Les syndics avaient autrefois en charge la représentation des corporations professionnelles. Il s’agissait généralement de notables qui officiaient à différents niveaux de l’organisation de leur communauté. La nomination de ces officiers variait selon les régions et pouvait être annuelle ou à vie, soumise ou partiellement à l’autorité royale. Rouages nécessaires au développement administratif de la France ils ont vu au cours des siècles leur fonction évoluer avec les provinces puis disparaître après la révolution au profit de l’organisation préfectorale… Et mes aïeux syndics de l’ancien régime sont devenus les premiers maires de leur commune…

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Mais aux origines, le syndic, c’était quoi donc ?

[…]Il est necessaire, pour avoir quelque connoissance des usages & des Mœurs des Romains, de distinguer les tems : car depuis son Etablissement jusqu’à ce que Rome porta ses conquêtes hors de l’Italie, elle se maintint dans une simplicité & une intégrité de Moeurs, qui l’ont plus illustrée que ses triomphes mêmes. Les vertus dont elle a laissé des exemples qui font l’ornement de son Histoire, sont l’amour de la Patrie & du bien Public, préferé à l’interêt particulier, & souvent à la vie même, une grandeur d’ame & une force d’esprit qui leur faisoit regarder les disgraces & l’adversité, comme l’appanage de l’humanité, & en même tems comme l’ornement de leur constance & de leur fermeté; une intrepidité à toute épreuve dans les plus grands dangers; une generosité admirable, qui s’est même étendüe quelquefois jusqu’à leurs ennemis; l’amour de la simplicité & l’aversion du luxe, qui se renfermoient dans les simples besoins de la nature : on pourroit y ajoûter le mépris des richesses, si l’on n’y découvroit que c’étoit plutôt une habitude de la pauvreté, qu’une vertu veritable. En effet, dès qu’ils eurent subjugué des Peuples opulens, ils rechercherent les richesses avec un empressement étonnant; chacun en particulier mit alors toute son application à en amasser, sans scrupule sur la maniere de les acquerir. L’extrême avidité de Crassus, de Verrès & de tant d’autres, en fait foi : & ce que dit le Roi Jugurtha, en se sauvant de Rome, que cette Ville étoit à vendre, s’il se trouvoit un acheteur, en est encore un témoignage plus fort. Ce Prince parloit en homme bien instruit; car après avoir corrompu par ses largesses les Generaux d’armée, que la Republique avoit envoyés contre lui, il trouva encore une pareille facilité dans le Sénat. Aussi dans la suite la trop grande opulence & l’ambition de ses citoyens, furent l’écüeil de leur liberté; de là les Guerres Civiles, qui furent comme le prélude de leur esclavage.

Si-tôt que Rome eut porté ses armes dans l’Asie, on vit en peu de tems succeder à son premier genre de vie simple & frugal, le luxe, la molesse, la bonne chere, la débauche, l’amour des richesses & des plaisirs; en sorte qu’il sembloit qu’elle eût rassemblé les vices de toutes les Nations qu’elle avoit soûmises à sa domination. Elle ne tomba dans ces excès qu’environ cent cinquante ans avant la chûte de la République.

Les tems où toutes les vertus, dont on vient de faire mention, brillerent le plus, furent ceux de l’arrivée de Pyrrhus en Italie, & des deux premieres guerres Puniques; cependant l’esprit artificieux de la République subsistoit toujours, avec cette difference qu’elle sauvoit alors les dehors avec une attention plus délicate, qu’elle ne fit, après que sa puissance la mit en état de ne plus craindre ses voisins.
Valere Maxime place l’époque de l’introduction du luxe à Rome vers l’an 561. de sa fondation, immediatement après la défaite de Philippe Roi de Macedoine, & l’attribüe à la suppression de la Loi Oppia, qui défendoit aux femmes de porter des habits de differentes couleurs, d’avoir sur elles plus d’une demi once d’or, & de se faire traîner dans un chariot attelé de deux chevaux plus près de la Ville que de mille pas; à moins qu’il ne fallût faire un sacrifice.
Mais ce qui fit abroger cette Loi, étoit le goût que les Romains avoient déja commencé de prendre pour la vie molle & voluptueuse des Asiatiques; car l’époque du luxe & de la corruption des mœurs à Rome, doit être fixée au tems où l’armée envoyée contre Antiochus après avoir subjugué les Provinces de l’Asie, en rapporta les vices avec les dépouilles des vaincus. Il est vrai que le progrès n’en parut considerable qu’après la destruction de Carthage : ce qui a fait que Velleïus Patercule n’en a marqué le commencement qu’à ce tems-là, après lequel il devint si rapide & si général, que Rome changea entierement de face. Il ne sera pas inutile de bien marquer cette difference de tems.

