LA SOULE

[…]« Le jeu de la soulle ou boulle de Chalandas, qui est ung jeu accoustumé de faire le jour de Noël entre les compaignons du lieu de Coriac en Auvergne, et se diversifie et divise icellui jeu en telle manière que les gens mariez sont d’une part et les non mariez d’autre ; et se porte laditte soulle ou la boulle d’un lieu à autre, et là se ostent l’un à l’autre pour gaingner le pris, et qui mieulx la porte a le pris dudit jour. » Lettres de 1456. Dom Carpentier, v Soulla. Or, en moy. lat. cheollare veut dire jouer à la cheolle ou à la choulle (Ducange). Nos ancêtres représentaient ainsi le disque du soleil qu’ils poussaient devant eux au solstice d’hiver, afin de hâter la venue du printemps. De nos jours la choulle se fait de diverses manières. Dans le Hainaut, c’est une petite boule qu’on chasse à l’aide d’un bâton, au bout duquel est un fer crochu. On nous assure qu’à Jodoigne les jeunes gens poussent dans la campagne une grosse boule de cuir. Mais quoi qu’il en soit de la manière dont le jeu, nous pensons qu’il est en reste de la tradition du jol ou du geol. Nos paysans ne se doutent guère en jouant à la crosse, que les Celtes ou les Germains, leurs aïeux, leur ont transmis ce jeu qu’ils aiment tant.[…]

Extrait de : Légendes historico-poétiques. Le Chevalier au cygne et Godefroid de Bouillon, poème historique ; publié pour la première fois avec de nouvelles recherches sur les légendes qui ont rapport à la Belgique ; et un travail et des documents sur les Croisades. Tome III. Glossaire : Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg – Emile GACHET, 1859.

De jol AU JEU DE la soulle

Initialement, l’ancien nordique jol signifiait : retour (du soleil) , globe et disque – Hiol était une roue -, et par assimilation il a désigné les festins solennels du solstice d’hiver (∼ 21 décembre) ou des nuits saintes et était synonyme de fête chez les anciens germains. De nombreux mots sont issus de ce mot-racine dont la phonétique est similaire :

  • Juldag (Jour de Noël) et huil (Roue) en Suédois.
  • Juledag (Jour de Noël) en Danois.
  • Fruma jiuleis (Commencement de décembre) et huil (Roue) en Gothique.
  • Aestera geola (Décembre) et hueol (Roue) en Anglo-Saxon.
  • Yule (Noël) en Ecossais
  • Wheel (Roue) en Anglais.
  • Heul (Soleil) en Cornouaillais.
  • Heol (Soleil) en Armoricain.
  • Et bien évidemment helios (Soleil) en grec.

Il est également à la base du français : joli mais plus tardivement – Puisque, ne l’oublions pas, le « J » avait la même prononciation que le « I » –  et du verbe héler qui consistait, aux temps anciens, à mendier aux portes des maisons à la période de Noël.

Si certains pensent que l’étymologie du jeu de la soule est issue du latin solea (sandale) comme Siméon LUCE à la page 508 de son ouvrage « De quelques jeux populaires dans l’ancienne France, à propos d’une ordonnance de Charles V » d’autres se rattachent donc aux termes latins cheolare (Jouer à la choulle) et choulla (Glossarium mediæ et infimæ latinitatis – Du Cange). Ce sport de balle très ancien aurait été introduit en France après l’arrivée de Guillaume le Conquérant en Angleterre sur les régions de Normandie et de Picardie (∼ 1066). En 1639 Charles V tenta, apparemment en vain, de faire cesser sa pratique plutôt violente au même titre que celle des jeux de hasard.
Dans « Sports et Jeux d’Adresse », Henry René d’Allemagne précise :

Ces parties de soulle ont continué jusqu’à la fin du dix-huitième siècle à être jouées aux environs de la Noël ; on trouve, en effet, un arrêt du parlement, en date de 1781, dans lequel il est fait défense « à toutes personnes de jeter aucunes boules de cuir le jour de Noël, ni aucun autre jour ; de s’attrouper pour courir la boule sous quelque prétexte que ce soit, à peine de cinquante livres d’amende ». (Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XXVII, p.3)