Si Domalain est un charmant petit village d’Ille et Vilaine situé entre Rennes et Laval, il s’agit également d’un des noms de famille de ma généalogie maternelle. Mes parents bretons vivaient pour la plupart en Côtes d’Armor dans les environs de Paimpol et c’est sur cette région que ce nom de famille apparaît pour la première fois au XVIIIe siècle dans mon ascendance. Un document assez complet évoque plus avant les différentes et possibles origines du nom de Domalain :

Ancienne carte de l'Ille et Vilaine

La plus ancienne mention de cette paroisse, en termes clairs et précis, venue jusqu’à nous dans un document authentique, est seulement de l’an 1240. Voici à quel propos.
André III, baron de Vitré, avait eu pour première femme la princesse Catherine, fille de Constance, duchesse de Bretagne, et de son dernier mari, Gui de Thouars. En 1237, Catherine de Bretagne mourut, ne laissant d’autre enfant à André qu’une fille appelée Philippe, qui en 1239, épousa Gui VII de Laval (Pierre Le Baud, Chroniques de Vitré, chap. 39, 41, 43). Après quoi le sire de Vitré, dans l’espoir d’avoir un fils, se remaria, dès le commencement de 1240, à Thomasse de Pouancé, fille de Geoffroi de Pouancé, seigneur de la Guerche, lequel donna en dot à sa fille (par acte du mois de janvier 1240) nombre de petits fiefs et de petits domaines éparpillés dans une trentaine de paroisses du diocèse de Rennes, entre autres, en Vergeal et Domalain, sauf toutefois l’étang, le bourg et le moulin de Carcraon (« Gaufridus de Poenceio, dominus Guilchie (sic pour Guirchie)… Ego dedi in maritagium Andree domino de Vitreio, cum Thomasia filia mea quidquid habebam et habere poteram in burgis et parrochiis de Bays, de Verjal, de Donno Alano et de Visecha, exceptis burgo de Carqueron tenent in capite de domino Guilchie.» (Charte orig. en ma possession, cf de Morice, Preuves de l’histoire de Bret., 1, 917). — On voit par là que Le Baud se trompe quand, au chap. 43 des Chroniques de Vitré, il nomme la seconde femme d’André II de Vitré « Thomasse de Matheselon.» tandis que c’était Thomasse de Pouancé.), qui avaient déjà d’ailleurs donné lieu à  plus d’une contestation entre les seigneurs de la Guerche et de Vitré (Charte de 1198 dans D. Morice, Preuves, 1, 730.)
De ce que le nom de Domalain paraît pour la première fois dans un acte de 1240, faut-il conclure que cette paroisse n’existait pas avant le XIIIe siècle ? Je n’en crois rien, et je pense tout au contraire qu’elle doit, comme ses voisines, remonter au moins au XIe siècle. Seulement, jusqu’ici, je n’ai pas découvert de texte qui le constate; mais j’en puis cependant citer un, prouvant clairement l’existence de cette paroisse dès 1142.
Disons d’abord que l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers, à raison de son prieuré de la Celle Guerchoise, possédait en Domalain des biens assez importants. Nous voyons, en 1265, Guillaume, sire de la Guerche et de Pouancé, concéder à cette abbaye et à ce prieuré tous les droits de voierie et de juridiction lui appartenant sur leurs possessions sises dans les paroisses de la Celle et de Domalain, sauf la poursuite et le jugement des crimes de rapt, meurtre et encis (« In parrochia de Cella Guirchiensi et in Dono Alano.» (Tit. de S.-Aubin d’Angers, Coll. des Bl.-Mx, vol. 45, p. 468.) — L’encis « était le meurtre d’un enfant dont une femme était enceinte, ou le meurtre de la mère causé par les coups qu’on lui avait donnés.» (Guérard, Cartul. de S.-Père de Chartres, Prolégomènes, § 112.) Quant à la voirie, ce mot semble désigner en Bretagne le droit de poursuivre et de réprimer les crimes contre les personnes et les propriétés.).
A côté de cet acte, dont les termes sont clairs et précis, la collection manuscrite des Blancs-Manteaux en contient un autre, dont l’extrait, pris sur une copie défectueuse, semble au premier abord très-obscur. — C’est une charte datée de 1142, par laquelle Alain, évêque de Rennes, confirme à l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers la possession de divers revenus ecclésiastiques qui lui ont été donnés précédemment, et dès le temps de l’évêque Hamelin, par certains chevaliers, dans une des églises du diocèse de Rennes. Mais l’extrait des Blancs-Manteaux, pris sur une copie évidemment défectueuse, ne nomme point cette église, mais il dit seulement que les biens ainsi confirmés consistaient en dîmes, ainsi que dans la moitié des offrandes faites dans l’église en question, à cinq fêtes de l’année, savoir : Noël, Pâques, la Toussaint, la Purification « et la fête de saint Melaine, en l’honneur duquel est fondée ladite église («Et medietatem oblationum quinque festivitatum in cadem ecclesia, scilicet Nativitatis Domini et Purificationis Beatæ Mariæ, Pashæ, Omnium Sanctorum, et Beati Melanii in cujus honore predicta ecclesia fundatur.» Tit. de S.-Aubin d’Angers, Bl.-Mx, vol. 45, p. 468.).» — Or, l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers — cela est certain — n’a jamais eu de biens ou de droits que dans trois paroisses du diocèse de Rennes, savoir : la Celle Guerchoise, dédiée à Saint Martin; Chelun, à Saint Pierre, et Domalain, à Saint Melaine. L’indication de ce patronage désigne donc incontestablement cette dernière paroisse. Voilà donc la preuve directe qu’elle existait dès la première moitié du XIIe siècle, et il y a lieu d’espérer que des recherches, entreprises dans les titres de l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers, permettraient de remonter encore plus haut, au moins jusqu’à l’origine première des donations faites à cette abbaye en cette paroisse.
A défaut de renseignements historiques plus complets, la recherche étymologique peut ici présenter quelque intérêt.
Dans les actes de 1240 et de 1265, Domalain est appelé « parrochia de Domno ou de Domno Alano.» Si cette paroisse avait pour patron saint Alain, cette traduction latine donnerait la vraie signification du nom; car, dans la formation des noms de lieu empruntés aux noms de saint, l’usage a quelquefois remplacé le titre ordinaire de sainteté, sanctus, par dominus, domnus ou donnus, en français dam ou dom : de là, par exemple, à trois lieues de Fougères, Dompierre du Chemin, paroisse dédiée à saint Pierre (Voyez aussi M. Jules Quicherat, De la formation française des Noms de lieu – Paris, 1870, p. 70.). Mais Domalain n’ayant jamais eu d’autre patron que saint Melaine, Domnus Alanus n’est rien qu’un calque littéral de la forme française, ou plutôt la traduction d’un calembour (Dom-Alain) tiré de cette forme.