Il faut observer que d’abord le Peuple Romain n’étoit composé que de deux Ordres, les Praticiens & le peuple : le premier renfermoit toute la Noblesse; mais depuis que les Gracques devenus Tribuns du peuple eurent fait passer la Loi qui ôtoit au Senateurs la connoissance de certaines causes pour l’attribuer aux Chevaliers, ceux-ci formerent un second Ordre parmi la Noblesse, & alors le peuple Romain se trouva divisé en trois Ordres, dont le dernier étoit composé de la Bourgeoisie; car les Ministres de la Religion ne formoient point d’Ordre séparé; ils étoient confondus avec la Noblesse, qui s’étoit reservé l’Intendance des Sacrifices & les Dignités de la Religion, dont elle a toûjours été en possession jusqu’à l’an 446. de Rome, que le Peuple fut admis à la dignité d’Augure & de Pontife. Le troisiéme Ordre ne comprenoit que les Personnes libres, dont on distinguoit encore de trois sortes. Premierement ceux qui étoient nés libres & de parens qui avoient toûjours été libres, qu’on nommoit Ingenui : secondement, les Enfans des Affranchis, appelez en Latin Libertini; & troisiémement, les Affranchis mêmes, qui d’Esclaves avoient été mis en liberté par leurs Maîtres : car tant qu’ils étoient esclaves, ils ne pouvoient être compris parmi le Peuple.

Ces trois ordres étoient renfermez dans la distribution génerale, que Romulus fit d’abord du Peuple Romain, en partageant Rome par Tribus ou Quartiers qu’il divisa en certain nombre de Curies. Servius Tullius sixiéme Roi, pour avoir une connoissance plus exactes des forces du Peuple Romain, institua le Cens, qui étoit une revûë generale de tous les Citoyens Romains, dans laquelle chaque pere de famille étoit obligé de donner une déclaration fidele de ses biens, de ses Enfans, de ses Esclaves, de ses Affranchis & de sa demeure actuelle, sous peine à ceux qui n’obeïroient pas à ce Reglement, ou qui feroient de fausses declarations, d’être fouettés publiquement, & enquite vendus comme esclaves. Ce dénombrement devoit se renouveller tous les cinq ans, comme on verra en parlant des Censeurs.

Il établit aussi des Chefs ou plutôt Syndics dans chaque Village; ils étoient chargés d’avoir un état des Habitans & de leurs revenus, & toutes les fois qu’il s’agissoit de lever des Milices, ou des taxes par tête, c’étoit à ces Syndics d’enrôler les Soldats, & de faire payer la Capitation; c’étoit encore à eux à prendre garde que les terres de leur District fussent bien cultivées. Pour faciliter ce dénombrement dans les campagnes, il institua une Fête qu’on nommoit Paganalia, en l’honneur des Dieux Tutélaires de chaque Village, ausquels il fit élever des Autels; tous les habitans de chaque Village étoient tenus de s’assembler tous les ans en certain jour, pour y offrir des Sacrifices publics à ces Divinitez, & d’y porter chacun une petite Monnoye de differente espêce, les Hommes d’une espêce, les Femmes d’une autre, & les Enfans d’une autre; en sorte qu’en mettant à part chaque differente espêce de Monnoye, & en les comptant, celui qui présidoit à ces Sacrifices, connoissoit tout d’un coup le nombre, l’âge & le Sexe de chacun.[…]

Extrait de : Des mœurs et des usages des Romains

À lire : Les syndics généraux des États provinciaux, officiers mixtes de l’État moderne (France, XVIe-XVIIIe siècles) par Marie-Laure Legay.