Le mal de Saint Marcoul, était aux temps anciens une sorte de tuberculose aux caractéristiques plutôt impressionnantes. En parcourant les registres paroissiaux du village de Corbeny à la recherche de mes ancêtres en ces lieux, quelques actes de sépultures de personnes issues d’autres régions de France décédées des suites de ce mal, ont éveillé ma curiosité :

22 mars 1668 - Acte de décès de François Barrican

(1668) – Le vingt deuxiesme jour de mars est decedé un pauvre garcon affligé du mal de St Marcoul nommé francois Barrican du village de Barrican près de la ville de Lyon, agé environ de vingt trois ans Jean Deligny et Louis Vuaroteau ont assisté a sa sepulture et ont signé.

J’ai très rapidement découvert que la plupart des têtes couronnées de notre pays étaient passées en ces lieux et que la popularité de Corbeny dépassait autrefois les frontières du Royaume… On prêtait à nos monarques le don de guérir cette maladie, et ils l’exerçaient en ces lieux après leur sacre à Reims.

J’ai choisi ce jour de mettre en ligne une partie de l’Histoire du pèlerinage de Saint Marcoul à Corbeny du père Charles Blat : la religion s’avérant indissociable du sujet de cet article, il m’a paru intéressant de connaître le point de vu d’un homme de foi. L’ouvrage m’a également permis de trouver la raison de la présence d’autres actes qui avaient suscité des interrogations concernant ponctuellement quelques-uns des 200 chevaux-légers de la garde du roi et, plus tard, de chevaliers de l’Ordre de Saint Louis dans ce même village de Corbeny.

HISTOIRE DU PÈLERINAGE DE SAINT-MARCOUL, A CORBENY.

[accordion clicktoclose=true scroll=true][accordion-item title= »I. ORIGINE DE CORBENY. »]

CORBENY (Bourg du département de l’Aisne, sur la route de Laon à Reims, à 22 kilom. de la première de ces villes et à 28 de l’autre.), désigné dans les anciennes chartes sous le nom de fiscum Corbiniacum, fief de Corbeny, villa Corbiniaca, maison de campagne de Corbeny, Carbonacum castrum, château de Corbeny, était, dès le premier âge de la monarchie française, un des nombreux et modestes palais, comme il en portait encore le nom «Corbiniacum palatium nostrum, notre palais de Corbeny», où les princes Mérovingiens venaient passer le temps qu’ils ne donnaient pas à la guerre. Toutes nos recherches pour découvrir l’origine de Corbeny, ainsi que l’étymologie du nom de ce bourg, n’ont abouti qu’à des suppositions trop hasardées pour les faire partager au lecteur. Quoi qu’il en soit, Corbeny existait vraisemblablement lors du séjour des Romains dans les Gaules ; il est traversé dans toute sa longueur par la voie romaine si remarquablement conservée, qui allait de Reims au camp de Vermand.
Tous les historiens disent que c’est dans un parlement qu’il tenait en son palais de Corbeny (Corbannac) que Charlemagne fut reconnu, en 771, seul roi, à l’exclusion des enfants de Carloman, son frère, par les grands de France et d’Austrasie (Carloman mourut en 771, au palais de Samoussi à 10 kilom. de Laon et 12 de Corbeny.).
On sait les ravages que firent en France les excursions des Normands, pendant le huitième et le neuvième siècle. Outre les inquiétudes que lui donnait l’invasion de ces barbares, Charles III, dit le Simple, avait encore à se défendre contre les entreprises d’un grand nombre de seigneurs, qui, sous prétexte de combattre le crédit d’Haganon, son ministre, s’étaient révoltés contre leur souverain. Trop faible pour lutter contre tant d’ennemis, Charles se tenait renfermé dans son palais de Corbeny. C’est là que résolurent de venir lui demander asile les religieux de Nanteuil au diocèse de Coutances, chassés de leur monastère par la crainte qu’inspirait la fureur du fameux Rollon, chef des Normands. Nanteuil, autrefois Nantum, aujourd’hui St-Marcoul, est un village à 4 lieues sud-est de Valognes-sur-mer. En supposant que les religieux suivissent la ligne directe, ils devaient parcourir au moins 115 lieues. Empressés de soustraire les restes mortels de leur saint fondateur Marcoul aux sacrilèges profanations des infidèles, ni la longueur, ni les périls du chemin ne purent les arrêter : Dieu bénit leur entreprise ; après avoir séjourné quelque temps à Nantes, où ils confièrent à la piété des habitants les corps des saints Domard et Charioul qu’ils avaient aussi transporté avec eux, ils purent arriver heureusement à Corbeny en 898, selon les Annales bénédictines.
Charles les accueillit avec bonheur, l’arrivée des saintes reliques lui semblant un secours que le ciel ménageait à sa détresse. Malgré le déplorable état de ses affaires, il pourvut généreusement à la subsistance des pieux émigrés, et fit placer le corps de saint Marcoul, dans la chapelle de son palais, érigée sous le vocable de St-Pierre.[/accordion-item]

