouvent au collier sont, 1°. que les billots des attelles, au lieu de porter les mancelles, portent les traits de corde ; 2°. qu’on laisse dépasser au troisieme bouton du collier un bout de leurs courroies pour, ce qui a été dit ci-devant, y attacher la couverture ; 3°. qu’on attache derriere l’attelle à la main vers le milieu de sa longueur un anneau de fer enchappé pour y passer la retraite, ce qu’on expliquera en détail ; d’ailleurs, le reste du harnois consiste en une couverture, un surdos, un faux surdos, des fourreaux, une souventriere, & des traits de corde.
71. TOUT le dos, fig. 2, est garni d’une couverture de toile a ; on prend d’une toile écrue de trois quarts de large, une aune de long, ce qui est suffisant pour couvrir tout le dos du cheval ; on la borde tout autour de lisieres de drap bb, que l’on y coud avec de la couture de mouton blanc ; on la brode avec du drap ou de la laine, principalement aux coins de derriere c ; ou bien on la peint en noir. Les bourreliers ont pour cet effet une feuille mince de cuivre, de deux pieds en quarré, sur laquelle sont divers dessins percés à jour : ils appliquent la feuille sur la couverture, & avec une brosse & du noir de chapelier qu’ils passent sur le dessin qu’ils jugent à propos de choisir, il se marque en noir sur la toile.
72. VOTRE couverture en cet état, faites-y une fente au milieu à un empan du derriere, dans laquelle vous passerez une patte de cuir d.Pour faire cette patte, taillez un morceau de cuir en ovale, de quatre à cinq pouces de long, au milieu duquel vous ferez deux fentes paralleles, ce qui formera une petite courroie qui fera la patte en question ; vous la ferez passer de dessous en dessus dans la fente de la toile, sous laquelle vous coudrez le reste du cuir ; ce sera dans cette patte que passera la demi-rêne à culeron ee, qui en même tems empêchera la couverture de varier ; & pour la maintenir d’ailleurs en sa place, vous l’attacherez au collier en trois endroits, par de longues attaches ou lanieres, que vous y coudrez à l’envers ; celle du milieu g s’arrêtera au sommier, & les deux de côté f iront se nouer au bout des courroies du troisieme bouton des attelles. pl. III, fig. 1, cc.
73. LE surdos h, ainsi nommé parce qu’il passe sur le milieu du dos par-dessus la couverture, est fait d’un cuir de bœuf de deux pouces de large, & de six empans de long : il est destiné à soutenir les deux fourreaux auxquels on l’attache, comme on va voir.
74. LES fourreaux ii, au nombre de deux, sont formés en tuyaux applatis ; on les fait de cuir blanc de bœuf ou de cuir tanné ; ils auront quatorze pouces de long, & neuf pouces de large, avant d’être pliés du sens de leur longueur, ce qui fait quatre pouces & demi de large sur chaque face. Quand ils l’auront été, si on ne les juge pas assez de résistance, on les doublera en-dedans avec du vieux cuir ; ensuite on les plie, on les bat sur le billot, on les ferme aux deux tiers par une couture (L’autre tiers en devant reste ouvert pour donner passage à la souventriere, comme on verra ci-après.), on les surtaille ; & pour les faire tenir au surdos, vous commencerez par entourer le fourreau à la main avec un des bouts du surdos, vers le milieu de la longueur dudit fourreau, c’est-à-dire plus en-devant qu’en-arriere ; vous brédirez ce bout, puis vous l’attacherez au fourreau en-dessous avec un nœud croisé, pl. VI, fig. 5, & par-dessus avec une attache. A l’égard du fourreau hors la main, vous l’entourerez d’un boucletot, auquel viendra se boucler l’autre bout du surdos.
75. LES traits xxx, fig. 1 & 2, de corde, qui attelent le chevillier à la voiture, & les autres chevaux l’un à l’autre, doivent avoir neuf pieds de long, la paire de traits pesant sept livres ; ils se terminent par deux anneaux par le cordier, faits avec les bouts repliés de la même corde ; on en passe un dans le billot du collier ; celui-ci se nomme l’œil du trait y, qui ensuite traverse le fourreau, & finit par l’anneau de l’autre bout, qui se nomme la patte du trait z. Après avoir attelé le limonnier, on passe la patte des traits du chevillier y, fig. 1, au travers du bout du limon, jusqu’au-delà d’un trou dans lequel on met une grosse cheville u, qui l’empêche de sortir. Le troisieme cheval s’attele au second avec le billot à biller 2, fig. 8, espece de cheville plate à crochet, que l’on passe au travers de la patte du trait du cheval de devant, & de l’œil de celui du cheval de derriere, auquel on la noue avec la petite courroie 3.
76. LA souventriere de trait k, est une courroie de deux pouces de large & de quatre empans de long, qui s’attache aux traits de corde dans les fourreaux ; on en tourne un des bouts autour du trait hors la main, & on l’y arrête avec une attache ; on brédit à l’autre bout une boucle : on arrête pareillement au trait à la main, avec une attache, un contre-sanglot d’un empan & demi de long, pour la boucler après l’avoir fait passer sous le ventre du cheval audit contre-sanglot. Cette souventriere d’un côté & son contre-sanglot de l’autre sortent des fourreaux par l’ouverture du tiers qu’on a laissé ouvert à cet effet : lorsqu’on les a fermés, on rejoint les deux bouts de cette ouverture par une attache o.
77. LE faux surdos s, est une courroie d’un pouce de large & de trois empans & demi de long, à un bout duquel on brédit un anneau de fer ; son autre bout se joint par une attache au boucletot du fourreau hors la main : cette attache prendra le surdos & le faux surdos, que l’on fait passer de droite à gauche par-dessus la demi-rêne à culeron ; son anneau pend librement à la main : cet anneau est destiné à soutenir la retraite.
78. LE cordeau est une médiocre corde qu’on prend de trois brasses & demie quand on n’a que deux chevaux à atteler, de six brasses & demie pour trois chevaux, & de deux brasses pour le quatrieme cheval, de deux brasses pour le cinquieme, &c.
79. ON fait passer le cordeau en double vers un de ses bouts sur la patte de l’attelle gauche du limonnier ; le bout court du redoublement va s’attacher à l’anneau ci-après de la retraite du chevillier ; le long bout passe dans l’anneau de l’attelle du chevillier, & va s’attacher à l’anneau de la retraite du cheval de faute, &c.
80. ON fait une poignée au cordeau, c’est-à-dire, qu’on le tourne en rond sur lui même nombre de tours, afin que le chartier ait de la prise pour l’empoigner : cette poignée doit se trouver entre le limonnier & le chevillier. Une retraite est une courroie d’un cuir simple, de cinq pieds de long, ayant un anneau de fer à un bout, lequel on attache au cordeau vers le vis-à-vis de la croupe du cheval, d’où elle passe en premier lieu dans l’anneau du faux surdos, ensuite dans l’anneau enchappé cloué à l’envers de l’attelle du chevillier, d’où elle va s’attacher à l’anneau du mors, le tout à la main.
81. QUAND le chartier tire à lui le cordeau, toutes les retraites tirent les chevaux à gauche qui l’exprime par le mot dia ; & pour les faire porter à droite, il ne peut se servir de rien que du cri hue ou huriau, qu’il leur fait entendre.
82. LE licol des chevaux de charrette se fait entièrement de cuir de bœuf, & comme celui des chevaux de carrosse (voyez le Bourrelier-carrossier ci-après) excepté qu’il n’a point de frontail, & que la sougorge passe dans un anneau de cuir attaché au-haut du dessus de tête.[/accordion-item]

ARTICLE V.

[accordion-item title= »L’ornement du harnois des chevaux de charrette. »]83. ON rassemble ici sous ce titre les noms, la façon & la place des différens ornemens exécutés par le bourrelier au harnois des chevaux de charrette, afin qu’on puisse voir le tout d’un coup-d’œil. Comme les petites bouffettes sont celles qui abondent le plus sur le harnois, on va commencer par leur description ; puis viendront les grandes bouffettes, la peinture, les traces, &c.
84. LES petites bouffettes, pl. IV, fig. 3, se font toutes de laine filée, & en écheveau d’une ou de plusieurs couleurs ; celles qu’on emploie le plus, sont le blanc, le jaune, le rouge, le bleu ; ceux qui en voudraient d’autres, doivent en avertir le bourrelier. Voici la façon d’une petite bouffette, qu’on suppose ici être des quatre couleurs susdites. Ayez un écheveau de chacune ; coupez-le aux deux bouts ; passez un point de fil à l’endroit auquel vous voulez que tienne la bouffette : prenez une moitié d’un des écheveaux ; si vous voulez, par exemple, que le tour de la bouffette soit rouge, étendez à plat la moitié de l’écheveau rouge, posez par-dessus une épaisseur moins large d’une des autres couleurs : vous arrangerez ainsi vos quatre couleurs l’une sur l’autre. Vous porterez ensuite toute cette épaisseur de laine à l’endroit où est le point de fil ci-dessus, de façon que le tout passe au-delà dudit fil d’un pouce ou plus, selon la hauteur que vous voulez donner à la bouffette, dont ceci n’est encore que la moitié : puis reprenant votre fil, vous serrerez vos laines sur le cuir par quelques points qui se croiseront : cette manœuvre leur fera prendre le demi-rond. Le centre de la bouffette étant ainsi bien arrêté, vous couperez en-deçà du fil tout l’écheveau à la même hauteur, ce qui vous donnera l’autre moitié, que vous releverez contre la premiere : elles se joindront très-bien, & formeront la petite bouffette entiere, fig. 3. Vous finirez par la surtailler, en arrondissant avec vos ciseaux pour la rendre bien réguliere.
85.L’AIGRETTE o, pl. IV, fig. 1, est une petite bouffette pour la façon : elle se fait sur de la laniere de cuir ; ensuite on la coud en-dedans du haut d’un cuir de deux pouces de large, que l’on tourne en tuyau rond ; on place ce tuyau debout sur le milieu du dessus de tête, où on l’arrête avec de la couture de mouton.
86. ON met au fronteau, pl. IV, fig. 1, trois petites bouffettes, une au milieu, & deux à sa jonction avec les montants ; aux aboutoires quatre petites bouffettes, deux à chacune en-devant. Au cache-nez trois petites bouffettes, une au haut du milieu, & deux aux coins. A la croupiere cinq petites bouffettes, une au commencement du fourchet, deux à chaque côté du culeron. A l’avaloire du cheval de limon huit petites bouffettes, & deux aux couplets, ce qui fait dix ; savoir, deux à chaque branche d’avaloire, & une à chaque couplet. A la couverture des chevaux de devant, fig. 2, deux, une à chaque coin de derriere. Ce qui fait vingt-huit petites bouffettes, en comptant l’aigrette. On met trois grandes bouffettes au-dessous des trois petites du fronteau. On va expliquer la façon des grandes bouffettes.
87. LA grande bouffette, pl. IV fig. 4, se fait d’une ou de plusieurs couleurs, comme les petites : coupez, comme aux précédentes, vos écheveaux en deux : prenez un bout de fil d’archal de la grosseur d’une moyenne ficelle & de quelques pouces de long ; faites-le recuire au feu, pliez-le en a, & le tordez un tour pour former l’anneau a. Pliez le milieu de chaque bout bb en équerre ; vous en limerez les extrémités en pointes ; arrondissez un morceau de cuir c en forme de bouton plat, d’environ un pouce de diametre ; faites entrer les deux bouts de votre fil d’archal au travers de ce cuir vers la circonférence ; prenez une moitié d’écheveau, passez-la en biais jusqu’à son milieu dans le vuide que vous avez laissé entre le bouton de cuir c & l’anneau de fer a ; croisez une pareille épaisseur sur cette premiere, soit de la même couleur, soit d’une autre ; & si vous voulez trois couleurs, vous en croiserez encore une autre entre les deux premieres. Les lignes ponctuées marquent comme il faut croiser les laines. Cela fait, poussez le rond de cuir c jusqu’à ce qu’il vienne à presser les laines ; & pour le tenir en place, recourbez les bouts du fil d’archal contre son épaisseur en-dehors ; tournez en-haut l’anneau de fer a : les laines se rabattront alors sur le cuir qu’elles recouvriront, & ledit anneau se trouvera au centre, au-dessus duquel il paraîtra. Arrangez-les bien en rond autour du cuir, au-dessus duquel vous les serrerez en d, d’abord avec une ficelle que vous couvrirez ensuite par quelques tours de laine de couleur ; il se formera une boule qui sera la tête de la bouffette : vous ferez encore au-dessous un second étranglement en serrant vos laines un pouce plus bas en e, avec de la laine seulement ; le reste de la longueur ff formera une espece de houppe alongée, dont les couleurs seront également réparties dans tout le tour, à la différence des petites bouffettes, où les couleurs forment des cercles sur leur épaisseur.
88. DANS tout le harnois des chevaux de charrette, on ne met que trois de ces grandes bouffettes, qu’on place au fronteau de la bride sous les trois petites bouffettes qu’on y a attachées, qui leur servent, pour ainsi dire, de couronnement. Pour cet effet, on se sert d’un fil-de-fer qu’on accroche à l’anneau de la grande bouffette par un bout, & qu’on enfonce par l’autre au travers du centre de la petite bouffette & du fronteau, derriere lequel on le rive.
89. La peau de bléreau en poil est encore une espece d’ornement ; on l’attache à la bride des chevaux de charrette ; on en met aussi une à l’avaloire du limonnier. Celle de la bride entoure la ganache sans la serrer ; on coupe une peau de bléreau en étrécissant par les deux bouts, & on la place le poil en-dehors. Pour cet effet, en construisant la bride, vous aurez mis une attache au montant hors la main un peu au-dessus du fronteau, & une courroie arrêtée au milieu du dessus de tête sous le tuyau de l’aigrette ; maintenant vous passerez un des bouts du bléreau dans ladite attache hors la main, & ayant cousu une boucle à l’autre bout de la peau, vous la bouclerez à la main à la courroie qui sort de dessous l’aigrette. A l’égard de celle qui se met sur la croupe du limonnier, vous la ferez tenir à son milieu à la croupiere par une attache, & pareillement à ses bouts où elle tombe sur l’avaloire.
90. ON orne les bouts des cuirs, principalement de ceux qui composent la bride, d’une espece de bordure qu’on nomme de la trace ; & leurs milieux, de compartimens répétés, auxquels on donne le nom de bâtons rompus. Pour vous préparer à exécuter ces deux especes de broderie commencez par couvrir le cuir que vous voulez travailler, avec du drap rouge bleu, &c. puis prenez de la couture : c’est ainsi qu’on nomme des bandes étroites ou lanieres de mouton blanc ; vous la taillerez par un bout en pointe alongée : cette pointe vous tiendra lieu d’aiguille ; vous percerez les bords du drap & du cuir avec une alêne fine près à près ; & introduisant à mesure cette couture blanche par sa pointe dans les fentes de l’alêne, vous faites un rang de points en biais d’un bout à l’autre, auquel vous joignez un autre rang du sens opposé fig. 5 & 6, aaaa. On voit dans le milieu de la fig. 5 entre les deux traces ce qui se nomme bâtons rompus, & dans la fig. 6, les doubles bâtons rompus. Tout cela se fait avec de pareille couture. Ce qui constitue les doubles bâtons rompus, est des points de laine noire bb, qu’on passe par-dessus, aux endroits où ils se croisent ; quelquefois on omet le drap, & on travaille le tout sur le cuir nu.
91. ON brode ordinairement le milieu du cache-nez & des aboutoirs, la toile de la sellette du limonnier & la couverture des chevaux de devant, ou bien on peint ces deux derniers comme il a été dit à leur article. A l’égard de la broderie, elle se fait par-dessus le drap dont on couvre les cuirs en laines de toutes couleurs, excepté le blanc qui est toujours de mouton blanc. Quant à la toile, ou brode immédiatement dessus ; il se fait aussi des broderies toutes en lanieres de drap.
92. ON trace les dessins avec de la craie, & on les remplit en points devant, toutes les rangées paralleles les unes aux autres, soit en largeur ou en longueur du dessin. Ceux qui se font le plus communément, sont ou les armes de France, ou celles du maître de l’équipage, ou bien des dessins de fleurs. On voit un aboutoire brodé fig. 7, & la couverture du cheval de devant fig. 2, dont le coin est brodé. Cette broderie n’est pas bien fine ; mais elle ne laisse pas d’avoir de l’éclat par la variété des couleurs, sur-tout quand elle est neuve.
93. LES brédissures des bras d’avaloire au gros anneau du limonnier, & les fourreaux des chevaux de devant, ont aussi leurs parures, que les bourreliers appellent des festons : c’est une bande de drap rouge qu’on taillade en pointes, tant plein que vuide, qu’on attache avec de la couture blanche, tant au-dessus de la brédissure qu’au bas des fourreaux, à l’endroit où ils sont cousus.
94. ENFIN un ornement assez médiocre, mais qui s’exécute sur-le-champ, dans l’idée d’interrompre l’uni du cuir sur les courroies qui ont une certaine longueur, ou qui sont très-larges, cet ornement, dis-je, se fait avec la rênette, instrument qui, par-tout où il est conduit, enleve la superficie du cuir de la largeur d’une ligne & à la profondeur d’un quart ; on s’en sert pour faire des traits le long des bords des cuirs & des losanges sur leurs largeurs, que les bourreliers nomment des quarrés ; par exemple, on fait des quarrés aux enchapures des bras d’avaloire ; on rênette en long à quatre rangs les branches d’avaloire, &c. le tout suivant l’idée de l’ouvrier.
95. UNE parure utile, c’est de peindre les attelles à huile en telle couleur que l’on voudra, plus communément en rouge : cette façon conserve & nourrit le bois. On orne ordinairement leurs pattes des mêmes dessins qu’on exécute en broderie sur le reste du harnois.[/accordion-item]

CHAPITRE IV.

[accordion-item title= »De l’attelage des coches & des fourgons. »]96. LES harnois des chevaux qui s’attelent aux coches, charriots, fourgons d’armée & autres voitures de cette espece, sont les mêmes en général que ceux des chevaux de devant des charrettes ; mais attendu qu’au lieu de deux limons ces voitures n’ont qu’un timon, il faut absolument les atteler deux à deux, ce qui change la façon du tirage, & qui a fait ajouter aux harnois des limonniers quelques pieces nécessaires : c’est de ces pieces ajoutées dont on va particulièrement expliquer la disposition.
97. Attelage des coches. LES coches sont d’anciennes voitures à quatre roues, à fleche & à timon, dont on ne se sert plus que pour voyager d’une ville à une autre, & y transporter hommes, paquets & marchandises ; on les attele depuis deux chevaux jusqu’à six ou huit dans les mauvais chemins : à deux chevaux il n’y a qu’un cocher ; mais au-delà il y a toujours un postillon. Le cocher ne monte point sur le siege ; il monte en selle sur le cheval attelé à gauche du timon. Le cheval a sa droite se nomme le souverge ; le postillon monte sur le dernier cheval à gauche, qui termine l’attelage. La planche IV aidera à comprendre ce qui suit.
98. AUX yeux des deux traits des limonniers, qui sont, comme on vient de dire, le porteur du cocher & le souverge, on pose un anneau de fer pour mettre à chaque cheval un reculement : ce reculement est fait d’un fort cuir de bœuf, large de trois à quatre pouces. Voici son chemin : on le passe dans un des deux anneaux de fer, puis par-devant le poitrail du cheval, qu’il traverse, pour passer dans l’autre anneau : de là les deux bouts vont se boucler au gros anneau de l’avaloire, auxquels pour cet effet on a ajouté un ardillon ; & afin qu’il se communique au bout du timon, l’on met à son milieu en face du poitrail de l’animal un crochet de fer qui s’accroche quand on attele à une chaîne de fer qui tient au bout du timon, afin que quand le cheval recule, l’avaloire attire le reculement, la chaîne, & par conséquent le timon en-arriere.
99. ON met au souverge & au porteur un fourchet par-devant, dont les branches & la queue prises ensemble, doivent avoir deux empans & demi de long ; on en cloue les deux branches aux deux attelles de chaque collier du côté du col du cheval, au-dessous de la coupliere d’en-haut ; on passe ensuite la queue qui doit être terminée par une boucle en-arriere, par-dessous la croisée de la tête du collier. Le souverge seul doit avoir un second fourchet de trois empans & demi de long, dont on attachera les branches au bras d’en-haut de son avaloire ; on en fait ensuite passer la queue sous la patte de sa couverture, d’où elle ira se boucler à la boucle de la queue du fourchet de devant. A l’égard du porteur, comme il a une selle , il suffit d’y attacher par-devant un contre-sanglot qui se boucle dans la queue du fourchet de devant, & par-derriere deux courroies qui, partant de l’avaloire, s’arrêtent aux crampons de la selle. Tous les autres chevaux n’ont rien d’extraordinaire dans leurs harnois ; les quatriemes s’attelent à une volée au bout du timon ; les sixiemes &c. ont au bout de leurs traits un crochet de fer qui s’accroche dans une maille de fer à l’œil du trait du suivant : tous les traits sont garnis de fourreaux.
100. Attelage des fourgons. LE fourgon, duquel on va décrire l’attelage, sert principalement à l’armée : c’est une voiture de transport, ordinairement fermée de planches & couverte d’un toit de même matiere : le fourgon n’a que deux roues, quoiqu’il ait un timon, ce qui exige une piece principale dans le harnois des chevaux de derriere. Cette piece le nomme un colleron ; ce colleron se passe sur le col du porteur & du souverge, & sert à tenir le timon, & par conséquent la voiture en équilibre : on y ajoute un reculement.
101. LE colleron est composé de deux cuirs de bœuf, feutrés de basanes, c’est-à-dire, de la basane entre les deux cuirs, le tout de quatre doigts de large & de quatre empans & demi de long. Le cuir qui fera le dessous doit être plus large d’un pouce de chaque côté que celui de dessus ; on coud le tout ensemble, & on met un anneau de fer à chaque bout ; on l’attache au milieu de chaque colleron qu’on arrête ensuite à la coupliere d’en-haut du collier, pour le fixer à l’endroit où il doit porter sur le col du cheval au-devant du collier ; on arrête dans un des anneaux d’un bout du colleron une plate-longe d’un simple cuir, qu’on noue ensuite au bout d’un long palonnier,ou volée, arrêtée ferme sous le timon en-travers à deux pieds & demi de son bout, & dont on va attacher l’autre bout à l’autre anneau du colleron ; on attache encore dans les anneaux du colleron deux autres plates-longes : ces deux dernieres, en partant des anneaux, suivent en-arriere la même route de celles des coches ci-dessus, & vont se boucler de même dans les anneaux de l’avaloire pour servir de reculemens ; ou bien, en supprimant ces plates-longes, on se sert d’anneaux & de chaînes d’alliance. Les anneaux d’alliance sont deux anneaux de fer enfilés l’un dans l’autre ; on en passe un à chaque attelle avec le billot au travers de la mortaise ; l’autre reste en-arriere : l’un reçoit un bout de la chaîne ; on brédit à l’autre une longe qui va, comme ci-dessus, se boucler à l’avaloire : le tout, tant la chaîne que la longe qu’on y ajoute, doit avoir cinq pieds & demi de long ; de cette maniere le reculement, au lieu de prendre au colleron, part du collier. Cette façon est la plus usitée.[/accordion-item]

CHAPITRE V.

[accordion-item title= »Des panneaux. »]102. UN panneau simple, en général, est une espece de petit matelas dont le dessus est de peau, le dessous de toile, le dedans garni de paille & de bourre ; on le met en guise de selle sur le dos de l’animal, & on s’assied dessus. Il s’en fait pour plusieurs usages, & assez différens entr’eux pour exiger une description particuliere de chacun ; tels sont le panneau de chevillier qui sert aux chartiers & aux gens de la campagne, le panneau de boucher, le panneau à troussequin, le panneau de riviere. Pl. III.
103. Le panneau de chevillier. UN chartier qui a une grande route à faire ne pourrait y suffire sans monter de tems en tems sur quelqu’un de ses chevaux : c’est ordinairement le chevillier qui a la préférence : ce qui a occasionné le nom de panneau de chevillier à celui que l’on va décrire. Plusieurs gens de la campagne se servent de ce panneau pour voyager plus à leur aise qu’à poil sur leurs montures.
104. LE dessus du panneau sera de basane ou bien de peau de veau ; il doit avoir deux empans & demi du devant au derriere, & trois empans d’un côté à l’autre. Si la peau n’est pas assez grande, on y ajoute des pieces.
105. PLIEZ la peau par la moitié le long du dos ; taillez les côtés un peu plus étroits devant que derriere, arrondissez un peu les quatre coins ; ensuite dépliant votre peau & l’étendant à l’envers, vous le toilerez entièrement d’une vieille toile ; puis vous l’appointerez aux quatre coins sur une toile neuve de Mortagne, laquelle vous tiendrez de deux doigts plus large tout autour que le dessus, pour donner place à la rembourrure ci-après ; vous faufilerez cette toile au-dessus avec un fil simple ; vous borderez ensuite votre panneau avec des bandes de la même peau qui fait le dessus : on ne borde point alors les quatre coins ; ce ne sera que lorsqu’il sera presqu’achevé.
106. PLIEZ-LE une seconde fois comme la premiere ; faites le long du milieu une rentraiture avec de la couture de vache ; vous la commencerez à quatre doigts du devant, & la terminerez à quatre doigts du derriere : cette rentraiture partagera la peau en deux côtés ; faites-en deux autres sur la pente du panneau de chaque côté. Le bas des côtés d’un panneau se nomme la pente du panneau, & les intervalles entre deux rentraitures se nomment des canons : ils imitent en quelque façon la verge d’un collier. Ces canons sont représentés aa, pl. III, fig. 1, sur un panneau de chevillier achevé : ils doivent avoir deux doigts de large. Faites encore un petit canon b, au-dessus des deux premiers : celui-ci n’aura qu’un pouce de large : empaillez les canons, ainsi, que le devant & le derriere, avec de la paille longue que vous ferez entrer de part & d’autre par les coins que vous avez laissés ouverts exprès ; fendez ensuite dans son milieu la toile du panneau de deux doigts de long en-travers, pour empailler le corps qui ne s’emplit que de menue paille. Quand le panneau est plein, versez par terre sur son plat la moitié de la forme à collier qui a une arête x, pl. I, sur laquelle vous plierez votre panneau ; vous le battrez avec le dos du maillet, pour lui faire prendre la courbure qu’il doit avoir, & par le même moyen vous lui dresserez deux arêtes gg bien dégagées, l’une le long du devant, l’autre derriere. Dresser une arête, en terme de bourrelier, c’est pousser & approcher la paille le long des bords, & la contraindre à se presser & à s’amonceler entre le dessus & la doublure, jusqu’à ce qu’il paraisse le long du dessus une élévation aigue comme le dos d’un couteau ; vous borderez enfin les quatre coins ou pointes ii ; vous plierez encore le panneau une seconde fois sur la forme ; il faut que les pointes en soient bien dégagées, c’est-à-dire, qu’elles ne soient pas trop chargées de paille.
107. Vous ferez ensuite les deux coussinures cc, qui s’attachent & se ferment sous le panneau ; (une coussinure peut se comparer, pour la forme, à un petit traversin de lit de repos) on les fait de toile de Mortagne ; chacune aura neuf pouces de large sur toute la longueur du panneau ; vous coudrez les côtés de chaque coussinure à la doublure du panneau avec un fil en deux, à quatre pouces & demi l’un de l’autre, éloignant chacune d’un pouce de la rentraiture du milieu ; puis vous les remplirez de bourre, & les fermerez aux deux bouts.
108. POUR arrêter le panneau sur l’animal, vous vous servirez d’une sangle de cuir de bœuf e, à laquelle vous mettrez un anneau de fer f à chaque bout ; vous arrêterez une courroie h dans un des anneaux, laquelle se terminera en pointe par l’autre bout. Pour maintenir la sangle en la place, vous aurez précédemment placé une attache dd de chaque côté sur les canons ; & lorsque vous voudrez sangler, vous passerez la courroie deux fois d’un anneau à l’autre en serrant, puis vous la nouerez sur elle-même.
109. Le panneau du boucher. CE panneau sert aux bouchers à transporter leurs viandes à cheval ; & comme leurs panneaux se construisent d’une peau entiere de veau passée en poil, le poil en-dehors, ils fournissent ordinairement cette peau toute fraîche sortant de dessus l’animal ; mais attendu qu’elle ne saurait s’employer en cet état, le bourrelier la prépare en la faisant tremper dans des eaux d’alun, ce qui dure une huitaine de jours ou environ, pour la travailler ensuite, c’est-à-dire, en racler la chair & la laisser sécher à demi.
110. LA peau étant dans cet état, commencez par la plier en deux de la tête à la queue ; taillez votre panneau : il doit avoir quatre empans de long, & la largeur de toute la peau par-devant. La figure 11 représente la moitié de la coupe d’un panneau de boucher ; arrondissez les pointes de devant a, pendant l’espace de cinq pouces, & les échancrez de trois pouces du côté du ventre bb, le long duquel vous irez tout droit jusqu’à un empan du bout, où vous ferez encore une échancrure c, qui aura quatre pouces d’enfoncement ; puis vous couperez droit jusqu’au bout d. Cette derniere partie fera le coussinet, comme on verra ci-après ; ensuite dépliant le panneau à l’envers, vous le toilerez en entier de vieille toile.
III. FENDEZ le milieu de la peau, à trois doigts du devant, de cinq pouces en long ; vous fermerez cette fente par une piece de même longueur & de quatre doigts de large, pour y loger un pommeau ci-dessous ; fendez aussi la peau à trois doigts du bout du coussinet d, d’un travers de doigt. A cette fente vous coudrez un anneau enchapé ; cet anneau arrasera le bout du dessus de la peau : son enchapure sera de cuir de Hongrie d’un empan de long, cousue par-dessous en fil ; elle aura à son bout cousu quatre doigts de large : appointez le panneau en entier sur une toile neuve de Mortagne par les quatre coins avec un fil simple, en coupant la toile au pourtour ; laissez-la déborder de huit pouces au-delà du devant, & de deux doigts au-delà du reste du panneau ; remployez un quart de pouce de cette toile, que vous faufilerez ensuite au-dessus, excepté le devant ; puis vous borderez les côtés & le derriere avec de la pareille peau.
112. Vous ferez une rentraiture le long du milieu du panneau avec de la couture de vache à grands points, de deux doigts de long, jusqu’au panneau ; puis vous formerez, comme au précédent, les canons sur les côtés par de pareilles rentraitures, savoir, une à deux doigts de la bordure des côtés, depuis les pointes de devant jusqu’à l’échancrure de derriere, une autre à deux doigts au-dessus, & une troisieme d’un empan de long au-dessus de la précédente, éloignée de deux pouces. Les deux bouts s’étrécissant en pointe, vous remplirez les deux grands canons avec de la paille droite par les pointes de devant qui ne sont pas encore bordées ; & pour empailler le petit d’au-dessus, vous fendrez la doublure ; remplissez ensuite le corps du panneau de menue paille par ces mêmes fentes.
113. LE panneau étant à demi plein, si le boucher y veut un arçon, vous aurez un arçon de devant d’une selle ordinaire tout préparé, c’est-à-dire, nervé, collé & encuiré ; (cette préparation sera enseignée dans l’art du sellier ci-après) vous le ferez entrer par le devant du panneau entre deux pailles, le haut de l’arçon bien droit au milieu du pommeau ; continuez à mettre de la menue paille ; passez trois points de fil double de chaque côté de l’arçon avec une grande aiguille, pour le retenir en sa place ; chambrez le dessous de l’arçon vis-à-vis le garrot du cheval sur la doublure ; faufilez la doublure du devant avec la peau ; bordez le devant, excepté les pointes ; fendez la doublure en-travers de deux doigts de long ; achevez de remplir le panneau, & sur tout le dessus & le dessous de l’arçon bien ferme ; faites une arête bien fine sur l’arçon, du reste comme au précédent ; dégagez bien les pointes, bordez-les, pliez le panneau deux fois sur la forme à collier.
114. GARNISSEZ d’un porte-étrier de cuir de deux doigts de large & de trois empans de long, ayant un anneau à chaque bout ; vous brédirez ces deux anneaux au porte-étrier avec de la petite couture ; vous l’arrêterez ensuite au panneau avec trois attaches, savoir, au milieu dans la rentraiture près du pommeau, & les deux bouts sur les seconds canons ; passez ensuite une courroie de quatre pieds de long & d’un pouce de large dans chaque anneau du porte-étrier : ces courroies se garnissent par un bout d’une boucle cousue en fil avec son passant taillé en pointe par l’autre bout : on les passe dans l’œil de l’étrier, & on les boucle : c’est ce qu’on nomme des étrivieres.
115. COUSEZ sur les canons à la main avec de la petite couture de vache deux contre-sanglots de cuir de bœuf, d’un pied & demi de long, d’un pouce de large ; celui de devant près l’anneau du porte-étrier, l’autre à un empan plus en-arriere ; & sur les canons hors la main, à quatre doigts du porte-étrier, vous coudrez avec de la même couture une sangle de cuir de bœuf de cinq empans de long, de quatre doigts de large ; fendez-la par l’autre bout d’un pied de long ; garnissez chaque branche d’une boucle à l’Anglaise, ou demi-boucle, auxquelles vous bouclerez les deux contre-sanglots pour sangler le panneau sur le cheval.
116. LA croupiere sera d’un pied de long, fendue d’un empan par un bout ; vous coudrez le culeron à ces deux branches de fourchet, & deux petites bouffettes sur les coutures ; vous mettrez à l’autre bout de la croupiere une boucle demi-ronde, cousue en fil : cousez avec cette boucle un contre-sanglot que vous passerez dans l’anneau enchapé au coussinet du panneau, pour ensuite venir le boucler à cette boucle.
117. Le panneau à troussequin. CETTE espece de panneau ressemble autant qu’il le peut à une selle à troussequin faite par les selliers : on y est fort commodément, & le prix en est moindre, ce qui engage plusieurs à s’en servir. Pour faire ce panneau, servez-vous de l’une ou de l’autre des peaux qui s’emploient pour le panneau de chevillier ci-devant ; coupez-le de la même longueur, enfin suivez pour le corps du panneau presque en tout sa construction ; les différences qui se trouvent en chemin sont si peu considérables, que pour éviter les répétitions, on a mieux aimé faire ici un extrait succinct de cette construction, que de recommencer ce qui est déjà détaillé dans le panneau de chevillier ci-devant, se contentant de noter les différences à mesure qu’elles se rencontreront.
118. QUAND on veut un coussinet pour porte-manteau, on taille la peau par-derriere en échancrant de chaque côté, comme au panneau de boucher.
Appointer le panneau sur une toile neuve de Mortagne, aux quatre coins laisser déborder la toile de deux doigts.
Faufiler la toile au panneau, le border de pareille peau excepté les pointes.
Faire une rentraiture au milieu.
Faire deux canons de chaque côté, les emplir de paille droite.
Emplir de pareille paille le devant par les pointes de devant.
Fendre la toile pour remplir le corps du panneau de menue paille.
Plier le panneau sur la forme à collier.
Border les pointes.
Plier une seconde fois sur la forme.
119. AFIN de rendre ce panneau semblable à une selle, on ajoute une espece de pommeau taillé en forme d’un oiseau, des battes & un troussequin, sans qu’il y entre aucun bois ; chacune de ces pieces taillée double de la même peau, on les coud ensemble, puis on les remplit de paille menue : on les coud au panneau chacune en sa place.
120. POUR les construire, après les avoir taillées, cousez par l’envers les deux morceaux de chaque piece, y joignant une laniere de mouton rouge entre-deux, que l’on prend dans la couture : on la nomme un jonc ; retournez-les ensuite sur la fleur, il paraîtra le long de la couture une ligne rouge. Posez l’oiseau au milieu du devant sur le bord, les battes à ses deux côtés, & le troussequin à deux pouces du derriere.
120. POUR faire tenir toutes ces pieces, faites une fente à la peau du panneau de la longueur de la piece ; cousez à l’envers avec le point à joindre ses bords avec ceux de la fente ; puis vous l’empaillerez, & vous en rapprocherez la fente à surjet : tout ceci se fait avant d’empailler le panneau. Mettez au-dessous des battes un anneau enchapé, cousu sur les canons, pour passer les courroies d’étrier, qu’on nomme etrivieres ; & derriere le troussequin, ou au bout du coussinet, s’il y en a un, un anneau enchapé de quatre doigts de long ; que l’anneau seul paraisse en-dessus, comme au panneau de boucher ci-devant. Si vous avez taillé un coussinet, vous attacherez deux courroies derriere le troussequin pour y lier le porte-manteau. Vous suivrez pour la croupiere & le culeron le même procédé indiqué au panneau de boucher ci-devant.
122. J’AI oublié de dire que pour assurer l’oiseau dont le bec est en l’air, on met au bout du bec une attache qui va se rendre au panneau.
123. Nota. QUE quelquefois on met des coussinures comme au panneau de chevillier ; que si on veut on rembourre le panneau avec de la bourre au lieu de paille ; & que pour les femmes qui montent les deux jambes du même côté, on fait hors la main une espece de dossier contigu au troussequin, qui coule le long du côté vers les battes pour leur soutenir les reins.
124. Collier & panneau de riviere. LE collier & le panneau des chevaux qui remontent les bateaux sur les rivieres, doivent être construits de façon à résister, autant qu’il est possible, aux dommages que l’eau peut leur causer, lorsque ces chevaux sont obligés d’entrer dedans & d’y cheminer, ce qui arrive assez fréquemment dans leurs routes ; moyennant quoi, les différences de ces pieces aux autres du même genre sont assez considérables pour en faire ici un article particulier, en parlant d’abord de leur collier, & ensuite de leur panneau ; ce qui terminera leurs harnois en général, & tout ce qu’on a à dire à cet égard. 1°. Les chevaux qu’on emploie à ce travail sont de médiocre taille ; c’est pourquoi leur collier est assez petit ; 2°. ils sont toujours attelés deux à deux, chaque paire à part, qu’on nomme une courbe de chevaux, parce que chacun est attaché par des traits de corde à un palonnier courbé en-devant, & attaché à une volée courbée de même, laquelle tient à la corde du bateau. A mesure que le bateau est plus grand ou plus chargé, on augmente le nombre des courbes de chevaux ; & comme le marinier conducteur de sa courbe monte tantôt sur l’un & tantôt sur l’autre de ses chevaux, chacun doit avoir son panneau.
125. Le collier. CE collier se fait de basane, comme les autres ; mais attendu qu’il est communément assez petit, on retranche de la peau en la coupant en long, à quatre pouces au-delà de sa vraie moitié ; puis on plie en deux ce qui en reste, & en continuant au lieu de faire le pli du col à rase du corps, comme il est marqué pl. II, fig. II, ligne ponctuée, on l’avance sur le corps d’un empan ou environ, au lieu de rabattre le dos en deux triangles, comme on fait aux autres colliers ; on le plie presque quarrément. Les fournimens se cousent aux bouts dudit pli, ce qui éleve cette couture à un empan du bas du collier ; au moyen de quoi, entrant plus rarement dans l’eau, quand les chevaux se mettent à gué, elle n’est pas si sujette à se pourrir, & l’eau à pénétrer dans l’intérieur du collier (Pour mieux concevoir ces différences, repassez la taille du collier ordinaire à l’article II du chapitre III.). On acheve le collier comme à l’ordinaire ; & quand il s’agit de le remplir, on enferme dans la verge une corde au lieu de paille, & on l’empaille en entier, sans jamais y mettre de bourre. A l’égard des attelles, en arrondissant leurs pattes, on les rabaisse assez pour donner facilité au marinier qui est assis du côté sur son panneau, de voir son chemin par-dessus. Les boutons qui attachent le collier aux attelles seront de cuir noir ; & au lieu de coupliere d’en-bas, on mettra deux bandes de fer l’une sous l’autre, qu’on nomme croissans de fer, crochus par les deux bouts qu’on fera entrer dans le bois ; on y mettra la housse de mouton comme à l’ordinaire.
126. Le panneau. LE panneau de riviere sera de basane ; il doit avoir un empan & demi de long du devant au derriere, & la même mesure d’un côté à l’autre ; que les deux bouts fassent un peu la pointe, & que le panneau soit un peu plus étroit du devant que du derriere ; le toiler de vieille toile ; l’appointer sur une toile de Mortagne ; le border ; faire une couture en-travers à six pouces du devant, & une pareille à six pouces du derriere, aa, pl. III, fig. III ; le rentraire de cinq coutures en long entre les coutures aa, ce qui formera six canons ; le rembourrer de paille ; mettre deux coussinures bb, de toile, de neuf pouces de large ; les remplir de paille ; les fermer aux deux bouts avec deux ronds de basane & de la couture de mouton rouge sous le point de fil ; la sangle sera de cuir noir à deux anneaux cc, dans l’un desquels vous mettrez une courroie pour sangler le cheval comme au panneau de chevillier ci-devant. La sangle doit passer dessus le panneau dans deux attaches d, sous lesquelles vous mettrez un morceau de vache, afin que la sangle n’use pas le panneau. Le reste du harnois sera une couverture peinte sur la croupe, des traits & porte-traits de corde, un cordeau arrêté au polonnier : le mors de la bride doit être de fer, ce qu’on nomme : un mors creux.[/accordion-item]