melaine_domalainToutefois, ce calembour pourrait bien nous mettre sur la voie de la vraie étymologie. Melanius, en effet, mis en français, peut tout aussi bien donner Melain que Melaine; ces deux formes ont dû coexister. Dès lors remplaçant (Comme Dompierre) le titre de Saint par celui de Dom, il s’ensuit qu’une paroisse dédiée à saint Melaine a très-bien pu s’appeler Dom-Melain et devenir, par une légère altération, Dommalain.
Si l’on rejette cette explication, si l’on tient à rechercher l’origine de ce nom dans les dialectes celtiques, on trouvera dans le breton de Galles dwfn ou doufn, en bas-breton doun, qui veut dire profond, et encore dans le gallois magl, diminutif maglen, contrée, région, portion d’un pays, canton (Owen Pughe, Welsh Dictionnary, 1, 482, et 11, 320. « Magl. s. f. — a portion of land. Maglen, diminut. (magl).»), — soit Doun-maglen, canton profond, d’où l’on passe, par une double élision fort usitée, à Doumalen, puis par une faible contraction à Domalen ou Domalain. Mais pourquoi ce nom

de « canton profond ?» Sans doute, à cause de cette grande vallée de la Seiche et de Carcraon, qui occupe une bonne partie du territoire de Domalain. Toutefois, je préfère pour ma part l’autre explication.

Extrait de : Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, volume 3 par J. Forest aîné (1871)