Saint Marcoul

Saint Marcoul

[accordion-item title= »II. VIE DE SAINT MARCOUL. »]Saint Marcoul était né à Bayeux, l’an 448, de parents aussi illustres par leurs vertus que par leur noblesse : il était issu d’un sang royal. Dieu, qui avait sur lui des desseins pleins de miséricorde, remplaça par les dons les plus abondants de sa grâce les soins d’un père et d’une mère que la mort lui avait ravis dès son enfance. La jeunesse de Marcoul fut pure, innocente : il avait à peine 30 ans, lorsqu’il résolut de mettre en pratique cette parole qu’il n’est pas donné à tous de comprendre : «Allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel (Saint Math.,19,21.). Ayant donc renoncé à toutes les espérances du siècle, il vint se mettre sous la conduite du pieux évêque de Coutances, Possesseur, dont la réputation de sainteté était connue au loin. Le sage prélat eut bientôt apprécié le trésor que Dieu lui avait envoyé dans la personne de Marcoul ; il l’ordonna prêtre et lui confia le soin d’instruire les peuples de son diocèse.
Soutenus par des mœurs pures, un zèle désintéressé, partout les discours de ce saint prêtre opérèrent des prodiges de conversion ; et toutefois ce n’était pas avec les paroles d’une éloquence, ni d’une sagesse humaine qu’il annonçait l’Évangile : la fidélité aux engagements du baptême ; tel était le texte ordinaire de ses entretiens.
Saint Marcoul, cédant à son attrait pour la retraite, avait renoncé à de riches possessions : le désir de se séparer entièrement du monde, lui fit encore abandonner un ministère peu en rapport avec son inclination pour la solitude. Il vint à Pontoise demander à Childebert 1er la terre de Nanteuil, afin d’y construire un monastère.
Bientôt le bruit de sa sainteté eut attiré un grand nombre de fidèles, empressés de pratiquer sous sa conduite les conseils évangéliques. Encouragés moins par les paroles que par les pieux exemples de leur fondateur, qu’ils offraient un beau spectacle, ces hommes si sincèrement humbles, unis par la même pensée, ne formant qu’une âme, rappelant enfin par la pureté de leurs mœurs l’esprit des premiers chrétiens !
Le vénérable abbé ne bornait pas son zèle aux exercices de la communauté ; pendant le carême, il se retirait dans une île voisine appelée Duelmonis, l’une de celles qui forment ce groupe connu sous le nom d’Iles de saint Marcoul, à cause du séjour qu’y fit le saint. Ses jeûnes, ses veilles y étaient extraordinaires ; du pain d’orge, quelques herbes crues, telle était sa nourriture, et encore s’en privait-il quelquefois deux ou trois jours de suite : l’épuisement pouvait seul le contraindre au sommeil ; la terre nue formait alors son lit de repos ; une pierre lui tenait lieu de chevet.
Ce n’est pas seulement un haut enseignement que le Sauveur nous a donné, c’est un fait qu’il a constaté quand il a dit : quiconque s’abaisse sera élevé (Saint Math., 19,21.). Ainsi en arriva t-il à saint Marcoul. L’île de Jersey était un repaire de pirates ; saint Possesseur, désirant y établir le règne de Jésus-Christ, jeta les yeux sur Marcoul, persuadé que, par l’ascendant de sa vertu et l’ardeur de son zèle, il pourrait toucher des hommes habitués à ne vivre que de rapines. Cet ordre d’une si pénible exécution, le généreux prêtre le reçoit comme venant de la part de Dieu ; il laisse ses disciples sous la conduite des saints Domard et Charioul ses premiers compagnons, et plein du désir de conquérir des âmes à la grâce, il vole où l’appelle la voix de son évêque. L’événement répondit aux prévisions de Possesseur : saint Marcoul, par ses instructions et ses vertus, renouvela la face de cette île ; la plupart des pirates se retirèrent ; les autres voulurent vivre sous sa conduite ; et plein de reconnaissance pour le service qu’il lui avait rendu, touché lui-même de sa sainteté, le seigneur de Jersey lui offrit la moitié du terrain qu’il possédait. Saint Marcoul y fonde un nouveau monastère ; et là aussi, sous la puissante impression de ses exemples, ces hommes, naguère la terreur de leurs voisins, les étonnent par la douceur et la pureté de leur vie.
Devenu dès lors le père d’une nombreuse famille en Jésus-Christ, saint Marcoul ne devait pas en abandonner le soin ; il retourne à Nanteuil visiter ses premiers disciples, les encourager dans leur pieuse entreprise, les sauvegarder contre le relâchement en les soumettant à une austère discipline ; puis son âge lui faisant pressentir sa fin prochaine, il va de nouveau trouver Childebert, alors au château de Compiègne, afin d’obtenir la confirmation de ses divers établissements.
«Le Roi, dit une ancienne chronique, croyant retenir l’innocence à sa cour, en y arrêtant le vénérable abbé, employa toutes ses raisons pour empêcher son départ.» Mais ce saint prêtre, qui toute sa vie avait soupiré après la solitude, pouvait-il consentir à demeurer au milieu de la dissipation et de l’entraînement d’une cour ? Reconnaissant des bontés de Childebert, il retourne à Nanteuil, après avoir adressé au prince les plus sages avis, après lui avoir assuré de la part de Dieu, pour lui et les rois ses successeurs, la continuation du privilège que Clovis avait obtenu de Dieu de guérir les écrouelles. Bientôt nous dirons ce qu’il nous semble que l’on doit penser de ce merveilleux pouvoir attribué par les historiens aux rois de France. Atteint de la maladie qui devait l’enlever à l’affection de ses religieux, le saint vieillard voulut mourir comme il avait vécu, en disciple d’un Dieu crucifié. Il se fit étendre sur la haire et sur la cendre, et après avoir béni les nombreux témoins de ses vertus que le bruit de sa mort prochaine avait rassemblés autour de lui, il termina sa belle vie le 1er mai 558, âgé de 70 ans, en présence de saint Lô, évêque de Coutances, son ami particulier, qui, étant venu l’assister dans ses derniers moments, voulut encore célébrer ses funérailles.
Dieu est le maître de ses dons ; on ne lui refusera pas sans doute le pouvoir de déroger aux lois qu’il a librement établies. Plus d’une fois, il avait glorifié son serviteur en accordant à ses prières la guérison d’une infirmité bien cruelle, les scrophules ou écrouelles. La confiance que les peuples avaient au pouvoir dont saint Marcoul, pendant sa vie, jouissait auprès de Dieu ne s’éteignit pas avec lui. En grand nombre, ils venaient à Nanteuil honorer son tombeau, persuadés que le Dieu qui les éprouvait voudrait bien encore, aux sollicitations de celui dont il récompensait les vertus dans le ciel, les délivrer d’une maladie contre laquelle les ressources de la médecine ont toujours été impuissantes.
Bientôt le nom de saint Marcoul s’étendit au-delà des limites de la province qui l’avait vu naître. Des paroisses éloignées lui décernèrent un culte, se mirent sous sa protection. A Charay, département d’Eure-et-Loire, d’où les pèlerins nous viennent en si grand nombre, un concours considérable a lieu tous les ans en l’honneur du saint abbé, le 1er mai, jour consacré à honorer sa mémoire. L’Eglise d’Archelange, près Dole, département du Jura, possède aussi une statue de saint Marcoul qui est l’objet de la vénération de toute la contrée. «Tous les ans,» nous écrivait, en 1845, M. Hugonnet, curé de la paroisse, «nous voyons ici plus de deux mille pèlerins ; la Bresse et la Bourgogne nous en fournissent un très grand nombre ; les départements de la Haute-Saône, du Doubs, de Saône-et-Loire, de l’Ain nous envoient leurs malades scrophuleux ; les hautes montagnes du Jura, la Suisse même, ont recours au bienheureux Marcoul contre les scrophules, et nous avons, comme vous, une confrérie qui compte de très nombreux associés.»[/accordion-item][accordion-item title= »III. FONDATION DU MONASTÈRE DE CORBENY. »]Les ravages des Normands ayant cessé, les religieux pensèrent à retourner à Nanteuil avec le corps de leur saint abbé ; ils étaient à Corbeny depuis sept ans. Mais témoins et objets eux-mêmes des merveilles qui s’opéraient au tombeau de saint Marcoul, Charles et Frédéronne son épouse avaient depuis longtemps conçu le désir de retenir ce précieux dépôt : d’ailleurs le monastère de Nanteuil avait eu le sort de tant d’autres ; il n’offrait plus qu’un triste amas de ruines.
Les seigneurs et les ecclésiastiques de la cour de Charles lui représentèrent qu’il ne lui était pas permis de s’approprier ces saintes reliques sans avoir obtenu le consentement de l’évêque de Coutances : le prince en écrivit à ce prélat ; celui-ci consulta l’archevêque de Rouen son métropolitain, et par lettres patentes signées de tous les évêques de la province, il fut accordé au roi de conserver le corps de saint Marcoul dans son palais de Corbeny.
C’est à cette époque, l’an 905, que fut fondé le monastère de Corbeny. Nous avons sous les yeux l’acte de cette fondation ; il est daté du palais de Corbeny, 22 février, 14e année du règne de Charles le Simple. Le roi dit que, désirant imiter la piété de ses prédécesseurs, et donner une preuve de sa dévotion envers saint Marcoul, dont le précieux corps a longtemps demeuré dans la chapelle de son château, il a résolu de bâtir dans son palais un monastère pour des religieux qui garderont ce saint corps, et offriront à Dieu des prières pour la prospérité de l’Église, du Roi et de l’État (Tous les dimanches de l’année, à sept heures, une messe était dite au monastère de Corbeny pour la santé du roi et la prospérité de son royaume ; et le 2 de mai, lendemain de la fête de saint Marcoul, un anniversaire solennel et général était célébré pour le repos des âmes des rois de France fondateurs et bienfaiteurs du prieuré.). Il le dote de ses propres biens, lui cède six métairies (Une métairie valait 2 hectares environ.— Maire. Tabl. Stat.) situées à Corbeny, d’autres biens à Craônne, Aubigny, Condé-sur-Suippes et Fismes.
Par une charte de l’année suivante, le même prince donne en douaire à Frédéronne son épouse, Corbeny avec l’Église de St-Pierre, une autre église à Craonne et quelques biens. Abus déplorable, mais qui ne fut que trop longtemps ordinaire ; des laïcs, des femmes même possédaient des églises, et convertissaient à leur usage les oblations des fidèles ! Pieuse et éclairée, Frédéronne comprit cet abus, et pour ne pas y participer, elle fit don de Corbeny avec le monastère de St-Pierre à l’abbaye de St-Remy de Reims, où elle avait été sacrée. Nous avons le diplôme de Charles qui confirme cette donation ; il est daté de St Remy, l’an 918. L’année précédente, il avait accordé aux moines de Corbeny la faculté de revendiquer à leur profit les biens enlevés à un monastère de Château-Porcien, à condition qu’ils célébreraient chaque année l’anniversaire de son sacre.
Pendant que ce prince malheureux était renfermé dans la prison de Péronne, Herbert, comte de Vermandois, s’empara de Corbeny. C’était un château-fort (Corbiniacum castrum, dit Frodoard.); les fossés qui l’environnaient au sud et à l’est dont il reste quelques traces, le nom de remparts qu’a conservé la partie Nord de ce bourg, ne laissent pas le moindre doute à cet égard.
En 936, Louis IV d’Outre-mer reprit Corbeny, épargna les habitants, accorda à la prière d’Arnoul, archevêque de Reims, la liberté de ceux qui étaient renfermés dans la forteresse. Ce prince rendit avant sa mort Corbeny à l’abbaye de St Remy ; et cette donation, Lothaire, son fils la confirma par une charte datée de Laon, 1er janvier 954.
Dans ces siècles de foi, c’était un grave événement pour toute une contrée que l’arrivée des restes mortels d’un serviteur de Dieu. Bientôt Corbeny acquit une grande célébrité ; on y venait de toutes parts implorer l’intercession de saint Marcoul. Dès lors, nous ne voyons plus ce bourg désigné dans les actes publics, que sous ce titre, Corbeny dit St-Marcoul.
L’an 1059, le pape Léno IX étant venu, la première année de son pontificat, présider un concile à Reims et faire la dédicace de l’église de St-Remy, l’abbé Hérimar, afin de favoriser le pieux concours des fidèles à Corbeny, obtint de ce pape un bref, où la peine d’excommunication est portée contre tous, clerc ou laïc, roi ou sujet, qui oserait aliéner la plus faible partie des biens du monastère. Nous regrettons que les limites, dans lesquelles nous sommes obligés de nous renfermer, ne nous permettent pas de rapporter cette pièce pleine d’intérêt.[/accordion-item]

Eglise paroissiale de Corbeny

Eglise paroissiale de Corbeny

[accordion-item title= »IV. TENTATIVES CONTRE LE MONASTÈRE DE CORBENY. »]Corbeny était trop voisin du château de Montaigu, où Thomas de Marle bravait impunément ceux dont il avait ravagé les terres, pour n’avoir pas à souffrir des injustes agressions de ce farouche seigneur. L’an 1098, Thomas brûla Corbeny et massacra une partie des habitants. Alors tous les maux, dit la Gallia christiana, semblèrent s’être donné rendez-vous pour fondre sur Corbeny : le dérèglement des mœurs, une peste cruelle, le vol et le brigandage, tout conspira pour enlever à ce malheureux pays son ancienne splendeur.
Afin de relever leur monastère, et pour procurer quelques ressources aux habitants désolés, les religieux prirent le parti de porter le corps de saint Marcoul par les villes et les villages ; on sait que les translations de religieux étaient assez en usage pendant ces siècles.
Peu de jours avant la Pentecôte, ils tirèrent donc les précieuses reliques du lieu où elles reposaient, les portèrent à Reims, Châlons, Epernay, Braîne, Soissons, Noyon, Péronne. Partout les restes vénérés furent reçus avec empressement ; partout la collecte fut abondante : à Péronne (Parmi les nombreux pèlerins que nous voyons ici, il en est beaucoup qui sont de Péronne et des environs, ne serait-ce pas le voyage que les religieux de Corbeny firent avec les reliques de leur saint abbé, qui aurait donné naissance dans ces contrées à la dévotion envers saint Marcoul ?) surtout, la dévotion se manifesta par de riches offrandes. Les habitants de St-Quentin vinrent dans cette ville pour honorer saint Marcoul : ils portaient avec eux le corps de leur patron ; les religieux du mont St-Quentin s’y rendirent aussi en chantant des litanies.
Les Moines retournèrent à Corbeny par Vermand, Homblières, Ribemont, Fressancourt et Vaux-sous-Laon. Là, ayant appris que Thomas de Marle leur tendait des embûches, ils se hâtèrent de reprendre le chemin de leur retraite. Dès que la nouvelle de leur retour fut connue à Corbeny, tous les habitants se portèrent à leur rencontre, dit D. Guill. Marlot ; ils rentrèrent à leur monastère, salués par les acclamations d’une joie universelle ; c’était en 1102.
A peine avaient-ils réparé les désastres causés par les gens de guerre, qu’ils eurent à se défendre contre des usurpations d’une autre espèce. L’an 1103, Enguerrand de Coucy, évêque de Laon, sous prétexte que l’on n’y mettait pas de titulaire, voulut s’emparer de l’église paroissiale de Corbeny. Ses prédécesseurs sur le siège de Laon l’avaient depuis longtemps cédée aux religieux ainsi que celle de Craonne. Ceux-ci se plaignirent au pape Urbain II ; il fut enjoint à l’évêque de renoncer à ses prétentions. Enguerrand se soumit, et par une charte datée de la même année, il abandonne l’église de St-Quentin de Corbeny à l’abbaye de St-Remy, pour en jouir à perpétuité, sauf le droit épiscopal.
Dès lors cette église appartint aux religieux de Reims ; le curé chargé du desservice, et qui était à la nomination de l’évêque de Laon, n’avait que le titre de vicaire perpétuel ; il dîmait sur Dammarie et Fayaux. Par une disposition assez étrange, les religieux ne pouvaient exercer aucune fonction curiale dans cette église dont ils étaient titulaires ; seul, le prieur de St-Remy de Reims pouvait y officier une fois par an, le jour de la fête patronale.
Vers la même époque le monastère de Corbeny reçut une bien précieuse consolation après ces pénibles luttes. L’an 1119, le pape Calixte II, après avoir présidé à Reims un concile, où se trouvèrent réunis quinze archevêques et plus de deux cents évêques, se rendant à Laon en compagnie de Barthélémy, évêque de cette ville, et d’un grand nombre de prélats, s’arrêta à Corbeny pour y vénérer les reliques de saint Marcoul.[/accordion-item]

Cérémonial du toucher des écrouelles sous Charles II

Cérémonial du toucher des écrouelles sous Charles II

[accordion-item title= »V. DON DE GUÉRIR LES ÉCROUELLES ACCORDÉ AUX ROIS DE FRANCE. »]En 1229, saint Louis, accompagné de sa vertueuse mère, Blanche de Castille, vint honorer les reliques de saint Marcoul. Trois ans auparavant, le 1er décembre, il avait été sacré à Reims dans sa douzième année par Jacques de Bazoches, évêque de Soissons, le siège métropolitain étant vacant. Les troubles de la régence ne lui avaient pas permis alors de faire le pèlerinage de Corbeny. L’usage des rois de France de venir immédiatement après leur sacre au tombeau de saint Marcoul est très ancien ; saint Louis le régularisa, pour ainsi dire, et le rendit obligatoire pour ses successeurs. Depuis, tous jusqu’à Louis XIII inclusivement, excepté Henri IV, ainsi que nous le dirons bientôt, c’est à dire, vingt et un rois s’acquittèrent de ce devoir. «Autant la France a eu de monarques sacrés à Reims depuis saint Louis, dit D. Oudard Bourgeois, prieur de Corbeny, autant saint Marcoul a vu de couronnes prosternées à ses pieds. Personne n’ignore, continue-t-il, que la religieuse coutume de nos rois est, après leur sacre, de visiter l’église de Corbeny, pour y honorer les reliques de ce glorieux protecteur de leur sceptre. Tous nos historiens n’ont pas oublié d’en faire la remarque, et les registres de la chambre des Comptes à Paris ont par ordre tous ces voyages et leurs dépenses.»
«Lorsqu’il s’agit de miracles, dirons-nous avec un célèbre orateur de notre siècle (M. Frayssinous.), nous ne sommes pas de ceux qui adoptent tout aveuglement et sans examen ; mais aussi nous nous tiendrons toujours en garde contre une incrédulité qui rejette tout sans réflexion, se roidit contre l’évidence, et qui, loin d’être une force d’esprit, n’est qu’une obstination pleine de faiblesse et de puérilité.» Nous croyons donc à la réalité des miracles. Ne serait-ce pas en effet une véritable impiété, et, pour ceux qui ne veulent pas comprendre ce mot, une grave insulte à la raison publique, que de nier les faits les plus authentiques ? Or, quoi qu’en aient dit certains écrivains, quoi qu’en pense la philosophie dédaigneuse de notre siècle, le pouvoir qu’obtenaient par leur sacre les rois de France de guérir les écrouelles ; c’est là un fait dont il n’est pas plus possible de douter que de l’existence de ces mêmes rois.
Nous pourrions citer les paroles de dix-huit auteurs, théologiens, historiens, médecins, qui attestent que cette vertu de guérir les écrouelles a été accordée aux rois de France. Nous nous bornerons à rapporter quelques témoignages dont la gravité ne saurait être contestée.
Nous venons de dire que saint Marcoul assura ce privilège à Childebert, pour lui et ses successeurs.
Guibert de Nogent dit que les désordres de Philippe Ier lui firent perdre le don de guérir les écrouelles, mais que cette faveur fut rendue à ses successeurs. Il assure en effet avoir vu Louis VI son fils guérir cette maladie par l’attouchement ; voici ses paroles : «Que dirai-je du miracle journalier que nous voyons opérer à notre maître Louis ? J’ai vu ceux qui ont les écrouelles à la gorge ou ailleurs venir par troupe pour se faire toucher de lui ; j’ai voulu les en empêcher, mais par sa bonté toute naturelle il leur tendait la main, et faisait sur eux le signe de la croix avec beaucoup d’humilité.»
Du Tillet dit que ce prince «s’étant dévoyé des vertus de ses pères, remplit sa maison de troubles et de scandales, et perdit plus tard, ainsi que son père, la gloire de ce miracle.» Saint Thomas d’Aquin, qui n’était pas un petit esprit, parle de ce pouvoir des rois, comme d’une chose connue de tous : il le fait remonter à Clovis qui le tint, selon lui, de saint Remy, lorsqu’il fut sacré par ce grand évêque (Lib.II, de Regim. princip.).
Etienne de Conti, religieux de Corbie, rapportant les cérémonies du sacre de Charles VI, dit : «Après que le roi eut entendu la messe, on apporta un vase plein d’eau. S. M. ayant fait sa prière devant l’autel, toucha le mal de la main droite, le lava dans cette eau que le malade porta sur la partie pendant neuf jours de jeûne.»
Au XVe siècle, les rois d’Angleterre, voulant sanctionner aux yeux des peuples leur usurpation du trône de France, touchaient les scrophuleux, ainsi que faisaient les rois légitimes.
Malgré les traverses qu’il eut à souffrir de la part des Anglais, qui occupaient alors presque toute la France, Charles VII, trois jours après son sacre à Reims, vint faire son pèlerinage à Corbeny et toucher les écrouelles. La fameuse Jeanne d’Arc l’avait suivi ; elle était en habit de guerre, son étendard à la main, tout près de la personne du roi. Ce fut dans cette circonstance, pour le dire en passant, que les députés de la ville de Laon apportèrent à Charles les clés de leur cité.
Dans une charte de Charles VIII, nous lisons que : «Ce prince au sortir de Reims alla faire son pèlerinage à monsieur saint Marcoul qui guérit les écrouelles comme le roi.» Ce sont les mots de la Charte qui ajoute que le lendemain, S. M. toucha et guérit six malades. Le continuateur de Monstrelet dit avoir vu ce prince, pendant son séjour à Rome toucher les scrophuleux, les guérir et ravir d’étonnement les Italiens émerveillés.
François 1er termine un arrêt de son privé conseil (26 août 1542) par ces paroles : «Au sortir de notre sacre de Reims, et allant à l’église de monsieur saint Marcoul, où nous et nos prédécesseurs avons coutume aller faire nos oblations, et révérer le précieux corps de saint Marcoul, pour le très excellent et très recommandable privilège de la guérison des écrouelles, qu’il a plu au créateur miraculeusement impartir à nous, et à nos prédécesseurs par le toucher et le signe victorieux de la croix, par le mérite duquel survient la guérison.»
Dans sa captivité en Espagne, ce prince, selon Silvy, était l’objet de la confiance de ceux qui étaient affligés des écrouelles ; et il faut bien que là aussi aient été ressentis les effets de ce merveilleux pouvoir, car à chaque nouveau règne, les Espagnols s’empressaient de franchir les Pyrénées, de traverser la France pour recevoir la guérison, objet de leur désir, par l’attouchement du nouveau roi. Le privilège leur était même acquis d’être présentés les premiers d’entre les nations : les Français ne passaient que les derniers.
Un Espagnol, nommé Moyou, demanda à Henri III l’autorisation de bâtir, dans l’un des faubourgs de Paris, un hôpital destiné à recevoir ses nombreux compatriotes, qui, dans le dessein de se faire toucher par le roi, arrivaient dans la capitale, où ils ne trouvaient aucun asile (C’est sur l’emplacement de cet hôpital qu’est bâtie la rue St-Marcoul entre la rue Bailly entre la rue Royale-Saint-Martin.).
Le P. Bouhours, dans son excellente vie de saint Ignace, dit qu’une dame romaine était sur le point de mener sa fille malade en France où les rois ont le don de guérir les écrouelles.
André du Laurens, premier médecin d’Henri IV, consacre une quarantaine de pages in-folio à traiter «de la vertu admirable de guérir les écrouelles, divinement concédée aux seuls rois de France très chrétiens.
«N’est ce pas une chose merveilleuse, dit-il, qu’une maladie rebelle et souventes fois incurable, j’entends les écrouelles, qui ont longtemps éludé les remèdes de la chirurgie et qui n’ont pu être diruptées par les médicaments et les mains industrieuses des plus habiles, soit parfaitement guérie par le seul attouchement des rois très-chrétiens et par quelques paroles prononcées de leur bouche. Or cette faculté éclate et reluit en notre roi Henri quatrième, d’autant plus magnifiquement qu’il excelle par dessus tous ses prédécesseurs et devanciers en magnanimité et clémence singulières ; car il en guérit tous les ans plus de quinze cents.»
Henri IV dit dans une lettre dont nous avons le texte sous les yeux que le jour de Pâques, 6 avril 1608, il a touché 1250 malades.
Louis XIII accorde des lettres de protection et de sauvegarde au prieur et couvent de saint Marcoul de Corbeny, «qui est le lieu, est-il dit, où après notre sacre et couronnement sommes allés en pèlerinage, ainsi que nos prédécesseurs rois ont accoutumé de faire, pour obtenir le don et grâce de Dieu de guérir les écrouelles.»
François Thévenin, chirurgien ordinaire du roi, après avoir parlé du traitement médical des écrouelles, termine par l’alinéa suivant :
«On a parlé des remèdes naturels ; il n’y a pas d’apparence de traiter des surnaturels que le Ciel a si libéralement infus dans la personne de nos rois, pour la guérison de cette maladie, que de leur seul attouchement, par un miracle continué depuis tant de siècles, ils renvoient les malades sains.»
Dionis, premier chirurgien des mesdames les Dauphines et chirurgien juré à Paris en 1673, dit dans la préface de son cours d’opération de chirurgie, page 2. «Les rois ne trouvent pas au-dessous de leur dignité d’appliquer leurs mains royales, pour soulager et guérir le même sujet que Dieu a formé de ses mains divines.»
Et dans le même ouvrage, 7me démonstration, tome II, page 643, on lit ces paroles remarquables : «Le roi touche cinq fois l’année ceux qui ont des écrouelles ; ce sont les jours qu’il fait ses dévotions ; il se présente chaque fois, sept ou huit cents malades pour se faire toucher et un grand nombre de ceux qui ont été touchés par le roi, assurent avoir été guéris par cet attouchement ; c’est pourquoi je conseille à tous ceux qui sont affligés de ces maux, de tenter un moyen spirituel si doux, pour obtenir leur guérison, avant de se mettre entre les mains des chirurgiens, qui ne peuvent pas les exempter de beaucoup de douleurs.»
L’histoire nous apprend que Louis XIV toucha environ 2,000 malades, Louis XV plus de 2,400, que 2,600 furent présentés à Louis XVI.
Enfin, nous pourrions rappeler une époque encore récente, le sacre de Charles X à Reims, où le même fait s’est représenté avec un caractère si frappant de vérité, qu’il a forcé l’aveu des plus incrédules, ainsi que nous l’ont certifié des témoins oculaires dignes de toute notre confiance.
De là le nom donné à cette infirmité de mal royal, mal de saint Marcoul.
Nous nous arrêtons à ces témoignages ; s’ils sont peu nombreux, ils seront d’une autorité suffisante pour tout homme raisonnable. Les rejeter, n’est-ce pas se condamner à un absolu scepticisme ? n’est-ce pas vouloir douter de tout ? D’un autre côté, se peut-il qu’il y ait eu illusion, imposture ? Mais alors le temps aurait éclairé les peuples ; il les a confirmés au contraire dans leur croyance.[/accordion-item][accordion-item title= »VI. PÈLERINAGE DES ROIS A CORBENY. »]Or, c’est à Corbeny que les rois de France, depuis saint Louis surtout, venaient faire, pour ainsi dire, l’essai de cette extraordinaire prérogative dont ils ne jouissaient qu’après avoir été sacrés, comme s’ils ne voulaient exercer leur pouvoir qu’avec dépendance du mérite de saint Marcoul. D. Bourgeois raconte l’ordre qu’ils observaient dans ce pèlerinage : nous le transcrivons.
«Après que le roi a fait ses dévotions à Reims, il se met au chemin de Corbeny, où il rencontre à l’endroit nommé l’Épinette (Maintenant lieu dit Buisson de saint Marcoul.) le Maître des Merciers qui porte le cierge de la confrérie de saint Marcoul, par lequel il est conduit à un autel où repose sa châsse. C’est en ce lieu que le Prieur, accompagné de ses religieux et ecclésiastiques, présente le baiser de la croix à S. M. Le roi, descendu de cheval, prend l’image de saint Marcoul qu’il porte jusqu’à l’église, au lieu de son chef qu’il portait autrefois (Nous dirons plus tard comment le chef a disparu.). A la suite de ce corps saint, il entre dans l’église, et, passant sous la châsse avec toute l’assistance, se rend au grand autel où le Prieur lui donne l’eau bénite. Après s’être un peu recueilli à son oratoire, il se retire au palais, jusqu’au lendemain qu’il vient revêtu de ses habits royaux ouïr la messe de son grand aumônier ou celle du Prieur ; ses héraults le conduisent à l’offrande après laquelle se fait le sermon sur la célébrité du jour, et à la fin de la messe le roi communie sous les deux espèces, comme au jour de son sacre ; ensuite le roi s’étant rendu dans la nef de l’église ou en la cour du palais, il touche les malades des écrouelles avec les cérémonies décrites par beaucoup de bonnes plumes et particulièrement par M. du Laurens dans son docte traité de la guérison de cette maladie honteuse. Ce n’est pas assez à nos rois de visiter saint Marcoul pour contenter leur piété ; ils font une neuvaine auprès de ses reliques : que si leurs affaires ne leur permettent pas, ils en donnent la commission à un de leurs aumôniers. Notre grand et juste roi (Louis XIII) ne pouvant demeurer à Corbeny autant que sa dévotion lui désirait, chargea de ce devoir M. de Bouloigne, un de ses aumôniers et chapelains, lequel prit une attestation en bonne forme de s’en être acquitté.»
Voici, selon D. Lelong, le rit que Louis XVI observa à son sacre dans l’attouchement des écrouelles. «Après avoir entendu une messe basse à St-Remy, où l’on avait porté le corps de saint Marcoul, il alla faire sa prière devant la châsse près de l’autel, et commencer une neuvaine qu’un de ses aumôniers continua. Il se rendit ensuite dans le parc de l’abbaye pour toucher les personnes affligées des écrouelles. Elles étaient rangées par ordre dans les allées. Le premier médecin du roi appuyait sa main sur la tête de chaque malade, dont un capitaine des gardes tenait les mains jointes. Le roi, la tête découverte, les touchait en étendant la main droite du front au menton, et d’une joue à l’autre, formant le signe de la croix, en disant : LE ROI TE TOUCHE, DIEU TE GUÉRISSE. Le grand aumônier leur distribuait des aumônes. Le dernier rang parcouru, on présenta au roi, pour laver ses mains, trois serviettes mouillées, l’une de vinaigre, l’autre d’eau commune, la troisième d’eau de fleur d’orange.»[/accordion-item]

Plan de l'abbaye de Corbeny

Plan de l’abbaye de Corbeny

[accordion-item title= »VII. MUNIFICENCE DES ROIS ENVERS LE MONASTÈRE ET LES HABITANTS DE CORBENY. »]
On pense bien que les rois ne vinrent pas à Corbeny sans y laisser des preuves multipliées de leur dévotion envers saint Marcoul, et de leur bienveillance envers les habitants. Toujours avant leur départ, ils confirmaient les exemptions accordées à Corbeny par leurs prédécesseurs, souvent y en ajoutaient de nouvelles.
Saint Louis ratifia les privilèges dont jouissait Corbeny dès le temps de Charlemagne. C’est lui qui établit la confrérie de saint Marcoul ; les rois en étaient les protecteurs et les premiers membres ; des personnes dignes de foi nous assurent avoir lu, avant les désastres de 1793 son nom écrit de sa propre main en tête du registre (Cette confrérie vient d’être rétablie par Mgr de Simony. Nous en renvoyons les statuts à la fin de cette notice.). Ce pieux monarque, lors de son pèlerinage qui eut lieu, ainsi que nous l’avons dit plus haut, en 1229, fit couvrir la châsse de lames dorées et en sépara le chef pour en faire un reliquaire à part. La translation se fit par Anselme de Mauni, évêque de Laon, le dimanche avant l’ascension ; nous en avons l’acte.
Les religieux, afin de perpétuer le souvenir de leur reconnaissance envers leur saint et royal bienfaiteur, adoptèrent pour armes du monastère les images réunies de saint Marcoul et de saint Louis, avec cette inscription : Seel du Tour et Confrérie des Moynes de Corbeny en Launois.

Seel du Tour et Confrerie des Moynes de Corbeny en Launois

Seel du Tour et Confrerie des Moynes de Corbeny en Launois

Soixante ans après, Philippe-le-Bel voulant imiter la piété de son grand-père et surpasser sa magnificence, enrichit et répara la châsse de saint Marcoul. Robert, évêque de Laon, fit cette seconde translation et reconnut les saintes reliques en présence d’un grand nombre de personnes nommées dans l’acte que nous avons sous les yeux ; il est daté de l’an 1295, le dimanche après la St-Remy d’octobre.
L’an 1352, le mardi après la fête de l’Ascension, le roi Jean-le-bon ayant, après son sacre, visité l’église de St-Marcoul, trouva le corps entier et ajouta de riches ornements à la châsse.
Mais celui de tous nos rois qui se montra le plus généreux fut Louis XI. Parmi les images d’étain et de plomb dont le chapeau de ce prince bizarre était garni, celle de saint Marcoul tenait un des premiers rangs. En 1478, il fit fondre l’ancienne châsse, afin d’en faire une nouvelle ; (c’est celle qui fut pillée en 93 ; elle pesait plus de deux cents marcs d’argent); il voulut qu’on y mît ses armes avec sa devise JUSTEMENT, la chargea d’or et de pierres précieuses, «afin, dit la chronique, de faire estimer la piété de son cœur par la valeur de ses riches présents.» Cette quatrième translation se fit par le ministère de Toussaint, évêque de Dionyse, en la présence de beaucoup de personnes de condition, entr’autres des abbés de St-Jean de Laon, de St-Quentin-en-île, de Vauxclerc, dont les noms se lisent dans l’acte qui nous est resté. Là, ne se bornèrent pas les libéralités de Louis XI ; en deux fois différentes, il donna au monastère, 2,400 écus d’or, «pour la grande et singulière affection, est-il dit dans l’acte, que de tous temps avons eu et avons pour le glorieux corps de saint Marcoul.»
Corbeny avait beaucoup souffert pendant les guerres des Anglais ; une grande partie des maisons avaient été démolies et brûlées ; dépourvus de ressources, hors d’état de faire face aux subsides qui pesaient sur eux, bon nombre d’habitants étaient allés chercher ailleurs les moyens d’existence qu’ils ne trouvaient plus dans leur patrie. Le prieur de Corbeny adressa à Louis XI, une requête dans le but d’obtenir quelques franchises pour les habitants. «Désirant, dit le roi, le lieu de St-Marcoul de Corbeny être augmenté et repopulé en faveur du glorieux corps de saint Marcoul, nous exemptons les habitants de Corbeny et tous ceux qui voudront venir réédifier maisons et héritages, habiter et demeurer audit lieu perpétuellement eux et les successeurs, de toutes tailles, aides, subsides, subventions quelconques.»
Enfin, en 1479, Louis XI imposa certains devoirs envers saint Marcoul au maire de Corbeny dont l’office héréditaire et féodal valait par an cent sous tournois et quatre muids de vin, et comprenait Craonne, Chevreux, comme mouvant l’un et l’autre de l’abbé de St-Remy de Reims. Ainsi, le lundi de chaque semaine, le maire tenait audience, et faisait à ses dépens tous les procès des criminels qui ne pouvaient en payer les frais. Toutes les fois que l’on portait la châsse de saint Marcoul en procession, il précédait, une verge blanche à la main (La verge blanche était la marque d’une commission royale ; ceux qui l’avaient reçue la cassaient à la mort du roi, qui la leur avait donnée sur son tombeau.), soit le saint corps, soit le prieur.
François 1er, par un arrêt en date du 26 août 1542, régla les obligations et les devoirs dont demeureraient chargés envers saint Marcoul plusieurs grands dignitaires de la couronne et de la justice :
1° Le Grand-Chambellan de France délivrait le joyau précieux, que le roi, le lendemain de son sacre, venait présenter en offrande à Dieu dans l’Église de St-Marcoul à Corbeny ;
2° C’était le Maître-Visiteur des Merciers (Le Maître-Visiteur des Merciers était l’inspecteur général préposé à l’exécution des statuts qui régissaient le corps des merciers : il avait, dans les principales localités, des officiers subalternes.) qui était obligé, en vertu de sa charge, de se pourvoir dudit joyau, et de le remettre au Grand-Chambellan de qui il tenait son office.
Là ne se bornaient pas les obligations du Maître des Merciers : il devait assister avec tous ses officiers et merciers à l’entrée du roi à Corbeny et aller au-devant de lui en portant le gros cierge de la confrérie de saint Marcoul jusque dans l’église. Tous les ans il renouvelait ce cierge ; il pourvoyait à tout le luminaire nécessaire à l’église de St-Marcoul pour la célébration des messes et des offices. La messe qui était dite tous les dimanches à sept heures pour la santé du roi et la prospérité du royaume ; le service général et solennel que l’on célébrait pour le repos des âmes des rois de France, fondateurs et bienfaiteurs du prieuré, était encore à ses frais ; il venait assister à la fête de saint Marcoul qui se célèbre le 1er mai, et fournissait tout ce qui était nécessaire à la solennité ; en ce jour, il apportait les lettres de maîtrise en fait de mercerie qu’il avaient expédiées pendant l’année. Le prieur y apposait le sceau de la confrérie de saint Marcoul et recevait cinq sous pour chaque lettre.
L’état de toutes ces charges était déposé, comme garantie de leur exécution, dans les archives de l’abbaye de St-Remy de Reims.
Henry II ajouta aux privilèges accordés aux habitants de Corbeny l’exemption de tous logements militaires ; Henri III continua les mêmes grâces, toujours en faveur de saint Marcoul, «et afin, dit le dernier, que plus commodément les habitant puissent subvenir aux pauvres pèlerins qui y arrivent chaque jour.» Il y avait en effet près du couvent un petit hôpital où les scrophuleux indigents étaient reçus gratuitement pendant quelques jours. Ce bâtiment existe encore. Il est situé en face du couvent, place de la Couronne.
Parvenu au trône au milieu des plus grands obstacles, Henri IV ne put être sacré à Reims, qui tenait encore pour la ligue, ni faire son pèlerinage à Corbeny. La neuvaine que ses prédécesseurs avaient coutume de faire après leur sacre en l’honneur de saint Marcoul, il la fit au château de St-Cloud, et «à l’imitation de nos devanciers rois, est-il dit dans des lettres patentes, désirant nous fortifier de cette même piété et dévotion qu’ils ont témoigné avoir audit lieu de St-Marcoul, à ceux habitants, qui ont souffert de grandes pertes (Nous avons découvert dans l’intérieur de l’église paroissiale une pierre portant cette inscription : le 9 mai 1590, fut surprise par les Huguenots cette église et les portes brûlées. En effet, la façade porte de nombreuses traces de balles et de biscayens qui existent de mémoire d’homme ; et c’est une tradition à Corbeny qu’une sanglante bataille s’y serait donnée pendant les guerres de la ligue ; un lieu appelé le Champ de bataille en aurait été le théâtre.) et dont l’église est en partie démolie et ruinée, avons continué et prolongé l’exemption et affranchissement de toutes tailles, crues, subsides et autres impositions généralement quelconques.»
Le dernier roi qui vint à Corbeny fut Louis XIII. Au mois d’octobre, en 1610, trois jours après son sacre à Reims, il commença une neuvaine que termina son aumônier, laissa à l’église de précieux ornements, (nous en avons ici l’inventaire) confirma les privilèges ; prit les habitants sous sa protection spéciale, et défendit aux gens de guerre, sous peine de mort de prendre ou fourrager aucune chose au bourg de Corbeny dit St-Marcoul.
Louis XIV, Louis XV interrompirent ce pieux pèlerinage soit à cause des ménagements que commandait la faiblesse de leur âge, soit à cause de la mauvaise saison où eut lieu le sacre de l’un et de l’autre.
Les mêmes motifs n’existaient pas pour Louis XVI ; on ignore pourquoi ce religieux monarque ne se conforma pas à un usage si cher à ses prédécesseurs.
Quoi qu’il en soit, ces trois princes donnèrent à l’église de St-Marcoul des preuves de leur munificence. Louis XVI y envoya de riches ornements, et par ses ordres la châsse fut redorée.[/accordion-item][accordion-item title= »VIII. TRANSLATION DE LA CHASSE DE SAINT MARCOUL A REIMS. »]
Louis XIV, Louis XV et Louis XVI n’étant pas venus à Corbeny, les précieuses reliques furent transportées à Reims. Un bon vieillard, qui assista comme enfant de chœur à la dernière translation qui se fit lors du sacre de l’infortuné Louis XVI, nous indique l’ordre qui fut suivi ; c’était vraiment une marche triomphale.
On passait par Pontavert, Cormicy, Merphy, Caurroy, St-Thierry. Toutes les populations se pressaient au-devant de la châsse ; le clergé de chacune de ces paroisses venait la prendre aux limites de son territoire, et ne la quittait pas qu’il ne l’eût remise entre les mains de la paroisse voisine. Les religieux de St-Thierry l’accompagnaient jusqu’à la moitié du chemin de Reims, où elle était attendue par ceux de St-Remy et de St-Nicaise ; elle entrait ainsi dans la ville escortée d’un nombreux clergé ; des reposoirs lui étaient préparés dans les rues de distance en distance. On conduisait le saint corps dans la métropole, avant de le porter à St-Remy (C’était une faveur que le chapitre de Reims avait obtenue de l’Abbé dès l’an 1098, lors de la translation que firent les religieux de Corbeny pour se procurer les moyens de réparer les désastres causés par Thomas de Marle.). Là, on chantait le cantique d’actions de grâce, et des hymnes en l’honneur de saint Marcoul ; puis le Chapitre se mêlait au nombreux cortège des religieux ; et suivies d’un peuple immense, les saintes reliques étaient portées à St-Remy ; elles y restaient pendant la neuvaine que commençait le roi et que continuait un de ses aumôniers. On observait le même ordre pour le retour.
En 1825, Charles X, se soumettant aux pratiques religieuses de ses ancêtres, vint se faire sacrer à Reims. Les habitants de Corbeny réclamèrent alors une faveur à laquelle une tradition de générations et de siècles leur donnait bien quelques droits ; nous avons leur requête sous les yeux. Par les soins de M. de Floriac, préfet de l’Aisne, elle fut transmise au ministre de l’intérieur. Pour des causes qu’il serait bien triste de chercher à approfondir, cette requête ne fut pas même présentée au roi.
Disons toutefois que le Prince, pendant son séjour à Reims, visita l’hôpital de St-Marcoul, ce précieux établissement, qui doit son origine à une pauvre ouvrière, Marguerite Rousselet. Là, sont reçus les enfants indigents affligés des écrouelles ; là, ils trouvent de tendres mères dans de pieuses et estimables hospitalières, anges de charité, qui se dévouent au soulagement d’une infirmité la plus répugnante à la nature.[/accordion-item]

Nouvelle chasse de saint Marcoul

Nouvelle chasse de saint Marcoul

[accordion-item title= »IX. GUÉRISONS ATTRIBUÉES A L’INTERCESSION DE SAINT MARCOUL. »]
Nous ne nous arrêterons pas à démontrer combien est raisonnable, salutaire le culte rendu aux restes mortels des serviteurs de Dieu. Nous adressons cette petite notice aux véritables chrétiens, aux enfants de l’Église. Or, dans tous les siècles, l’Église a autorisé, et par ses exemples, et par ses recommandations, le culte des saintes reliques ; et, ce qui n’est pas moins incontestable, dans tous les siècles aussi le Ciel a encouragé par des prodiges les hommages dont les reliques ont été l’objet. Ces deux vérités, le concile de Trente les a constatées, quand il a dit : «Les fidèles doivent vénérer les corps des martyrs et des autres saints qui vivent avec Jésus-Christ ; ces corps ayant été autrefois les membres vivants de Jésus-Christ et le temple de l’Esprit-saint, et devant être un jour ressuscités pour la vie éternelle et revêtus de la gloire ; Dieu accordant par eux un grand nombre de bienfaits aux hommes.
Ceux qui soutiennent qu’on ne doit ni vénération, ni honneur aux reliques des saints, ou que ces reliques ou les autres monuments sacrés sont inutilement honorés par les fidèles et que c’est en vain que l’on fréquente les lieux consacrés à leur mémoire pour en obtenir du secours, doivent être absolument condamnés, comme l’Église les a déjà autrefois condamnés, et comme elle les condamne encore maintenant (Sess. XXV.).»
Dieu a donc récompensé aussi par des grâces très signalées et le culte que les peuples rendaient aux restes mortels de saint Marcoul et la confiance qu’ils avaient en son intercession. Ici nous en appellerons à un témoignage plein de gravité, celui de D. Oudard Bourgeois, prieur de Corbeny :
«Je tiens pour vérité infaillible, dit-il, que les miracles qui arrivent tous les jours à Corbeny sont des preuves assurées de la résidence qu’y fait le glorieux saint Marcoul. Il est hors d’apparence que le Ciel voulût entretenir notre erreur par ces prodiges éclatants que la France admire depuis tant de siècles. Le diable a bien pour un temps abusé de la crédulité des peuples, mais enfin Dieu a découvert ses fourbes et ramené leur zèle à de véritables objets de piété, et partant, puisque nous voyons une continuation de miracles depuis six ou sept cents ans à Corbeny, il faut conclure que nous n’avons pu nous tromper si longtemps.
Sans doute je lasserais mon lecteur de l’entretenir de tout ce qui se peut écrire sur ce sujet ; j’aime mieux lui choisir quelques-uns des miracles qui sont arrivés en ce dernier siècle que de lui produire avec ennui tout ce qu’on a vu dans ceux de nos ancêtres. Je laisse que les assistances que Charles-le-Simple et Frédéronne tirèrent de l’intercession de notre saint leur fut motif des libéralités qu’ils lui firent ; je ne parle point du concours de toute la France qui vient fondre en l’église de ce puissant protecteur de ses rois ; je ne dis pas que tous ceux qui sont affligés des écrouelles accourent à Corbeny pour y éprouver sa puissance. Je passe sous silence toutes les guérisons dont je pourrais produire les preuves de plus de six cents ans ; ce serait chose superflue de vouloir transcrire les prodiges qui arrivèrent pendant le célèbre transport de ce glorieux corps à Reims, Châlons, Soissons et Péronne ; il suffit de dire que saint Marcoul faisait presqu’autant de miracles de pas, et qu’il ne marquait son passage dans les villes et les bourgades que par les guérisons et la santé qu’il y portait…
Venons aux merveilles dont nous avons les actes authentiques et dont la vérité nous peut être connue par le témoignage de ceux mêmes qui en ont senti les favorables effets. D’un nombre presque infini, je n’en choisis que trois ou quatre. Le premier sera d’un jeune garçon nommé Jean Théronde, natif de Vernon-sur-Seine, au diocèse d’Evreux, âgé de dix ans, lequel s’étant aidé inutilement des remèdes de la médecine, contre une enflure de gorge qui le tourmentait fut conduit, l’an 1610, à Corbeny où il fut guéri par la confiance que ses parents et lui eurent au pouvoir du saint qu’on y honore. Quinze ans après le même Théronde, chapelain de Notre-Dame de Paris, vint au tombeau de son bienfaiteur, afin de lui rendre grâce une seconde fois de cette signalée faveur. Il le fit signant l’acte qui avait été dressé de sa guérison.
La santé que Jean Paillard reçut au même lieu de Corbeny, l’an 1625, est une puissante raison pour y prouver la demeure de saint Marcoul. Maître Gilles Paillard, chirurgien, père de ce jeune garçon, ayant perdu tous ses remèdes, crut sur l’avis de quelques-uns de ses amis que l’intercession d’un saint serait plus avantageuse à son malade que toutes les compositions de la pharmacie.
Sa femme eut commission de conduire leur enfant à Corbeny vers saint Marcoul qu’on crut devoir être son médecin parce qu’on jugeait qu’il avait son mal. Au quatrième jour de sa neuvaine, le prieur s’aperçut qu’il avait ouvert un de ses yeux que l’abondance des mauvaises humeurs qui lui enflaient horriblement le cou, avait fermé. Ce commencement de miracle ranima la confiance et la dévotion de cette mère affligée, laquelle en peu de temps ramena son fils à Reims avec une guérison si parfaite qu’elle ne donna pas moins d’admiration que de joie à son mari. Tout le voisinage, qui avait vu l’enflure énorme et les autres incommodités de ce pauvre enfant, avoua qu’une maladie qui avait tenu bon contre tous les remèdes de l’art n’avait pu céder qu’à une puissance qui fût au-dessus de la nature…
Ce miracle ne peut avoir de plus indubitable témoin que celui qui en goûte les souhaitables fruits : à l’heure que j’écris ceci, il achève son cours de philosophie au collège des révérends pères jésuites, prêt, à la gloire de Dieu et de son puissant protecteur, à assurer cette merveille à tous ceux qui pourront avoir la curiosité de s’en éclaircir.
Cinq ans après, Elisabeth Marquet trouva la même faveur au prieuré de St-Marcoul, où Marie Médard, sa mère, espéra que sa fille pourrait laisser ses écrouelles. Sa confiance ne fut pas vaine, puisque pour neuf jours de prières sa fille a obtenu beaucoup d’années de bonne et pleine santé.
Notre glorieux abbé n’est pas seulement le saint de ses voisins ; il étend ses faveurs jusqu’aux extrémités de la France. Jean Maréchal, paroissien de Hadol, diocèse de Toul, voyant son fils extrêmement chargé d’écrouelles, voua un pèlerinage à Corbeny dont il s’acquitta en la personne de Jean Adelphe, habitant du même lieu. Bien que cette dévotion fut exécutée par procureur, elle ne laissa pas de réussir heureusement et d’avoir son effet en son fils. Ce miracle arriva l’an mil-six-cent-vingt-neuf, et quatre ans après, Jean Maréchal vint à Corbeny pour y remercier saint Marcoul et lui offrir l’attestation de la guérison de son fils…
Je ne veux pas ennuyer mou lecteur des exemples que je pourrais produire. Le grand nombre de pèlerins qui abordent à Corbeny, même des royaumes étrangers, font une évidente preuve que saint Marcoul opère dans le ciel par ses prières ce que nos augustes monarques font en terre par leur seul attouchement. Que ceux qui sont travaillés de la curiosité des miracles viennent à Corbeny qui est leur propre lieu, et je m’assure qu’ils n’en sortiront pas sans être entièrement persuadés sur ce point. Pour moi, je croirais seulement abuser du loisir de ceux qui verront ce petit ouvrage si je le voulais remplir de miracles. Je les supplie de croire que, comme le saint qui fait un miracle en peut opérer sans nombre, de même moi, n’en produisant que cinq ou six, je pourrais en produire une infinité, s’il fallait plutôt les compter que les peser (Vérités des reliques de saint Marcoul, p. 41, 3e preuve.).[/accordion-item][accordion-item title= »X. DESTRUCTION DE L’ÉGLISE DE SAINT-MARCOUL. CONSERVATION DES SAINTES RELIQUES. »]
En 1622, l’abbaye de St-Remy ayant adopté la réforme de la congrégation de St-Maur, les anciens religieux demeurèrent jusqu’à leur mort dans le monastère de Corbeny. Ce fut en 1660 qu’y entrèrent les réformés ; aussitôt, ils rasèrent tous les édifices, excepté l’église qui avait été presque complètement reconstruite peu d’années auparavant, dépensèrent une somme considérable pour bâtir une retraite propre à recevoir cinq ou six religieux. La beauté des jardins qui l’environnaient, sa situation, d’où l’on découvre les tours de la cathédrale de Reims, le pittoresque château de Roucy et plusieurs villages, la rivière d’Aisne, des plaines immenses au levant, des coteaux chargés de vignes au couchant, de riches prairies, tout enfin contribuait à rendre ce séjour agréable ; aussi était-il ordinairement occupé par ceux des religieux de St-Remy à qui l’âge ou de précoces infirmités ne permettaient pas de s’assujettir à la règle commune. «Un de ces religieux, dit Marlot, (tome 1, p. 531), a le titre de gardien de reliques de saint Marcoul ; c’est lui qui reçoit les offrandes des nombreux pèlerins qui viennent de toutes les parties du monde solliciter la guérison des écrouelles par les mérites du bienheureux abbé.»
Mais hélas ! l’impiété, qui en 93 porta le ravage et la désolation dans nos édifices religieux, ne devait épargner ni l’église, ni le couvent de saint Marcoul. Les biens que possédait le monastère eurent le sort de toutes les propriétés ecclésiastiques, ils furent vendus au profit de l’État ; on sait ce qui en revint à l’État. Bientôt dans ce temple visité par tant de rois, embelli par leur munificence, objet de la vénération des peuples, régna un triste et lugubre dépouillement ; devenu une propriété particulière, il fut converti aux usages les plus profanes ; et, en 1819, il tomba sous le marteau de la destruction, abandonné pour une somme bien minime. Nous ne voulons pas que l’on nous accuse de faire peser des paroles de blâme sur qui que ce soit ; qu’il nous soit permis cependant de déplorer, au nom de la religion, au nom des arts, la perte d’un monument que l’on nous dit avoir été si remarquable par la régularité et l’élégance de son architecture.
Honneur toutefois à la piété des habitants ! Le saint dépôt, qui reposa pendant tant de siècles dans cette basilique aujourd’hui si regrettée de tous, ne leur fut pas ravi. Déjà, en 1790, la châsse de saint Marcoul avait été transférée du couvent en l’église paroissiale. Nous avons sous les yeux le rapport adressé au district de Laon, le 13 décembre 1790, par celui qui fut chargé de cette mission : «… Il s’agissait, est-il dit, en supprimant la maison ou plutôt l’hospice des Bénédictins de Corbeny, de conserver à des reliques qui attirent un concours immense de peuple, et auxquelles nos rois ont la coutume religieuse de rendre hommage après leur sacre, la vénération qui leur est due… Je me suis rendu au bourg de Corbeny le 9 novembre dernier : les Bénédictins, auxquels je me suis adressé, d’abord, ont concouru à l’exécution de la loi… J’ai fait part ensuite de ma mission à la municipalité… Elle s’est prêtée à la translation des reliques de saint Marcoul en l’église paroissiale… Des gardes-nationales étaient rassemblées avec un concours prodigieux de peuple des environs pour assister à l’exécution de cet arrêté de l’administration, qui était un acte de religion. Un piquet s’est d’abord transporté en l’église des religieux et a pris le dépôt sacré sous sa garde. Le clergé de la paroisse s’est ensuite présenté avec la municipalité et le corps des gardes nationales. Les officiers municipaux, les curé et marguilliers ont rédigé l’acte de réception du dépôt que j’allais leur remettre : je l’ai reçu de leur main, et je les ai mis en possession des reliques. Tout le royaume connaît le vénérable dépôt qui vous est confié, leur ai-je dit, nos rois se font un devoir d’ajouter à l’édification publique en venant lui rendre leur hommage. C’est dans vos mains que nous remettons ces saintes reliques. Elles continueront d’être l’objet de votre vénération, l’aliment de votre foi, de celle d’un peuple nombreux qui a coutume de venir leur payer le tribut de sa piété… Alors le maire m’a observé qu’il était d’usage, lors du transport de la châsse, que des officiers municipaux s’en chargeassent : il m’a invité à remplir avec lui cette fonction religieuse… Je me suis fait un devoir d’accepter cette proposition honorable ; nous avons porté la châsse à l’église, au milieu de trois mille fidèles dont la piété donnait le spectacle le plus imposant, au milieu des cantiques de la religion et de la satisfaction universelle…»
Peu de temps après, en 1793, la châsse, présent de Louis XI, et que ses successeurs avaient, comme à l’envi, surchargée d’or et de pierres précieuses ayant été enlevée et portée au district de Laon, les restes vénérés qu’elle renfermait purent trouver grâce devant les exécuteurs d’ordres impies ; ils furent enfouis sous le portail de l’église paroissiale.
A peine y restèrent-ils quelques heures : un homme d’une foi vraiment antique, et dont le nom doit être transmis à la reconnaissance de la postérité, Pierre Dubois, les retira avec deux de ses amis qui partageaient ses regrets ; et, pour couvrir son pieux larcin, mit à la place quelques sarments. Pendant les années que ces reliques demeurèrent chez lui, souvent elles furent visitées par des personnes sur la discrétion desquelles il pouvait compter, entr’autres par M. Vasselier Dazy, mort curé de Corbeny en 1809. Plusieurs de ces pieux fidèles vivent encore, et c’est d’eux que nous tenons ces renseignements. A la restauration du culte, les reliques furent reconnues par M. Leblanc de Beaulieu, évêque de Soissons, et placées dans la modeste église paroissiale. Nous croyons devoir donner ici la nomenclature des ossements renfermés dans la châsse : deux vertèbres du cou, six vertèbres du dos, le sacrum, les deux omoplates, les deux os iliaques, les deux fémurs, les deux tibias, les deux péronés, une portion de côte. