Définition de poste

[…]Le maréchal, chez nos pères, avoit la même attribution que le veterinarius des Latins, à cela près qu’il n’avoit point, comme l’autre, à s’occuper des bœufs. Ce mot maréchal est celte ou gaulois, et composé de deux autres mots : d’abord de march, mark ou marh (cheval) existant encore dans plusieurs langues du Nord, et dont les dérivés se retrouvent dans presque toutes celles de l’Europe, et du mot schalk, qui signifie serviteur. Ce maréchal étoit alors celui qui avoit le commandement, le soin des haras, des chevaux du prince, soit à l’armée, soit ailleurs. La maréchalerie, par une conséquence naturelle, comprenoit tous les soins qu’on doit avoir de ces animaux : l’éducation, l’hygiène, la médecine.

Couteau flamme

Couteau flamme

La qualité de maréchal exigeoit donc beaucoup d’étude et d’instruction dans les temps d’ignorance et de barbarie. C’étoit même, pour cette raison, un des emplois principaux de la maison du prince.
Par quel concours de circonstances ce nom passa-t-il aux généraux en chef des armées, et devint-il la plus glorieuse des récompenses militaires ? nous l’ignorons. Il est probable que le maréchal fut d’abord maître de la cavalerie, et que ce nom fut ensuite donné au commandant en chef de l’armée. Mais à mesure que le mot de maréchal s’ennoblissoit, et qu’il servoit à désigner d’autres emplois, il a fallu modifier les noms des personnes qui exerçoient la première profession ; une révolution qui s’opéroit alors dans l’hygiène des chevaux, fit adopter deux noms pour désigner les hommes qui s’en occupoient. Ces deux noms furent ceux des maréchaux-ferrans et de maréchaux-experts.
La ferrure actuelle avec des clous, qui fut mise en usage vers le 4.ème siècle, en devenant bientôt générale, donna naissance à une nouvelle profession, et des ouvriers s’adonnèrent exclusivement à mettre des fers aux pieds des chevaux. On les appela d’abord febure maréchal ( le solearum aquinarum faber, le ferrarius des Latins modernes), et ensuite maréchal ferrant. Pour distinguer les autres maréchaux, c’est-à-dire, ceux qui s’étoient toujours occupés de l’éducation, de l’hygiène et de la médecine des chevaux, on les nomma maréchaux-experts.
Il est assez singulier que les Français n’aient point adopté, dès 1563, pour désigner ces derniers, le mot vétérinaire, dont Jean Massé(1) s’étoit servi, et qu’ils aient conservé ces deux mauvaises expressions : maréchal-ferrant et maréchal-expert, qui ont fait souvent confondre deux professions bien différentes. Les autres nations de l’Europe les ont bien mieux distinguées, et l’on trouve chez elles deux mots différents pour les désigner : ainsi ont reconnoît que le marchalk des Russes n’est point leur kovayb (kovatchervier) qui ferre les pieds des chevaux;[…]
Le mariscal des Espagnols et des Portugais, l’albeitar des premiers et l’alveitar des seconds, qui est le vétérinaire des Arabes, ne sont point leur herrador ou leur ferrador, etc.
J’observerai encore que tous les noms donnés dans ces différentes langues à celui qui ferre le pied du cheval se rapportent au pied ou au métal qu’on y applique, et sont modernes, tandis que le mot maréchal est évidemment plus ancien.
Bourgelat, en remettant en vigueur le mot vétérinaire, en en faisant le nom des élèves qui sortoient de ses écoles, et en nommant ces mêmes écoles, écoles vétérinaires, ou écoles d’art vétérinaire, a fait cesser à toute confusion dans les noms et les professions.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire : 1.° que l’hippiatre, chez les Grecs, étoit le médecin seulement des chevaux ;
2.° Que le vétérinaire, chez les Latins modernes, étoit une personne qui s’occupoit de traiter les maladies, non-seulement du cheval, comme l’hippiatre des Grecs, mais encore des autres solipèdes, et de plus, du bœuf ;
3.° Que le maréchal étoit autrefois chez nous, il y a trois siècles environ, une personne qui s’occupoit exclusivement des soins que les chevaux exigent pour leur reproduction, leur éducation et leur guérison, quand ils sont malades ;
4.° Que l’hippiatre actuel est ce que le maréchal étoit il y a trois siècles ;
5.° Que les vétérinaires, les médecins-vétérinaires, les maréchaux-vétérinaires d’à présent, sont des personnes qui s’occupent non-seulement du traitement des maladies, de la reproduction et de l’éducation du cheval, mais encore des mêmes objets à l’égard des autres animaux domestiques; et cela, après avoir étudié dans des écoles spéciales.
6.° Enfin, que les maréchaux-experts, les maréchaux-ferrans, sont ceux qui s’adonnent principalement à ferrer les animaux susceptibles d’être ferrés, et qui, par routine ou sans éducation préliminaire, traitent les animaux malades qu’on leur présente.[…]

(1) L’Art vétérinaire, ou grande Maréchalerie, par maistre Jean Massé, docteur en médecine. A Paris, 1563.

Extrait de : « Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle  » Tua – Vim Volume 35 – Imp. Abel Lanoe, 1819

vers la vulgarisation du garde-étalon

Outils de maréchal

Outils de maréchal

Plusieurs de mes aïeux, toutes localisations et branches confondues,  travaillaient dans cet environnement professionnel : lad, bourrelier, éleveur, palefrenier, etc.
L’un d’entre eux cumulait, en plus du métier de maréchal, la fonction de garde-étalon.
Initialement assumé par l’écuyer d’écurie formé à l’académie royale, le statut de garde-étalon évolue réellement sous Colbert (1665) afin de pourvoir non seulement à la pénurie générée par les guerres et à la médiocrité des races équines, mais également aux dépenses considérables qui sont liées au commerce extérieur des chevaux. Selon les frères Savary, dans leur « Dictionnaire universel de commerce, d’histoire naturelle et des arts et métiers » (1761) , l’inspecteur général (ou Grand Écuyer) des haras aurait fait recensé 200 000 cavales (Juments) aptes à procréer en 1690 sur le territoire français et il semblerait que c’était par manque d’entretien des structures d’accueil qu’il était nécessaire d’importer des montures depuis l’étranger. La réhabilitation des haras ainsi que les avantages fiscaux mis en place, chaque généralité fut pourvue de commissaires (Écuyers) qui eurent en charge d’enregistrer les particuliers souhaitant devenir gardes-étalons du royaume, essentiellement pour la réduction de la taille (Impôt par famille). Selon Denis Diderot :

Le garde-étalon est ordinairement le plus riche du lieu, qui ne prend cette place que pour jouir des rétributions & des privilèges qui y sont attachés ; du reste se souciant très-peu que son cheval fasse des poulains ou non; ils s’en trouvent qui sont jaloux de leur étalon, & qui, la veille du saut de la jument du particulier, font couvrir une des leurs, afin que celle du particulier soit trompée. Il est juste sans doute que ces gardes-étalons soient indemnisés de l’achat, de la nourriture, du soin & des périls de l’étalon, qu’ils soient même récompensés ; mais la récompense devroit être plus ou moins grande, suivant qu’elle est plus ou moins méritée ; & rien n’est si facile à exécuter. Je suppose que le garde-étalon tire de son cheval, en argent, par ses exemptions d’impôts, par les droits de monte, &c. (je ne parle point des privilèges personnels) une somme de cent-vingt livres(*), pour servir seize juments, de ce nombre j’ôte le quart pour les jumens qui ne seront pas fécondées. Il restera douze jumens qui doivent être pleines, sur lesquelles en répartissant la même somme de cent-vingt livres, on pourra fixer la rétribution due au garde-étalon, à une pistole(*) par jument pleine, en n’en marquant que seize par étalon. Cette somme sera prise et rejettée sur l’impôt de la taille, payable sur les certificats des propriétaires de jumens, signés de deux principaux habitans, pour plus d’authenticité, & sous des peines rigoureuses si le certificat étoit trouvé faux. Par cette administration il seroit de l’intérêt du garde-étalon de prendre toutes les précautions possibles pour faire engendrer le plus grand nombre de poulains, & de choisir les jumens qui seront les plus propres à en porter. Le particulier paroitroit ne plus rien payer pour le saut de ses jumens, & être délivré d’un impôt qu’il regarde comme une vexation.
Il ne suffit pas de créer le poulain, il faut l’élever, & par des soins assidus le faire valoir tout ce qu’il peut-être. L’avantage d’un poulain dont on ne jouira qu’après trois ou quatre ans, s’évanouit dans l’éloignement ; le propriétaire se décourage, il néglige les soins convenables; le poulain dépérit, & finit par être aussi défectueux que les moindres du pays.
On engageroit aisément les propriétaires à se porter aux vues du gouvernement, & à leur propre intérêt, par quelques légères gratifications accordées chaque année à ceux qui auroient les plus beaux poulains, & les mieux entretenus. Aucune dépense ne pourroit être plus avantageuse ni plus lucrative. Il en est de même des juments; il seroit bien avantageux de les avoir plus parfaites, par conséquent de récompenser ceux qui en auroient de grande taille, de bien coffrées, εc.[…]

Extrait de : « Supplément À L’Encyclopédie Ou Dictionnaire Raisonné Des Sciences, Des Arts Et Des Métiers. »Volume 3 – Imp Rey, 1777

(*) : 120 Livres∼ 1134€ – 1 Pistole ∼ 94,50€

Jean Jacques par JOYEUX

Caricature de mon père par JOYEUX

Il va sans dire que cette mauvaise réputation, n’avait de fondement que pour certains puisque le « cheval » est demeuré une institution dans ma famille, surtout paternelle, et que si la pratique a pris son terme avec le décès de mes arrière arrière grands-pères à la fin du XIX e il n’en demeure pas moins que l’éducation de la descendance s’est faite dans le plus grand respect de cet animal exceptionnel (Même si personnellement je ne me sens aucune affinité… On a la fibre ou on ne l’a pas !).