CHAPITRE VI.

Bourrelier. Pl. V.

[accordion-item title= »Les bâts. »]127. LE bât en général est une espece de selle qui se met sur le dos des bêtes de somme, pour y attacher les fardeaux dont on les charge ; il est composé d’un bâtis de bois, auquel on joint un panneau rembourré. Il s’en fait de diverses manieres pour les chevaux, les ânes & les mulets ; pour les chevaux, on en construit de deux especes, le bât ordinaire & le bât de guerre ; pour les ânes on ne fait que le bât ordinaire. Le bât de guerre pour les mulets en tems de guerre leur est particulier. Le bât ordinaire pour les chevaux & les ânes se nomme bât à boutonner ; celui de guerre pour les chevaux, bât à fausses gouttieres ou bât français ; le bât de guerre des mulets, bât d’Auvergne.
128. ON va décrire tous ces bât : l’un après l’autre ; quant au bât de mulet, on y joindra tout le reste de son harnois, qui ne ressemble à aucun de ceux qu’on a décrits ci-devant. Tout bât est composé d’un fust & d’un panneau. Le fust est de bois, & toujours de quatre pieces, savoir, deux aubes & deux courbes. Il est du district du bourrelier de faire les fusts ; mais comme il lui en vient de tout ébauchés des ventes des forêts, il n’a plus qu’à les perfectionner & les ajuster avec l’aissette & la rape à bois, suivant l’usage qu’il en veut faire. La courbe destinée au devant a, fig. 3, doit toujours être de deux pouces plus étroite que celle du derriere a*. Pour assembler le fust, après avoir fait entrer les courbes dans les engravures des aubes, on cloue les aubes bb, à chaque pointe des courbes, avec cinq clous de quatre, comme il est dit de la sellette de limon. Voilà en général le fust prêt à recevoir le panneau. Les autres circonstances qui s’y joignent, seront détaillées dans la description de chaque bât, dont on va donner la construction.
129. Le bât de cheval à boutonner. CE bât est le plus ordinaire ; il est même le seul dont se servent communément les gens de campagne ; il est composé, comme tous les autres, d’un fust & d’un panneau. Le fust étant monté, il s’agit de le mettre en état de recevoir le panneau ; pour cet effet vous percerez deux trous de vrille au travers des courbes, un à celle de devant au-dessus du garrot, l’autre vis-à-vis à la courbe de derriere & deux autres trous, un au milieu du bas de chaque aube sur la pente proche le bord ; clouez ensuite à un pouce du haut de chaque courbe en-dehors, une bande de fer de deux doigts de large, ayant un crochet à son milieu ; il faut, en la clouant, mettre un petit rond de cuir sous la tête des clous, afin de les bien assurer.
130. POUR faire le panneau, commencez par prendre la mesure du fust ; puis ayant mouillé & étiré une peau de mouton tannée entiere, telle qu’il vous la faut, pliez-la par la moitié sur la chair de la tête à la queue pour la tailler ensuite selon votre mesure.
131. AFIN que le panneau soit assez grand & ample, il doit déborder le fust au-delà des courbes de quatre doigts par-devant & de trois doigts par-derriere : cet excédant est ce qu’on nomme la chasse du panneau ; il faut encore qu’il ait assez de profondeur pour toucher sous les courbes quand il sera en place, & qu’il ait par les côtés un empan de pente au-delà des aubes. Si la peau n’est pas assez ample en ces endroits, ce qui arrive souvent, prenez-en deux morceaux le long du col de l’animal, que vous avez dû retrancher d’abord pour équarrir votre panneau ; vous les y coudrez à l’envers avec du fil en deux poissé, mettant un petit jonc dans la couture ; vous la surtaillerez, & vous arrondirez en douceur les pointes & la pente pour la grace ; vous toilerez, c’est-à-dire, vous doublerez le panneau en entier de vieille toile, puis vous mettrez les façures.
132. CE qu’on nomme les façures, est des bandes de toile de Mortagne, de cinq pouces de large, qui se mettent à l’envers le long des bords du panneau tout autour, où vous les appointerez. Les façures des pentes doivent dépasser d’un pouce celles du devant & du derriere ; vous mettrez entre ces façures des pentes & le panneau six morceaux de basane de cinq pouces de long, c’est-à-dire, trois de chaque côté, savoir, deux aux coins, & une au milieu de la pente ; appointez-les tous du côté de la fleur ; cousez tout autour ensemble la peau du panneau & la vieille toile, repliez un peu en-dedans les façures du devant & du derriere ; vous y ferez deux petites rentraitures de toute leur largeur avec de la couture de basane ; puis revenant aux pentes, vous prendrez deux petites baguettes de la longueur des pentes du panneau ; vous les entourerez de paille droite qui excede leur longueur de six pouces par chaque bout ; vous entourerez cette paille avec un fil simple, le cordant tout le long de la baguette ; vous releverez la façure de la pente pour arrêter la baguette au panneau, par une couture qui l’entourera ; vous commencerez & finirez cette couture en prenant dedans les six pouces de paille, dépassant les baguettes, que vous aurez précédemment dû plier à chaque bout sur les façures de la chasse devant & derriere.
133. VOUS emplirez le panneau de paille droite ; pour cet effet, commencez par mettre sous les baguettes une petite mise de paille ; puis étendez le panneau par terre, l’envers en-dessus ; mettez-vous à genoux, posez une regle de bois le long du milieu ; puis prenant à pleine main de grosses mises de paille droite, vous les lierez de deux liens de paille ; vous mettrez deux de ces mises de chaque côté en long jusques dans les baguettes de la pente, puis une en-travers sur les châsses du devant & du derriere, pour leur donner de la rondeur ; observez, en plaçant les mises, de mettre toujours leurs liures en-dessous ; achevez de remplir de cette façon le reste du panneau bien ferme & uniment de chaque côté par-dessus les deux mises en-travers ci-dessus.
134. RELEVEZ le panneau de terre, & ployez-le par la moitié ; vous rabattrez ensuite les façures des pentes des côtés sur les mises de paille, & vous les coudrez d’un fil en deux non poissé, avec les façures des châsses, & vous refournirez de petites mises de paille sur les pentes pour bien unir le tout.
135. POUR boutonner ce panneau, c’est-à-dire, y faire les boutons piqués qui ont donné à ce harnois le nom de bât à boutonner, prenez un gros carrelet que vous enfilerez de ficelle en deux poissée, avec laquelle vous ferez des boutons en traversant pour chacun le panneau de dessous en dessus, & passant en dessus sous chaque point avant de le serrer, un peu de laine de toutes couleurs, vous en ferez deux rangs sur les pentes ; éloignez d’un pouce d’un bouton à l’autre le second rang à trois pouces du premier, puis vous chambrerez le garrot avec la même ficelle d’un empan de long sur quatre pouces de large, faisant les points d’un pouce de long, & vous mettrez aux deux côtés deux boutons pour agrément. On voit pl. V, fig. 1, aa, un panneau boutonné.
136. IL s’agit maintenant d’attacher solidement le panneau à son fust ; commencez, en le mettant en sa place, par le poser de maniere qu’il déborde un peu plus en-devant que par-derriere ; puis pour l’attacher en-haut au milieu des courbes & l’y joindre en-dessous, vous passerez devant & derriere dans la rentraiture du milieu du panneau une longue attache de cuir, de là dans le trou fait ci-devant au-haut de chaque courbe, allant & revenant ; vous finirez par en corder le bout sur elle-même, pl. III, fig. B, a ; écartez-le ensuite au moyen de deux bâtons ; placez alors & clouez les dagornes : c’est le nom qu’on donne ici à de petites courroies de vieux cuir de bœuf, au nombre de quatre ; vous les passerez d’abord aux quatre coins du panneau, ensuite vous les croiserez dans le trou que vous avez fait aux aubes au-dessous des pointes des courbes : il faut prendre dessous les grosses mises de paille du devant & du derriere ; puis croisant l’un sur l’autre les deux bouts de chacune, vous les clouerez de part & d’autre le long de la pointe de la courbe avec trois broquettes bb de chaque côté ; vous passerez aussi une attache au travers du milieu de la pente, & dans le trou du milieu du bas de l’aube, où vous l’arrêterez avec un double nœud.
137. OTEZ les bâtons qui écartaient le panneau ; corrompez avec une pince les mises de paille ; puis vous passerez avec une grande aiguille à réguiller, quatre points de moyenne ficelle des deux côtés du panneau à rase les bords des aubes du haut & du bas ; puis vous le rembourrerez bien uniment de bourre de veau, & serrerez les ficelles à mesure que vous rembourrerez dessous ; & afin de bien incorporer la bourre avec la paille, vous la piquerez à mesure avec la broche à piquer.
138. LA garniture de ce bât consiste en une sangle, une toile pour couverture, deux crochets de fer & une croupiere. La sangle, pl. V, fig. 1, b, & pl. III, A, dd, sera de cuir de bœuf, de quatre doigts de large, & de cinq empans de long ; vous la fendrez par un bout en fourchet, & vous la clouerez vers le milieu de l’aube hors la main ; vous coudrez à chaque extrémité du fourchet une boucle enchapée ; vous clouerez vers le milieu de l’aube à la main, plus en-devant qu’en arriere, deux contre-sanglots de même cuir de deux empans de long, à quelque distance l’un de l’autre, qui serviront à boucler les deux branches du fourchet de la sangle.
139. LA croupiere, pl. III, fig. A, cc, doit être double : sa branche hors la main sera la plus longue ; elle sera cousue à un des bouts du culeron : elle doit traverser les arcades des deux courbes, tourner autour de l’attache du panneau a, fig. B, à la courbe de devant, & retourner ensuite se joindre à la main à la courte branche, pareillement cousue à l’autre bout du culeron, dont on couvre les coutures avec deux petites bouffettes.
140. LA toile, pl. V, fig. 1, cc, pour couvrir la croupe de l’animal, doit avoir jusqu’au culeron, qu’elle ne doit pas déborder, un pied & demi, & deux pieds trois quarts de l’autre sens ; elle est ordinairement peinte en noir : on la cloue vers le bas de la courbe de derriere ; & pour qu’elle prenne bien le rond de la croupe, on plie en biais par-dessous de chaque côté la partie que l’on va clouer ; observez de mettre sous les clous de la couture de mouton rouge. Si on veut qu’elle soit façonnée à fleurs, c’est-à-dire, bordée, alors on la borde à plat d’une lisiere de drap, cousue avec du mouton blanc, & deux petites bouffettes pendantes à chaque coin.
141. Les crochets, pl. III, fig. B, e, & A, ee, tiennent chacun en-dehors au-haut des courbes à un croissant de fer qu’on y cloue. On se passe assez souvent à cette espece de bât du poitrail & du bascul ou fessier ; cependant si on veut les y ajouter, on les trouvera décrits au suivant.
142. Le bât français à fausses gouttieres, ou de guerre. QUOIQUE ce bât se construise en plusieurs parties, comme le précédent, on ne laissera pas de le décrire en entier, mais plus succinctement pour les pieces qui se ressemblent ; ce sera à cet égard une espece de récapitulation. Il est composé, comme le précédent, d’un fust & d’un panneau : on nomme le fust dont on se sert ici, fust normand, qui, quoiqu’il soit fait comme les autres, est cependant plus dégagé & plus ouvert. On l’assemble & on le garnit comme le précédent ; mais comme il est principalement fait pour la guerre, on y ajoute deux vertevelles de fer. La vertevelle, pl. III, fig. C, a, est ici un anneau de fer de deux pouces en quarré, qu’on arrête en-dedans de chaque courbe avec deux clavettes à tête de piton. Pour mettre cet anneau en place, on commence par faire quatre trous de vrille deux à deux, au-dessous du croissant du crochet ordinaire ; on passera au travers de ces trous de dedans en dehors les deux pointes de chaque clavette, dont les têtes soutiennent la charniere de l’anneau pour qu’il roule librement ; ainsi les courbes sont garnies par-dehors d’un crochet avec son croissant, & par-dedans de cet anneau : ces vertevelles sont destinées à soutenir les malles ou coffres suspendus, comme on verra ci-après.
143. POUR faire le panneau de ce bât qui se nomme à fausses gouttieres, fig. A, gggg, prenez une peau de cochon ou de truie ; elles sont communément plus grandes : il faut la mouiller, l’étirer, la laisser égoutter, la ployer en deux sur sa longueur, & ensuite la tailler. La pente & la châsse, comme le précédent ; on prend la tête & le collet de la peau pour refournir le dessus, parce que les peaux ne sont jamais assez larges pour faire un panneau un peu ample ; on appointe ces pieces au ventre de l’animal avec un fil simple ; on les coud ensuite du côté de la chair, un jonc de mouton rouge entre-deux ; on retourne le tout ; on bat la couture, on la surtaille ; on arrondit la pente, la châsse, les quatre pointes.
144. ON coud une toile à couverture d’un pied de large sur la pente tout du long, ainsi que sur la châsse ; cette toile se coudra à un pied au dessus du bas de la pente avec un fil en deux poissé ; observant que cette toile soit bien égale à la peau le long du bas de la pente : on met les façures de toile neuve de Mortagne, même largeur du précédent ; on les appointe & les coud au panneau, un jonc de mouton blanc entre la couture ; on coud le derriere du panneau ; on ne coud que la vieille toile avec la façure sur les pentes des deux côtés, parce que le cuir ne se recoud qu’après que le panneau est plein. La couture se fait à surjet avec un fil en deux poissé ; on partage le panneau en deux par le milieu avec deux rentraitures de la largeur de la façure, l’une devant, l’autre derriere ; on met deux baguettes aux côtés entortillées de paille droite ; on les coud on remplit le panneau comme le précédent, on le boutonne à la toile qui est cousue à la pente ; on le traverse & on le boutonne sur la façure : tous ces boutons sont en-dessous, ils se font comme les précédens ; on n’y met qu’un brin de laine, on rabat la peau sur la pente, on coud sur la baguette avec du mouton blanc à quatre doigts de la pente, en tournant par-devant et par-derriere ; on repousse bien le panneau, on le chambre sur le garrot proche la rentraiture, comme le précédent ; on le met dans le fust avec les attaches & dagornes ; on y pique la bourre ; que la rembourrure soit bien ferme ; bien dégager l’arête & les côtés.
145. GARNISSEZ ce panneau d’un poitrail, pl. III, fig. A, h, h, de cuir de bœuf, de six empans de long & de deux doigts de large ; clouez-en un bout sur l’aube hors la main ; mettez à l’autre bout une boucle demi-ronde dans une enchapure de cinq pouces de long, que vous y coudrez avec de la couture ; vous clouerez l’enchapure à l’aube à la main en biais, pour que le poitrail prenne bien le rond de celui du cheval.
146. FAITES une sangle de cuir de bœuf dd, de cinq empans & demi de long, de quatre doigts de large ; clouez-la par un bout à l’aube presque dans le milieu hors la main ; taillez-la à l’autre bout en fourchet, d’un empan & demi de long : chaque branche sera garnie d’une boucle enchapée cousue en fil ciré ; clouez sur l’aube à la main deux contre-sanglots de cuir de bœuf d’un pouce & demi de large, sur deux empans de long, pour y boucler le fourchet.
147. FAITES un fessier ou bascul ff, de six empans de long, de deux doigts de large, de cuir de bœuf, garni d’une boucle à demi-ronde par chaque bout, cousue avec mouton rouge ; vous le feutrerez, c’est-à-dire, le doublerez avec de la basane, entre laquelle & le dessus vous le remplirez de bourre en entier ; clouez quatre contre-sanglots de cuir de bœuf de deux empans de long, de deux doigts de large, deux à chaque aube en-arriere, pour boucler les boucles du fessier. La croupiere comme au précédent.
148. LA toile qui couvre la croupe, sera façonnée à fleurs, & bordée par-derriere d’une lisiere sur laquelle on fera des bâtons rompus avec de la couture de mouton blanc, une petite bouffette pendante aux deux coins ; clouez la toile le long du bas de la courbe de derriere, depuis le défaut de son arcade de chaque côté ; mettez une petite frange sous les clous, & au milieu de cette toile une attache qui ira rendre à l’attache de derriere, qui joint le panneau à la courbe.
149. AFIN de soutenir le fessier à la hauteur convenable, on fait une fente dans chaque courroie de la croupiere, vis-à-vis l’une de l’autre, pour y passer une courroie d’un demi-pouce de large ii, dont on arrête les deux bouts au fessier, à un empan & demi de ses deux boucles.
150. POUR porter les valises ou ballots, lorsqu’on charge le bât, l’on a quatre courroies, chacune de neuf pieds de long, larges de trois doigts ; on les nomme courroies de malle ; on les garnit par un de leurs bouts d’une boucle à roulon avec son passant, & par l’autre bout on les taille un peu en pointe ; on brédit à chaque courroie à un empan & demi de ladite boucle, avec de la couture de vache, un fort crochet, avec lequel on accroche la vertevelle ; on met aussi deux de ces courroies à chaque vertevelle ; de là elles prennent la malle, d’où elles vont se boucler à la boucle à roulon. Si on veut placer une troisieme valise au milieu du bât, on se sert de deux paillettes ; c’est ainsi qu’on nomme, en cette occasion, deux courroies de cuir de bœuf, de huit pieds de long chacune, & d’un pouce & demi de large, chacune garnie d’une boucle ; on en passe une de chaque côté des attaches du panneau qui prend la malle entre le panneau & les courbes où elle se boucle.
151. Nota. QUE la bride du cheval de bât pour la guerre est à peu près la même que celle du cheval de charrette : les seules différences sont, qu’on y ajoute des porte-mors & un mors semblable à celui du cheval de selle, qu’on ne met que deux grandes bouffettes au fronteau, & que l’on fait à la rêne un bouton qu’on passe dans le crochet du bât.[/accordion-item]

CHAPITRE VII.

[accordion-item title= »Du bât d’âne. Remarques sur son collier. »]152. LE bât d’âne est absolument pareil, proportions gardées, pour le fust comme pour le panneau, à celui ci-devant, qui se nomme bât à boutonner. Il n’en est pas de même de son collier ; on est obligé de le faire de façon qu’il s’ouvre en deux par le bas, attendu que cet animal ayant la tête grosse proportionnellement à son col qui est court & mince, le collier, après avoir passé la tête, se trouverait trop large, & tournerait sur son col : voici comme on évite cet inconvénient. On coupe le bas du collier par le milieu, on ferme les deux côtés coupés par une piece de même peau ; & pour rapprocher & rejoindre tant le collier que les attelles, on met au collier d’un côté une boucle & de l’autre un contre-sanglot pour le serrer quand il est en place. A l’égard des attelles, on y cloue le long du bord extérieur de chacune au-dessous du bout du sommier, un croissant qui suit le contour de l’attelle jusqu’au bout, où un de ces croissans fait charniere avec l’autre, c’est-à-dire, qu’il n’a qu’un charnon qui se place entre les deux ; de l’autre une cheville de fer passée au travers les tient ensemble. Cette cheville a une tête dans laquelle on passe une petite courroie que l’on cloue à une des attelles, moyennant quoi, lorsqu’on veut mettre le collier, on déboucle le contre-sanglot, on ôte la cheville ; le collier s’ouvre ; on le passe par-dessus le col, & on le referme.
153. Nota. QU’IL se rencontre quelquefois des chevaux de charrette auxquels on est obligé, par les mêmes raisons, de faire de ces colliers.[/accordion-item]

CHAPITRE VIII.

[accordion-item title= »Le harnois du mulet d’armée équipé en guerre. »]154. LES mulets réussissant beaucoup mieux à porter qu’à tirer, le cheval leur est inférieur pour la premiere de ces deux fonctions, autant qu’il leur est supérieur pour la seconde. Lorsqu’on emploie le mulet aux voitures, si c’est à la charrette, on lui met les mêmes harnois des chevaux de charrette : si c’est au carrosse, on se sert des harnois de carrosse. Il s’en trouve aussi qu’on peut monter ; alors on leur met le harnois du cheval de selle, ou on les monte à cru. Mais le théatre de la guerre est celui où ils se distinguent le plus. Ils y sont préférés aux chevaux de somme, dont ils épargnent le nombre, attendu qu’ils portent bien plus pesant, qu’ils ont la jambe plus sûre, qu’ils tiennent long-tems sur pied, & qu’ils sont d’une moindre nourriture. Aussi les y considere-t-on beaucoup plus qu’ailleurs ; & pour montrer l’estime qu’on en fait, on les équipe avec distinction ; ils y sont très-sensibles, si l’on en croit les muletiers, qui prétendent les affliger quand ils ont fait quelque faute, en leur ôtant leur rang ou quelques-unes de leurs parures. On va voir quelle est leur magnificence par le détail que l’on va faire de tout ce qui compose leur harnois & ses ornemens.
155. Le licol. LE licol du mulet est composé d’un dessus de tête, d’une museliere, d’un fronteau, d’une sougorge appellée lyonnaise ; le tout de cuir de bœuf en blanc, & de chaînes de fer. Le dessus de tête, pl. III, fig. IV, aaaa, qui fait le tour de la tête jusqu’au-dessus de la bouche de chaque côté, aura deux doigts de large & quatre empans & demi de long ; il sera rênetté à quatre raies en longueur. La museliere b aura dix pouces de long & quatre doigts de large à son milieu, d’où elle ira en diminuant du haut jusqu’aux deux bouts ; elle sera rênettée en quarré. Le fronteau c aura un pouce de large & deux empans de long ; la lyonnaise dd aura un pouce de large & six empans de long. La longue chaîne de fer ee doit avoir cinq mailles, & être terminée par un anneau à chaque bout. La courte chaîne f n’aura que deux mailles & un anneau à chaque bout ; c’est-à-dire, que toutes les deux partiront des anneaux du dessus de tête, & finiront chacune par un anneau.
156. POUR faire le licol, arrêtez dans les anneaux qui soutiennent les chaînes, les deux bouts du dessus de tête & ceux de la museliere, en les y cousant d’abord à demi-jointure avec un fil en deux poissé ; puis vous les brédirez ensuite proche l’anneau avec de la couture de mouton rouge, à trois points & un point quarré, & avec la même couture vous ferez une croix & trois points de billot, pl. VI, B ; cousez ensuite au-delà desdites enchapures deux lacets de vache ii, qui iront en biais du dessus de tête à la museliere ; tournez vos points de couture en rond ; mettez au milieu du dessus de tête un passant h, d’un pouce de large cousu en fil ; vous passerez dedans la lyonnaise, vous le croiserez vers la moitié de la ganache du mulet par un nœud quarré g, expliqué pl. VI, fig. 8 ; vous en arrêterez ensuite les bouts aux anneaux où les chaînes de fer sont arrêtées ; vous ferez passer la longue chaîne dans l’anneau de la courte, & vous attacherez à l’anneau de fer du bout de cette longue chaîne une ou deux longes de cuir.
157. La bride. LA bride du mulet est composée d’un dessus de tête, d’un fronteau garni de trois plaques de cuivre, d’un fourchet, d’une sougorge, d’un mors de fer, d’une paire de rênes, d’un moreau avec son dessus de tête, d’un plumet, de flots & de simousses.
158. POUR le dessus de tête, prenez une courroie de cuir de bœuf en blanc, pl. III, fig. 5, de cinq empans de long, sur un pouce & demi de large ; mettez une boucle à chaque bout, & par-dessous la boucle un contre-sanglot de six pouces de long ; & pour l’épaisseur que ledit dessus de tête doit avoir, mettez quatre cuirs de même largeur & d’un empan & demi de long ; depuis chaque boucle au bout de cette longueur, vous retrancherez un cuir, ainsi l’épaisseur ne sera plus que de trois cuirs pendant deux empans de long ; appointez le tout avec des clous de quatre, puis cousez à deux rangs avec du fil en quatre brins poissé ; en faisant ces coutures, vous arrêterez dans les cuirs à la distance de quatre doigts de la boucle à la main, un passant d’un pouce de large, couvert de mouton rouge ; vous couvrirez du même mouton la bride depuis chaque boucle pendant deux empans. Quand la bride sera cousue, vous la battrez sur le billot, & la surtaillerez ; puis vous la plierez en deux par la moitié ; vous brédirez au-dessous du pli les deux côtés ensemble avec quatre points de gros fil, en tournant, ce qui se nomme faire la tête de la bride, & vous ne laisserez au-dessus de la brédissure que l’espace nécessaire pour passer dedans par la suite une attache ; vous placerez à un empan au-dessous de ce milieu deux flots, un de chaque côté.
159. POUR faire le fronteau, pl. III, fig. V, aa, il vaut mieux se servir d’un bout de traits de chevaux de carrosse, que de cuir neuf, qui est plus sujet à s’étendre ; ces traits sont composés de trois cuirs ; vous en prendrez donc un bout de deux empans de long ; vous le couvrirez en entier de mouton rouge ; vous le coudrez par le milieu à demi-jointure, pour prendre en même tems le mouton de dessus & de dessous ; à chaque bout dudit trait vous coudrez un morceau de cuir de bœuf de la largeur du fronteau, & de six pouces de long ; vous couvrirez ces morceaux par-dessus de mouton rouge, ils servent de chaque côté du fronteau à envelopper la têtiere de la bride : arrêtez ensuite le fronteau sur la têtiere, à cinq pouces de la tête de chaque côté, avec un clou de quatre.
160. LA bride du mulet se décore de trois plaques rondes de cuivre ; ces plaques sont, comme on les voit disposées pl. V, fig. III, bbb, à dessins repoussés au ciseau ; ce sont souvent les armes du maître, son chiffre ou autres dessins ; chacune, pl. III, fig. V, bb, a cinq pouces de diametre, tenant à charniere à une lame plate de même métal e, de deux pouces & demi de long sur deux pouces de haut ; celle du milieu bb, est sur le front qu’elle couvre ; les deux autres lui tiennent lieu d’aboutoires, & toutes les trois lui servent d’ornement : ces plaques rondes sont chacune percées vers le bord des deux côtés des charnieres, de quatre trous deux à deux, pour passer un lacet dans chacun, comme on va voir. Pour attacher d’abord celle du milieu en sa place, clouez sa lame plate à quatre clous jaunes sur le milieu du fronteau ; engagez dessous les deux branches d’un fourchet de cuir cc, d’un empan de long, qui se termine en une pointe par son autre bout. Ce fourchet se recouvre en entier de laine de toutes couleurs, fabriquées comme plusieurs petites bouffettes qui feraient un corps contigu ; clouez ensuite de même les deux plaques de côté, les charnieres sur le morceau de cuir qui recouvre la têtiere, duquel on a parlé ci-dessus ; vous tresserez avec de la couture de mouton rouge douze lacets ; vous en passerez quatre dd, deux à deux, dans les trous de chaque plaque ronde, d’où vous les irez arrêter au fronteau avec un point & demi de fil ; entourez le dessus de tête, depuis la tête jusqu’au fronteau, des deux côtés, avec du galon de laine, ce qui se nomme les simousses ; vous clouerez le bout de ce galon de chaque côté sur le bout du fronteau, d’où pendra un flot ; clouez aussi en cet endroit un morceau de cuir rouge d’un pouce de large avec trois clous jaunes, l’un au bout de la simousse, l’autre sur la têtiere, le troisieme au milieu dudit morceau ; vous passerez le bout pointu du fourchet ci-dessus dans la tête de la bride par deux fois, & l’arrêterez.
161. LA sougorge sera de cuir de bœuf de cinq empans de long & d’un pouce de large, rênettée, percée & en pointe par un bout, ayant à son autre bout une boucle cousue avec du mouton rouge & son passant : cette sougorge sera arrêtée sur la tête de la bride, comme il suit. Prenez un fil d’archal recuit ; faites en serrant quelques tours au-bas de la tête, ce qui lui donnera l’aspect d’un gros bouton e, pl. III, fig. V ; & de peur que le fil d’archal ne remonte, enfoncez par-dessus un clou jaune de chaque côté, sous lesquels, avant de les clouer, vous placerez un petit morceau de drap rouge : quelquefois, pour plus de magnificence, on met sur la tête par-dessus la sougorge un petit fourchet à quatre branches, garni de laine, d’où pendent quatre flots ; vous attacherez un flot aux deux côtés du fronteau contre le dernier lacet de la plaque de côté. Voyez pl. V, fig. II & III.
162. LE mors du mulet est une petite tringle de fer, pl. III, fig. VI, retournée en équerre par les deux bouts, finissant en deux anneaux de fer ; vous passerez dans ces anneaux les deux contre-sanglots de la bride, pour les boucler aux boucles du bas du dessus de tête ; vous brédirez aux mêmes anneaux, avec du mouton rouge, une paire de rênes de cuir de bœuf, d’un pouce de large & de toute la longueur du cuir, auxquelles vous ferez un bouton de mouton rouge à un empan du bout.
163. LE moreau, pl. V, fig. II, a, est une espece de filet à mailles quarrées, travaillé en forme de panier rond, qui doit avoir seize pouces de diametre & autant de profondeur ; on le fait avec de la corde de spart de la dimension d’une grosse ficelle. Le spart est un gramen ou herbe imitant le jonc, très-commune en Espagne ; on en fait de la corde. Le moreau doit renfermer tout le bas de la tête du mulet jusqu’à la hauteur d’une museliere : il est suspendu par un dessus de tête dont on va parler : on met dedans un peu de foin pour amuser l’animal en chemin : on le maintient à la hauteur convenable par un dessus de tête qu’on lui ajoute de quatre empans & demi de long ; pour cet effet, on commence par coudre au moreau à ses côtés, un peu plus en-devant qu’en-arriere, avec du fil, deux boucles demi-rondes enchapées, & leur passant ; ce dessus de tête sera de cuir de bœuf & de la largeur desdites boucles, pointu par les deux bouts ; vous le recouvrirez en entier d’un galon de livrée que vous coudrez d’un petit fil dans le milieu ; vous le bouclerez aux susdites boucles, & le passerez par-dessus la bride du mulet, sans l’arrêter en aucun endroit. Pour orner le moreau, vous coudrez sur le haut du devant un morceau quarré b, de drap façonné à fleurs, avec une couture à surjet, faite de mouton blanc ; vous mettrez sous le point aux côtés & au bas une longueur d’une autre étoffe, garnie d’une petite frange que vous coudrez sur la piece de drap ; vous coudrez aussi le drap par-dessous la frange avec une pointe de fil en deux ; vous mettrez deux flots au moreau, un de chaque côté, entre la piece de drap & l’enchapure.
164. Le bât de mulet, nommé bât d’Auvergne. CE bât est composé d’un fust de bois, nommé la selle, pl. III, & d’un panneau nommé la forme. La selle est composée de deux courbes, pl. III, fig. VII, aa, & de deux éleves bb, qui tiennent la place des aubes dans les autres bâts. Les courbes auront quatre pieds de tour ; elles auront cinq pouces de large depuis la pointe jusqu’à quatorze pouces au-dessus, & ensuite six pouces de large au tournant de la courbe ; chaque courbe est de deux pieces entées & engravées à mi-bois l’une sur l’autre & clouées.
165. LES éleves faites avec de la volige, auront deux empans de long & un pied de large. Pour préparer les éleves, c’est-à-dire, pour leur donner de la cambrure en-dessous, on leur fait prendre cette forme en les présentant au feu ; ensuite on les cloue sous les courbes avec six clous de quatre pour chacune ; il faut que l’éleve aille en-haut jusqu’à l’engravure du dedans des courbes, & en-bas jusqu’à leurs pointes, où elle doit être un peu arrondie. Les courbes doivent être placées sur les éleves à six pouces de distance l’une de l’autre : il faut avancer l’éleve par-devant assez pour qu’il y ait une fois autant de châsse que par-derriere. Lorsque l’éleve n’est pas assez large, on lui en ajoute au-dessus une petite x, de deux doigts de large, qui ne dépassera la courbe de devant que de deux pouces ; on percera la courbe de huit trous, quatre de chaque côté, savoir, deux en-bas au-dessus de la pente, & deux autres au-dessus de l’éleve. On verra leur usage par la suite.
166. LA forme du bât cccc, se fait avec de la grosse toile forte & de résistance. Pour la construire, lorsque le fust de la selle est assemblé, pliez la toile par la moitié, & vous la couperez comme on taille le dessus d’un panneau ordinaire, en vous réglant pour sa longueur du devant au derriere sur celle des éleves, que vous passerez cependant de quatre doigts par-derriere, & seulement de deux doigts par-devant. A l’égard de sa largeur, il faudra la faire dépasser aussi de quatre doigts au-delà du bas des éleves, & qu’elle suive exactement le dessous des courbes ; vous en arrondirez les pointes au prorata de celles des éleves. On appelle la châsse, ce qui déborde le devant & le derriere, & la chargeoire, ce qui dépasse le bas des éleves ; ainsi la forme aura (en termes de bourrelier) deux doigts de châsse par-devant, quatre doigts par-derriere, & la chargeoire aura quatre doigts de chaque côté.
167. QUAND la forme est taillée comme il vient d’être dit, vous ferez quatre paillons : c’est de grosses mises de paille droite ; les deux que vous destinez au devant & au derriere seront d’un pouce de diametre ; vous entourerez ceux-ci de grosse ficelle, dont les tours seront à un pouce l’un de l’autre ; les deux des chargeoires n’auront qu’un demi-pouce de diametre ; vous les renfermerez toutes dans la toile, à laquelle vous les faufilerez ; ainsi la forme sera bordée tout autour avec des paillons ; en faufilant les paillons du devant & du derriere, ajoutez sur le haut des faces devant & derriere un morceau de toile de Mortagne neuve, de six pouces de large au milieu, finissant en pointe par les deux bouts. Ces pieces se nomment les brayes de la forme dd : celle du devant est de deux morceaux joints ensemble par une couture ; on les appointe ; on ficelle le bas pour leur donner de la rondeur ; on recouvre celle de devant d’un morceau de mouton rouge : la braye de derriere n’est que d’une piece, & n’a point de mouton rouge. Couvrez ensuite la forme d’une peau entiere de mouton noir ; étendez-la bien sur le dessus de la forme ; que le derriere de la peau qui est le plus large soit sur le paillon de derriere ; vous ne coudrez cette peau que sur les paillons de devant & de derriere. Ces coutures se font à surjet, depuis le haut jusqu’au niveau des éleves, le restant sur les quatre pointes à point plat. Comme on ne taille ni ne coud cette peau par les côtés, il faut faire en sorte que le bord du ventre de l’animal puisse le cacher sous les éleves de la selle ; vous mettrez ensuite la forme sous la selle, la faisant toucher par-tout sous les courbes ; percez deux trous de petite vrille yy, à chaque coin, aux pointes des éleves, pour y arrêter la forme à la selle avec un nœud, pl. VI, fig. IV, en patte d’oie, & trois à quatre trous le long de la pente zzz de chaque éleve, pour y arrêter la pente de la forme, en passant la ficelle au travers du paillon de la chargeoire.
168. LE tout ainsi préparé, il est tems de commencer le remplissage de la forme par l’empailler premièrement aux deux bouts avec le fer à bâtier, donnant une belle rondeur aux faces & aux brayes ; ensuite vous remplirez le corps de la forme avec de grosses mises de paille droite, que vous ferez prendre dans l’emplissage des brayes. Il ne faudra pas que la forme soit trop gonflée de paille, mais qu’elle soit empaillée bien uniment. L’empaillement achevé, il faut se mettre à préparer la bourre qui doit servir, après la paille, à rembourrer tout le bât.
169. ON ne se sert point d’autre bourre que de celle qui provient de la laine de mouton. Les bourreliers l’appellent de la bourre blanche : cette bourre blanche est ce que les lainiers tirent de dessus leurs étoffes, lorsqu’ils les préparent sur la perche avec le chardon à bonnetier, pour la mettre au point nécessaire. Pour rembourrer le bât de mulet, il faut la battre jusqu’à ce qu’elle devienne très-divisée, douce & légere comme de la mousse, d’abord avec des baguettes comme la bourre ordinaire, & ensuite avec le bat-à-bourre, pl. I, fig. AA. Pour cet effet, il faut être au moins deux avec chacun un bat-à-bourre sur le même plancher, que les cordes en soient bien fines, & battre chacun à son tour bien promptement, jusqu’à ce qu’il y en ait une brassade, c’est-à-dire, une quantité suffisante, suivant la proportion du bât que l’on veut remplir. Alors on prend une planche de la longueur du bât qu’on aura mis à portée, avec laquelle on serre & foule la brassade ; ensuite se mettant à genou près du devant du bât, on l’enleve toute entiere, dont on remplit tout le bât ; on la presse bien sur les brayes devant & derriere pour relever leurs mottes, c’est-à-dire, pour renfler & arrondir les faces de la forme. Si le bât ne se trouve pas assez plein, on le recharge sur la chargeoire ; c’est-à-dire, qu’écartant avec le fer à bâtier la bourre le long des chargeoires, on en enfonce de nouvelle tant qu’on en peut faire entrer, & on la foule ensuite à grands coups de genou ; car il faut que cette rembourrure en général soit tellement pressée que, quoiqu’elle ne soit ni cousue ni couverte, elle ne puisse se déranger. Prenez ensuite du fil-agor ou seizenne (terme de cordier) c’est une espece de ficelle que vous enfilerez dans une grande aiguille à bâtier de deux pieds de long ; percez en-dessus au défaut des paillons devant & derriere, & traversant les mottes, vous ressortirez à huit pouces ; on fait ainsi quatre points par-derriere & trois par-devant ; on serre ces points au moyen d’un petit serre-point destiné à cet usage ; on finit par bien unir les mottes, en les frappant du plat du fer à bâtier, puis on les plume bien uniment, ainsi que toute la rembourrure. Il s’agit maintenant de garnir le bât de tout ce qui doit l’accompagner, tant pour le service que pour l’ornement.
170. ON place & on cloue l’enrênoire e, composée d’un petit morceau de bois tourné, creusé d’une petite coche au milieu, dans laquelle on brédit une courroie de deux empans de long ; elle est en pointe au bout que l’on brédit, & fait la fourche par l’autre bout : on passe cette fourche entre la forme & le dessous du milieu de la courbe de devant, pour être clouée en-dedans de ladite courbe : ce petit bâton est destiné à attacher les rênes de la bride & le collier de sonnaille.
171. CE qu’on nomme les clefs du bât f, se placent une par-devant, l’autre par-derriere, & s’arrêtent en-dedans des courbes : chacune est composée d’une courroie d’un pouce de large & de deux empans de long ; on passe un anneau de fer au-travers ; puis en pliant en deux cette courroie, l’anneau se trouve au milieu, où on le brédit par un point tourné ; on passe le cuir de dehors en dedans sous le milieu de la courbe, & on le cloue en-dedans comme l’enrênoire ci-dessus.
172. IL faudra mettre quatre gances en différens endroits de la forme : ces gances se font avec de la ficelle à points coulés sur la longueur qu’on veut donner à la gance : on en fait cinq, les croisant un peu l’un sur l’autre, & on les entoure de la même ficelle avec un point noué d’un bout à l’autre, pl. VI, fig. IX, aa ; on en fera deux longues de deux pouces, pl. III, fig. VII, dont l’une g, sera au haut de la forme de devant, au travers de laquelle on fera passer l’enrênoire, afin de l’empêcher de se déranger ; l’autre h, semblable à la premiere, se mettra au-haut de la forme de derriere pour les cavalons & cordons ci-après ; & deux courtes, savoir, une de chaque côté de la forme de devant sur son paillon, vis-à-vis des trous percés dans la courbe près de l’éleve, pour maintenir le poitrail & le poitraillon ci-dessous.
173. LE poitrail, pl. V, fig. II, c, le tablier d, le poitraillon & le cuir de la petite sonnaille, font l’un avec l’autre un tout ensemble, dont le tablier tient le devant : le poitrail est un cuir de six pieds à six pieds & demi de long & d’un pouce de large, faisant la fourche jusques vers les deux tiers de sa longueur par le bout hors la main & brédi par l’autre bout à une boucle demi-ronde, qui doit boucler le poitraillon. Le poitraillon est un cuir de trois empans de long & de deux doigts de large, entier jusqu’au tiers de sa longueur ; le reste est fendu en fourchet : le bout entier se boucle à la main dans la boucle demi-ronde du poitrail ci-dessus. Le tablier est un morceau quarré de toile rouge, de cinq empans en tout sens ; on le garnit horizontalement de trois ou cinq rangs de franges, lesquelles s’étagent & enjambent l’une sur l’autre. Le cuir de la petite sonnaille ou cuir de dessus, qui enferme le haut du tablier entre lui & le poitrail, doit avoir trois pouces de longueur de plus que la mesure du tablier.
174. ON attache le haut du tablier le long du cuir du poitrail, commençant à sa boucle demi-ronde ; on ajoute par-dessus le cuir de la petite sonnaille, nommé le cuir de dessus, qui se brédit par ses deux bouts au cuir du poitrail, les brédissures passant aux coins du tablier. Le poitraillon s’ajoute à la main, en se bouclant à la boucle demi-ronde du poitrail ; de là on passe son fourchet dans la gance de la forme ; on fait ensuite entrer ses branches dans les trous de la courbe, au-delà desquels on les noue d’un nœud quarré, pl. VI, fig. VIII ; d’autre part, le fourchet du poitrail se passant de même dans la gance de la forme hors la main, on le fait pareillement entrer dans les deux trous de la courbe de ce côté, où on les arrêtera avec un nœud quarré.
175. LA sangle, pl. III, fig. VII, kk, dont on se sert, est une sangle ordinaire de quatre pouces de large & de cinq pieds de long ; on coud en fil à un de ses bouts, un gros anneau enchapé, & à l’autre bout, qui étant la fin de la sangle, se termine en une espece de frange faite avec les bouts des ficelles avec lesquelles elle est tissue, on prend cette frange avec un entrelacement de plusieurs rangs de nœuds d’un petit cordeau de deux pieds de long, au bout duquel on attache un petit anneau : on arrête à la sangle, au-dessus de ce petit cordeau, une grande courroie de cuir de bœuf d’un pouce de large. Lorsqu’on veut sangler l’animal, on pose la sangle sur la selle entre les deux courbes ; & pour la serrer sous le ventre, on passe plusieurs fois la grande courroie d’un anneau à l’autre : on finit à la main par un nœud plat, pl. VI, fig. A.
176. LE sous-ventre, pl. V, fig. II, e, est composée d’un morceau de toile de Mortagne, ordinairement de la couleur du fond de la livrée du maître de l’équipage ; sa longueur de devant en arriere est d’un pied deux pouces, & sa largeur d’un côté à l’autre sera de deux pieds & demi. Cette toile est ourlée tout autour, & garnie de trois petites franges de laine de toutes couleurs, une à chaque bord, & une au milieu : on fait une petite gance aux quatre coins pour suspendre ce sous-ventre par quatre fils-agor, chacun de deux pieds de long : on les attache d’abord aux gances, puis par-devant aux cuirs de la courbe qui tiennent le poitraillon & le poitrail, & par-derriere aux polieres ci-dessous.
177. ON n’ajoute jamais de croupiere à ce harnois ; mais pour en tenir lieu dans les descentes, on garnit la croupe d’une fauchere. La fauchere pl. III, fig. IX, bb, est une espece de tringle quarrée de bois, contournée comme on voit encore pl. V, fig. II : elle a un bon pouce & demi d’épaisseur en tous sens, tournée à son milieu en arc rentrant, & par les bouts courbée en-dedans, gagnant l’équerre : on la suspend derriere la croupe qu’elle traverse ; à environ un pied au-dessous de la queue on la joint au bât par des courroies qu’on nomme les polieres. On tire les faucheres du Puy-en-Vélay. On la garnit de deux rangs de clous dorés à grosse tête, qu’on appelle clous de fauchere, l’un sur le dessus, l’autre sur le côté en-dehors ; on perce un trou à quatre doigts de chaque bout, pour attacher la fauchere au bât : on prend deux courroies d’un pouce de large & de six pieds de long : ou les fend en fourchet à un de leurs bouts ; le bout simple se passe & s’arrête dans les trous des bouts de la fauchere : on fait passer ensuite les deux branches du fourchet au travers des trous qu’on a faits ci-devant à la courbe de derriere de la selle, au-dessus des éleves, où on les noue l’une à l’autre en-dedans d’un nœud droit, pl. VI, fig. A. Ce sont ces courroies qu’on nomme, comme on vient de le dire, les polieres cc, pl. III fig. IX. Jusqu’à présent, en parlant des pieces nécessaires au harnois du mulet, on a expliqué en même tems ce qui s’y ajoute pour les décorer ; maintenant on va détailler toutes celles qui ne sont que de pur ornement : on commence par l’embellissement de l’avant-main de l’animal.
178. POUR parer la face du devant de la forme, on attache une petite bouffette, pl. III, fig. VIII, a, au milieu du bas de sa braye, & on coud du galon de laine de deux doigts de large en compartimens bbb sur toute cette braye : ce galon est ordinairement celui de la livrée du maître de l’équipage.
179. TOUS les mulets d’un équipage ont la petite sonnaille, pl. V, fig. II, f, c’est-à-dire, onze ou treize petites sonnettes faites exprès pour cet usage : elles sont applaties en ovale, & d’un pouce de haut. Au lieu de sonnettes, on met également des grelots, on attache l’une ou l’autre de ces sonnailles le long du cuir de dessus le tablier dont on a parlé ci-devant ; on les y espace à égale distance : on les attache avec du fil de fer, & dans chaque intervalle on fait un nœud avec de la couture de mouton rouge.
180. TOUS les mulets ont aussi un collier tel qu’on va le décrire ; mais de le garnir avec des sonnettes du double plus grandes que celles qu’on vient d’expliquer, est une espece de distinction qui ne s’accorde qu’aux favoris, & qui sûrement flatte plus le muletier que les animaux qu’il conduit, à cause du choix qu’il fait de ceux qu’il aime le mieux, imaginant qu’ils y sont sensibles. Le collier g est fait d’une courroie de bœuf de six empans & demi de long & de deux doigts de large : on met à un bout une boucle cousue avec de la couture de mouton rouge & un passant.
181. L’AUTRE bout est percé pour se boucler à la susdite boucle ; on garnit cette courroie avec de la peau de bléreau en poil, qui ait un empan de large & toute la longueur de la courroie ; sur ce bléreau l’on attache au moins onze grosses sonnettes ovales, de deux pouces & demi de long, & de deux pouces de diametre, espacées de quatre en quatre pouces par des bouts de fil d’archal, auxquels on fait traverser le bléreau & la courroie, & passer dans un bouton de cuir, où on les rive ordinairement : la sonnette du milieu a quatre pouces de haut & trois pouces de diametre. Ce collier ainsi garni se nomme le collier de sonnaille. Pour arrêter ce collier sur le col du mulet qu’il doit entourer, on a une courroie de deux empans de long, fendue en fourchet dans la longueur d’un empan ; on fend vers le haut du collier les deux côtés vis-à-vis l’un de l’autre, à un empan du bout percé. Ces deux fentes servent à passer les deux branches du fourchet dont on vient de parler, que l’on noue ensuite l’un à l’autre avec le nœud quarré, pl. VI, fig. VIII ; l’autre bout de ce fourchet se fend en boutonniere de quatre doigts de long, pour faire entrer dedans l’enrênoire, qui par ce moyen attache le collier au bât.
182. LA grosse sonnaille est un gros cléran, pl. V. fig. III, a, ou cloche mince de fonte, égale en largeur du haut en bas, formant un ovale applati de dix pouces de long ; son ouverture est de six pouces en long, & de quatre pouces en large ; son battant est un os rond & creux de huit pouces de long, dans lequel passe une courroie prise à un crochet qui est au fond, laquelle, après avoir traversé l’os, doit être terminée par une bouffette pendante ; on l’attache au milieu du collier, d’où elle pend sur le tablier, rendant un son obscur quand le mulet est en marche.
183. LE gros grelot est de fonte, de forme sphérique, de trois à quatre pouces de diametre, fendu en-dessous, attaché comme le précédent au milieu du collier : toutes ces sonneries se font au Puy-en-Vélay. Le collier de sonnaille est toujours pour le premier mulet. La grosse sonnaille ou clape, pour le second. Le gros grelot, pour le troisieme. Cet ordre se répete de trois en trois mulets. Tous les mulets d’un équipage portent la petite sonnaille ci-devant attachée au poitrail, sans en excepter les trois dont on vient de parler.
184. LES deux plumets dont on décore les mulets pour paraître sur la scene au théatre de la guerre, se placent l’un à leur tête, pl. V, fig. II, a, l’autre sur la forme au-dessus du garrot b ; tous les deux sont composés d’un bâton rond, fourni par le brossier, de trois pieds de long & d’environ un pouce de diametre ; les plumes ne commencent qu’à un pied d’un bout ; le reste, jusqu’à l’autre bout, est garni de plusieurs rangs de plumes, étagés en rond & en élargissant du bas en-haut ; ces plumes sont de queue de coq. Au plumet de tête, les plumes doivent être plus courtes qu’à celui de bât. Pour les soutenir, on cloue à tous les deux sur le bâton, au défaut des plumes, une courroie de deux empans de long : tous les deux se placent à la main. Le bâton de celui de tête passe dans la sougorge, de là sous la têtiere de la bride ; le bout va enfin s’arrêter dans le passant au-dessus de la boucle du montant de la bride (ci-devant dans la description de la bride), & le bout de sa courroie s’arrête à la boucle du moreau. Pour mettre le plumet du bât, on fend le haut de la forme à la main à quatre doigts de l’enrênoire ; on y enfonce environ à moitié le bâton du plumet ; on fend du bout de sa courroie trois pouces de long, pour la passer dans l’enrênoire.
185. Nota. QUE dans un équipage de mulets un peu nombreux, les plumets du premier de tous sont en plumes blanches.
186. LA croupe du mulet a sa décoration particuliere ; on va la commencer par le couvre-chef. Le couvre-chef, pl. III, fig. IX, aa, est un morceau de galon de laine ordinairement de la livrée du maître de l’équipage, de 3 pouces de large, garni d’une petite frange de laine de couleurs par chaque côté, & de cinq pieds & demi de long, sous lequel on attache en différents endroits un cuir de bœuf de deux doigts de large ; le tout doit passer par-dessus la croupe, & être cloué aux deux bouts de la fauchere de trois clous de broquette, sous lesquels on met de petits morceaux de mouton rouge ; on attache le cuir au galon, directement au milieu, avec un point de couture de mouton rouge, qu’on noue d’un nœud droit. Des deux côtés de ce nœud droit, on fait une fente au cuir, chacune de quatre doigts de long ; & à côté de ces fentes, on fait un point de mouton rouge qui servira à arrêter le cordon avec le nœud droit, & à quatre doigts des deux bouts deux autres pour arrêter le cavalon.
187. LE cordon ddd est fourni par le franger : il est de laine de couleurs qui se rapportent à celles du couvre-chef ; il est rond & de trois quarts de pouce de diametre ; il doit avoir dix pieds de long. On le plie en deux par la moitié qu’on arrête & noue à la quatrieme gance e dont il a été parlé dans la construction du bât, laquelle a été attachée au milieu du haut de la forme de derriere, entre son paillon & la courbe ; de là on en fait passer chaque branche dans les fentes en long ci-dessus, faites à côté du nœud droit du milieu du couvre-chef, où elles s’arrêtent avec un nœud droit : on les fait ensuite remonter en les croisant au-dessous du couvre-chef, aux côtés de la forme sur le paillon, à un empan du milieu de chaque côté, où on les arrête avec un point de ficelle.
188. LE cavalon eee est un galon de laine pareil en tout au couvre-chef, excepté que la petite frange ne doit commencer qu’à un pied de son milieu de part & d’autre ; il aura cinq pieds & demi de long ; on le plie par la moitié, on l’attache à la gance susdite par-dessus le cordon ; puis on en passe les deux côtés dans les fentes des bouts du cuir du couvre-chef ; où on les arrête avec un nœud droit : ils doivent ensuite dépasser de quatre doigts au-delà du couvre-chef.
189. ON terminera tout cet ornement par huit flots, deux au bout du couvre-chef, deux petits flots aux retours des deux branches du cordon, deux grands flots au bout de leurs retours, sur le paillon de la forme de derriere, & enfin deux aux deux bouts du cavalon.
190. LES cordes à charger terminent tout l’attirail du mulet : elles consistent en deux chargeoires, une corde à biller & une corde de chargeoire. Les chargeoires sont deux cordes, chacune de deux pieds de long qu’on passe de la courbe de derriere à celle de devant, dans les trous précédemment faits à ces deux courbes, & dont on arrête ensuite chaque bout par un nœud ordinaire, à la main & hors la main.
191. LA corde à biller aura sept brasses & demie de long ; on la passe d’abord sous la chargeoire hors la main, de là dans la clef de derriere, dans la chargeoire à la main, dans la clef de devant ; puis on la ramene sous la chargeoire à la main, de sorte qu’elle fait tout le tour du bât.
192. LA corde de chargeoire aura de même sept brasses & demie de long ; on fait vers le milieu de celle-ci deux gances à deux pieds de distance l’une de l’autre ; ces gances se font de la même corde pour en former un anneau à la distance susdite.
193. DANS le tems qu’on élevé les malles pour charger, on pose ces deux gances en tendant leurs intervalles en-travers vers le haut des deux courbes à la main ; on jette les deux bouts de la corde par-dessus la malle à la main ; on la passe par-dessous la malle hors la main, par-dessus celle-ci, par-dessous à la main ; amener aux gances & nouer. Voilà les malles ou ballots liées ensemble. Il s’agit maintenant de les attacher ferme au bât ; pour cet effet on rejette les deux bouts à la main de la corder à biller, précédemment restés sous la chargeoire par-dessus ; on tord le tout ensemble avec la bille ; on en fait autant hors la main. Les billes ou garrots sont des bâtons qui doivent avoir trois pieds de long & être un peu cambrés ; on leur fait un trou à quatre doigts d’un de leurs bouts, dans lequel on fait passer une grosse ficelle qu’on attache à la chargeoire pour les retenir. Comme la bourre blanche remplit tout le dedans du bât à l’uni du bas des éleves, & qu’elle est extrêmement foulée, il ne peut y avoir que la charge qui par sa pesanteur puisse la creuser & lui faire prendre la forme du dos du mulet. Pour y parvenir, on lui met son bât, & on le charge de plusieurs sacs remplis de cailloux jusqu’au poids de 300 livres ou environ, & on le promene ainsi à différentes fois ; jusqu’à ce que la place du dos soit suffisamment creusée.
194. LA grande couverture se met par-dessus la charge ; elle aura six pieds en quarré ; on la fait de drap, ordinairement de la couleur du fond de la livrée ; on la borde & on la brode plus ou moins magnifiquement ; elle s’arrête au poitrail & à la fauchere par quatre bouts de ficelle qui prennent aux coins de la couverture. Voyez la pl. IX, fig. B, où est un rang de mulets avec leurs couvertures.
195. Barde. CETTE barde est une espece de panneau qui se met à la guerre sur le dos du mulet, & qui lui sert de bât pour porter uniquement un très-grand coffre construit par le coffretier : ce coffre se nomme flandriere. On dit qu’il a été imaginé en Allemagne ; on s’en est beaucoup servi dans les guerres de Flandre : il sert à porter toutes les provisions de bouche, le vin, la viande, la vaisselle, le linge de table, & sert encore de table à manger pour plus de douze personnes. Voici la description de la barde qui est du district du bourrelier.
196. PRENEZ une forte toile neuve, donnez-lui sept pieds de long en quarré ; pliez-la par la moitié, ce qui ne fera plus que trois pieds & demi de large sur sept pieds ; cousez ensemble les deux bouts doublés ou pentes de la toile ; laissez ouvert le troisieme côté qui fera le derriere, on le coudra par la suite ; retournez la toile, afin que les coutures se trouvent en-dedans. Dans cet état pliez encore par la moitié du sens de la largeur ; vous suivrez ce second pli par une couture simple qui traversera les deux doubles de la toile, observant de faire vers le bout de cette couture une petit chambrure ou garrot d’un doigt de large de chaque côté ; faites ensuite un pli du même sens de cette couture au milieu de chaque moitié qu’elle partage, & suivez ces deux plis par deux coutures pareilles : ces trois coutures partageront la barde en quatre canons, qui peuvent avoir chacun vingt pouces de large ; remplissez-les de bourre blanche, puis forcez de paille par-dessus la bourre ; pour que les canons soient bien fermes ; & rembourrez bien uniment ; vous fermerez ensuite le derriere par une couture à surjet.
197. FORMEZ ensuite sur la barde deux paillons en travers, l’un devant, l’autre derriere. Pour faire ces paillons, on coud à quatre doigts du devant & du derriere une longueur de toile de huit pouces de large, les deux côtés de la longueur à trois pouces l’un de l’autre ; ils ne doivent descendre qu’à quatre pouces de la pente ou extrémité de chaque côté de la barde. Quand les deux bords de la toile sont cousus, on remplit le milieu de la paille bien ferme, ce qui éleve ces paillons de quatre pouces ; on en ferme les bouts avec de la ficelle.
198. PRENEZ ensuite une peau de vache noire à grain, entiere ; mouillez-la, & l’étendez sur la barde. Quand elle est bien étendue, coupez tout autour proche des bords ; puis vous la coudrez sur la barde avec fil ciré, observant qu’elle ne fasse point de plis, & qu’elle porte bien au pied des paillons qu’elle doit envelopper, & au travers desquels vous passerez ensuite deux rangs de boutons de laine de toutes couleurs, l’un au-dessous de l’autre, le premier au bas des paillons, l’autre au-dessous, avec de la ficelle, pour les rendre encore plus fermes.
199. PASSEZ & brédissez une enrênoire de bois, au milieu d’une courroie de deux pieds de long en pointe par les deux bouts, pour les passer au-dessus du garrot au travers du paillon ; après quoi vous les nouerez du nœud quarré : on passe la bride du mulet dans cette enrênoire. Faites au paillon de derriere une gance de ficelle.
200. METTEZ quatre anneaux de fer, deux aux coins des paillons de devant, & deux à ceux de derriere ; vous arrêterez chacun avec une courroie d’un pied & demi de long, que vous passerez au travers du paillon ; vous brédirez à chacun des anneaux du devant une grande courroie de cuir de Hongrie, de deux pouces de large, & à ceux de derriere une boucle enchapée pour boucler les courroies de devant, afin qu’elles embrassent les bouts de la flandriere, pour la maintenir en place quand son arcade est enchâssée entre les deux paillons.
201. ON fait tenir à cette barde toute la garniture du mulet, comme à un bât ; le tablier s’arrête au travers du paillon de devant, hors la main, avec le nœud quarré, le poitraillon de même de l’autre côté ; par-derriere on passe le cordon & le cavalon dans la gance dont on vient de parler : ils doivent être un peu plus courts qu’au bât. Les polieres de la fauchere passeront dans les anneaux du paillon de derriere : on met la sangle & le sous-ventre comme à un bât : on galonne le paillon de devant de la livrée du maître de l’équipage.[/accordion-item]

CHAPITRE IX.

[accordion-item title= »La bâtine ou torche. »]202. CETTE piece est la plus simple du métier ; ce n’est, pour ainsi dire, qu’une longue coussinure de toile empaillée, pliée ensuite en deux parties égales, accollées & retenues au moyen de quelques cuirs traversans, cousus de distance en distance, terminée par une croupiere & arrêtée sur le dos de l’animal, soit âne ou cheval, avec une sangle ; elle sert à porter des sacs ou à monter le paysan.
203. POUR un cheval ordinaire, prenez trois quarts un seize, pl. VI, A2, dans la longueur d’une toile écrue de trois quarts de large, forte & de résistance ; étendez-la sur une table, pliez-la de carne en coin B, comme on a coutume de plier un mouchoir de col ; par cette façon, l’excédent qui est ici un seize, n’entre point dans le quarré, dont le pli CC fait la diagonale ; vous couperez d’un bout à l’autre le long du pli, ce qui séparera la toile en deux triangles échancrés quarrément par un de leurs angles, à cause du seizieme de surplus ; joignez exactement & cousez ensemble le côté de chaque triangle opposé auxdits seiziemes, & vous aurez un grand triangle D3, équarri par les deux extrémités de sa base ; échancrez de quatre doigts le sommet de chaque petit triangle réunis EE ; rapprochez les échancrures que vous continuerez à coudre jusqu’au bout. Ces échancrures, quand la bâtine sera achevée, formeront une élévation au-dessus du garrot de l’animal, afin qu’elle n’y porte pas.
204. VOTRE toile ainsi disposée, étendez-la à terre de toute sa longueur, la couture en-dedans ; commencez à l’empailler par le milieu, y mettant de la paille droite en liaison à tête-bêche par le gros bout, de maniere que le tout soit bien égal d’épaisseur & bien uni, pour qu’il ne s’y forme point de grosseurs (que les bourreliers appellent des nœuds) qui puissent blesser l’animal ; enfermez cette paille, quand il y en aura assez, en joignant par un point le sommet du grand triangle à sa base F, exactement dans le milieu ; appointez de même de distance en distance les côtés jusqu’aux bouts bien exactement, mettant toujours de la paille à mesure ; vous fermerez ensuite le tout par une couture à surjet, les points près à près avec un fil en deux ciré : faites en sorte que la tête qui est le devant de la bâtine, soit bien relevée ; c’est cette couture qui est apparente le long des côtés : la torche en cet état, pliez-la exactement par la moitié G4G, en approchant les côtés l’un de l’autre, observant que les deux bouts H soient bien égaux, afin que l’échancrure du garrot se rencontre juste au bas du milieu de la tête, dont, pour l’affermir, vous serrerez les deux côtés avec une petite aiguille à réguiller & du petit fil en deux, comme on ferme à peu près la tête d’un collier de charrette.
205. Vous couperez ensuite en arrondissant un morceau de basane I, que vous échancrerez par le milieu pour répondre à l’échancrure du bas de la torche ; vous le coudrez sur sa face du devant avec un petit fil ; vous mettrez sous cette couture en guise d’agrément de la couture de mouton rouge ; vous ferez deux morceaux ronds de pareille basane, dont vous fermerez les deux bouts de la torche ; ensuite pour joindre solidement & faire tenir ensemble les deux côtés, vous ferez trois traverses de cuir L, L, L , chacune de quatre doigts de large & d’un empan & demi de long, que vous coudrez en-travers d’un côté à l’autre. Pour les joindre ensemble, vous mettrez la premiere a un empan de la tête ; à celle-ci, en cas que la bâtine serve à monter dessus, vous ajouterez à chaque bout un anneau enchapé pour y passer des courroies d’étriers ; vous garnirez sous chaque anneau d’un petit morceau de cuir pour l’empêcher, ainsi que les porte-étriers, d’endommager la toile ; la seconde sera cousue entre la premiere & la troisieme, qui se posera à un empan des bouts ; il faudra que cette derniere traverse ait deux fentes en long qui doivent se trouver sur les deux jambages de la torche, pour y passer une gance de cuir de trois pouces de long. On coud toujours cette derniere traverse bien ferme & serré avec un petit fil en deux ciré, & sous le point une couture de mouton rouge : cousez les gances bien solidement aux bâtines sur lesquelles on monte. On attache ordinairement sur le haut de la tête une petite poignée M, faite avec de la couture de vache tortillée comme la croisée d’un collier ; on la recouvre quelquefois de drap.
206. VOUS terminerez toute la garniture de la torche par une croupiere & une sangle ; faites une croupiere de deux empans & demi à deux branches avec son culeron à l’ordinaire, garni de deux petites bouffettes ; vous l’arrêterez dans les gances par un nœud coulant. La sangle sera de tissu de quatre doigts de large, garnie par un bout d’une boucle à roulon enchapée, & une courroie à l’autre bout ; on passe cette sangle par-dessus la bâtine, & on la serre sous le ventre.[/accordion-item]

CHAPITRE X.

[accordion-item title= »Différens colliers pour les chevaux de chaise. »]207. IL se rencontre des chevaux de brancard qui ont la peau si fine ou si facile à s’écorcher avec le poitrail de leurs harnois, dont le cuir à plat est toujours plus dur qu’une peau rembourrée, qu’ils en deviennent hors d’état de servir. Pour éviter cet inconvénient ; il faut se déterminer à préférer au poitrail, & même au faux poitrail, un collier léger & dégagé. Il s’en fait de plusieurs sortes, dont l’un se nomme collier à la flamande, l’autre collier à tringle ou à l’anglaise.
208. POUR faire le collier à la flamande, on a des attelles étroites & sans pattes, c’est-à-dire, toutes droites & égales au haut, peintes en noir & vernies. On fera avec de la peau de veau ou de mouton noir, un petit collier bien dégagé & à la maniere ordinaire ; mais il sera entièrement rembourré de crin ; il s’ouvrira en-bas comme le collier d’âne ci-devant, par des croissans à charniere ; & pour le rendre plus agréable à la vue, on garnira chaque attelle de deux rangs de clous dorés, un le long du bord extérieur du haut en bas, l’autre de même au bord intérieur ; on joindra le collier aux attelles avec des boutons plats ; c’est-à-dire, qu’après avoir passé le cuir noir du bouton au travers de la verge, au lieu de le repasser par-dessus, on fera couler le cuir le long de la verge en-dedans ; & la traversant une seconde fois de dedans en dehors, on le fera sortir sur l’attelle pour un second bouton, &c. Tous ces boutons seront couverts de clous dorés.
209. POUR satisfaire ceux qui ne sauraient s’accoutumer à voir un cheval fin & léger portant un collier à attelles de bois, à l’imitation de celui d’un cheval de charrette, on a emprunté des Anglais, plus susceptibles que nous d’une pareille dégradation, la maniere dont ils font dans ce cas un collier sans attelles de bois, se servant à leur place de tringles plates de fer, d’un pouce & demi de large ; ces tringles sont bien moins apparentes que les attelles, & soutiennent également le collier. On en va faire la description.
210. LE collier à tringles ou à l’anglaise s’ouvre par en-haut, ou par en-bas si on veut : il sert au même usage du précédent ; ses attelles sont des tringles de fer tournées, comme on voit pl. VI, fig. X, bb, terminées par un anneau quarré à chaque bout. On pose chaque tringle sur un morceau de vache noir a ; on laisse dépasser en-haut le cuir de deux pouces, & l’on commence à couper par quatre pouces de large, tant en-dehors qu’en-dedans, sans compter la largeur de la tringle, dont on suivra le contour en-dedans, toujours à la même distance ; mais en-dehors on s’en éloignera en douceur & insensiblement jusqu’à un empan de l’anneau de côté c ; puis on se rapprochera de même jusqu’au bout, où il n’y aura plus que deux pouces de distance : il faudra que le cuir au bout de cette tringle la dépasse d’un pouce. Sur cette piece ainsi taillée, coupez-en une pareille en basane noire, qui la déborde un peu ; puis pour cacher la tringle, coupez, en la suivant d’un bout à l’autre, un morceau de vache noir ; entourez-en le dessus de la tringle, & cousez-le à la grande piece de pareille peau que vous avez taillé la premiere, à laquelle vous coudrez ensuite la basane noire : vous embourrerez entre ces deux dernieres avec du crin.
211. ON joint le collier en-bas par une coupliere passée dans les deux anneaux du bas de la tringle : on passe les traits du cheval dans les deux anneaux de côté, & on attache les deux d’en-haut avec une courroie à boucle, que l’on cache ensuite au moyen d’un morceau de cuir taillé en ovale, de six pouces de long, aux deux bouts duquel se cousent deux petites courroies qui se bouclent à deux petites boucles attachées de part & d’autre au haut du collier.[/accordion-item]

SECONDE SECTION.

DU BOURRELIER-CARROSSIER

212. CETTE branche de la communauté des bourreliers s’adonne uniquement à la construction du harnois des chevaux de carrosse, berlines, chaises & autres voitures de transport pour les hommes ; à monter ces voitures sur leur train, & à ajouter à tous ces ouvrages les ornemens qui les accompagnent : leur travail est moins varié, moins rude & plus délicat que celui des précédens. Leurs outils sont expliqués dans le chapitre premier, ainsi que les matériaux dont ils se servent : on les retrouvera ici, à mesure qu’on avancera dans le détail de leur travail.

CHAPITRE XI.

[accordion-item title= »Des fils, de leurs préparations & des coutures. »]213. LE bourrelier commence, pour quelque chose que ce soit, par couper son cuir & disposer ses pieces en longueur & en largeur ; pour cet effet, après l’avoir étendu sur l’écoffret qui est une table suffisante, il en examine le fort & le faible, afin de les faire servir dans son ouvrage, de maniere que le fort soit employé à la construction des pieces qui fatiguent le plus, & le faible à celles qui n’ont besoin que d’une médiocre résistance. On ne saurait donner de regle juste pour cette coupe, sinon qu’il faut tirer de son cuir le meilleur parti qu’il est possible, afin que tout en puisse servir, soit à une chose, soit à l’autre, suivant l’épaisseur & la force qui convient aux ouvrages qu’on doit exécuter. Il est constant que le dos de l’animal est toujours le plus fort, quoique le côté du ventre soit quelquefois plus épais ; du reste, c’est une expérience.
214. CES bourreliers ne font presque que d’une sorte de couture, qu’ils nomment couture piquée, laquelle est à peu près la même que celle que le cordonnier nomme couture lacée ; la seule différence est, qu’il ne fait aucun enlacement, ni nœud : c’est aussi la même que le bourrelier-bâtier appelle couture à joindre, à l’exception que celui-là ne se sert que d’aiguilles, au lieu que celui-ci n’emploie que la soie de sanglier, à l’instar des cordonniers, observant l’un comme l’autre, en croisant leurs aiguilles ou leurs soies dans les trous de l’alêne, de passer la droite la premiere, & la gauche en-deçà.
215. POUR lier les soies à l’aiguillée, enfilochez-en un bout, c’est-à-dire, arrachez des brins du bout de l’aiguillée, afin de l’amincir en pointe alongée, que vous retorderez ensuite sur la cuisse ; prenez une soie de sanglier, séparez-la en deux par son bout mince, un peu au-delà de la moitié de sa longueur ; puis avançant la pointe de votre aiguillée entre les deux séparations, & même un peu au-delà de l’endroit où elles cessent, tordez le tout ensemble, mais chaque brin l’un après l’autre, afin d’en laisser un des deux sans le joindre par le bout à un travers de doigt près ; prenez ensuite une alêne, percez au travers de l’aiguillée au-dessous & tout auprès du bout de la soie resté en l’air ; retirez l’alêne, & prenant l’extrémité de la soie non divisée qui est le gros bout, vous l’abaisserez pour l’amener au trou de l’alêne ; vous le ferez passer au travers, & le lierez en-haut jusqu’à ce que vous l’ayez ramené tout droit, comme il était auparavant. On peut recommencer pour plus de solidité cette derniere opération une seconde fois, en faisant un trou d’alêne au-dessous du premier ; mettez de même une pareille soie à l’autre bout de l’aiguillée, & alors elle sera garnie de deux soies, une à chaque bout. Les coutures piquées noires, blanches & brédissures s’exécutent par ceux-ci de la même maniere que celles de leurs confreres les bâtiers : voyez au chapitre second les titres couture a joindre, à demi-jonction & brédissures. Seulement aux coutures blanches qui, outre l’utilité, servent souvent de décoration, les points se font très-courts & près à près, de façon qu’ils paraissent contigus, n’étant qu’à un quart de ligne l’un de l’autre.
216. COMME les coutures sont ordinairement d’une grande étendue, on prépare de gros pelotons de fil blanc ou brun, de dix à douze aunes, jusqu’à dix ou douze brins ; il s’agit de retordre ensemble tous ces brins à la grosseur d’une ficelle plus moins forte. Quand l’ouvrier les a rassemblés en peloton sur sa main, il les passe en double dans un crochet scellé dans la muraille ; puis s’éloignant jusqu’à ce qu’il soit arrivé aux deux bouts, il les tend l’un & l’autre ; il en tourne un trois tours autour du pouce gauche, met le bras par-dessus au-delà du coude, comme s’il voulait s’y appuyer, porte l’autre bout sur le bas de la cuisse vers le genou, où appuyant le plat de la main sur le fil, il le tord en la poussant en-avant, & continuant cette manœuvre sans quitter sa place, le fil va se tordant jusqu’au crochet. Quand il le juge suffisamment cordé, il en fait autant à l’autre double ; puis il revient en devidant les deux fils sur sa main, & les cirant ou avec de la poix pour les coutures noires, ou avec de la cire pour les blanches, (on va expliquer ces coutures) & les lisse, si le fil est brun & poissé, avec un morceau de cuir ; & s’il est blanc, avec un linge. Enfin il les pelotonne, & les met à part pour s’en servir.
217. LES coutures noires, appellées ainsi, quoiqu’elles ne soient que brunes, se font avec le fil gros poissé avec de la poix noire & du suif fondu mêlés ensemble ; ou bien, pour que l’ouvrage en soit plus agréable à la vue, avec de la poix grise. Voici comme elle est composée. Sur une livre de poix de Bourgogne demi-livre de poix-résine & un quarteron de suif ou graisse, moins quand il fait chaud. La premiere recette est la meilleure pour la solidité de l’ouvrage : le suif n’est ajouté que pour rendre la poix plus coulante ; c’est pourquoi on doit en mettre moins en été qu’en hiver ; les coutures noires n’ayant aucun agrément, s’emploient pour la solidité dans la jonction des cuirs.
218. LES coutures blanches sont, pour ainsi dire, les coutures d’ornement ; elles se font uniquement avec le fil de Cologne blanc, quoique, suivant l’idée, on pourrait en employer de toutes autres couleurs ; mais cela arrive rarement : elles expriment les dessins & contours tracés sur les pieces ; alors les points piqués doivent être si proches l’un de l’autre, qu’ils donnent l’apparence d’un trait contigu & relevé : ces dessins plus ou moins recherchés rendent les harnois agréables à la vue, en leur ôtant l’uniformité. Il se trouve des cas où les bourreliers se servent avec l’aiguille & le fil, du simple surjet ou autre couture commune.
219. LA brédissure est une espece de couture commune aux deux bourreliers ; elle leur est également nécessaire, principalement pour enfermer les boucles & anneaux aux bouts des courroies. Voyez au Bourrelier-bâtier précédent, comment elle se fait.[/accordion-item]

CHAPITRE XII.

[accordion-item title= »Des divers attelages. »]220. A toute voiture à quatre roues ayant un timon, les chevaux sont toujours attelés deux à deux à côté l’un de l’autre ; il est nécessaire que les harnois des chevaux attachés immédiatement au timon, aient quelques pieces de plus que ceux de devant : on nomme ceux-ci timonniers, chevaux de timon, chevaux de derriere ; les deux qui les précedent, s’appellent les quatriemes quand ils terminent l’attelage ; quand ceux-ci sont conduits par un postillon, leurs traits se communiquent avec ceux des chevaux de timon ; mais s’ils n’ont point de postillon, on les attele à une volée qui tient au bout du timon : ainsi ils sont chevaux de volée ; mais ce nom ne leur est principalement donné que lorsqu’on attele à six ou huit chevaux ; alors le postillon est absolument nécessaire. L’attelage est donc composé des chevaux de timon, des chevaux de volée, des sixiemes & des huitiemes : ces quatre derniers n’ont point d’autre nom, si ce n’est que ceux qui terminent l’attelage s’appellent chevaux de devant ou du postillon.
221. UNE autre espece d’attelage n’est que de trois chevaux, deux au timon, le troisieme attelé à un palonnier placé au bout du timon : c’est ce qu’on nomme une arbalête.
222. IL y a des voitures légeres à quatre roues, tirées par un seul cheval renfermé dans une espece de fourche qui tient à l’avant-train, appellée une limonniere : cet équipage se nomme une demi-fortune.
223. DEPUIS quelque tems, en mettant un avant-train à limonniere attaché à une chaise de poste, on en fait une voiture à quatre roues ; alors on attele dans la limonniere le cheval de brancard, celui du postillon à sa gauche, attaché à un palonnier, comme à l’ordinaire, & quelquefois un troisieme cheval à un autre palonnier à droite. Si au lieu de limonniere l’avant-train a un timon & un siege de cocher, on se sert de la chaise comme d’un carrosse.
224. LES harnois des chevaux qui tirent les voitures à deux roues sont différens en quelques circonstances de ceux à quatre roues ; ces voitures sont les chaises de poste ; & depuis quelque tems les cabriolets, les chaises, s’attelent à deux chevaux, quelquefois à trois d’un même rang : on en met un entre les brancards de la chaise ; celui-ci se nomme le cheval de brancard. On attele l’autre à un palonnier hors des brancards à gauche ; c’est celui que le postillon monte ; il se nomme le bricolier, le cheval du postillon, le cheval de côté ; le troisieme, lorsqu’on en met un, s’attele à droite, comme le cheval du postillon à gauche.
225. LE cabriolet n’a qu’un cheval dans les brancards, que le propriétaire a coutume de mener lui-même de dedans la voiture.[/accordion-item]

CHAPITRE XIII.

[accordion-item title= »Les ouvrages du bourrelier-carrossier. »]226. COMME les pieces de harnois qui conviennent à tous chevaux de carrosse doivent marcher ici les premieres, c’est par elles qu’il convient de commencer ; elles se réduisent au licol & à la bride : mais les harnois qui se posent sur leurs corps, dont la destination est de les attacher aux différentes voitures, peuvent se diviser en harnois des voitures à quatre roues, & harnois pour les voitures à deux roues : ainsi, après avoir expliqué le licol & la bride, on commencera les harnois de carrosse par celui des chevaux de timon, comme étant le plus composé, & ensuite on ira à tous les autres.
227. Explication de quelques termes. AVANT d’entrer en matiere, il est bon de donner l’explication de quelques termes qu’on trouvera répandus dans le discours, savoir, la bordure, le faux-bord, le blanchet, la coussinure. La bordure est un morceau de cuir de veau ou de vache, qu’on taille assez large pour passer sous la piece de harnois & se redoubler en-dessus le long de chaque côté d’un demi-pouce, & être ensuite arrêtée d’un bout à l’autre le long du bord de son redoublement avec une couture piquée. Le faux-bord est en deux courroies de même cuir, d’un pouce de large, avec lesquelles on borde la piece avec une pareille couture. Le blanchet est un bout de courroie d’un pied de long ou plus, qu’on ajoute vers les bouts taillés en pointe de quelques pieces, par-dessus les cuirs qui les composent, & que l’on perce pour les ardillons des boucles : il y a des pieces où l’on fait aller le blanchet d’un bout à l’autre. La coussinure est en certaines pieces le cuir de dessous, qu’on tient plus large de demi-pouce de chaque côté, que ceux de dessus : elle ne se borde jamais.[/accordion-item]

ARTICLE PREMIER

[accordion-item title= »Le licol. »]228. TOUTES les pieces du licol sont de cuir de bœuf hongroyé, & toutes d’un pouce un quart de large. La têtiere, trois pieds huit pouces de long. La museliere, trois pieds deux pouces. Les deux jouieres, chacune treize pouces. Une ou deux longes, de huit pieds de long. Un anneau de fer. Les cuirs de la têtiere & de la museliere qui passent dans l’anneau de fer, où elles se redoublent, sont arrêtés & serrés à l’endroit du doublement par un bouton de cuir : ce bouton est une espece de brédissure entrelacée, qui enveloppe les deux portions de cuir en les traversant. Les jouieres se brédissent d’un bout à la têtiere, de l’autre à la museliere.[/accordion-item]

ARTICLE II.

[accordion-item title= »La bride. »]229. LA bride se fait en cuir noir passé au suif ; elle est composée des parties suivantes. La têtiere a deux pouces de large, & un pied six à sept pouces de long. Les deux montans ont chacun un pouce de large & dix pouces de long. Le frontail a un pouce de large, & un pied de long. Les deux œilleres ont chacune cinq pouces en quarré. La museliere & la soubarbe, qui ne font qu’un, ont un pouce de large & un pied trois pouces de long. La sougorge a un pouce de large & deux pieds de long. Les deux porte-mors ont chacun un pouce de large & huit pouces de long. Le trousse-crin a un pouce de large & deux pieds de long. Les rênes ont un pouce de large & sept pieds de long, d’un seul cuir.
230. LA têtiere & tous les autres cuirs de la bride sont simples ; excepté les œilleres qui ont deux cuirs ; ils seront tous bordés, excepté les porte-mors, le trousse-crin & les rênes : pour former la têtiere, pliez le cuir par le milieu de sa longueur, puis fendez-le depuis chaque bout en deux parties égales chacune jusqu’à trois pouces du milieu, ce qui fera six pouces qui ne seront pas fendus. Pour le dessus de tête, chaque branche de devant se boucle aux montans, & celles de derriere à la sougorge.
231. LES montans coulent le long des joues ; ils seront terminés à un bout par une boucle ; celle qui doit boucler en-haut la branche de devant du fourchet sera la plus grande ; celle du bout d’en-bas qui est plus petite, bouclera le porte-mors ci-dessous.
232. LES porte-mors, un de chaque côté, se cousent en-bas à l’envers des montans, à trois pouces au-dessus de la petite boucle ; ils doivent traverser l’œil du mors de dedans en dehors, pour le soutenir, & se boucler à la petite boucle du montant.
232. LA museliere & la soubarbe d’une seule piece doivent passer entre le cuir du porte-mors & l’envers du montant ; pour cet effet on laisse le cuir du porte-mors assez long pour donner passage & soutenir ces pieces en leurs places ; & on lui fait deux coutures, l’une au-dessus, l’autre au-dessous du passage de la soubarbe, ce qui forme une espece d’anneau de cuir : avant de boucler la soubarbe à laquelle est attachée la boucle qui la ferme, on la passe dans un petit anneau de fer vague.
234. LA sougorge entoure la ganache vers le gosier ; on la passe dans l’anneau vague susdit : elle est précédemment garnie de deux boucles, une à chaque bout, qui vont boucler aux deux branches de derriere des fourchets de la têtiere.
235. LE frontail traverse le front au-dessus des yeux : on le redouble de chaque côté derriere le fourchet de la têtiere, où on le coud & on le traverse d’un point au milieu du fourchet.
236. LES œilleres se posent aux montans vers le haut vis-à-vis des yeux ; on les y coud en-dedans à deux rangs de couture noire.
237. LE trousse-crin sert à envelopper le toupet de crin qui tombe sur le front du cheval ; on le taille en étrécissant par un bout ; on roule l’autre bout en forme de bouton ; on fait une fente au milieu du dessus de tête ; on passe le trousse-crin dedans de dessous en dessus ; on rassemble le crin, & on le tourne autour jusqu’à bout, où on le noue.
238. LES rênes d’une seule piece servent à tenir la tête du cheval dans une belle situation, sans cependant lui gêner la bouche ; on les passe dans la gargouille du mors ; pour cet effet on leur met à six pouces de chaque bout une boucle enchapée ; on fait entrer le bout dans la gargouille, & on le boucle ; quelquefois on fait les rênes de deux pieces pour pouvoir les alonger ou raccourcir suivant le besoin : alors on place une courte rêne au mors, à laquelle, à un pied de distance, on met une boucle dans laquelle on boucle la grande rêne.[/accordion-item]

ARTICLE III.

Bourrelier. Pl. VII.

[accordion-item title= »Le harnois des chevaux de timon. »]239. LE harnois des chevaux de carrosse, principalement des chevaux de timon, peut être divisé en pieces du tirage, en pieces de suspension, & en pieces de différens usages.
240. Pieces du tirage. LA chaînette de timon pour reculer & tourner. Le poitrail pour avancer. Le reculement pour fortifier le recul. Les deux traits pour avancer. L’avaloire d’en-bas pour soutenir le recul.
241. Pieces de suspension. COUSSINET pour soutenir les bras de bricolle. Bras de bricole pour soutenir le gros anneau de devant. Barres de poitrail pour soutenir le poitrail. Trousse-chaînette de timon pour suspendre la chaînette de timon. Grande croupiere & culeron. Avaloire de dessus & surdos pour soutenir le gros anneau de derriere & les fourreaux. Barres de derriere pour soutenir l’avaloire d’en-bas.
242. Fourreaux. SOUS-VENTRIERE. Trousse-queue. Sac à queue.
243. Pieces de différens usages. LES guides. Enrênure à l’italienne. Plate-longe pour les rueurs.
244. LA chaînette de timon A, fig. I, pl. VII, est composée de trois cuirs blancs & un noir bordé ; elle a un pouce un quart de large, & quatre pieds & demi de long ; on coud à un de ses bouts une boucle & son passant ; on y boucle l’autre bout, & on entoure le tout par-dessus d’un anneau de cuir, fait d’un simple cuir, qu’on place au-dessous de l’endroit où est la boucle, & qui rapproche à l’aise l’un de l’autre les deux doubles de la chaînette : on nomme cet anneau le bouton de la chaînette : ce bouton est vague & n’est point attaché ; ce n’est autre chose qu’un coulant qui fait faire au bout de la chaînette une espece de gros anneau de cuir. On passe cette chaînette d’une part dans le reculement où elle est vague, & d’autre part du côté du bouton au bout du timon, d’où elle ne saurait sortir au moyen de la courroie de timon, dont on parlera dans la garniture des voitures ci-après : son usage est de contenir les chevaux à égale distance du timon, & d’y communiquer l’effet du reculement ci-dessous.
245. LE poitrail, pl. IX, fig. III, est composé de trois cuirs. Celui de dessous, nommé la coussinure aa, est de cuir de vache, de quatre pouces & demi de large ; celui de dessus, nommé le fond bb, de trois pouces un quart, & par-dessus un blanchet cc, d’un bout à l’autre d’un pouce trois quarts ; sa longueur est de quatre pieds deux pouces ; on en retourne trois pouces à chaque bout pour les brédir aux deux gros anneaux de devant. On le voit en place ; pl. VII, fig. I.
246. Nota. QUELQUES-UNS veulent que les coussinures du poitrail & de l’avaloire d’en-bas ci-après soient redoublées du sens de leur longueur, comme les avaloires des chevaux de charrette ; son usage est d’être poussé par le poitrail & les épaules du cheval, quand il marche en-avant, ce qui fait tendre les traits & avancer la voiture.
247. LE reculement D, D, D, pl. VII, est composé de trois cuirs d’égale largeur, deux blancs & un noir lissé & bordé ; il a un pouce de fond, c’est-à-dire de large, & dix pieds & demi de long ; il passe devant le poitrail où il reçoit la chaînette de timon, puis de chaque côté au-travers des fourreaux, d’où il va se boucler aux gros anneaux de l’avaloire d’en-bas, qu’il dépasse ensuite d’un pied, pour qu’on puisse le ralonger en cas de besoin ; ce surplus se prend dans un passant attaché à l’avaloire d’en-bas, près de l’endroit où elle est brédie à son gros anneau.
248. Nota. QUE comme on vient de parler des gros anneaux de fer du poitrail & de l’avaloire d’en-bas, il est bon d’être instruit qu’ils ne sont pas de largeur égale, ceux du poitrail ayant trois pouces & demi de diametre de dehors en dehors, & ceux de l’avaloire un demi-pouce de moins.
249. LES traits E, E, E, sont composés d’autant de cuirs que le reculement, & disposés de même : ils ont un pouce & demi de large & six pieds quatre pouces de long. Le trait de chaque côté se boucle dans le gros anneau du poitrail, & son bout dépassera en-devant d’un pied & demi. Ce surplus entre d’abord dans un passant attaché près de la brédissure du poitrail audit anneau, & à huit pouces au-delà dans un . Le dé, pl. VI, fig. m, est un anneau de fer demi-rond, ayant la forme d’un D romain : on le coud au poitrail par le côté où il est droit (le reculement y passe aussi). L’autre bout des traits qui doivent embrasser les deux bouts des palonniers se brédit à un anneau de fer totalement quarré & un peu cambré ; son nom est la boucle à trait. Avant de placer le bout dont on vient de parler, on l’aura passé au travers de la boucle à trait, qu’on aura fait descendre ensuite jusqu’en-bas, pour que ce bout se termine en un gros anneau de cuir, qu’on passe sur le bout du palonnier, quand on attele : les traits ne servent de rien quand on recule ; leur usage est de faire avancer & tourner.
250. L’AVALOIRE d’en-bas R, pl. VII, & fig. IV, pl. IX, est composée de deux cuirs, savoir, une coussinure aa, de trois pouces de large, & un fond bb, de deux pouces de large ; on y ajoute, si on veut, un blanchet cc, de treize lignes de large d’un bout à l’autre : elle se brédit à ses deux gros anneaux. Son usage est d’appuyer la croupe du cheval, dont le poids, contraignant le reculement, soulage beaucoup l’animal qui s’appuie dessus quand il s’agit de reculer la voiture ou de descendre une montagne.
251. Remarque. TOUTES les pieces que l’on vient de décrire sont, pour ainsi dire, les travailleuses : c’est par elles que la voiture est mise en mouvement. Le poitrail & les épaules du cheval renferment sa principale force pour tirer ; c’est pourquoi elles doivent être & sont effectivement suspendues à la hauteur du milieu de son poitrail, excepté les traits qui descendent plus ou moins bas, selon que les roues de devant le sont : ainsi, plus les roues de devant seront hautes, plus le cheval emploiera sa force avec avantage pour lui & pour la voiture. Suivent les pieces de soutien, selon la division qu’on en a faite.
252. LE coussinet, pl. IX, fig. V, est un petit panneau recouvert d’un quarré long, qu’on nomme la couverture du coussinet, fig. VI, & pl. VII, fig. I, F ; le dessus du coussinet se fait de veau noir, & le dessous aa en toile ; la peau aura quatorze pouces de long sur cinq pouces de large, & la toile dix-sept pouces de long & huit pouces de large. La couverture du coussinet qui se fait à part, doit être de cuir gras de veau ; on la double d’un vieux cuir : elle aura vingt pouces de long sur sept pouces de large ; on la borde entièrement de veau. Pour faire le coussinet, on commence par coudre la toile tout autour à l’envers du veau ; cette couture se fait à surjet avec le fil de Bretagne noir ; ou chambre ensuite le milieu en largeur par quelques grands points de fil. La chambrure c, sera de deux pouces & demi de large dans tout le travers du coussinet ; on fait deux fentes en long à la peau du dessus, une à chaque moitié du panneau, par lesquelles on fera entrer le crin & la bourre avec lesquels on les remplit. La peau du côté de la fleur fera le dessus du coussinet ; la toile portera sur les épaules du cheval, & la chambrure c se trouvera au dessus du garrot. On verra au titre suivant comment on fait tenir au coussinet sa couverture. L’usage du coussinet est de tenir le bras de bricole, les barres de poitrail, les trousse-chaînettes de timon, & la grande croupiere : sa couverture attache les rênes de la bride, & soutient les guides.
253. LE bras de bricole G, pl. VII, aura trois pieds huit pouces de long & un pouce de large ; il passe entre le coussinet & sa couverture du sens de leur longueur, & va s’attacher de part & d’autre aux deux gros anneaux du poitrail : il est d’abord composé d’un bout à l’autre de deux cuirs, un blanc & un noir lissé ; mais comme dans l’espace qu’il parcourt entre le coussinet & sa couverture on lui ajoute un second cuir blanc, il a trois cuirs dans cet espace ; c’est à ces cuirs blancs, sous le coussinet, qu’on coud du côté qui regarde le dos du cheval une boucle enchapée, destinée à boucler la grande croupiere ; plus du côté du col deux pareilles boucles posées en biaisant, chacune à cinq pouces du milieu ; celles-ci boucleront les deux barres de poitrail ci-dessous ; ensuite ayant passé deux attaches en double au travers des cuirs du coussinet à côté de sa chambrure, on les fera traverser les trois cuirs du bras de bricole, au-dessus desquels on les nouera de deux nœuds ; on passera de même au travers du milieu de la couverture une attache qui arrêtera une petite courroie à boucle qui doit servir à tenir les rênes de la bride ; & à sept pouces des bouts de la couverture, on passera pareillement les courroies nommées porte-anneaux, parce qu’elles tiennent deux anneaux de cuivre ronds, dans lesquels on fait passer les guides ; on fera sortir l’attache de chaque anneau de dedans en dehors au milieu des bouts de la couverture, puis rentrer en-dessous dans le bras de bricole à sa sortie du coussinet ; le bras de bricole se boucle par ses deux bouts à un boucletot attaché à un gros anneau du poitrail, de chaque côté : son usage est de soutenir les gros anneaux du poitrail à la hauteur convenable.
254. LES barres de poitrail C, au nombre de deux, sont composées d’un cuir de bœuf lissé, de deux pieds de long sur un pouce & demi de large ; elles se brédissent à un anneau de cuivre enchapé, cousu au poitrail, en-avant près du dé de fer (voyez les traits ci-dessus), & vont se boucler aux deux boucles cousues en biais sous la couverture du coussinet (voyez le bras de bricole ci-dessus) ; elles servent à maintenir le poitrail en sa place.
255. LE trousse-chaînette de timon H, est une laniere ou courroie étroite d’un pied de long, qui s’attache au coin de la couverture du coussinet dans le bras de bricole ; dans une paire de harnois, on place l’un à droite, l’autre à gauche ; on fait à un bout un bouton roulé, & une fente vers son attache : son usage est, lorsqu’on détele, de prendre la chaînette de timon pour la tenir relevée.
256. LA grande croupiere N, & le culeron O, sont deux pieces que l’on joint l’une au bout de l’autre ; la grande croupiere est composée d’un cuir lissé, bordé de veau ; elle a trois pieds huit pouces de long en comptant neuf pouces de fourchet. Ce qu’on nomme ainsi, est une entaille faite au bout de la croupiere, de neuf pouces de profondeur, évidée en triangle, ce qui la partage en deux branches qui vont s’écartant l’une de l’autre ainsi d’un pouce & demi de large, qu’on donne à la grande croupiere depuis la boucle qui l’attache au bras de bricole sous la couverture du coussinet, jusques vers l’avaloire de dessus dont on va parler ; on doit la tailler en élargissant en douceur jusqu’au bout, afin que le fourchet ait deux pouces & demi d’ouverture. Le culeron aura un pied huit pouces de long, & deux pouces & demi de large ; on le rembourre, on le coud, & on le termine par une boucle à chacun des bouts, qui se boucleront aux branches du fourchet. La grande croupiere soutient les surdos & l’avaloire de dessus, & au moyen de son culeron empêche le coussinet de se porter trop en-devant, sur-tout dans les descentes.
257. L’AVALOIRE de dessus L, & les surdos K, I, sont composés d’un cuir lissé, bordé d’un pouce un quart de large, chacun d’une seule piece ; l’avaloire aura quatre pieds de long ; le surdos K, trois pieds dix pouces ; le surdos I, trois pieds huit pouces de long ; on ne compte ici que deux surdos, parce que c’est la mode actuelle. Les surdos & l’avaloire de dessus doivent traverser le dos du cheval par-dessus ou par-dessous la grande croupiere, à distance à peu près égale les uns des autres, le premier surdos passant à deux ou trois pouces du coussinet. Lorsqu’on les fait passer par-dessus, on leur coud, à l’endroit du passage, un cuir de même largeur, dans lequel on enferme la croupiere. Si l’on veut qu’ils passent par-dessous, alors on double toute la grande croupiere d’une coussinure, entre laquelle on les arrête avec des points de couture. Les bouts de l’avaloire de dessus vont se boucler à un boucletot passé dans le gros anneau de l’avaloire d’en-bas, & ceux des surdos à des boucles enchapées, cousues aux fourreaux. L’avaloire d’en-haut sert à maintenir le gros anneau d’avaloire en sa place, & les surdos à soutenir les fourreaux.
258. LES fourreaux V, au nombre de deux, sont chacun d’un seul cuir de bœuf lissé, de six pouces de large & de quatorze pouces de long ; on les plie en double sur leur longueur, où on les coud d’un bout à l’autre : ils servent, étant attachés aux surdos, à soutenir le reculement qui passe librement au travers.
259. LES deux barres de derriere M, une de chaque côté de la croupe, ressemblent pour leur largeur & leurs cuirs aux barres de poitrail ci-devant ; on les attache en biais sous la grande croupiere vers la croupe du cheval, à trois pouces de l’avaloire de dessus, d’où elles vont se boucler à une boucle enchapée dans un anneau de métal arrêté à l’avaloire d’en-bas, à un pied de sa brédissure, au gros anneau d’avaloire. Leur usage est de soutenir l’avaloire d’en-bas en sa place.
260. LES pieces qui suivent ont chacune un usage particulier. La souventriere X est un cuir simple, de deux pieds & demi de long, attaché d’un bout à un des gros anneaux du poitrail, passant sous le ventre du cheval & allant se boucler à un boucletot au pareil anneau de l’autre côté ; quand elle est serrée, elle empêche le harnois de varier à droite ou à gauche.
261 LE trousse-queue, fig. 8, est un morceau quarré de gros cuir, de sept pouces de long sur quatre pouces de large ; à gauche près des deux coins sur sa largeur on coud deux boucles c, & vis-à-vis à droite deux courroies b ; on trousse & replie la queue du cheval plusieurs fois sur elle-même ; on l’entoure ensuite avec ce morceau de cuir ; ou la serre avec les boucles & leurs courroies : au milieu du haut de ce trousse-queue, près de son bord, est passée une laniere de cuir d, ayant un bouton roulé à un bout, & une fente à l’autre, pour le faire tenir au culeron. Cette piece sert à empêcher les chevaux de se salir la queue dans les boues.
262. LE sac à queue Q, est un étui de cuir, qu’on taillera de vingt pouces de long sur un pied de large ; on l’arrondit en le cousant sur sa largeur par un bout à un rond de pareil cuir ; on taille les côtés en mourant jusqu’à l’autre bout, les diminuant chacun de deux bons pouces ; on les coud ensemble ; on attache à six pouces près du haut, qu’on ne ferme point, une boucle & un contre-sanglot pour serrer le sac en cet endroit ; ou met aussi à la croupiere deux contre-sanglots & deux boucles au-haut du sac, qui bouclent lesdits contre-sanglots ; & pour tenir ce sac ferme & tendu, on lui ajoute par-dehors du haut en bas un blanchet, sur lequel on place quelquefois en guise d’ornement un rang de boucles dorées, bouclées avec leurs courroies ; il sert, comme le précédent, à garantir la queue de la boue. Le trousse-queue est d’un plus grand usage.
263. LES guides avec lesquelles le cocher conduit ses chevaux, sont au nombre de deux, la guide droite, & la gauche ; on les fait d’un cuir simple, d’un pouce de large ; la droite a douze pieds & demi de long, & se termine par une boucle dans laquelle se bouclent sous le même ardillon deux courroies du même cuir, celle de dehors de cinq pieds quatre pouces de long, l’autre en-dedans de sept pieds neuf pouces, ayant chacune une boucle brédie à neuf pouces du bout. La guide gauche n’a que deux pieds & demi de long, & deux boucles, une à chaque bout ; l’une de ces boucles sert à boucler la guide droite ; l’autre boucle reçoit également deux courroies dans les mêmes proportions de celle de la guide droite.
264. AFIN que les deux chevaux s’aperçoivent de l’intention du cocher, & y obéissent au même instant, après avoir bouclé les guides droite & gauche ensemble, on fait passer la plus courte branche de chacune au travers des anneaux de dehors de la couverture du coussinet, d’où on les amenait se boucler à la gargouille de la branche extérieure du mors, ou à l’anneau du touret ; mais maintenant on les boucle dans l’anneau à l’anglaise attaché à l’œil du mors. Les plus longues branches se passent dans l’anneau de dedans de ladite couverture , d’où celle de la guide droite va rendre à la branche intérieure du cheval hors la main, & réciproquement du cheval hors la main au cheval à la main, se croisant en chemin.
265. DEPUIS quelque tems, plusieurs ont adopté une maniere de guider les chevaux préférable à celle qu’on vient de décrire. A celle-ci, qui se nomme l’enrênure à l’italienne, les branches des guides sont égales, & vont au mors de chaque cheval, qu’on peut par ce moyen conduire à part, suivant sa bouche ; & pour les lier ensemble, la communication de l’un à l’autre se fait par deux italiennes, nom qu’on donne à deux simples cuirs d’un pouce de large & de quatre pieds huit pouces de long, qui se prennent d’une part dans un anneau attaché exprès sous la couverture du coussinet dans le bras de bricole où elles se passent, & de l’autre part vont se boucler en se croisant de l’un à l’autre cheval, comme les précédens.
266. LA plate-longe pour les rueurs n’est point essentielle au harnois du timonnier ; elle ne s’y ajoute que lorsque le cheval a la mauvaise habitude de ruer, à cause du danger où est le cocher d’en être blessé dangereusement.
267. EN commençant sa description par la partie qui entoure la volée, elle est composée de trois cuirs, deux noirs, & un blanc dans le milieu ; sa largeur est d’un pouce trois quarts, & sa longueur de deux pieds & demi, jusqu’à la grosse boucle enchapée, où elle s’arrête, formant un gros anneau de cuir, après lequel elle a vingt pouces de long jusqu’à son fourchet ; elle n’a plus que deux cuirs depuis le commencement du fourchet, dont chaque branche aura cinq pieds trois pouces de long & un pouce un quart de large. A huit pouces du bout de chacune, est une boucle enchapée qui se boucle aux gros anneaux du poitrail ; le fourchet a deux traverses d’un cuir simple ; celle qui est la plus près du bout en est à trois pieds : elle aura seize pouces de long ; la seconde, qui sera à dix pouces de la premiere, aura un pied de long : cette plate-longe fait très-bien son effet, & l’on ne doit jamais négliger d’en mettre, pour peu que l’on voie le cheval disposé à ruer dangereusement.[/accordion-item]

ARTICLE IV.

[accordion-item title= »Le harnois des chevaux de devant. »]268. LE harnois des chevaux de devant, fig. II, pl. VII, comprend celui des quatriemes ou des chevaux de volée, des sixiemes & huitiemes : il est bien plus simple que celui des chevaux de timon, n’ayant ni reculement ni avaloire ; il consiste dans les pieces suivantes, pareilles aux mêmes des chevaux de derriere. Un coussinet a. Un poitrail b. Deux barres de poitrail c. Un bras de bricole d. Un surdos e. Une grande croupiere f, & son culeron g. Deux trousse-traits h. Deux porte-traits k, de sixiemes & huitiemes, deux porte-traits de volée n. Deux traits de volée ll. Deux traits de sixiemes & de huitiemes mm. La souventriere o.
269. LES porte-traits de sixiemes ou huitiemes sont nécessairement plus longs que ceux du timon, & partent de la grande croupiere, attendu qu’il n’y a point d’anneau d’avaloire. Quand l’attelage est de quatre chevaux sans postillon, on attache une volée au bout du timon, aux palonniers de laquelle ont attele les deux chevaux de devant avec des traits pareils à ceux des chevaux de timon, mais qui auront sept pieds de long. Si on fait le même attelage de quatre avec un postillon, les traits des quatriemes seront tout droits, c’est-à-dire, ne se termineront point en un rond, comme ceux des chevaux de derriere, & seront de longueur inégale ; car ceux du cheval à la droite du postillon auront huit pieds de long, & ceux de celui du postillon huit pieds & demi ; & comme tous ceux-ci doivent se boucler aux chevaux de timon, il est nécessaire d’alonger leurs traits par-devant. Pour cet effet, on leur ajoute des faux traits de deux pieds de long ; ces faux traits se terminent à un de leurs bouts par une boucle à trait, (voyez ci-dessus au titre les traits) & à l’autre bout par une boucle à chaînette de timon ; on défait le trait ordinaire ; on le fait passer dans la boucle à trait, puis on le remet en sa place. Les boucles à chaînette à l’autre bout des faux traits, sont celles où se boucleront les traits des quatriemes. A six chevaux, les traits des quatriemes auront sept pieds de long ; ceux des sixiemes dix pieds, ainsi que ceux des huitiemes. Les guides pour les quatriemes auront dix pieds, & pour les sixiemes en cas de huitiemes, quatorze pieds. Toutes ces guides communiquent à celles du cocher ; pour cet effet, on commence par coudre à trois pouces en-deçà des branches des guides du timon une boucle enchapée, à laquelle on boucle les guides des quatriemes, après les avoir fait passer dans un anneau attaché au milieu du dessus de tête des timonniers ; celles des sixiemes aux guides des quatriemes, en cas de huitiemes, & au dessus de tête des quatriemes. Le harnois du cheval du postillon a de plus une selle & un dessus de selle.(Voyez ci-dessous les harnois de chaise).[/accordion-item]

CHAPITRE XIV.

Bourrelier. Pl. VIII.[accordion-item title= »Le harnois des chevaux de chaise. »]270. LES chevaux de chaise, qui sont originairement au nombre de deux, ne peuvent avoir leurs harnois semblables l’un à l’autre, n’étant pas eux-mêmes appareillés comme le doivent être les chevaux de carrosse, attendu que les fonctions de chacun exigent des qualités différentes ; car l’un doit être un cheval étoffé, léger & alongé, l’autre ramassé & moins considérable. Le premier se nomme le cheval de brancard, parce que sa place est entre les deux brancards de la chaise, qu’il doit soutenir ; le second monte le postillon : aussi est-il nommé le porteur ; on le nomme encore le bricolier ou le cheval de côté. On va détailler le harnois de chacun à part, commençant par celui du cheval de brancard.
271. Harnois du cheval de brancard. A, la sellette, fig. I, pl. VIII ; B, le poitrail ; C, les deux barres du poitrail ; D, les deux contre-sanglots ; E, les deux gros anneaux du poitrail ; FF, les deux traits ; G, la croupiere & son culeron ; H, l’avaloire ; I, le gros anneau de l’avaloire ; K, les deux petites barres ; L, les deux barres d’avaloire ; M, les deux reculemens ; O, la longe de main.
272. LA façon de la sellette sera décrite ci-après dans l’art du sellier, attendu que quoique les bourreliers soient en droit de la construire, ainsi que le sellier, néanmoins cette manœuvre s’éloignant de leur pratique ordinaire, & le sellier y étant accoutumé, ils les reçoivent de lui, & y ajoutent le reste du harnois.
273. LE sellier aura percé, en faisant la sellette, vers le milieu de chaque côté, deux petites mortaises éloignées l’une de l’autre de deux pouces & demi ; destinées à y passer les courroies de dossiere X, qui doivent fixer la dossiere de la chaise en sa place ; chaque courroie aura seize pouces de long ; on la passera de dehors en dedans dans la mortaise de devant ; on la fera ressortir par celle de derriere ; le bout de devant est garni d’une boucle. Quand la dossiere est posée, on boucle ces courroies qui l’embrassent & l’empêchent de varier sur la sellette. La courroie à rêner Y, s’attache au milieu du haut de la sellette ; on commence par enfoncer en cet endroit un petit crampon quarré de fer, d’un pouce d’ouverture ; après quoi on passe au travers de ce crampon une petite courroie de seize pouces de long ; on l’y redouble, & on coud le redoublement au haut du crampon. A un bout de cette courroie, qui ne sera éloigné que d’un pouce dudit crampon, on attachera une boucle, à laquelle l’autre bout viendra se boucler quand on aura mis les rênes de la bride entre-deux : les anneaux des guides qui s’attachent sur la sellette de chaque côté en-devant, servent à soutenir les guides, ordinairement de tresses de soie rondes ou plates, qui s’ajoutent quelquefois à la chaise de poste & toujours au cabriolet, afin que celui qui est dedans puisse conduire lui-même le cheval de brancard. Pour poser ces anneaux, on a ce qui s’appelle un lacet, qui est une petite bande de métal pliée en deux, formant une espece d’anneau, dont les deux jambes en pointes se touchent sans se joindre ; on fait entrer l’anneau des guides dans celui-ci ; puis enfonçant les deux queues rassemblées dans un trou qui traverse l’arçon, on les rive à l’envers, laissant à l’anneau des guides la liberté de se mouvoir. Le poitrail comme celui des chevaux de carrosse. Les deux barres de poitrail de même ; on les arrête à la sellette, en les bouclant à une boucle enchapée, clouée à l’arçon de devant à trois pouces du haut. Les deux contre-sanglots se clouent sur les bandes d’arçon, & vont se boucler à un boucletot pris dans le gros anneau. Les traits de cinq pieds de long s’attachent au gros anneau du poitrail. La croupiere avec son culeron, se boucle dans une boucle enchapée, clouée au milieu de l’arçon de derriere. L’avaloire comme celle d’en-bas des chevaux de carrosse. Les deux petites barres prises dans le gros anneau de l’avaloire, se bouclent à une boucle enchapée, clouée à l’arçon de derriere à quatre pouces du haut. Les deux barres d’avaloire, comme aux chevaux de carrosse. Les deux reculemens, chacun de trois pieds & demi de long, s’attachent d’une part au gros anneau de l’avaloire, & de l’autre, lorsqu’on attele, à un crampon enfoncé dans les brancards de la chaise. La longe de main est une simple courroie de six pieds de long & d’un pouce de large ; on l’attache aux branches de la bride : le postillon la tenant à sa main, s’en sert pour guider le cheval de brancard.
274. Harnois du bricolier, fig. II. CE cheval a plusieurs épithetes ; il s’appelle le porteur, parce que le postillon le monte ; bricolier, parce qu’il tire la chaise en biaisant ; & cheval de côté, attendu qu’il est hors du plan de la chaise : sa place est toujours à gauche du cheval de brancard. Comme porteur, il est sellé, & comme étant attaché à la chaise, il lui faut un harnois qui se lie avec sa selle. Cette selle sera expliquée dans l’art du sellier ci-après ; mais attendu que le reste de son harnois ne peut se faire que par le bourrelier, c’est ici sa place : a, un poitrail ; bb, un dessus de selle ; c, deux boucletots ; ddd, deux traits ; e, un surdos ; le poitrail comme le précédent.
275. LE dessus de selle est en deux pieces : une à droite, de deux pieds dix pouces de long ; l’autre à gauche, d’un pied de long : la droite est d’un cuir lissé , bordé de treize lignes de large : elle se brédit à un anneau de cuivre enchapé au poitrail à un pied en-avant du gros anneau : la gauche est de même cuir ; elle se termine en une boucle, à laquelle se boucle la piece droite. Quand elles sont jointes, le postillon les pose sur sa selle le long des battes en-dedans : le dessus de selle sert à soutenir le poitrail en sa place. Les deux boucletots ont chacun quatre pouces de long ; on les coud d’un bout aux gros anneaux du poitrail : leur boucle est une demi-ronde ; elle se boucle à un contre-sanglot attaché sous la selle. Les deux traits sont de trois cuirs, deux blancs & un noir bordé ; ils ont quinze lignes de large & sept pieds & demi de long ; ils sont brédis par un bout au gros anneau du poitrail. Le surdos se fait d’un cuir lissé, bordé d’un pouce & demi de large, & de quatre pieds quatre pouces de long à droite : il est brédi sur lui-même, formant un anneau, au travers duquel passe le trait qu’on arrête en place par une attache qui, qui après l’avoir traversé, se noue autour : la même chose s’opere à gauche par un boucletot arrêté de même, auquel le surdos se boucle ; ce surdos passe entre les deux cuirs de la croupiere.[/accordion-item]

CHAPITRE XV.

Bourrelier. Pl. XIV.[accordion-item title= »De la garniture des voitures. »]276. C’EST au bourrelier-carrossier à suspendre sur le train du charron toutes les voitures à roues, qui transportent les hommes d’un lieu à un autre, & à les garnir de tous les cuirs nécessaires à cette suspension. Ces voitures sont les coches, les carrosses, les berlines, les chaises, &c. Mais quoique les coches & les carrosses aient rang d’ancienneté sur les berlines, ces dernieres ont tellement prévalu par leurs avantages, en comparaison des premiers, qu’elles ont presqu’anéanti les carrosses.
277. Garniture de la berline. LA courroie de timon. Les deux ronds de palonnier. Les soupentes & leurs fourreaux. Les soupentes de marche-pied & garniture. Les deux traits le long du brancard. Les courroies des pieds corniers. Les courroies de guindage. Le porte-siege. Les courroies de côté du siege. La courroie & mains de derriere.
278. LA courroie de timon a, fig. III, pl. XIV, est une laniere de cuir de demi-pouce de large, garnie d’une petite boucle par un de ses bouts ; on la noue vers sa boucle à l’anneau qui est au haut du crochet du timon ; elle sert, lorsqu’on a enfilé les deux chaînettes de timon jusqu’au crochet, à leur barrer le passage, pour empêcher qu’elles ne sortent de leurs places, ce qui se fait en passant le long bout de cette courroie au travers d’un trou x, fait dans le timon au-dessous du crochet, d’où l’ayant fait sortir, on l’amene boucler à sa petite boucle.
279. LES deux ronds de palonnier b, sont deux gros anneaux de cuir, qui embrassent les bouts de la volée & le milieu de chaque palonnier : le rond de palonnier se fait d’un seul & même cuir blanc, tourné quatre fois en rond sur lui-même : on en amincit insensiblement les deux bouts, afin qu’ils ne forment point d’épaisseur ; on met par-dessus un cuir noir lissé, & le tout se coud à quatre rangs de couture noire.
280. LES soupentes de la voiture cc, au nombre de deux, ont communément quatorze pieds de long & quatre pouces de large : elles se composent de cinq cuirs blancs cousus en long, à six rangs paralleles de couture noire, avec fil poissé ; on les brédit à la traverse de devant, d’où elles coulent sous les brancards de la berline, passant au travers d’une bride de fer quarrée, mise à chaque pied cornier sous la voiture devant & derriere, & vont se rendre à un cric attaché à la traverse de derriere, où on les fait tenir ; & afin que la caisse de la voiture ne puisse pas couler en-devant ou en-arriere sur les soupentes, on les traverse sous chaque portiere avec un tire-fond qu’on visse dans le bois ; on recouvre les soupentes avec des enveloppes de cuir, qu’on nomme des fourreaux : ces fourreaux sont au nombre de quatre, parce que chacun cesse où chacune commence à entrer dans la voiture ; ils se font d’un cuir noir lissé, bordé de vache ; les pentes du bordé se lacent l’une à l’autre par-dessous ; chacun couvre la partie de la soupente qui est en-dehors jusqu’à la caisse de la voiture devant & derriere. Quand la voiture est à ressorts, les soupentes ne sont composées que de trois cuirs de Hongrie bordés de vache, & s’attachent aux ressorts : on ne leur met point de fourreaux.
281. LES soupentes de marche-pied dd, une pour chaque marche-pied, auront trois pouces & demi de large & six pieds & demi de long, parce qu’elles se redoublent & passent ainsi sous la planche du marche-pied, ce qui réduit chaque côté à la longueur d’un pied jusqu’à la planche ; elles sont composées de trois cuirs de Hongrie & un cuir lisse bordé ; elles s’attachent vis-à-vis de chaque portiere autour de deux boulons de fer qui sortent horizontalement des brancards.
282. LES deux traits le long des brancards sont composés de deux cuirs, un blanc & un lisse bordé ; ils ont chacun un pouce de large & huit pieds de long ; ils s’attachent par-devant au côté d’en-dedans du brancard à un anneau de fer qui tient au boulon qui traverse le brancard vis-à-vis la traverse de parade, & par-derriere par un petit cric posé au bout du brancard : ces pieces ne sont pas anciennes ; elles servent à adoucir les mouvemens de la voiture de bas en haut & des côtés, en se prêtant à celui des guindages dont on va parler, lesquels, tant les petits que les grands, précédemment entouraient le brancard même, comme on voit en ee, ff.
283. LES quatre petites courroies de guindage des pieds corniers ee, une au-dessous de chacun, ont un pouce de large & trois pieds de long ; elles sont composées d’un cuir noir lisse bordé, & s’attachent chacune à un anneau quarré, mis à côté des brides ci-dessus (Voyez les soupentes de la voiture) ; elles tournent autour des traits le long du brancard, comme les suivantes ; elles se bouclent à elles-mêmes.
284. LES quatre grandes courroies de guindage ou de côté ff, ont un pouce de large & six pieds de long ; elles sont composées de deux cuirs, un blanc & un noir lisse bordé ; elles sont prises dans un anneau quarré de fer, placé au haut des pieds corniers devant & derriere, & descendent embrasser les deux traits le long du brancard : on embrasse aussi chaque courroie redoublée par un bouton ou coulant ; on met une boucle à un bout, & sous cette boucle, à l’envers, un passant ; on passe l’autre bout dans le passant, de là dans l’anneau quarré, puis dans la boucle en-haut ; puis on fait couler le bouton en-bas pour resserrer l’ouverture.
.285. LE porte-siege de cocher est composé de deux branches de cuir blanc, & de quatre traverses du même cuir : les deux branches ont chacune cinq pieds de long & un pouce & demi de large, s’attachant dans les anneaux quarrés du porte-siege de fer, arrêté sur les montans de devant ; les quatre traverses ont chacune deux pieds de long, même largeur des branches ; on les redouble & on les attache d’une branche à l’autre à distances égales : ce porte-siege sert à soutenir l’espece de dessus de banquette, sur laquelle le cocher s’assied.
286. LES courroies de côté du siege, qui le serrent vers les deux bouts, sur le porte-siege, ont de large un pouce deux lignes, & six pieds de long ; elles sont d’un cuir blanc ; leurs bouts s’attachent aux porte-sieges de fer par plusieurs tours.
287. LA courroie de derriere pour les laquais g, a un pouce de large & quinze pieds de long ; elle est d’un cuir lissé, bordé ; on forme aux deux bouts de cette courroie deux poignées h, comme on va voir. Pour cet effet, le sellier aura mis vers les deux coins de derriere de l’impériale quatre crampons, espacés deux à deux, à six pouces de distance l’un de l’autre ; on brédit d’abord l’un des bouts de la courroie au premier crampon ; on forme la poignée de huit à neuf pouces de bas, en relevant la courroie, qu’on fait passer au travers du second crampon, auquel on la brédit pour former la poignée, suivant la mesure susdite ; on prend l’autre bout de la courroie pour la relever, & la brédir de même aux deux crampons de l’autre bout de l’impériale : cette courroie & ses poignées, ainsi disposées, servent à aider les laquais à monter derriere la voiture, & à les y affermir.
288. Garniture de la chaise de poste. LA dossiere. Les deux soupentes de derriere. Les deux soupentes de devant. Les deux courroies de crémaillere. La courroie de ceinture. Les deux traits de dessous. Les deux marche-pieds. La courroie de portiere. Les trois courroies de cerceau. Le rond de palonnier. La croisée de palonnier. La courroie de palonnier. Les deux enchapures de palonnier. Les deux poignées de derriere. Les fourreaux & couvertures de ressort quand ils sont bordés ; mais c’est l’ouvrage du sellier quand ils ne le font pas.
289. LA dossiere a, fig. I, pl. XIV, est une piece de cuir placée près du bout des brancards, destinée à les soutenir sur la sellette de harnois du cheval de brancard ; elle aura deux pouces & demi de large & six pieds & demi de long, composée de deux cuirs blancs & d’un noir lissé, bordé de vache ; on brédit à deux pieds de chaque bout une boucle enchapée & son passant ; on tourne ces bouts par-dessous les brancards, les passant dans un crampon de fer qui y est attaché, de peur que la dossiere ne se dérange ; & on les boucle.
290. Nota. QUE les ressorts à écrevisse étant préférables à tous les autres, on a pris ici une chaise garnie de ces ressorts.
291. LES deux soupentes de derriere b, b, fig. II, sont chacun de deux pieces, c’est-à-dire, la soupente & le contre-sanglot, qui font ensemble dix pieds de long sur trois pouces & un quart de large, sans compter la bordure ; elles se composent de trois cuirs blancs, un cuir lissé & la bordure de vache : les ressorts à écrevisse ont à leurs bouts élevés une barre de fer en forme du haut d’un T romain, tourné du sens de la longueur de la chaise, moitié en-arriere, moitié en-devant, terminé par un crochet à chaque extrémité ; on fait une fente à un bout de la soupente, par laquelle on l’accroche au crochet de derriere de ladite traverse ; on l’amene ensuite à un crampon de fer, attaché au brancard de derriere du corps de la chaise, au travers duquel l’ayant passée on va la boucler au contre-sanglot accroché pareillement au crochet de devant de la traverse : ce contre-sanglot aura trois pieds & demi de long, garni d’une grosse boucle. Ces trois cuirs sont cachés ici par le haut, des fourreaux de ressort **.
292. LES deux soupentes de devant c, c, fig. II, sont pareilles aux précédentes pour la quantité & la largeur des cuirs ; mais elles n’ont que quatre pieds & demi de long, lesquels redoublés ne sont que deux pieds un quart ; elles passent de chaque côté dans un crampon qui est au bas du corps de la chaise, d’où elles tournent autour de la traverse de devant, & se bouclent en-dessus à elles-mêmes.
293. LES deux courroies de cremaillere & leurs fourreaux b, b, b, fig. I, & d, d, d, fig. II ; les courroies ont un pouce & demi de fond, c’est-à-dire, de large, & neuf pieds & demi à dix pieds de long ; elles partent d’un petit cric ee, fig. II, attaché au bout de derriere des brancards, passant sur les consoles de fer à deux branches f, f, fig. II, élevées sur chaque brancard vers leurs extrémités postérieures ; de là traversant la crémaillere de fer c, fig. I, attachée au-dessus du pied cornier de derriere, accompagnées en cet endroit de leurs fourreaux, elles finissent au brancard près du marche-pied, où elles sont liées de plusieurs tours ou brédies à un crampon. Les fourreaux z, fig. I, ont un pied un quart de long & huit pouces de large, qui, étant pliés par la moitié en longueur, ne font que quatre pouces à chaque face ; on joint le redoublement par une couture que l’on borde par-dessus ; on les arrête en place aux courroies par une attache à chaque bout : ces fourreaux garantissent leurs courroies du frottement de la crémaillere.
294. LA courroie de ceinture gggg, fig. II, est pareille aux précédentes pour la quantité & la largeur des cuirs ; elle aura sept pieds de long : son milieu passe dans un ou deux anneaux de fer, attachés au milieu de la planche de derriere hhh, fig. II, d’où elle va se rendre à deux pareils anneaux mis au brancard de chaque côté, à six pouces plus en-arriere que les précédentes ; elle a aussi deux fourreaux qui la garantissent du frottement des coins de la chaise : ceux-ci n’ont que neuf à dix pouces de long ; ils se travaillent & s’arrêtent comme les précédens : les courroies de crémaillere & celle-ci concourent à adoucir les secousses de côté de la chaise.
295. LES deux traits de dessous d, d, d, fig. I, bouclent les traits du harnois du cheval de brancard ; ils sont pareils en tout aux courroies de crémaillere ci-dessus, ils ont chacun huit pieds de long ; ils prennent depuis l’échantignole de la roue, & vont par-dessous le brancard, soutenus par quatre attaches de distance en distance, jusqu’au dessous du cerceau, où ils se terminent par leurs boucles ; on les fait quelquefois de corde recouverte de cuir.
296. LES deux marche-pieds i, i, fig. II, & e, fig. I, ont chacun sept pieds de tour & trois pouces de fond ; ils sont composés de trois cuirs blancs & un noir lissé & bordé ; on les brédit à chaque bout autour du brancard, puis on les cloue dessus à un pied & demi l’un de l’autre.
297. LA courroie de portiere f, fig. I, sur laquelle tombe la portiere quand on l’ouvre, s’attache par ses deux bouts à un support de fer posé debout sur chaque brancard ; elle a trois pieds de long & un pouce un quart de fond : elle est composée d’un cuir noir bordé.
298. LES trois courroies de cerceau l, l, l, fig. II, sont destinées à affermir le cerceau m, & le tasseau n, fig. II, & hh, fig. I, qui est joint en leurs places ; elles sont toutes trois égales pour les cuirs & leurs largeurs à la précédente : deux prennent au milieu du cerceau en-dehors, & la troisieme part du haut du tasseau : celle-ci sera un peu plus courte que les deux autres ; elles vont se clouer toutes trois sur les brancards à un pied & demi en-avant, celle du cerceau à droite, & à gauche celle du tasseau, à côté de la courroie du cerceau, qui vient au brancard gauche.
299. LE rond o, fig. I & II, du palonnier du cheval de côté, est pareil en tout à ceux des palonniers de carrosse. Voyez ci-devant.
300. LA croisée de palonnier p, fig. II, est composée de deux cuirs blancs & un noir bordé ; elle a un pouce & demi de fond & cinq pieds de long ; on la passe au travers du rond, d’où on va l’attacher par chaque bout sous chaque brancard qq, ligne ponctuée, fig. II, vis-à-vis de la traverse de devant : cette courroie communique à la chaise le tirage du palonnier.
301. LA courroie de palonnier r, fig. II, qui sert à le soutenir à hauteur convenable, est un simple cuir de deux pieds de long, qui passe au travers du rond où il se redouble, & va s’attacher sur le brancard à la main près le bas du tasseau.
202. LES deux bouts du palonnier ss, fig. II, sont garnis d’une enchapure avec sa boucle : ces enchapures autour du palonnier n’ont que deux cuirs ; on en met un troisieme depuis le palonnier jusqu’à la boucle pour fortifier.
303. LES deux poignées de derriere x, fig. I, pour les laquais, sont d’un cuir bordé de dix-huit pouces de long, redoublées & brédies chacune à deux crampons à l’impériale (voyez la berline ci-dessus.) La courroie de derriere ne se met point aux chaises. Le reste des cuirs, comme le siege du cocher, le garde-crotte, les cuirs du cerceau de la couverture des malles, les panneaux, l’impériale, la cave, les planches de marche-pied, les fourreaux & couvertures des ressorts, sont du district du sellier.
304. Nota. QUE lorsqu’on veut que les cuirs qui couvrent les ressorts soient bordés, c’est alors aux bourreliers à les faire.[/accordion-item]

CHAPITRE XVI.

[accordion-item title= »Des ornemens du bourrelier de carrosse. »]305. LES harnois & la garniture des voitures, tels qu’on vient de les décrire, ont tout ce qu’il leur faut de la part du bourrelier pour les usages auxquels ils sont destinés, mais sans aucun ornement. Il est vrai que la parure n’est pas d’une utilité absolue ; mais comme elle est agréable à la vue & qu’elle satisfait l’amour-propre, on s’en passe difficilement : elle n’a de bornes que la plus grande magnificence où elle puisse monter ; sur quoi il ne parait pas hors de propos de parler ici de deux opinions différentes à l’égard des harnois : les uns prétendent que de beaux harnois sur de beaux chevaux les déparent plutôt qu’ils ne les font valoir, un beau cheval surpassant par sa figure tout l’or & l’argent dont on pourrait le couvrir ; en conséquence ils les font harnacher presqu’à nu : les autres disent que plus les harnois sont riches, plus ils attirent les regards sur les animaux qui les portent. A l’égard des premiers, les harnois des chevaux de devant ci-dessus leur suffisent ; mais il est nécessaire pour les autres de détailler tous les ornemens qui se pratiquent dans l’art. Il s’en fait de deux sortes, ceux que le bourrelier exécute, & ceux qu’il ne fait que poser & mettre en place.
306. LES siens sont premièrement des dessins courans, qu’il trace au compas au milieu des pieces dans toute leur étendue, qu’il couvre ensuite avec la couture piquée de fil de Cologne blanc : les dessins les plus ordinaires sont des portions de cercle qui se joignent l’une au bout de l’autre, mais à contre-sens ; ils les nomment des ondes, pl. IX, fig. VII. Il s’en fait en deux manieres : celle qu’on vient d’exprimer, & une autre appelée ondes à pic; à celle-ci on fait deux portions de cercle du même sens, côte à côte, & deux autres à contre-sens, fig. VIII ; mais lorsqu’au lieu de ces dessins on demande des fleurs, des compartimens, &c. alors le dessin se trace sur le papier. Le bourrelier commence par le piquer en entier avec une épingle, puis l’appliquant sur le cuir, il le ponce successivement avec de la chaux en poudre dans un nouet ; ensuite il le marque avec un poinçon pour le suivre avec de la couture blanche piquée.
307. LES cuirs auxiliaires, c’est-à-dire, qui partent du dessus du cheval, pour soutenir les pieces du tirage, peuvent être découpés quand on le desire. Alors le bourrelier les taille plus large qu’à l’ordinaire, leur donne ensuite par les bords différentes inflexions ; il les perce aussi à jour quand il en est requis, en formant dans leur milieu des vuides de figures différentes, & borde le tout à faux bord.
308. LORSQU’ON emploie le cuir fauve, dit cuir d’Angleterre, on n’y ajoute ordinairement point de bordure.
309. QUAND on veut que le harnois, au lieu d’être noir ou fauve, soit rouge, verd, jaune, &c. le bourrelier colle sur les cuirs avec de la pâte, qui est de la forte colle de vitrier, des marroquins de toutes ces couleurs ; pour le blanc, il se sert de basane blanche.
310. LES ornemens en laiton & en fonte dorés, sont fournis par les ciseleurs & par les fondeurs, aux bourreliers qui les distribuent & les attachent sur les harnois. Les pieces formées par ces métaux consistent en boucles & demi-boucles, fleurons, bouts, rosettes & contours : ces pieces en laiton ou cuivre jaune ciselées sont beaucoup plus légeres ; mais elles sont cassantes, ce qui arrive rarement à la fonte. Les boucles sont de différentes grandeur & de dessins plus ou moins riches, pl. VII, 2 & 3 ; les bouts se terminent en pointe 4 ; leur place est ordinairement aux bouts pointus des courroies : les fleurons 5 & rosettes 6 s’espacent & se placent sur tout le harnois selon le goût du bourrelier ou du propriétaire ; les contours ornent les couvertures de coussinet, pl. IX, fig. VI. Aux ornemens en cuivre jaune, l’ouvrier a soin de faire des trous deux à deux en différens endroits de sa piece, afin que le bourrelier puisse y passer des fils de laiton, & au travers du cuir, au-delà duquel il les tord ensemble pour les y attacher solidement. Quant aux pieces de fonte, le fondeur laisse des queues pointues à l’envers, pl. VII, 7, avec lesquelles, après avoir percé le cuir, il les rive à coups de marteau.
311. QUAND on orne le dessus de la tête des chevaux avec des aigrettes, il arrive qu’ils les corrompent ou les cassent en se frottant la tête, ce qui les a fait abandonner par plusieurs ; on se contente à présent de leur attacher au montant extérieur de la bride près de l’oreille une large cocarde de cartisane, au-dessous de laquelle pend un gros gland derriere l’œillere, ou un flot de rubans, le tout fourni par le franger : ce même ouvrier fournit encore des rênes de tresse, terminées par un gros gland, & des guides plates ou rondes, que le bourrelier ajuste suivant l’art. Les ornemens de la garniture des voitures, en ce qui concerne le bourrelier, consistent en dessins piqués sur les cuirs, & en boucles & bouts dorés.[/accordion-item]

L’ART DU SELLIER.

INTRODUCTION

L’ART du sellier comprend en premier lieu la construction des selles qui servent de siege au cavalier, la bride pour conduire son cheval, le licol , &c. secondement l’art de tapisser & garnir les voitures dans lesquelles on s’assied à l’abri du tems, pour voyager ou pour passer d’un lieu à un autre, à l’aide de chevaux ou autres bêtes de tirage qu’on y attele.
Cet art, tel qu’il est à présent pour la façon des selles, est très-différent de ce qu’il pouvait être anciennement : il y a même grande apparence qu’il n’a été amené au point de perfection où il est actuellement, que par degrés, comme beaucoup d’autres arts, & qu’une des premieres qui ait pu mériter le nom de selle, parut dans le tems de la monarchie, où les guerriers étaient tout couverts de fer, mais que l’inconvénient dangereux d’être enchâssé dedans, de maniere à ne pouvoir s’en débarrasser en cas de chûte du cheval, a fait reléguer dans les académies, dont la destination est de dresser les hommes & les chevaux aux évolutions militaires. Les maneges dans lesquels ils travaillent, sont un terrein préparé, très-doux & de peu d’étendue, où il est bien rare que le cheval s’abatte. Nous désignons cette selle qui se nommait selle à corps, par le nom de selle à piquer, après quelques changemens qui y ont été faits, comme on le verra chapitre V. La selle à la royale & plusieurs autres ont pris sa place pour la campagne.
Le sellier a seul le droit de faire & finir toute espece de selle, à commencer par les arçons qui en sont la base ; mais il ne lui est pas permis de faire la sellette des chevaux de chaise : c’est au bourrelier à la construire, comme appartenant au harnois dont il est chargé. Il est rare que les selliers & les bourreliers sachent ou veuillent faire des arçons : cette pratique s’éloigne trop du reste de leur travail ; de sorte qu’ils se trouvent en quelque façon obligés d’autoriser des ouvriers sans maîtrise, à charpenter les arçons de leurs selles ; en conséquence, les uns suivent les ventes des forêts, où ils achetent le bois de hêtre qu’ils travaillent en arçons sur le lieu, pour être vendus aux selliers ; d’autres s’établissent dans les villes. On commencera donc par l’arçonnier en particulier ; après quoi un détaillera le travail du sellier pour les selles, brides, & autres ustensiles qui servent au cheval de selle.
Lorsque les litieres, les chars & chariots, les coches, les carrosses, parurent successivement en France, les carrosses ayant pris le dessus, on ajouta aux selliers le nom de carrossier, qu’ils conservent toujours, quoique les carrosses soient presqu’anéantis. Cette partie qui regarde la garniture des voitures actuelles & quelques autres pieces de leur district, termineront l’art du sellier.

CHAPITRE PREMIER.

Bourrelier. Pl. X.[accordion-item title= »L’arçonnier, arçonneur ou charpenteur d’arçons. »]1. TOUT arçon est de bois de hêtre : c’est un bâtis de plusieurs pieces de bois, assemblées en forme d’un compas ouvert, ou d’un arc tendu ; l’arçon de devant est attaché à celui de derriere par deux planchettes du même bois, qui se nomment les bandes.

Outils, instrumens & matériaux.

Le compas d’arçonnier, aa.
Différens aceaux, b.
La hachette.
Les fausses bandes, ccc.
La scie, le compas de fer, la plane, la rape à bois.
Le bois de hêtre.
La colle-forte la meilleure.
2. LE compas d’arçonnier aa, pl. X, lui est particulier ; il est de bois ; ses branches ont chacune environ un pied de long, il sert à prendre la mesure sur le dos du cheval.
3. LES fausses bandes ccc, lui sont aussi particulieres ; ce sont trois regles de bois, longues de dix-sept pouces, une percée aux deux bouts de quelques trous de vrille, les deux autres percées de même, mais seulement à un bout, & à l’autre bout fendues de six pouces de long près du bout : elles servent à égaliser les arçons entr’eux, pour ajuster ensuite les vraies bandes, comme on verra ci-dessous.
4. D’AILLEURS, les aceaux b de différentes courbes, la hachette, la scie, &c. dont il s’aide suivant le besoin, lui sont communs avec plusieurs autres métiers.
5. Les pieces des arçons, fig. AA. LES arçons les plus composés sont de onze pieces : l’arçon de devant est fait de quatre pieces, savoir, les deux devants dd, les deux lieges e,e. L’arçon de derriere contient cinq pieces, le pontet f, les deux pointes g, g, les deux bouts de troussequin h, h. Les deux bandes ll assemblent les deux arçons : il s’en fait pour différentes selles, de neuf & de sept pieces, par le retranchement de quelques-unes de celles ci-dessus. Les deux grandes pieces de l’arçon de devant, qu’on nomme les devants, ont des noms différens à mesure que leur forme change ; celui qu’on donne au sommet des deux pieces assemblées, est le galme i ; la voûte qu’elles forment au-dessous du galme se nomme le garrot ou l’arcade 2 : le galme & l’arcade composent le collet ; l’espace qui est avant la diminution d’épaisseur qui va jusqu’aux bouts, s’appelle les mamelles 3, 3 ; les deux petites pieces se nomment les lieges e, ; les deux pieces qui vont de l’arçon de devant à celui de derriere pour les lier ensemble, se nomment les bandes ll & ll, fig. BB ; elles sont plus larges derriere que devant. A l’arçon de derriere, le pontet f qui tient le milieu, & le milieu du troussequin, ne font qu’une piece ; les autres sont les deux pointes de derriere g, g, & les deux bouts du troussequin h, h, qui se joignent à son milieu, & s’appuient sur les pointes.
6. Prendre la mesure. LA premiere chose que l’arçonnier doit faire, quand il a des arçons de commande, est de prendre la mesure sur le dos du cheval. Pour cet effet, il pose son compas ouvert du sens où ses branches se rapprochent par le haut au-dessus du garrot, jusqu’à ce que ses pointes arrivent au défaut du mouvement de l’épaule ; il rapporte cette ouverture sur une regle de vingt-deux pouces, divisée de pouce en pouce : il trouvera communément pour un cheval ordinaire quinze pouces d’ouverture ; puis retournant le compas sur son clou en sens contraire, il fait la même opération sur les reins du cheval, jusqu’à ce que les pointes arrivent au défaut des côtes, d’où le rapportant sur la regle, il trouvera ordinairement deux pouces de plus que devant, ce qui fera dix-sept pouces d’ouverture : ces deux mesures lui suffisent pour travailler ses arçons.
7. Le travail de l’arçonnier. LA mesure prise sur le cheval, comme on vient de l’expliquer, l’arçonnier commence par débiter son bois, c’est-à-dire, par scier de longueur toutes les pieces de ses arçons ; ensuite il les dégrossit & les ébauche l’une après l’autre avec sa hachette ; puis il leur donne la forme & les acheve avec les aceaux, la rape à bois, &c. Les pieces achevées, il y en a qui se collent à plat-joint, d’autres à mi-bois : à l’égard de celles-ci, il trace avec la pointe de son compas de fer ou autrement les échancrures ; puis en suivant ses marques avec quelques traits de scie, il pénetre jusqu’à mi épaisseur ; il évide ensuite ses échancrures avec l’aceau ou la plane bien uniment, pour que les parties échancrées qui doivent se remplir mutuellement, se joignent bien juste. Il assemble chaque arçon & en colle les pieces, celles de l’arçon de devant à plat-joint ; il y en a qui, pour le rendre plus solide, y ajoutent une petite clef en-travers en-dehors, entre le galme & l’arcade, celles de l’arçon de derriere à mi-bois, le tout avec de la meilleure colle-forte ; & pour que les assemblages à mi-bois ne se dérangent pas en séchant, il frappe au milieu de chaque joint un clou, sous lequel il fait entrer un petit morceau de cuir : ces clous y restent jusqu’à ce que les arçons soient parfaitement secs. Les clous ôtés, il met ses arçons sous les fausses bandes ccc, (voyez leur description aux instrumens ci-dessus); il commence donc par clouer les deux bandes fendues sur les pointes de l’arçon de devant, de là sur les pointes de derriere par le bout fendu : le clou qui passe dans la fente aura un petit morceau de cuir sous sa tête, comme les autres clous dont on vient de parler ci-dessus. C’est alors qu’en faisant couler les fentes sous leurs clous, plus ou moins, il parvient à égaliser la distance des deux arçons, & se donne la mesure de l’étendue du siege en longueur, laquelle il prend avec un fil, le portant du haut du galme au haut du milieu du pontet, soit quinze, seize, &c. pouces ; alors il serre le clou sur la fente, & cloue la troisieme fausse bande d’un bout sous l’arcade, & de l’autre sous le milieu du pontet, le tout bien assuré ; & après s’être confirmé en portant son fil des pointes de devant à celles de derriere, en droiture & en diagonale, il taille & ajuste ses deux vraies bandes qu’il place & colle à mi-bois, tant à l’arçon de devant qu’à celui de derriere, à trois pouces du milieu du devant & à quatre derriere. Il frappe un clou à chaque joint, laisse sécher, & finit par ôter les fausses bandes ; alors son travail est achevé, & les arçons prêts à être employés par le sellier.
8. Liste détaillée des arçons des selles en usage.

Arçons De la selle à piquer |
De la selle à la royale, pl.X, fig. DD. |
De la selle à troussequin. |
De la selle de poste. | 11 pieces.
De la selle de postillon d’équipage. |
De la selle ordinaire de femme, pl. X, fig. EE. |
De la selle de chasse de femme rase à la polonaise. |
De la selle rase ou demi-anglaise. |
De la selle à guides. | 9 pieces.
De la selle de courrier de malles. |
De la selle de fourgonnier. |
De la selle à l’anglaise, pl. X, fig. FF. | 7 pieces.
De la selle de cheval de brancard, pl. X, fig. 7. |

 

9. Proportions des arçons de la selle à la royale. PARMI les arçons composés de onze pieces, on choisit ici pour modele les proportions de celles des arçons à la royale, qui seront suivis des différences qui se trouvent dans les autres, suivant la liste ci-dessus.
10. LES arçons de la selle à la royale sont faits de onze pieces. Les deux grandes pieces de l’arçon de devant, qu’on nomme les devants, auront chacun onze pouces & demi de long à prendre du dedans du garrot, c’est-à-dire, du milieu de l’arcade jusqu’aux bouts, & quinze pouces d’ouverture d’un des bouts à l’autre : leur largeur de trois pouces ou plus. Les deux lieges qui se placent debout vers le haut des devants à un pouce du haut du galme, leur longueur arrasant les bords intérieurs des devants, auront quatre pouces & demi de long ; leur haut bout aura deux pouces d’élévation ; leur largeur qui s’applique sur les devants, sera au milieu de demi-pouce. Les quatre pieces susdites qui composent tout l’arçon de devant, se font & se collent à plat-joint : à l’arçon de derriere, le pontet qui est la piece du milieu de l’arçon & le milieu du troussequin, qui ne font qu’une seule piece, auront, pris ensemble, six pouces de long & deux pouces de haut ; le dessous du pontet aura deux pouces de large. Les deux pointes s’assemblent & se collent à mi-bois au pontet ; il y aura du milieu du pontet au bout de chaque pointe onze pouces de long : chacune aura trois pouces ou plus de large. Les deux bouts de troussequin qui s’assemblent & se collent à mi-bois au milieu du troussequin sur leur hauteur, & à plat-joint sur les pointes, auront chacun huit pouces & demi de long, & leur largeur sur les pointes sera d’un pouce. Toutes les pieces de l’arçon de derriere assemblées, il aura dix-sept pouces d’ouverture d’une pointe à l’autre.
11. Différences des autres arçons. LES arçons de la selle à piquer, sur le modele desquels ceux de la selle à la royale ont été composés, ont les mêmes onze pieces : les différences sont, que les lieges ont six pouces & demi de longueur & quatre pouces de haut à leur haut bout ; que le troussequin a cinq pouces & demi de hauteur, & qu’il n’a que treize pouces de siege : ces arçons ont un pommeau de bois de trois pouces de long, taillé en-dehors horizontalement dans la même piece du galme, qui sert à accrocher le chapelet des étriers, pour monter à cheval. Ce pommeau a été supprimé à toutes les selles sur lesquelles on monte sans se servir d’un chapelet : ces arçons sont le chef-d’œuvre de l’arçonnier.
12. LES arçons à troussequin ont les onze mêmes pieces ; ils se font pour les selles de cavalier, de dragon & pour les valets ; les lieges s’y placent à rase du haut du galme ; les bouts de troussequin se terminent en arrondissant, parce qu’on n’y ajoute point de battes ; les lieges auront de long six pouces, & au haut bout deux pouces & demi de haut ; la hauteur du troussequin est de deux pouces & demi : le siege est de seize pouces pour la cavalerie, de quinze pouces & demi pour les dragons, & de quinze pouces pour les valets.
13. LES arçons de poste ressemblent en tout aux précédens ; mais ils ont dix-huit pouces de siege.
14. LES arçons de postillon d’équipage de même ; mais ils n’ont que seize pouces de siege.
15. LES arçons de femme, fig. EE, ont onze pieces, comme tous ceux dont on vient de parler ; les différences sont qu’ils n’ont qu’un seul liege, qui se place à gauche, côté du montoir, un troussequin de quatre pouces de haut, duquel part hors la main un dossier qui est une planche d’abord de même hauteur, qui coule le long de la bande hors la main, où elle augmente en hauteur, de maniere que vers le milieu de son étendue elle aura jusqu’à sept pouces de haut ; elle va se rendre sur le bout du devant du même côté. Le galme qu’on nomme en cette occasion le pommeau, s’assemble à mi-bois, & aura six pouces & demi de haut ; il s’ajoute debout au-dessus du vrai galme : ils auront de dix-sept à dix-huit pouces de siege.
16. LES arçons de la selle rase n’ont que neuf pieces, attendu qu’il n’y a point de troussequin ; du reste, ils sont semblables à ceux de la selle à la royale.
17. LES arçons de courier en guides ont neuf pieces, parce qu’ils n’ont point de lieges : du reste ils sont semblables aux arçons à troussequin ; mais de trois pouces à trois pouces & demi de haut, on met à ces arçons un pommeau pour y accrocher le chapelet du courier : ils ont seize pouces de siege.
18. LES arçons de courier de malle, neuf pieces ; ils ont dix-huit pouces de siege, le troussequin six à huit pouces.
19. LES arçons de fourgonnier, neuf pieces ; ils ont seize pouces de siege, le troussequin trois pouces à trois pouces & demi ; du reste, ces deux derniers sont semblables en tous points à ceux de courier en guide.
20. LES arçons de la selle à l’anglaise m, n’ont que sept pieces ; ils sont tout unis, n’ayant ni liege ni troussequin ; ils ont pour un maître dix-sept pouces de siege, & pour un postillon dix-huit pouces.
21. LES arçons de la sellette de cheval de brancard ont sept pieces, & quinze pouces de siege.

La construction des selles.

22. AVERTISSEMENT. Une selle n’est autre chose que des arçons tapissés & garnis de tout ce qui leur est nécessaire, pour que le cavalier puisse, par ce moyen, être assis commodément sur le dos du cheval. Ainsi les proportions des arçons, qu’on vient de donner au chapitre premier, sont la proportion des selles ; on s’y est étendu sur les arçons à la royale, comme étant du nombre des plus composés ; & attendu que la selle construite sur ces arçons est la plus difficile à bien faire, & qu’elle donne les principes sur lesquels on peut se mettre en état d’exécuter toute espece de selles françaises, on continuera à la prendre pour modele, comme on a fait à l’égard de ses arçons. La selle que nous appellons à l’anglaise, parce que nous l’avons empruntée des Anglais, a une construction particuliere, dont on donnera ensuite le détail ; la selle de femme a quelques parties qui ne se rencontrent dans aucune autre ; on les expliquera : on finira par la sellette du cheval de brancard, qu’on met ici, quoiqu’appartenante à l’art du bourrelier, parce qu’elle aurait été la seule à décrire dans cet art, au lieu qu’ici elle aura été précédée de notions analogues à sa description.[/accordion-item]

CHAPITRE II.

[accordion-item title= »Les quartiers des selles. »]23. TOUTES les selles ont des quartiers, c’est-à-dire, une espece d’étoffe composée, avec laquelle on remplit l’intervalle des deux côtés des selles, le long des bandes des arçons, & sur laquelle reposent les cuisses du cavalier : cette étoffe se fabrique ordinairement par des femmes, elle se compose par pieces. Pour y parvenir, on a plusieurs plates-formes ou dessus de table de bois d’environ trois pieds en quarré, & un tonneau ou un gros billot sur lequel on met la plate-forme pour pouvoir la tourner à sa volonté. Ayant placé votre plate-forme, étendez dessus une peau entiere de mouton tannée, l’envers en-dessus ; bâtissez-la tout autour avec des pointes de maréchal ; qu’elle soit bien étendue ; & comme tout quartier doit avoir vingt-huit pouces en quarré, cousez des morceaux de même peau dans les vuides qui pourraient se rencontrer au pourtour, afin de la rendre suivant ladite mesure.
24. AYEZ de la pâte ; c’est ainsi que se nomme une forte colle de farine ; cette colle se fait avec de la folle farine qui se trouve répandue dans les moulins à bled, & de l’eau commune une chopine pour un litron de farine ; on fait bouillir l’eau, & toute bouillante on la verse sur la farine en remuant toujours ; elle devient d’une bonne épaisseur & très-collante. Mettez de cette pâte sur la peau, étendez-la bien uniment avec un morceau de bois taillé exprès, qu’on nomme le lissoir X, pl. X. Ayez de grosse toile ; la vieille toile à sacs est la meilleure, parce qu’elle prête moins ; étendez-la par-dessus la colle ; étendez une seconde couche de colle, puis une seconde toile sur laquelle vous passerez le lissoir, pour rendre le tout bien uni ; mettez ensuite sécher à l’ombre sur la plate-forme. Quand cette étoffe sera parfaitement seche, vous la déclouerez de dessus, & vous aurez alors un corps de l’épaisseur d’un fort carton, mais plus ferme & plus solide ; une peau de mouton ainsi préparée, fait les deux quartiers d’une selle ; & des recoupes, le sellier en compose les battes de devant & de derriere, comme on verra par la suite.[/accordion-item]

CHAPITRE III.

[accordion-item title= »Les outils, matériaux, & le commencement du travail. »]25. LES selliers ont peu d’outils qui leur soient particuliers ; ce sont les suivans.
La lissette A.
Les cornettes BC, CC, D.
Les rosettes E.
Le ministre.
Les grosses tenailles.
Du reste, ils se servent de plusieurs autres instrumens qui leur sont communs avec les bourreliers, comme le couteau à pied, le rembourroir, le tire-bourre, la rênette, le marteau, les pinces de bois & de fer, le bat-à-bourre, &c. suivant le besoin qu’ils en ont.
26. ON parlera du ministre & des grosses tenailles, en traitant ci-après la garniture des voitures, à laquelle ils servent principalement. La lissette A, pl. X, qui est d’os, sert à unir & lisser ce qui vient d’être collé, en la passant dessus. Les cornettes BC, CC, D servent à imprimer des traces & différens dessins sur le cuir. Les rosettes E sont faites comme de gros clous évidés en étoile sur l’épaisseur de leur bout ; on s’en sert pour imprimer de petites étoiles sur le cuir à coups de marteau.
27. LEURS matériaux sont le nerf, la toile, le cuir, la colle-forte, la pâte ci-dessus, le velours, les galons, le fil-gros, les franges, la bourre, le crin, la plume, &c.
28. LES coutures doubles se font avec des aiguilles comme celles des bâtiers, & se nomment coutures piquées, comme celles des carrossiers ; le point de cordonnet sera décrit chapitre IV, au titre Dessins de cordonnet
29. Nerver. TOUS arçons, avant de songer à les garnir, doivent être nervés & encuirés. Ce qu’on nomme le nerf de bœuf, avec lequel on les nerve, est dans l’animal la marque de son sexe ; il a huit à dix pouces de long tout préparé. Cette préparation consiste à le diviser en filasse avec de grosses cardes de fer ; ceux qui l’apprêtent ainsi, le vendent en paquets d’une livre aux clincaillers ou directement aux selliers. Ecartez ces fils de nerf, & les étendez à mesure sur les arçons de tous côtés, & toujours du sens de sa longueur des pieces ; ayez en même tems de la colle-forte chaude ; trempez dedans à mesure une brosse de peintre, que les selliers appellent un pinceau, dont vous enduirez le nerf en tapant la brosse dessus ; passez ensuite la lissette par-tout pour bien unir & applatir le nerf ; laissez refroidir.
30. Encuirer. POUR encuirer ensuite les arçons nervés, prenez de la toile de moyenne grosseur, taillez-la en morceaux sur la mesure de chaque piece d’arçon, car il faut que le bois en soit couvert entièrement ; trempez chaque morceau à mesure que vous voulez l’appliquer dans la colle-forte chaude, à plusieurs reprises, le maniant & pétrissant dans vos mains à chaque fois avant de le poser ; passez ensuite la lissette, afin que la toile se colle bien uniment par-tout.
31. Ferrer. LES arçons nervés, encuirés & bien secs, il s’agit de les ferrer : cette ferrure consiste en bandes de fer plates & autres ferremens, savoir, sous l’arçon de devant jusques vers les bouts, une bande d’un bon pouce de large, qui suivra toutes les inflexions de l’arçon ; sous celui de derriere, une pareille bande ; une bande qui traverse en-dedans le collet du devant de la selle, & se termine sur les lieges ; on la nomme bande de collet ; du reste, les porte-étriers faits avec de petites tringles de fer, qui se mettent sur les bandes d’arçon, comme aussi quelques boucles & anneaux enchapés. Toute cette ferrure se cloue au bois des arçons : elle varie suivant les selles.
32. Sangler & faux-siéger. SANGLER est remplir avec des sangles le vuide qui se trouve à toutes les selles entre les deux bandes d’arçon ; faux-siéger est couvrir de toile par-dessus les deux bandes. Pour sangler, vous clouerez d’un arçon à l’autre en-dessous, quelquefois en-dessus, entre les deux bandes de la sangle fine, deux morceaux qui se croiseront l’un sur l’autre au milieu de leur longueur. Pour faux-siéger vous couperez un morceau de toile de façon qu’étant tendu & cloué sur les bandes & sur les arçons, il couvre en entier par-dessus les sangles susdites les bandes & l’intervalle entre les deux arçons.[/accordion-item]

CHAPITRE IV.

[accordion-item title= »Construction de la selle à la royale. »]33. MAINTENANT que ces quatre opérations communes à toutes les selles sont décrites ; supposant ici qu’elles soient exécutées sur les arçons d’une selle à la royale, vous continuerez par tailler les quartiers fig. 2, pl. X, c’est-à-dire, l’étoffe décrite chapitre second, destinée à remplir les côtés de la selle. Pour cet effet, vous couperez cette étoffe en deux quarrés longs ; on entamera un des longs côtés à trois pouces d’un de ses bouts : cette entamure sera le milieu du haut du galme a ; de là on conduira sa coupe en rasant les lieges en-dehors ; on remontera de même en-dedans jusqu’à un pouce & demi au-delà du dedans des bandes b, que l’on suivra tout du long à cette distance jusqu’aux bouts de troussequin, autour desquels on tournera de même pour terminer la coupe au milieu du haut du pontet en-dehors c, & à un pouce & demi de l’autre bout dd ; le côté opposé qui est en-bas ee, doit passer à quatre pouces au-dessous des pointes des devants d’arçon.
34. CHAQUE quartier ainsi taillé, vous couperez sur lui son dessus qui sera de cuir de Russie, de velours, &c. Vous le couperez le long des trois côtés de dehors ff, d’un demi-pouce plus large, & dans l’espace du liege au troussequin plus bas d’un pouce & demi gg, que l’étoffe du quartier b, que vous laisserez à nu.
35. VOUS pouvez alors achever chaque quartier à part, qu’il n’y ait plus qu’à les monter sur la selle quand il en sera tems. Pour cet effet, vous étendrez avec la lissette de la pâte sur le quartier ; vous y collerez le dessus, puis vous pointerez sur une table son excédant de demi-pouce, & vous laisserez sécher. Quand le tout sera bien sec, vous rabattrez en-dessous l’excédant du dessus, ce qui peut se faire de deux façons. Si le dessus est de roussi (c’est le nom qu’on donne par corruption au cuir de Russie), après en avoir replié les bords en-dessous, on les arrête par une couture piquée ; s’il est en velours, on les rabat à l’anglaise. Pour rabattre à l’anglaise, on décolle la double toile du quartier autour des bords ; on y fait entrer dans l’intervalle les bords du dessus, & on colle le tout ensemble ; on borde le dessus avec un galon, ce qu’on ne fait point en roussi : la couture ci-dessus tient lieu de bordé.
36. TRACEZ sur le milieu du quartier, nommé l’entre-jambe, les dessins de cordonnet ; ces dessins consistent à marquer avec la regle & la cornette B, du haut vers le bas, un peu en biais, des lignes paralleles deux à deux, chaque double ligne répétée quatre ou cinq fois à distance égale les unes des autres, qu’on termine par de petites portions de cercle aussi doubles, faites au compas fig. 3, aa, pour les suivre ensuite d’un bout à l’autre avec le point de cordonnet composé d’un fil & d’une soie rouge : pour le faire, vous piquez l’alêne, puis vous passez le fil avec l’aiguille de dessous en-dessus, & avant de le repasser en-dessous, vous engagez un bout de la soie dans le point avec lequel vous la serrez ensuite, & ainsi de point en point, tendant toujours la soie : ces dessins sont une espece d’ornement utile, pour empêcher le dessus de se déjoindre de son quartier. Tout cela achevé, vos quartiers seront prêts à monter sur les arçons.
37. LES quatre battes, tant les deux de devant que de derriere, sont des pieces destinées à garnir les bouts des lieges & du troussequin ; on les fabrique avec les morceaux de l’étoffe des quartiers qui restent après qu’ils ont été taillés ; on les coupe sur des patrons : celles de devant, fig. 4, sont composées de deux de ces morceaux ; il en faut quatre des plus forts pour celles de derriere, fig. 5 ; les battes de devant dépasseront les lieges de deux pouces, & celles de derriere de quatre pouces. A la selle à la royale, la batte de devant a de long six pouces & demi passé ; au bout d’en-dehors, deux pouces & demi de haut ; l’autre bout un pouce & demi. La batte de derriere a cinq pouces & demi passé de long, le bout en-dehors deux pouces & demi de haut, le bout bas un pouce & demi : on les amincit par le dessus & au bout haut. Pour construire celles de devant, collez avec de la pâte les deux morceaux de chacune ensemble ; puis vous les pointerez sur une planche par les deux bouts, & les laisserez sécher ; on fait de même aux battes de derriere.
38. POUR achever la batte de devant, vous collerez sur toute la surface de dehors un morceau de cuir de Russie ; puis marquant sur cette face le contour du liege, à deux pouces près du bout quarré de la batte, vous y coudrez un petit galon qui le représentera ; vous coudrez aussi de l’autre côté en-dedans un autre morceau de même cuir, que vous aurez taillé un peu plus large que le bout de la batte, pour qu’étant cousu & plissé dans les angles, on puisse le rembourrer par le côté en-dedans, qui ne sera point cousu vis-à-vis le bout quarré du liege. Cette façon est ce qu’on appelle chausser les battes.
39. POUR monter les battes sur les lieges, vous commencerez par décoller de dessus la batte le roussi qui est dans l’enceinte du petit galon ; vous y ferez entrer le liege ; le corps de la batte se trouvera en-dedans derriere le liege. Ayant posé ainsi les deux battes avec un peu de pâte que vous aurez mise aux lieges, avant de les enfoncer, vous les clouerez, c’est-à-dire, l’étoffe qui les couvre, qu’on laisse toujours dépasser un peu ; vous les clouerez, dis-je, sur les devants d’arçon de trois clous par-dehors, & d’autant par-dedans.
40. VOS battes en place b, fig. 3, & assurées, vous amincirez au haut ce qui n’en est pas recouvert, en y taillant en-dedans un petit biseau ; vous borderez tout le dessus garni d’un petit galon xx, fig. 4, que vous passerez de l’une à l’autre par-dessus le galme de l’arçon, puis vous placerez les miroirs. On nomme le miroir un petit morceau de l’étoffe dont on fera le siege ; on le taille suivant le contour du petit galon ci-dessus, qui représente le tour du dessus du liege ; on le colle à plat sur le cuir de Russie qu’il encadre ; on en fait entrer les bords sous le galon, & on cloue le bas sur les bandes d’arçon. Les battes de devant ainsi travaillées, sont les premieres pieces de la selle montées à demeure sur les arçons.(Quant aux battes de derriere, vous en garnirez la moitié la plus large c, fig. 3, qui doit dépasser le bout du troussequin de quatre pouces ; vous en amincirez le haut & le côté en biseau en-dedans ; vous collerez en-dehors le cuir de Russie ; vous borderez le tour d’un galon, & à demi-pouce au-dessous vous coudrez un autre galon parallele au premier ; vous clouerez au troussequin en-dedans à demeure cinq ou six clous à la partie de la batte qui n’est point couverte.)
41. VOUS assemblerez alors les quartiers par leurs bouts de devant a, avec une couture à surjet ; vous couvrirez cette couture par une petite bande de roussi cousue à deux rangs, qui se nomme un petit galme ; vous poserez ce milieu sur le galme de l’arçon de devant ; vous porterez les deux quartiers en leur place, & vous les retiendrez par quatre clous que vous pointerez, deux vers les battes, & deux vers le troussequin ; vous verrez avec le compas si le bas des quartiers est à distance égale des pointes de l’arçon de derriere, ce qui doit être exactement ; en même tems vous porterez les battes de derriere aux bouts du troussequin sur les quartiers, où vous marquerez ce qui doit en dépasser le troussequin ; vous ôterez ensuite les quartiers, & coudrez à points croisés lesdites battes sur l’endroit marqué. Vous coudrez ensemble les deux bouts de derriere des quartiers c, fig. 2, au-dessus du pontet, derriere le troussequin ; recouvrez la couture d’un petit galme. Otez les clous qui pointaient les quartiers.
42. COUPEZ le vrai siege dd, fig. 3, en chamois, velours, &c. d’un seul morceau, sur un patron représenté plié en deux, fig. 6 : celui de la selle à la royale, a un pied dans son plus large derriere, & quatre pouces devant ; vous le doublerez de toile ; vous marquerez sur l’étoffe cinq traces espacées en-travers ; c’est ce qu’on nomme les barres du siege ; vous les suivrez toutes par une couture en soie à points devant, qui prendra le dessus & la doublure que vous aurez coupée un peu plus large que le dessus, pour donner facilité à la rembourrure : vous coudrez au siege le chaperon e par-devant, & le dedans de troussequin f par-derriere ; vous ferez ces pieces de l’étoffe du siege. Le chaperon est destiné à recouvrir en-dedans le collet de l’arçon jusqu’à la garniture des battes, & le dedans de troussequin doit recouvrir pareillement en-dedans tout l’intervalle entre ses battes garnies : chacun sera en deux morceaux égaux, cousus au bout l’un de l’autre ; on les taille suivant la place qu’ils doivent occuper ; de plus on joint encore par une couture, le long du dedans de troussequin, un morceau de cuir de Russie destiné à le fortifier.
43. ON couvrira tout le derriere du troussequin jusqu’à la garniture des battes : on en couvrira la couture d’un galon qui répondra au second galon des battes ; vous doublerez le chaperon de toile, & vous y ferez quelques barres, comme au siege ; vous ne doublerez point le dedans du troussequin ; mais pour l’ornement, vous le remplirez de petites barres de pouce en pouce ; ensuite retournant ces pieces à l’envers, vous fendrez en-travers la toile au milieu de chaque barre du siege, pour y faire entrer de la bourre de laine, & les rembourrer mollement ; puis vous ferez à la toile de côté & d’autre de ces fentes de petites taillades en long avec les ciseaux ; vous les semerez sur toute la doublure : ceci se fait pour que la toile prête quand on tendra le siege ; par la suite, vous ferez la même opération à l’envers du chaperon ; vous coudrez un petit cuir en-avant, au-dessous du milieu du devant du siege.
44. POUR faire ensuite la feutrure du troussequin, coupez un morceau de toile aussi long que le troussequin & les parties de ses battes qui ne sont point garnies, & assez large pour qu’elle puisse passer par-dessus ; cousez-la d’une couture piquée le long du bas dudit troussequin en-dedans ; jetez-la ensuite par-dessus ; vous la couperez alors au haut du bout non garni de chaque batte, & l’y coudrez en lui donnant du jeu, pour pouvoir les rembourrer ensuite par le côté en-dedans, que vous ne coudrez point. Quand cette rembourrure est faite, pointez la toile de quelques clous le long de la moitié de la hauteur du troussequin en-dehors ; rembourrez-la en-dedans ; continuez toujours de pointer des clous & de rembourrer, jusqu’à ce que vous ayez rempli l’intervalle d’une batte à l’autre, ce qui s’appelle faire la feutrure du troussequin ; ensuite un peu au-dessus de ce rang de clous pointés, vous ferez un rang de piquures de pouce en pouce ; c’est-à-dire que, perçant avec l’alêne de dehors en-dedans, vous traverserez le bois du troussequin & la feutrure pour y passer l’aiguille enfilée ; puis la repassant dans le même trou, vous engagerez dans le fil, avant de le serrer, une pincée de bourre. Cette piquure faite, vous ôterez le rang de clous, & vous couperez le surplus de la toile au-dessous du fil de la piquure ; vous recouvrirez la toile des deux battes d’un morceau de cuir de Russie, que vous leur coudrez en-bas, en-haut & à côté. Vous borderez d’un galon les deux côtés du siege du chaperon & du dedans du troussequin, que vous ne coudrez qu’à mi-bord ; & avant de les placer, vous coudrez au faux siege la portion des quartiers qui n’est pas couverte de leurs dessus.
45. PLACEZ le siege bien au milieu entre les deux arçons par-dessus le faux siege ; vous en coudrez le bout le plus large, qui est le derriere, d’une couture piquée, traversante le long du bas du troussequin ; vous le tendrez ensuite en long au moyen du petit cuir que vous avez ci-devant ajouté à l’autre bout, & que vous clouerez au collet ; cousez cet autre bout au bas du collet, comme vous avez cousu le derriere. Ces deux coutures prendront en même tems, l’une le bas du dedans du troussequin ; l’autre, celui du chaperon, qui tiennent tous les deux au siege, comme il a été dit.
46. VOUS rembourrerez le dessous du siege par les côtés dans toute son étendue bien également ; vous en fermerez les côtés, en les tendant par une couture piquée en-avant sur les quartiers ; puis vous la couvrirez de l’autre demi-largeur du galon que vous coudrez de même aux quartiers ; vous releverez ensuite le dedans du troussequin par-dessus la feutrure, & vous collerez la piece de roussi qui y est jointe, comme il a été dit, le long du dehors du troussequin, & vous la clouerez en-bas de quelques broquettes. Pour faciliter votre opération, vous aurez précédemment enfilé par les bouts les deux derrieres des quartiers qui cachent cette place ; vous les aurez retroussés & attachés avec le fil par un nœud au bord de leurs côtés bas. Quand elle sera faite, les quartiers retourneront d’eux-mêmes en leur place, & recouvriront les broquettes ; vous coudrez ensuite les galons des côtés autour des battes, & vous coudrez un galon sur tout le haut du troussequin ; vous releverez le chaperon ; vous coudrez le galon des côtés sur la chaussure des battes de devant, & le haut sur le haut des battes & du galme, le rembourrant à mesure ; vous recouvrirez cette derniere couture en cousant par-dessus le galon de communication d’une batte à l’autre ; voyez les barres ci-dessus. Vous assemblerez & coudrez les deux bouts de derriere des quartiers au-dessus du pontet, & vous en couvrirez la couture par un petit galme de galon.
47. VOUS mettrez par-devant un rang de clous dorés en-dehors, depuis le galme jusqu’au bout des battes de devant de chaque côté, & un derriere, le long du troussequin, depuis le pontet jusqu’au bout des battes. Il ne se fait point de selles dont le dessous ne soit garni de deux panneaux, destinés à garantir le dos du cheval du bois des arçons ; c’est pourquoi, tout le dessous de votre selle étant achevé, vous aurez construit deux panneaux égaux, pour être posés l’un à droite, l’autre à gauche, sous les arçons. Or, comme la construction des deux est la même, le détail d’un seul sera suffisant.
48. PRENEZ un morceau de basane jaune, fig. 8, ff ; appliquez-la à l’envers des arçons, & tracez dessus leurs contours avec une pointe, savoir, depuis le milieu de l’arcade du garrot, tournant de la pointe de devant à celle de derriere, & finissant sous le milieu du pontet, d’où vous tracerez une ligne droite qui rende à l’extrémité de l’arcade de votre côté ; coupez le long de ces traces, observant cependant de rentrer en douceur en-dedans entre les deux pointes, & de laisser, quand vous serez arrivé à un pouce & demi de l’arcade, une petite avance de peau g, que vous couperez quarrément jusqu’au milieu de l’arcade, par où vous avez commencé ; alors le dessus de votre panneau est taillé, & vous servira de patron pour l’autre : coupez sur la mesure des pointes des arçons deux petits morceaux de roussi, arrondis comme elles par un bout, coupés quarrément par le bout opposé ; cousez-les au-dehors de la peau à l’endroit des pointes d’arçon, excepté le bout quarré qui doit rester ouvert, ce qui formera une petite bourse ou poche ; cela fait, vous doublerez de toile tout l’envers de votre dessus de panneau ; puis prenant une seconde toile, vous poserez votre panneau dessus, & vous la couperez autour du dehors d’un pouce plus large, excepté entre les deux pointes, où vous la rapprocherez de la petite échancrure que vous avez faite, & dont en ressortant, vous l’élargirez comme devant jusqu’à l’angle pris vis-à-vis du pontet, où vous la couperez pendant trois pouces tout près du dessus ; puis ressortant un peu, vous couperez en droite ligne jusqu’au bout de la petite avance ci-dessus, sans vous embarrasser de suivre davantage la forme du panneau ; vous coudrez cette toile par ses bords à ceux du dessus à grands points, la plissant dans le tour des pointes ; vous coudrez ensuite à mi-bord dessus & dessous par-dessus cette couture, une bordure de basane jusqu’à trois pouces au-delà du pontet, où vous avez arrasé la toile avec le dessus. La bordure finie, vous continuerez à coudre le long du dessus jusques vers le milieu de sa longueur, où vous laisserez une ouverture de trois pouces ou environ, après laquelle vous reprendrez la couture jusqu’au commencement de la petite avance ; le surplus de la toile qui reste en-dehors, se coudra au bout de ladite avance jusqu’où vous avez commencé à border ; vous ferez aussi entre les pointes vis-à-vis de la petite échancrure hh, une couture en quarré, qui occasionnera un espace où la bourre n’entrera pas : toutes ces coutures faites, vous pointerez à l’envers sur une table par les deux bouts ; vous rembourrerez d’un bon pouce d’épais & assez ferme par l’ouverture susdite, que vous coudrez ensuite, & le panneau sera prêt à poser.
49. AVANT de poser les panneaux, il faut attacher aux arçons tous les cuirs nécessaires au service de la selle ; ces courroies consistent en trois contre-sanglots a, a, a, fig. 8, le long de chaque bande aux boucles du poitrail b, à l’anneau de la croupiere c, (Pour le poitrail & la croupiere voyez le chapitre XII.) aux attaches du coussinet d, & aux trousse-étriers e, & par-dessus aux crampons des fourreaux de pistolets g, g, fig. 3, & à ceux du porte-manteau h.
50. LES panneaux se posent les derniers. Pour cet effet, on commence par faire entrer les pointes des arçons dans de petites poches cousues sur le dessus du panneau, ce qui s’appelle chauffer les panneaux ; on ne le fait tenir du reste qu’à l’arcade par deux clous pour chaque panneau, & aux pointes de même ; la selle alors est totalement achevée, & prête à servir, quand on y aura ajouté la croupiere avec son coussin, le poitrail, les sangles, les étriers avec les étrivieres ; du reste, il y a de quoi attacher le porte-manteau en passant des courroies dans les crampons rivés qui sont derriere le troussequin & les fourreaux de pistolets à ceux de devant près des lieges.
51. ON ajoute presque toujours une couverture de basane jaune à la selle, qui couvre entièrement tout le dessus, pour la conserver & la garantir de la poussiere ; la selle même sert de patron pour tailler toutes les pieces de la couverture ; on double de toile de Cholet seulement ce qui en doit poser sur le siege ; du reste, avant d’assembler toutes les autres pieces, on passe à l’envers de chacune une couche très-légere de pâte, qui est seche en un moment, pour garantir la selle d’une poussiere légere qui la salirait perpétuellement sans cette precaution.[/accordion-item]

CHAPITRE V.

Bourrelier. Pl. XI.[accordion-item title= »Des variétés des formes & de construction dans les selles françaises, comparées à la selle royale. »]52. LA construction de la selle à la royale que l’on vient d’expliquer, donne la manœuvre, en général, de toutes les autres selles françaises ; mais comme dans chacune il se trouve différentes conformations relatives aux divers usages auxquels on les applique, il suffira d’expliquer la structure de ces différences, attendu que le travail essentiel est déja indiqué dans la précédente.
53. La selle à piquer. LA selle à piquer est celle qui est désignée par le corps des selliers pour leur chef-d’œuvre de réception : cette espece de selle ne sert que dans les académies pour monter à cheval, par les raisons qui ont été déduites dans l’introduction, entr’autres, qu’elle doit son origine à la selle à corps des guerriers aux tems des armures de fer, dont ils se couvraient depuis la tête jusqu’aux pieds.
54. NOUS avons découvert une de ces selles à corps chez un sellier, (le sieur Hutin, rue d’Orléans au Marais) qui avait été construite par son bisaïeul, & qui doit avoir environ cent ans. On verra par le dessin que nous en avons fait, comparé à celui de la selle à piquer actuelle, qu’en ayant retranché ce qui y serait présentement superflu, & l’ayant accommodé à notre usage, elle n’a fait du reste que changer de nom. Cette selle est entièrement couverte en veau lac.
55. LA figure I, pl. XI, représente le dessus des arçons ; il est d’une seule piece ; (les arçons d’une selle à piquer sont de onze pieces, voyez chapitre premier) les lieges & le troussequin sont collés dessus. La figure II représente l’arçon de devant vu de face, garni d’une plaque aaa, de la matiere des cuirasses, clouée sur tout le devant, haute de quatre à cinq pouces, terminée quarrément au-haut sans pommeau, une partie bb du dedans du troussequin vue en perspective. La figure III représente la selle vue de profil ; c’est dans ce profil que l’œil la détaille le mieux : on voit les deux plaques aa, celle du devant, celle de derriere, la batte de derriere, & la hauteur du troussequin. La figure IV représente le derriere de la selle ; on voit le dehors du troussequin a, a, garni de sa plaque bb, le devant cc vu en-dedans en perspective.
56. LES différences entre la selle à corps & notre selle à piquer, sont que celle-ci n’a point de plaques de fer, que l’arçon de devant se termine par un pommeau, & qu’elle est en général moins grossiere ; & en la comparant pour la manufacture à la selle à la royale, on n’y trouvera de différence que les battes de derriere, qui se construisent d’une façon toute particuliere, dont on va donner le détail.
57. POUR les composer, on commence par tailler un fond aa, pl. II, fig. 2 ; c’est ainsi que le sellier appelle une portion de planche de bois de hêtre, épaisse d’un pouce, haute de sept pouces & large de trois pouces ; elle sera plate sur sa face extérieure ; le bas sera coupé quarrément ; il l’arrondira en lime demi-ronde sur toute sa face extérieure, & la taillera sur les côtés du bas en haut, en la diminuant de largeur jusqu’au sommet, qu’il terminera en portion de cercle ; ce fond ainsi taillé fera le haut bout de la batte ; couvrez ce fond entièrement d’un fort coutil, auquel vous en coudrez un pareil qui fera la longueur de la batte : le bas des deux côtés de ce dernier coutil se coudra au premier quartier, & ensuite en les rapprochant un peu l’un de l’autre en allant vers la moitié du troussequin en-dedans de chaque côté ; alors dans cette espece de poche vous ferez entrer de la paille le plus que vous pourrez, en frappant à mesure à coups de marteau redoublés, pour que la batte devienne dure de paille comme du bois ; puis vous piquerez de gros fil tout au travers, que vous serrerez à force ; après quoi vous la clouerez en-dedans du troussequin. Comme ces battes ainsi rembourrées ont à leur bout une épaisseur qui fait saillie sur le troussequin en-dedans de chaque côté, de façon qu’il se trouvera un espace entr’elles moins épais au milieu du troussequin, vous le remplirez bien uniment avec des morceaux de quartier, que vous y clouerez pour gagner l’épaisseur ; ensuite vous feutrerez comme à la selle à la royale. Vous observerez, avant de coudre le fond au quartier, de l’y placer de façon que sa base suive la direction d’une regle posée, en descendant un peu de la batte de devant à celle de derriere : du reste procédez comme à la selle à la royale. On couvre ces selles de veau retourné la chair en-dehors, ou de veau lac.
58. Les selles à troussequine. CE titre comprend toutes les selles qui ont des troussequins plus ou moins élevés, dont les bouts sont arrondis, & auxquels le sellier n’ajoute point de battes : telles sont la selle de postillon d’équipage, de courier en guides, de courier de malles, de fourgonnier. Les proportions de ces selles sont détaillées ci-devant au chapitre de l’arçonnier ; leur garniture se travaille par le sellier comme celle de la selle à la royale, mais ordinairement en étoffe moindre, attendu que la plupart sont faites pour des postillons, couriers de malles, ou valets.
59. LA selle de poste, fig. 6, pl. XI, a quelques parties ajoutées ou formées différemment des autres ; elle est ordinairement accompagnée d’une ventouse a. On appelle ventouse un creux ovale, enfoncé au milieu du siege vers le troussequin, pour éviter que le courier ne s’écorche par le frottement continuel du siege. Pour faire cette ventouse, on plie le vrai siege par la moitié, & sur ce pli, depuis un pouce du troussequin, on entaille la forme d’un ovale alongé de trois pouces en long ; on coupe ensuite deux morceaux de la même étoffe du vrai siege, qui auront chacun un pouce de haut, & un troisieme qui sera celui du vuide, & qui doit faire le fond de la ventouse. On coudra d’une part les deux morceaux de côté le long du vuide ci-dessus, & de l’autre au morceau du fond, le tout à surjet ; puis ayant mis le siege en place, on coudra tout le tour du fond au travers du faux siege, afin qu’il y soit adhérent ; après quoi on rembourrera le vrai siege comme à l’ordinaire, & assez ferme autour de la ventouse, qui alors formera un creux ovale d’un pouce de haut pour l’effet que l’on desire. Quand on veut, on met les porte-étriers de fer b, par-dehors, en-dedans des battes ; des sacoches, ou bourses c, devant ou derriere, &c.
60. La selle de femme ordinaire à troussequin & à dossier. IL se fait de deux sortes de selles de femme : l’une à troussequin & à dossier, pour celles qui s’asseyent les deux jambes du même côté, qui est la plus ordinaire ; l’autre est principalement pour les dames chasseuses ; on la nomme à la polonaise pour femme : on en parlera après celle-ci.
61. POUR la disposition & la proportion de cette selle, voyez le chapitre premier, qui traite de l’arçonnier, & la pl. X, fig. 9. En conséquence le sellier a à garnir un dossier & un pommeau : les autres différences sont un double faux siege ou matelassure, & un bourrelet.
62. LE pommeau a, fig. 9, se rembourre légèrement sur son bois, & se recouvre de deux morceaux de l’étoffe du dessus ; les coutures se couvrent de deux rubans ou galme.
63. LA toile du faux siege, coupée pour aller jusqu’au bas du dossier & clouée sur les bandes, & ensuite au dossier, on fait la matelassure en étendant la bourre comme à la selle à la royale, & l’enfermant dans une seconde toile qui renfermera aussi le bourrelet b, b.
64. LE bourrelet se construit sur le quartier côté du montoir ; pour cet effet on met le quartier en sa place ; on l’y arrête par quelques pointes de clous ; alors on trace dessus deux lignes paralleles distantes de trois quarts de pouce l’une de l’autre, depuis le liege du devant jusqu’au bout du troussequin ; on débâtit le quartier, on coupe une largeur de toile suffisante pour qu’après avoir été cousue au quartier le long d’une des traces susdites par un de ses bords, elle forme étant cousue de même par son autre bord sur l’autre trace, un vuide d’un pouce de haut tout du long ; on ferme ce conduit par le bout de devant, & par l’autre on le rembourre le plus dur qu’on peut ; puis on pique ce bourrelet de plusieurs rangs de boutons de laine, afin qu’il devienne solide presque comme du bois. Lorsque le quartier est placé à demeure, la seconde toile de la matelassure passera dessus, & se coudra au bas de ce bourrelet : il est destiné à relever le bas du siege, de peur qu’il ne penche trop en-devant.
65. LE vrai siege se taille comme on le voit fig. 20 ; l’avance a occupe l’intervalle entre le pommeau & le dossier au-dessus de la matelassure, & s’y arrête ; on met une feutrure c, c, fig. 9, tout le long du troussequin & du dossier, puis le dessus, &c. comme à la selle à la royale, &c.
66. AU lieu d’étriers, c’est une planche d, sur laquelle la femme met ses deux pieds : cette planche a un pied de long & trois à quatre pouces de large, plate par-dessus, un peu bombée par-dessous ; on fait deux mortaises vers chaque bout pour y passer une étriviere e, e, dont chacune se boucle à des anneaux quarrés, attachés à la bande d’arçon ; on rembourre & couvre le dessus de cuir, qu’on attache autour à la planche avec des clous dorés.
67. La selle rase, fig. 3, pl. XI. IL n’y a pas grand’chose à dire de cette selle, car elle se travaille comme la selle à la royale : cette selle se nomme aussi demi-anglaise, parce qu’elle n’a ni troussequin ni battes ; le siege de celle-ci se taille plus ample par-derriere que celui de la selle à la royale.
68. La selle rase de femme, dite selle à la polonaise. CELLE-CI est une selle rase accommodée à l’usage des femmes qui veulent être à cheval en face des oreilles du cheval, comme les hommes, sans cependant avoir jambe deçà & jambe delà ; les dames qui chassent s’en servent principalement. Cette selle est disposée de façon que la femme passe la cuisse droite au-delà du pommeau qu’elle embrasse ensuite avec son jarret, sa jambe droite revenant à gauche. Il y a de plus à cette selle un pommeau fait par l’arçonnier élevé & recourbé par le haut en-devant, qu’on nomme aussi un col d’oie a, un liege b, hors la main, d’une forme particuliere, qui s’appelle le liege de cuisse, & par le sellier un petit faux quartier ou matelas c, vis-à-vis du liege de cuisse à gauche, pour recevoir la jambe droite, & une poignée de fer garnie d, pour la main droite ; on ajoute par-devant un coussinet piqué e, qui tombe sur le cheval, pour que la jambe droite ne pose pas sur le crin.
69. APRÈS avoir compris la manœuvre des selles énoncées ci-dessus, il est aisé de voir comment on parvient à exécuter toutes ces pieces ; il s’agit de les tailler sur des patrons, les rembourrer, feutrer, couvrir, &c. ce qu’il est inutile de recommencer. La figure 4 en fait assez appercevoir la disposition.[/accordion-item]

CHAPITRE VI.

[accordion-item title= »La selle à l’anglaise. »]70. VOICI une selle d’une construction toute différente des précédentes ; nous la tenons des Anglais. Les arçons sont représentés en m, où l’on voit que celui de devant est joint à mi-bois en a : la selle est représentée fig. 11, pl. X.
71. LES arçons nervés & encuirés à l’ordinaire, on les sangle par-dessus, au contraire des nôtres qui se sanglent en-dessous ; on attache par-devant les deux sangles l’une sur l’autre, & on les écarte par-derriere d’environ un pouce ; puis par-dessus on cloue d’une bande d’arçon à l’autre deux ou trois traverses de même sangle, à quelques pouces l’une de l’autre, plus en-devant qu’en-arriere ; puis on attache le faux siege de toile par-dessous le devant, revenant par-dessus les bandes, finissant dessous le derriere.
72. ON arrange bien uniment la bourre sur le faux siege, ce qu’on nomme, la matelassure ; on la recouvre de pareille toile qui doit dépasser d’un pouce & demi tout le tour de la selle ; on la découpe par entailles de pouce en pouce plus ou moins ; on l’arrête sous le devant par deux clous, d’où on la renverse sur la bourre, & on pointe toutes les taillades par-dessous les arçons, en les tendant à mesure fortement avec une pince de fer ; ces taillades pointées sont ce que les selliers nomment des tirans, & la bourre se trouve enfermée entre le faux siege & cette seconde toile ; alors on cloue un rang de broquettes près à près sur chaque bande, commençant par le milieu du devant de la bande, & descendant vers le bas, ce qui forme un petit circuit imitant celui que doit avoir le vrai siege : on continuera les broquettes sous le devant & sous le derriere, afin que cette toile soit arrêtée dans tout son tour ; ensuite on débâtit tous les tirans ; on coupe la toile le long des broquettes, & on la rejette avec ses entailles comme inutile.
73. ON a ses quartiers n, n, n, tout prêts & achevés ; c’est-à-dire, qu’on les a taillés sur des patrons, puis recouverts de cuir fauve d’Angleterre qu’on y a collé & rabattu à l’anglaise par les bords ; on présente chacun à la place qu’il doit occuper ; on trace le long de son contour supérieur, sur la matelassure, une ligne noire, puis on ôte le quartier : ces lignes noires ne servent qu’à mesurer avec un fil, si les quartiers sont taillés bien égaux, & si l’un ne monte pas plus que l’autre.
74. POUR faire le vrai siege à l’anglaise o, o, prenez dans une peau de vache fauve lissée un morceau quarré suffisant pour envelopper & dépasser de deux pouces tout le tour de la selle, comme vous avez fait à l’égard de la toile de la matelassure ci-dessus ; vous la mouillerez pour l’assouplir ; vous l’étendrez sur la selle ; vous lui ferez de pareilles découpures tout autour, que vous tendrez avec la pince, & pointerez ; en un mot, vous recommencerez sur cette peau la même opération que vous avez faite sur la toile de la matelassure. Vous rapporterez une seconde fois les quartiers en leurs places, & pour cette fois vous en tracerez le haut sur la peau avec une pointe de fer ; vous couperez le long de ces traces ce qui formera le siege & le séparera des tirans, que vous débâtirez ensuite.
75. LE morceau des tirans étant ainsi séparé du siege tout autour, vous l’y réunirez en les appliquant l’un contre l’autre, coupe contre coupe, l’envers du morceau des tirans & de celui du siege chacun en-dehors, & les prenant dans la pince, vous les coudrez ensemble d’une couture à double branche assez à grands points & à quatre lignes au-dessous de leurs bords ; puis vous coudrez de même par l’autre côté le haut des quartiers à l’envers, faisant cette couture au-dessus de la premiere & à points serrés, prenant dedans les bords du siege & du morceau des tirans ; alors dépliant le tout à l’endroit, vous aurez le siege, les tirans & les quartiers joints ensemble, les tirans tenant au siege par-dessous.
76. VOUS mettrez le tout en place à demeure, en retendant les tirans & les clouant avec des broquettes, & vous arrêterez chaque quartier aux arçons par deux clous à l’anglaise p, p, un devant, l’autre derriere, lesquels vous riverez en-dessous.
77. POUR doubler le garrot, vous couperez un morceau du même cuir de vache q, q, de six pouces de long & d’un pouce de large, que vous taillerez un peu arrondi ; vous le clouerez sous l’arcade, le faisant dépasser en-devant de deux lignes.
78. VOUS formerez une attache ou anneau de même cuir rr, dont vous joindrez les deux bords au milieu par une couture piquée, laissant les deux bouts plats, c’est-à-dire, sans les coudre ; vous rapprocherez ces deux bouts à un pouce de distance l’un de l’autre sous le milieu du pontet, où vous les clouerez de façon que la partie cousue sorte en-dehors d’un bon pouce, pour y attacher la croupiere : cet anneau se nomme la petite croupiere.
79. Nota. QU’IL y a des Anglais qui ne mettent ni poitrail, ni croupiere, & qui n’ont qu’une sangle à l’endroit du surfaix ; mais les Français les garnissent comme la selle à la royale.
80. ON finit par poser les panneaux dont la forme, fig. 12, est différente de ceux des selles françaises, mais qui se construisent de même ; ils ne se chauffent que sur le devant, attendu que l’arçon de derriere ne se termine pas en pointe.
81. IL se fait des selles à l’anglaise avec de faux quartiers a, a, pl. XI, fig. 5, sous les véritables : ces quartiers sont de la même étoffe des autres ; ils se taillent pour l’ordinaire quarrément, & tiennent en-dedans l’un à l’autre par un collet de l’étoffe du dessus, qui passe sous l’arcade ou garrot, où on le cloue. On ne les recouvre de l’étoffe du dessus qu’en ce qui pourrait se voir par-dehors ; car ils dépassent les véritables de quelques pouces en-bas & par-derriere. Ces faux quartiers empêchent que les étrivieres usent les panneaux. Pour les poser, on les fend en-travers à trois pouces au-dessus de l’extrémité des pointes de l’arçon de devant, que l’on fait passer dans ces fentes de dehors en dedans ; on leur fait une entaille vis-à-vis de l’anneau du surfaix, pour qu’il passe en-dedans ; on les passe par-dessous le porte-étrier, & on les arrête aux deux bouts sur les bandes par quelques clous. Quelques-uns demandent le siege & les quartiers en velours avec galons & frange.[/accordion-item]

CHAPITRE VII.

[accordion-item title= »De quelques selles de fantaisie. »]82. CE chapitre est destiné à détailler les idées différentes de quelques-uns, tant pour la garniture de leurs selles que pour y faire des changemens de forme qui leur plaisent davantage que si elles suivaient la maniere ordinaire. Les uns veulent que le siege fait très-dur, d’autres plus ou moins mollet : ce qui fait que le sellier emploie différentes matieres, ou de la bourre bien pressée, ou du crin, de la plume, &c.
83. IL se fait des selles auxquelles l’arçonnier ne met que deux bouts de troussequin, dont le sellier remplit l’intervalle par une feutrure bien ferme, qui doit avoir le contour & l’apparence d’un véritable troussequin ; on les appelle des selles à la crapaudine. Les selles à la ragotzy sont des anglaises, auxquelles on ajoute un troussequin.
84. IL y a des selles à l’anglaise avec des lieges & battes de devant. D’autres se font à l’anglaise par-devant & rases par-derriere ; c’est-à-dire, que les pointes de l’arçon de derriere sont comme aux selles rases.
85. QUELQUES femmes demandent que le dossier de leur selle soit volant ; c’est-à-dire, qu’il soit détaché du troussequin & de la mamelle, afin qu’elles puissent le poser à droite ou à gauche, pour pouvoir toujours avoir le dos tourné du côté du vent : alors l’arçonnier fait à ces selles deux lieges qui, partant du galme, s’élevent en biais jusqu’à la hauteur du dossier, & forment une pointe à leur extrémité supérieure, ce qui leur donne l’apparence de deux oreilles ou cornes ; on y attache le dossier par-dehors, ainsi qu’un troussequin, avec deux boucles & leurs courroies à chaque bout.[/accordion-item]

CHAPITRE VIII.

[accordion-item title= »De l’ornement des selles. »]86. LE plus simple & en même tems le plus communément employé de tous les ornemens d’une selle, est le velours & le galon de soie ; on fait le siege de velours, le chaperon, les battes, le troussequin, & on borde le tout de galon de soie ; on couvre aussi les quartiers du même velours, & on les borde du même galon. Au lieu de simple galon, on met des galons à frange, qui se nomment du molet, autour du siege devant les battes derriere le troussequin, & de plus, depuis la batte & depuis le troussequin, en descendant jusqu’aux bas des quartiers. Au lieu de galons & franges de soie, on en met d’or & d’argent. Les dessins de cordonnet sur les quartiers, au lieu de soie , du fil d’or ou d’argent. Les boucles & étriers dorés ou argentés. Les barres du siege, chaperon, troussequin, en fil d’or ou d’argent.
87. A l’égard des selles à l’anglaise, il s’en fait, comme aux françaises, sieges & quartiers de velours, avec galons de soie, & les quatre gros clous dorés ou argentés ; & quand ces selles sont entièrement de vache fauve d’Angleterre, plusieurs veulent qu’on les égaye par différens dessins de fleurs, de rameaux, &c. gravés tant sur les quartiers que sur le siege. C’est à cette manœuvre que servent les différentes cornettes des selliers, & un gros clou qu’on appelle une rosette, parce que sur son bout est gravé profondément un petit soleil. On fait donc les dessins sur ces selles par deux manieres. 1°. Si le dessin doit être suivi sur toute la piece, on en a de tout tracés sur du papier plié en double ; on commence par les piquer avec une alêne ; puis on déplie le papier ; on l’étend sur la piece où on ponce le dessin avec un nœud de poudre de chaux éteinte ; après quoi, ôtant le papier, on trouve le dessin marqué en blanc ; ensuite prenant la cornette B, pl. X, on l’appuie en pesant dessus assez fort pour qu’elle enfonce les traits du dessin dans le cuir par une petite rainure. Les cornettes servent à graver les bordures des quartiers, simples ou doubles ; la cornette C est entièrement de fer : elle est évidée par les deux bouts en trois pointes émoussées ; la plus longue ne sert que de guide aux deux autres, attendu qu’on la fait couler le long du cuir, pour que les traces qui se font par les deux autres se trouvent toujours à la même distance des bords ; on prend le bout où les pointes sont les plus distantes entr’elles. Quand on veut y marquer un rang de rosettes, ce qu’on fait en donnant un coup de marteau étudié sur la tête du clou E, ou les espace plus près ou plus loin l’une de l’autre, suivant l’idée. La cornette C, C, ne fait qu’un trait près du bord ; la cornette B est celle qui sert le plus souvent aux selliers quand ils ont quelque chose à marquer, & dans cette occasion-ci c’est elle qui suit & enfonce le contour des dessins. Ils se servent encore d’une espece de fausse cornette à deux pointes émoussées D, pour faire des traits serrés dans le corps d’un ornement, ce qu’on appelle ombrer en terme de dessin ; avec cet instrument ils tirent des lignes enfoncées côte à côte, & les traversent d’autres lignes en losanges des premieres. 2°. Quand on ne veut pas se servir d’un dessin suivi, mais en placer quelques-uns à part à sa volonté, on découpe leurs contours sur des morceaux de cuir ferme ; on les pose où on veut, & on en trace le pourtour. Quelques personnes font faire dans les traces, pour plus de magnificence, le point de cordonnet en fil d’or ou d’argent.[/accordion-item]

CHAPITRE IX.

[accordion-item title= »La sellette des chevaux de brancard. »]88. ON a dit chapitre XIV du bourrelier, la raison pour laquelle on a transporté ici la façon de la sellette des chevaux de brancard. La sellette de brancard, fig. 7, pl. X, quant à l’arçon, n’a que sept pieces comme la selle à l’anglaise, & disposées à peu près de même ; on la nerve en cuir & sangle par-dessus. Il n’est pas nécessaire de la faux-siéger ; on fait deux mortaises a, a, dans chaque bande d’arçon ; on couvre les quartiers qu’on taille en quarré ou en rond de cuir noir lissé ; on les coud ensemble à point piqué le long de leurs bords supérieurs, & on recouvre la couture avec un jonc de cuir ; on les entoure de dessins à points blancs piqués, ou on les orne de contours en fonte ou en laiton ; on les attache le long des bandes avec un rang de clous dorés, excepté à l’intervalle où passera la dossiere ; on fend vis-à-vis des mortaises susdites le cuir des quartiers pour y passer de chaque côté une courroie qu’on fait entrer dans la mortaise postérieure, & ressortir par l’antérieure avec sa boucle ; ou la cloue par-dessous la bande. Ces courroies se bouclent par-dessus la dossiere, afin de la maintenir en sa place ; plus, on fait entrer les lacets de deux anneaux de métal au milieu de la jonction de la bande, au devant d’arçon de chaque côté, & on les rive en-dessous ; on cloue à l’arçon dans le même endroit une boucle pour boucler le poitrail ; plus, une boucle au milieu de la longueur de la bande pour la sangle, le tout de chaque côté, & sous le pontet une boucle pour la croupiere ; on fait & on attache les panneaux comme à une selle à la royale.
89. LA pl. IX, fig. X, fait voir une sellette de cheval de brancard toute garnie ; la seule différence entre celle-ci & celle qu’on vient de décrire, & qui la fait nommer selle à pont, consiste en deux petites courbes que l’arçonnier attache d’une bande à l’autre, dans l’entre-deux desquelles la dossiere se loge ; ces courbes se garnissent en cuir, ainsi que le reste : a, a, petites courbes ; b, anneaux des guides ; c, c, fentes pour les courroies destinées à se boucler par-dessus la dossiere.[/accordion-item]

CHAPITRE X.

[accordion-item title= »Les coussinets. »]90. LES coussinets sont de deux sortes, le simple coussinet & le coussinet à flanc ; tous les deux sont utiles, principalement lorsqu’on charge la croupe d’un cheval de quelque poids ; leur utilité consiste premièrement à empêcher la boucle de la croupiere de porter sur le nombril ou rein du cheval, & de le blesser dangereusement en cet endroit, & par la même raison à soutenir les choses pesantes que l’on attache sur la croupe au défaut de la selle par-derriere. Le coussinet simple est suffisant quand on y attache seulement son manteau ; mais si c’était un porte-manteau, une valise, ou autres paquets qui débordent de chaque côté, alors il est nécessaire de se servir d’un coussinet à flanc pour garantir les flancs du cheval des coups qu’il en pourrait souffrir, & de la fatigue, étouffure & écorchures que ces charges lui causeraient.
91. Le simple coussinet, fig. A, pl. XI. LE dessus se fait, ou de basane, ou de veau qui est meilleur ; on le taille en triangle arrondi par les angles ; la base du triangle aura sept pouces de long : il y aura cinq pouces du milieu de cette base à l’angle opposé ; on met le côté de la chair en-dedans : la doublure se fait de toile ; on la coupera d’un pouce plus large que le dessus tout autour ; on joint la doublure au-dessus b, d’abord par le milieu des deux ; on bâtit ensuite la doublure tout autour, faisant un pli à chaque angle ; puis on recouvre ce bâtis d’un bord du même cuir du dessus ; la doublure alors forme deux petits panneaux séparés par la couture du milieu ; on les fend en-travers d’un coup de ciseau à chacun, pour les rembourrer en crin, & le coussinet est achevé. On passe une attache c, c, c, à chaque angle : ce sont de petites courroies qu’on fait traverser de dehors en dedans, & revenir en-dehors ; on met un petit bouton de crin serré dans le retour sur la doublure ; les deux attaches des bouts se nouent à des gances de cuir mises exprès de côté & d’autre à l’arçon de derriere de la selle ; la troisieme se noue à la croupiere qui passe par-dessus le coussinet.
92. Le coussinet à flanc ou à garde-flanc B. LE coussinet à garde-flanc B, est composé d’un coussinet & de deux ailes. Le coussinet se construit comme le premier ci-dessus, mais d’une forme & d’une dimension différentes ; car il est formé en quarré-long & plus alongé vers la queue du cheval que le précédent ; les deux ailes c, c, se travaillent à part, plus ou moins amples, selon l’étendue des fardeaux qu’on a intention de mettre sur la croupe du cheval ; elles se font de la même peau du coussinet ; on les double de même ; on les barre & on les rembourre comme le siege d’une selle, & on les joint aux côtés du coussinet a par une couture à double branche ; on met une attache au milieu de son extrémité postérieure pour la croupiere & deux anneaux de cuir, un à chaque extrémité des quarts de rond des ailes, pour les passer à la sangle du cheval & les y fixer.[/accordion-item]

CHAPITRE XI.

Bourrelier. Pl. XV.[accordion-item title= »Les housses & la couverture d’écurie. »]93. LE sellier fait de trois sortes de housses qui ont chacune leur usage particulier ; savoir, la housse proprement dite, autrement le croupelin, la housse de pied, autrement housse en souliers, & la housse de main. La premiere est faite pour couvrir la partie de la croupe du cheval la plus proche de la selle & du cavalier, afin de garantir son habit & son manteau quand il les attache derriere lui, d’être salis par la transpiration de la peau du cheval ou par sa sueur. La seconde se met à la place de la premiere, lorsqu’on veut monter à cheval avec ses bas & ses souliers, sans aucune précaution ; elle sert à les garantir des ardillons des sangles & des étrivieres ; c’est pourquoi elle est nécessaire aux dames cavalieres, & quand on monte n’ayant que ses bas. La troisieme ne se met que sur le cheval qu’on ne monte pas actuellement, lorsqu’un palefrenier le mene en main ; son utilité est de couvrir & garantir de la poussiere ou de la pluie tout le harnois de corps du cheval.
94. La housse au croupelin C. LA housse se fait presque toujours de drap ou de velours, bordée d’un galon d’or, d’argent ou de soie ; ses proportions pour un cheval ordinaire sont neuf pouces de large à la croupiere, quarante pouces d’un bout à l’autre, dix-huit pouces de chaque côté, & huit pouces en retour sous la selle, parce qu’après ces huit pouces on coupe dans la piece une portion de cercle qui, passant au bout des neuf pouces susdits, se termine à huit pouces de l’autre côté ; ce vuide est caché sous le derriere de la selle : on taille la doublure qui est de toile de la couleur du dessus, auquel on la bâtit pour la coudre ensuite tout autour ; on met toujours entre le dessus & la doublure une toile cirée ou un coutil, le coutil est plus solide ; puis on borde le tour & le milieu d’un galon, & on y ajoute trois attaches comme celles du simple coussinet ci-dessus, savoir, une au milieu du côté de la queue, qu’on noue à la croupiere ; les deux autres se mettent aux deux bouts de l’échancrure, & se nouent sous la selle.
95. La housse de pied D. CETTE housse D se met au lieu de la précédente, lorsqu’on veut monter à cheval sans bottes ni guêtres ; elle garantit les bas des ardillons de la selle & de la sueur du cheval ; on en accompagne d’ordinaire les selles de femme : elles se font des mêmes étoffes que la précédente. C’est un quarré-long de trois pieds quatre pouces sur deux pieds huit pouces, au milieu duquel on coupe l’étoffe, qu’on enleve ensuite, ce qui fait un vuide de la forme qu’on voit en D, dont les côtés a, a, a, a, doivent passer sous la selle dans tout son pourtour : ce vuide se dispose de maniere qu’il se trouve neuf pouces d’étoffe sur la croupe, autant de chaque côté, & cinq pouces au milieu du devant sur le garrot du cheval ; ce milieu se coupe en deux b, b, & on coud de chaque côté de la fente un ruban pour nouer sur le garrot. Le reste de la fabrique est entièrement semblable à celle du croupelin ci-dessus, doublure, coutil, &c.
96. La housse de main. CETTE housse est faite pour couvrir & garantir de la pluie & de la poussiere le harnois du corps d’un cheval, lorsqu’on le mene en main, c’est-à-dire, sans être monté dessus. Elle se fait toujours en drap : ses proportions sont un quarré d’une aune d’un sens & de quatre pieds de l’autre. Ayant plié le drap en deux du sens de l’aune, de la fin de ce pli, comme centre, tracez sur l’étoffe un quart de cercle, dont la circonférence laissera en-dehors huit pouces jusqu’à l’angle du quarré ; coupez le long du quart de cercle, échancrez en ligne droite les huit pouces reliant depuis l’angle jusqu’au quart de cercle ; en rentrant de quelques pouces ; dépliez votre étoffe ; vous aurez un demi-cercle vuide & deux bouts en biais, ce qui sera le devant de la housse. Portez au côté opposé votre quart de cercle de drap, que vous avez ôté dudit devant ; faites que son centre se rapporte juste au milieu du corps de la housse, ce que vous connaîtrez aisément par la marque de leur pli ; cousez le diametre au corps ; ce sera le derriere de la housse. Vous doublerez & finirez celle-ci comme les précédentes. On n’orne pas le dessus de ces housses de galons d’or & d’argent ; mais on les borde d’une bordure de laine de toutes couleurs, plus ou moins large, en fleurs & ornemens, & ordinairement sur le rond les armes du maître. Pour attacher cette housse sur le cheval, on coud à l’envers, à quelque distance du milieu du quart de cercle vuide, en-travers, un morceau de sangle, aux deux bouts duquel seront attachées deux courroies : un surfaix terminé par deux boucles, se boucle d’abord à une desdites courroies ; puis faisant le tour du ventre, il se bouclera à l’autre. Plus, aux bouts en biais qui terminent le quart de cercle vuide, on met deux petites courroies d’un côté & deux boucles de l’autre ; on le boucle sur le milieu du poitrail.
97. La couverture d’écurie. ON couvre le corps des chevaux dans l’écurie, pour le garantir de la poussiere & les tenir proprement ; on fait quelquefois leurs couvertures d’étoffes de laine, mais plus communément de coutil ou de toile. La couverture pour un cheval ordinaire aura six pieds de large & cinq pieds de long. Pour en faire la largeur, coupez deux lez à cinq pieds de long, les laissant de toute leur largeur qui est autour de deux tiers ; pliez un troisieme lez en deux du sens de sa longueur ; coupez double le long du pli, en prenant le contour que vous donne la fig. E, pl. XII, afin que la couverture prenne bien le rond de la croupe du cheval en a ; ces deux demi-lez fourniront ce qui manque aux premiers pour faire les six pieds de large ; bâtissez tous ces lez ensemble, c’est-à-dire, les deux demi-lez l’un à l’autre ; puis aux lez entiers de chaque côté. Coupez ensuite pour le devant une échancrure en biais b, b, la commençant sur la jonction des demi-lez à trois pieds du derriere ; & la poursuivant, vous entamerez les lez des côtés, que vous couperez en mourant jusqu’à deux pieds du bas, & votre couverture sera taillée ; vous joindrez le tout à demeure par de grosses coutures simples, par-dessus lesquelles, pour les cacher, ce qui servira en même tems d’ornement, vous coudrez des lisieres de drap d’un pouce de large, ainsi qu’à tous les bords de la couverture c, c, c, c, c, c ; & dessous ces bords à l’envers pour les fortifier, cousez pareillement un tissu ou sangle étroite d’un pouce de large. On ne double point ces couvertures : pour les garnir, on ajoute un coussinet d, d, un surfaix e, une croupiere h, & quelques boucles f, f, & contre-sanglots.
98. LE coussinet se fait quarrément de toile, & se rembourre avec de la bourre ; posez-le à un demi-pied du commencement de l’échancrure susdite, afin qu’il porte au défaut du garrot du cheval du côté du dos ; & l’ayant couvert du milieu d’une sangle ou surfaix ordinaire, garni à un de ses bouts d’une boucle, & à l’autre d’un contre-sanglot vous prendrez cette sangle dans une couture simple qui partagera le coussinet en deux, & l’attachera à la couverture ; ensuite, à un pouce des côtés de ce coussinet de part & d’autre, vous ferez une fente gg ; parallele à ses côtés, qui soit capable de laisser passer le surfaix au travers ; vous borderez ces fentes avec du drap ; le surfaix passe en-dessous, lignes ponctuées, au travers des fentes ; il doit avoir sa boucle hors la main : on le boucle au ventre du cheval pour assurer la couverture sur son dos. Pour la croupiere, vous coudrez un fourchet sous la couverture, auquel vous bouclerez un culeron h. Pour joindre la couverture sur le poitrail du cheval, vous espacerez sur les deux pieds de haut restant des lez de côté au-dessous des échancrures, d’un côté deux boucles f ; & de l’autre deux contre-sanglots pour se boucler sur le milieu du poitrail.
99. LORSQU’ON veut mener le cheval à l’eau sans lui ôter sa couverture, on lui fait ajouter quatre boutonnieres de cuir, savoir, deux au bas des échancrures i, & deux près la croupiere k ; on coud quatre boutons de cuir l, l, aux quatre coins de la couverture ; au moyen de quoi, en les faisant entrer dans lesdites boutonnieres, la couverture est retroussée de la moitié, & ne se mouille pas.[/accordion-item]

CHAPITRE XII.

Bourrelier. Pl. XII.[accordion-item title= »Du reste de l’équipage du cheval de selle, contenant le licol, la bride, le bridon, la cavessine, les cavessons, &c. »]100. La bride. QUOIQUE le terme de bride comprenne en général le mors & ses agrès, fournis par l’éperonnier, & les courroies & boucles qui le soutiennent dans la bouche du cheval & l’attachent à sa tête,cependant on ne parlera ici sous le nom de bride, que de l’arrangement & de la disposition de ces courroies, qui forment ce qu’on appelle la monture de la bride, attendu que cela regarde le sellier, & qu’on n’entreprend point l’art de l’éperonnier. On en agira ainsi pour toutes les pieces suivantes, où l’éperonnier à part.
101. LA bride fig. 1, pl. XII, est la plus compliquée des harnois de tête du cheval ; tous les autres n’en sont que des émanations : elle est composée d’un dessus de tête ou têtiere a, a, d’un pouce un quart de large, faisant le fourchet aux deux bouts ; de deux montans b, b, chacun terminé par deux boucles, dont l’une, qui est la supérieure, va se boucler à la branche de devant dudit fourchet, & l’inférieure boucle le porte-mors. Les porte-mors c, c, se cousent derriere les montans vers le bas, passent au travers des yeux du mors, & se bouclent en-dehors à la boucle basse de chaque montant ; d’une sougorge d, d, terminée à chaque bout par une bonde qui prend la branche de derriere du fourchet ; du frontail e, qui, se posant horizontalement pour entourer le front du cheval, passe au-dessus des boucles qui attachent les montans & la sougorge au fourchet, se redouble en-dessous, où il se coud à lui-même, premièrement entre les deux branches du fourchet, & secondement passé la branche de devant, ce qui forme un anneau de cuir qui enferme chacune desdites branches ; d’une muserole f, terminée par une boucle ; elle entoure le nez du cheval, passe entre les porte-mors & les montans, & se boucle par-derriere à elle-même. Les proportions en longueur de toutes ces courroies ne peuvent se fixer qu’à peu près ; cela dépend de la grosseur & longueur de la tête du cheval : mais pour prendre un terme moyen, le dessus de tête aura un pied & demi de long, les montans treize pouces, les porte-mors neuf pouces & demi, la sougorge un pied dix pouces, le fronteau un pied huit pouces, la muserole deux pieds quatre pouces.
102. LES rênes de la bride g, g, au nombre de deux, auront chacune quatre pieds huit pouces ; elles se font du même cuir & de la même largeur des pieces ci-dessus qui composent la bride ; à quelques pouces de l’un des bouts de chaque rêne cousez une boucle enchapée & un passant au-dessus, pour recevoir le bout quand il aura passé dans l’anneau de la branche du mors ; joignez les deux autres bouts par un bouton de cuir h, que vous y coudrez, après avoir fait entrer sur les deux rênes un autre bouton de cuir i, coulant librement du haut en bas.
103. Le bridon. LE bridon qui est un mors mince & léger, est soutenu dans la bouche du cheval par un montant qui fait le tour de la tête par-dessus les oreilles, & va s’attacher de part & d’autre aux anneaux des bouts de ce mors. Comme on attache les rênes à la bride ci-dessus, on y ajoute un frontail & une rêne de dix pieds de long, qui se boucle de la même maniere auxdits anneaux.
104. Remarque. COMME on vient de détailler les pieces de la bride du cheval de selle, ainsi que la façon de les assembler & de la monter, les autres harnois de tête pour différens usages suivant à peu près la même structure, on n’a besoin, pour ainsi dire, que d’en faire mention, en disant l’espece de cuir qui convient à chacun pour former leurs têtieres, les places des boucles & des anneaux de fer qui s’y ajoutent, le tout ensemble destiné à soutenir & fixer les différentes museroles qui les terminent, & enfin quels sont leurs usages.
105. Le licol. LE licol, fig. II, du cheval de selle, est communément de cuir de Hongrie ; le dessus de tête a fait aussi la sougorge ; la boucle en sera placée vers le milieu du côté gauche, le frontrail à l’ordinaire : la muserole b se passera dans un anneau de fer c, arrêtée & serrée contre ledit anneau par un bouton de cuir ; elle aura sa boucle placée au côté gauche ; la sougorge a se passera de même dans l’anneau ; on n’y ajoutera point de bouton ; la muserole sera garnie de deux jouieres d, d, de huit à neuf pouces de long, qui s’y coudront, ainsi qu’à la têtiere. On coudra ou on bouclera audit anneau une longe du même cuir, pour attacher l’animal à l’anneau de la mangeoire ; quelquefois on met deux longes e, e, qu’on lie à deux anneaux mis exprès aux mangeoires.
106. Les cavessines. LES cavessines, savoir, la cavessine d’écurie & la cavessine de main, se font de cuir noir lissé, ou de cuir lissé fauve d’Angleterre.
107. LA cavessine d’écurie, fig. III, est composée d’une têtiere, d’un frontail & d’une muserole ; le frontail & la têtiere ont leurs boucles à gauche ; le bas de la têtiere se passe dans deux anneaux de fer a, a, où ils se cousent ; le devant & le derriere de la muserole e séparés se cousent pareillement aux deux susdits anneaux, ainsi qu’une ou deux longes de cuir f, f. Cette cavessine sert principalement à panser le cheval ; on la met alors à la place du licol : elle le retient également, & lui débarrasse davantage la tête, ce qui donne plus d’aisance au palefrenier pour la lui bien nettoyer.
108. LA cavessine de main, fig. IV, n’a que la têtiere & la muserole prises dans les deux anneaux de fer a, a ; le derriere de la muserole passe dans un troisieme anneau de fer b, auquel il est arrêté par un gros bouton de cuir qui y est cousu à demeure, contre lequel vient se rendre un bouton plus petit c, coulant, de pareil cuir ; on attache une longe de cuir e, audit troisieme anneau. Cette cavessine ne sert qu’aux domestiques, lorsqu’étant sur un cheval, ils en menent un autre : alors ils mettent cette cavessine par-dessus la bride ; ils font couler le petit bouton contre la barbe du cheval, & prennent la longe dans leur main : le même homme peut en mener deux, un de chaque main.
109. Les cavessons. Les cavessons sont de deux sortes ; le cavesson à trois anneaux, & le cavesson de piliers.
110. LE cavesson à trois anneaux, fig. V, se fait ou de cuir de Hongrie ou de cuir lissé ; il est composé d’une têtiere a, a, avec frontail, si on veut ; d’une sougorge b, b, & d’une muserole c, c, la boucle de la têtiere à gauche ; la sougorge s’attache à la têtiere en-arriere au-dessous du frontail, ce qui empêche les montans de venir sur l’œil de l’animal & de le blesser ; elle a une boucle pour la serrer : le bas de la têtiere se passe dans deux anneaux de fer d, d ; la muserole est par-devant de fer en e, e, & de trois pieces, dont deux se joignent à charniere avec celle du milieu ; les anneaux de la têtiere passent dans le bout recourbé cc, cc, des deux pieces de fer des bouts ; chacune des trois pieces a dans son milieu un anneau mobile f, f. On recouvre ce devant de muserole de cuir, laissant dehors ses trois anneaux ; quelquefois on ajoute sous le cuir un peu de bourre, le tout afin d’empêcher que le cheval ne soit blessé ; le derriere de la muserole est de cuir, & s’arrête dans les deux anneaux de fer de la têtiere ; il a sa boucle. Ce cavesson est celui dont on se sert pour faire trotter les chevaux autour du pilier, au moyen d’une corde de la grosseur du doigt, qu’on noue à l’anneau mobile du milieu ; les anneaux mobiles des deux autres pieces de fer sont principalement utiles, ajoutant à chacun une corde, pour mener l’étalon à la jument, &c.
111. LE cavesson de piliers, fig. VI, se fait de cuir de Hongrie, d’un pouce & demi de large : il est composé, comme le précédent, d’une têtiere aa, mais sans frontail ; d’une sougorge b, placée à la hauteur des yeux ; de deux anneaux de fer au bas les montans de la têtiere, & d’une muserole cc, de même cuir, entretenue en sa place par quatre petites jouieres 1, 2, 3, 4, deux qui prennent par-devant les montans à la muserole, & deux par-derriere les montans au derriere de ladite muserole ; les boucles à l’ordinaire : la muserole devant & derriere s’arrête dans les anneaux de la têtiere c, c. Ce cavesson sert dans les académies à attacher par la tête un cheval entre deux piliers, au moyen de deux cordes m, m, ou longes, qu’on arrête d’une part dans les anneaux de la têtiere, & de l’autre au travers du trou de chaque pilier pour lui donner leçon.
112. Nota. QUE pour donner de la grace à tous les harnois ci-dessus, les selliers se servent du formoir, avec lequel ils tracent de petites bordures le long des courroies des cuirs lissés, & de la rênette pour les bords de celles du cuir de Hongrie.
113. De la fabrique des boutons qui servent aux harnois ci-dessus. COMME il a été question dans les articles de la bride, du licol & de la cavessine de main, de boutons de cuir, soit arrêtés, soit coulans, il faut savoir que pour faire ces boutons, on prend, fig. VII, un petit morceau de courroie a, de la largeur dont on veut que soit le bouton ; & après en avoir entouré l’endroit auquel on le destine, on coupe & on arrête les deux bouts l’un à l’autre avec un ou deux points, vis-à-vis desquels on fait une petite fente au milieu du bouton dejà formé, dans laquelle on fait entrer le bout d’une laniere étroite de cuir bb, qui n’est destinée qu’à lui servir d’ornement, en le cachant en entier ; & pour y parvenir, on a un moule à boutons c, qui n’est autre chose qu’un bâton rond, long de six pouces, applati sur deux faces opposées, en amincissant jusqu’à un bout & en étrécissant en douceur sur les côtés, le tout jusqu’à demi-pouce de large au bout ; on fait entrer le bouton sur le moule jusqu’à ce qu’il s’y arrête ; on finit par entrelacer en forme de tresse ou enlacement sur tout son contour la petite laniere jusqu’à ce qu’elle l’ait couverte entièrement ; on retire le bouton du moule, & on le place au lieu de sa destination ; s’il doit rester en place, on l’y coud, sinon on ne l’attache point, & on lui laisse la liberté d’aller & de venir sur ses courroies.
114. Le poitrail & la croupiere. LE poitrail du cheval de selle est de deux sortes, il se fait de cuir pareil à celui de la bride : celui qu’on nomme poitrail de chasse, parce qu’il est le plus usité par les chasseurs, n’est composé que de deux travers a, a ; chaque travers aura deux pieds & quelques pouces de long. On les boucle par un bout l’un à l’autre ; l’autre bout de chacun se redouble sur lui-même, & forme un anneau de cuir alongé, qui se nomme un lacet. Pour mettre le poitrail en place, on fait passer le haut de la premiere sangle au travers des lacets, & la boucle se trouve au milieu du poitrail de l’animal.
115. L’AUTRE espece, fig. VIII, a de plus deux potences de cuir d’un pied de long ; elles se cousent d’une part aux travers à six pouces des lacets, & montent en biais vers le haut du devant de l’arçon, où elles se bouclent : ces potences sont principalement destinées à y attacher les fontes de pistolets pour les assurer en place.
116. LA croupiere, fig. IX, se fait du même cuir du poitrail ; elle a ordinairement un pied & demi de long ; on la taille en élargissant depuis un pouce de large par un bout jusqu’à un pouce & demi par l’autre, que l’on fend en fourchet a, a, dont on coud ensuite les branches au culeron b, & vers son bout étroit on attache en-dessus une boucle enchapée c ; on le passe dans l’anneau quarré du pontet, & on revient le boucler à ladite boucle. Le haut de la planche XI représente un cheval sellé & bridé ; a, la bride ; b, le mors ; c, le bridon ; d, d, les rênes de la bride ; e, e, le poitrail à potences ; f, les sangles & surfaix ; g, les étrivieres ; h, les étriers ; i, i, i, la selle ; l, l, la housse ou croupelin ; m, la croupiere ; n, le culeron.[/accordion-item]

CHAPITRE XIII.

Bourrelier. Pl. XIII.[accordion-item title= »La garniture des voitures. »]117. LES voitures de toute espece, berlines, diligences, vis-à-vis, chaises, cabriolets, &c. sont devenues si communes, sur-tout à Paris, que la plus grande partie des selliers de cette capitale est occupée journellement à les garnir, c’est-à-dire, à les tapisser & matelasser en-dedans pour les maîtres & en-dehors pour les domestiques. Quelques-uns cependant font encore des selles ; mais les boutiques qui en fournissent le plus, ainsi que tout l’équipage du cheval de selle, sont des merciers clincailliers, qui sont marchands & point ouvriers, qui achetent de chamberlands ou autres, & revendent à leur profit. C’est là, soit dit en passant, qu’il est bon d’être connaisseur, aussi bien qu’aux voitures de hasard chez les selliers.
118. POUR revenir à leur construction, il s’en fait de tant de formes & de grandeurs, qu’il est impossible de donner ici aucune dimension pour la garniture ; on ne peut qu’expliquer en général les moyens dont le sellier fait usage. On a transporté ici quelques instrumens du carrossier, parce qu’ils servent plus particulièrement au travail des voitures.
119. LE ministre, chez les selliers, fig. 4, pl. XIII, est un instrument de bois à quatre angles saillans, arrondis, long de deux pieds quelques pouces, & d’un pouce & demi de large, séparé à chaque face par un enfoncement ou gouttiere d’un bout à l’autre ; on cloue au milieu d’un des bouts une petite courroie dont on forme un anneau, au travers duquel on passe la moitié d’un écheveau de fil coupé, dont on redouble l’autre moitié par-dessus ledit anneau : on couche les portions dudit écheveau le long des rainures : toutes les aiguillées dépassent le bois de quelques pouces ; on couvre ce bois d’un fourreau d’étoffe quelconque, fermé du côté de la petite courroie, ouvert du côté des bouts de fil, tant pour maintenir le fil dans les gouttieres, que pour empêcher qu’il ne s’évente ; on tire par le bout chaque aiguillée à mesure qu’on en a besoin.
120. LA grosse pince, fig. 3, est faite comme une tenaille ordinaire, excepté que ses branches ont un pied & demi de long, & qu’elle a sur une de ses mâchoires un appui de fer pour arcbouter la pince quand on veut tendre à force.
121. LE poinçon mordant, fig. 5, sert lorsqu’on met des gouttieres de cuir autour des impériales, ce qui maintenant ne se fait plus guere. Il est fait comme tout autre poinçon, excepté qu’il est à deux pointes pour percer deux trous d’un seul coup, pour ensuite faire entrer des clous dorés à deux queues, qu’on rive sous les gouttieres à droite & à gauche.
122. Travail. TOUTES les voitures pour le transport des hommes sont composées de la caisse & du train ; le sellier garnit la caisse pour le maître de la voiture dehors & dedans ; il travaille aussi au train en ce qui regarde les domestiques.
123. Garniture du dedans de la caisse. LES étoffes dont on garnit communément les voitures en-dedans, sont le drap, le velours plein ou à ramages, velours d’Utrecht, marroquin, &c. Le menuisier ayant livré la caisse au sellier, il commence par ôter les portieres & le pavillon ou impériale, pour avoir la facilité de nerver & encuirer en dedans tous les panneaux tant de la caisse que des portieres ; puis remettant le tout en place, il donne la caisse au serrurier pour la ferrer en entier : du serrurier elle revient au sellier, pour la garnir dehors & dedans & la matelasser.
124. LE sellier ayant ôté une seconde fois l’impériale, la renverse pour la garnir en-dedans ; pour cet effet il coupe un quarré de toile d’Alençon, de Mortagne, &c. proportionné à la place ; il tend cette toile tout autour avec de l’attache, espece de petite broquette ; & avec la même attache & un jonc dessous, il la cloue à toutes les courbes ; il pose ensuite l’étoffe, qu’il coud à la toile le long de toutes les courbes, & qu’il cloue tout autour du châssis de l’impériale ; puis il colle avec de la pâte une bande de toile de la couleur de l’étoffe autour dudit châssis en-dedans.
125. LE dossier se fait par le menuisier, de deux façons, ou en bois plein, ou à jour, n’ayant qu’une croisée de bois ; s’il est en bois plein, on pâte le bois par-dehors ; puis après avoir ôté légèrement le gras du cuir, on l’applique sur la pâte, & on le tend bien en l’arrêtant avec quelques clous de distance en distance, que l’on chasse en biais, de peur de percer le bois des pieds corniers ; s’il n’y a qu’une croisée, le cuir ne se tendra que lorsque le dedans sera matelassé ; il se tend alors avec les grosses pinces à plusieurs reprises, & se cloue comme l’autre.
126. POUR faire la matelassure du dossier en-dedans, si c’est un dossier plein, tendez un quarré de toile à la tringle de matelassure en-bas ; arrangez votre crin d’abord & votre bourre sur cette toile, dans laquelle vous les enfermerez en la tendant & la clouant dans tout le pourtour. A l’égard d’un dossier à croisée, vous commencerez à tendre une premiere toile qui bouchera la croisée ; puis vous ferez du reste ce qui vient d’être dit, après quoi vous finirez par tendre le cuir en-dehors, comme ci-dessus.
127. MATELASSEZ les accotoirs, posant d’abord de la bourre sur le bois ; une grosse toile par-dessus, que vous clouerez, du crin ensuite par-dessus cette grosse toile, & vous couvrirez le tout d’une toile fine que vous y clouerez à demeure par-dessus le total. Matelassez de même les côtés des glaces avec bourre ou crin, mais sans matelasser double, comme il vient d’être dit pour les accotoirs. On coud ensemble le dossier g, pl. XIII, & toutes les pieces jusqu’à la portiere ; il en est de même du devant de la voiture, les portieres à part. Garnissez alors, c’est-à-dire, recouvrez avec l’étoffe que vous avez choisie, toutes les matelassures, après l’avoir taillée, & bordez de galon de couture, comme il va être expliqué.
128. CE que les selliers nomment galon de couture, est une espece de galon de soie, pl. XIII, A, fig. 1 & 2, d’un pouce de large, de la couleur de l’étoffe qu’on a choisie, terminé par les côtés de deux lisieres aa, formant un simple tissu de quelques lignes de large ; ou ne l’emploie aux voitures qu’après avoir enfermé dans son envers une grosse ficelle bb, fig. 2, par l’extrémité des deux lisieres, laquelle est la plus proche du galon, en cousant à grands points devant les lisieres franches. Toutes les matelassures étant achevées, & les pieces de l’étoffe taillées suivant leurs places, c’est-à-dire, pour garnir le dossier, les goussets, les panneaux, les pilastres, les accotoirs, on met & coud les galons de couture à toutes les jonctions des pieces, savoir, aux coins du dossier, aux accotoirs dd, & derrieres d’accotoirs, autour des panneaux, devant & derriere les pilastres, aux pieds d’entrée, au cadre de devant, aux portieres, aux cadres des glaces, aux feuillures, avant de mettre le tout en place. On attache & on tend bien le tout au bois de la caisse, le long desdits galons de couture, d’abord avec des clous d’épingle, & ensuite par leurs lisieres avec de petits clous qu’on nomme de l’attache ou bardeau.
129. Nota. LE bas des portieres, le tour des glaces, & les accotoirs se montent à part.
130. ON cloue d’une part aux côtés du fond un galon de couture, & d’autre part au même galon le côté des panneaux qu’on termine par un galon de couture, qui entourera le vuide des panneaux, puis les accotoirs & côtés d’en-bas, & au-delà du galon de couture l’étoffe qui garnira les coulisses des panneaux volans, s’il y en a de tels. Tous les galons étant cousus à l’étoffe, & ayant cousu haut & bas des bandes de toile, vous couvrirez bien, comme il est dit, toutes les matelassures, & tendrez bien l’étoffe, chaque piece en sa place, la clouant le long des galons.
131. IL se fait de deux façons de panneaux de côté bb, fig. A, savoir, ceux qu’on nomme custodes, & les panneaux volans. On nomme custodes, ceux qui tiennent à demeure à la voiture ; alors le dedans se rembourre comme le dossier ci-dessus, & le dehors se couvre en vache noire, tendue tout autour avec des clous d’épingle, & par-dessus des clous dorés ; les panneaux volans peuvent s’enlever de leur place, ou couler à fond dans des coulisses pratiquées exprès ; on les couvre en-dedans de l’étoffe, & en-dehors de marroquin noir, que l’on coud tout autour avec l’étoffe de dedans.
132. LES parcloses rrrr sont les planches sur lesquelles se posent les coussins ii ; on les garnit d’un peu de bourre qu’on recouvre d’une toile ; on borde toute l’arête de devant d’un bourrelet nn de deux pouces ; quant au devant du coffre, dont la parclose fait le dessus, c’est-à-dire, aux volets qui forment le coffre du fond du derriere de la voiture, ainsi que la planche du fond du devant, au-dessous de la parclose du devant, on colle dessus avec de la pâte de la peau de mouton marroquinée, rouge, bleue, &c.
133. Nota. SI la voiture est coupée, n’ayant de fond que celui de derriere, il n’y a au-devant ni parclose, ni coussin, mais simplement l’étoffe rembourrée légèrement.
134. LES coussins ii se font d’abord de peau de mouton blanc, de la forme, étendue & proportion que la place exige : c’est ce qu’on nomme l’entaille du coussin ; mais si l’étoffe qui garnit est du velours, cette entaille se fera en treillis : dans l’un ou l’autre cas on la remplit de plume ; on la recouvre de toile colorée par le dessous, & de l’étoffe du dedans pour tout le reste, & la pente qui tombe & cache le coffre & le devant au coussin de devant.
135. LE plafond qui couvre au-dedans le dessus de la cave, & sur lequel on a les pieds, se rembourre légèrement, puis se couvre en vache, que l’on cloue tout autour avec des clous dorés. Le quarré de plafond se met par-dessus le plafond ; il se fait de vache, bordé de vache ; on fait à chaque coin une fente qu’on boutonne à quatre boutons.
136. LE ferreur ayant posé les fiches des portieres, les poignées & les stors, le menuisier ayant cloué les voliges sur toutes les courbes du pavillon aaaa, le sellier le remet en place ; puis tendant bien le cuir de vache qui couvre le pavillon en-dehors avec la grosse pince, fig. 3, il l’arrête à mesure avec des clous d’épingle ; ensuite il cloue tout autour les deux rangs de clous dorés, d’abord le clou de jonc, puis plus près du bord les gros clous & les pommes, savoir, une à chaque coin, & une au-dessus des pieds d’entrée, ou bien à présent en place des clous & des pommes, les baguettes de fonte avec des vis.
137. LA cave oo se garnit à part ; on pâte tout le dedans qu’on recouvre avec de la toile, ou bien de la peau ; le dehors se pâte également sur le bois, & la vache noire par-dessus ; on la borde & on cloue le haut, puis on la pose & on l’arrête de chaque côté aux brancards de la voiture par six ou huit clous forgés de deux pouces & demi de long ; on la fortifie par deux bandes de fer qui traversent le dessous à distance égale, & se replient en équerre jusqu’au haut.
138. LE siege du cocher se fait à part, de deux pieces, le dessous en cuir fort, le dessus en treillis, bordé de cuir de veau, cousu à deux branches, c’est-à-dire, à la façon des bourreliers, par-dessus le treillis à l’endroit où passent les courroies qui le serrent sur le porte-siege ; on ajoute sur les deux bouts deux bandes de cuir de six pouces de large ; on recouvre le tout de drap, velours, &c.
139. LE tablier ou garde-crotte est de vache, ayant une tringle de fer le long de chaque côté, & bordé ; il s’attache en-devant avec des courroies entre la voiture & le siege du cocher, & à l’opposite aux soupentes ; il sert à garantir de la boue la glace de devant.
140. LES châssis des glaces se recouvrent de l’étoffe du dedans, que l’on y colle, & que l’on coud seulement aux angles.
141. ON rembourre toutes les pieces ci-après, savoir ; les planches de marche-pied, les bourrelets de brancard, les heurtoirs des portieres, le bourrelet de la tringle de coquille du cocher.
142. LE matelas des laquais : pour cet effet on commence par-étendre de la bourre sur le bois, puis on la recouvre de cuir noir de vache, qu’on arrête tout autour avec des pointes, & par-dessus des clous dorés.
143. Nota. LE matelas des laquais se rembourre communément avec du foin.[/accordion-item]

CHAPITRE XIV ET DERNIER.

[accordion-item title= »Le nombre des ouvriers qui concourent à la perfection d’une voiture, & la liste des garnitures du bourrelier & du sellier. »]144. APRÈS avoir indiqué par curiosité la quantité d’ouvriers qui concourent à l’achevement total d’une voiture, c’est-à-dire, la quantité d’arts qui s’y emploient, on termine ce chapitre par la liste des pieces qui tombent dans le district du bourrelier & dans celui du sellier ; ce dernier artisan entreprend ordinairement la voiture entiere, & par conséquent se charge de tous les ouvriers qui, de concert avec lui, la rendent parfaite & prête à servir.
145. Arts qui concourent à la perfection des voitures & à leur beauté.

LE menuisier, pour le bois de la caisse.
Le serrurier, pour ferrer la caisse & faire les ressorts.
Le ferreur (qui doit être maître sellier) pour ferrer les portieres, faire les stors, &c.
Le miroitier, pour fournir les glaces.
Le peintre, pour peindre & vernir le bois en-dehors, ainsi que le train & les roues.
Le sculpteur, pour toute la sculpture de la caisse & du train.
Le franger, pour fournir toutes les tresses, glands & houppes qui se placent dans l’intérieur de la caisse.
Le sellier-carrossier, pour tapisser d’étoffe l’intérieur de la caisse, & de cuir plusieurs parties du dehors.
Le bourrelier, pour les cuirs de suspension &c. qui joignent & attachent la caisse sur le train.
Le doreur, pour toute la dorure sur bois & clous dorés.
Le fondeur, pour les ornemens de fonte.
Le ciseleur, pour tous les ornemens de cuivre ciselés.
Le charron, pour tout le train & les roues.
Le tourneur, pour ce qui doit être tourné au train, comme palonniers, volée, &c.
Le maréchal grossier, pour les aissieux, boulons, bandes de roues, &c.

 

146. Liste des parties garnies par le bourrelier.

BERLINE.
Les soupentes, fig. III, pl. XIV, & fourreaux de soupente, c, c.
Les deux traits le long du brancard ne peuvent se voir ici, étant cachés par les brancards.
Les courroies de guindage, e, e.
Les courroies des pieds corniers, f, f.
Le porte-siege | ne peut se voir ici, étant recouvert
Les courroies de côté du siege. | par le siege.
La courroie & les mains de derriere, h, g.
Les ronds de palonnier, b.
La courroie de timon a.
CHAISE.
Les deux soupentes de derriere, b, b, fig. II.
Les deux soupentes de devant, c, c.
Les deux courroies de cremaillere, bbb, fig. I.
Les fourreaux de cremaillere, z.
La croisée.
La courroie de ceinture, gggg, fig. II.
Les deux traits de dessous ou contre-sanglots d’aissieu, d, d, fig. I.
Les deux marche-pieds, i, i.
La courroie de portiere f, fig. II.
Les trois courroies de cerceau, g, h, h, fig. I ; & lll, fig. II.
La croisée de palonnier, pqq, fig. II.
Le rond de palonnier, o.
Les deux poignées de derriere, x, fig. I.
Les fourreaux & couvertures du ressort, quand elles sont bordées ; sinon c’est le sellier qui doit les faire.

 

147. Parties garnies par le sellier à la berline & à la chaise.

LE pavillon ou impériale en-dedans par l’étoffe, & en-dehors par le cuir, 2, 2, fig. III, pl. XIV.
Le dossier, idem, g, pl. XIII.
Les côtés, les accotoirs, le devant par l’étoffe, ainsi que les portieres, c, d, f.
Les panneaux on dormans, appellés custodes ou volans, idem, en-dedans & par le cuir en-dehors, y, y, fig. III, pl. XIV.
Le plafond par le cuir nn, pl. XIII.
Le quarré de plafond de cuir.
La cave en-dedans de toile ou de cuir, en-dehors de cuir, oo.
Les coussins de peau recouverts par l’étoffe, ii.
Les châssis des glaces par l’étoffe.
Les parcloses par la toile, rr.
Les devants des coffres par la peau.
Le siege du cocher par l’étoffe, 3, pl. XIV.
La planche de marche-pied, dd, |
Les bourrelets de brancard, 4. |
Les heurtoirs de portiere, | De cuir
Le bourrelet de la tringle de coquille de cocher, |
Les matelas des laquais, |
Le tablier ou garde-crotte,

[/accordion-item][accordion-item title= »Description d’un char-à-banc. »]COMME l’art du sellier & bourrelier s’étend à différentes especes de voitures, j’ai cru devoir placer ici une description abrégée de celle qui est connue & employée fort utilement en Suisse sous le nom de char-à-banc.Elle est singulièrement propre pour les pays de montagnes ; mais ce char ne différant point, quant à sa partie inférieure, des chars ordinaires à quatre roues, qui font partie du travail du charron, la description qu’on va lire n’aura pour objet que la construction particuliere de cette sorte de voiture, & il suffira, pour en donner une idée, de comparer les différentes figures de la planche qui s’y rapporte, avec les explications ; & l’échelle déterminera leurs dimensions respectives.

FIG. 1, char-à-banc couvert & garni. Le char entièrement construit comme tous ceux dont on fait usage en Suisse.
Fig. 2, profil du banc couvert, garni d’un cuir ou d’une toile cirée.
Fig. 4, portiere du char-à-banc, dont les panneaux sont de bois ou de cuir.
Fig. 4 & 5, portes dormantes.
Fig. 6, char couvert vu par le bout, démonté, où l’on voit les vis à écrou qui servent à l’attacher sur la planche, fig. 8, & les vis qui attachent la portiere ou le devant.
Fig. 7, dossier démonté aussi garni de cuir ou de toile cirée en-dehors.
Fig. 8, char simple avec dossier & accoudoir, & dont la planche peut servir aux deux usages.
Fig. 9, piece de fer pour soutenir le milieu du marche-pied. Les trois portieres se ferment au moyen de rideaux de peau ou de toile cirée, avec trois ou quatre clous à bouton qui l’arrêtent au bas.
Fig. 10, impériale couverte de peau ou de cuir de veau.
Fig. 11, planche d’un pouce d’épaisseur, qui sert à donner de la place pour l’avance des pieds.
Fig. 12, ressort de nouvelle invention pour lâcher le cheval lorsqu’il prend le mord aux dents. Comme il n’est pas facile de sortir des bancs fermés de cette façon, l’on prévient par cette maniere bien des accidens. On place un pareil ressort de chaque côté à la place des crochets pour les tirans pour en faire la fonction ; l’on place derriere le ressort une tige qui doit avoir un anneau dans le haut, assez haut pour passer la courroie ; en sorte qu’en tirant, elle leve suffisamment le ressort pour lâcher le menton où le tirant est accroché : les courroies se réunissent comme les rênes des chevaux de voiture. Il est aisé de voir qu’il les faut peu longues : pourvu qu’elles atteignent au banc, cela suffit, parce que souvent celui qui est dans la chaise conduit le cheval. Ordinairement on n’a point de cocher.
Fig. 13, profil du devant des trois portieres.
Fig. 14, menton.
Fig. 15 & 16, courroies.
Fig. 17, planche sur laquelle on est assis sur le char-à-banc.

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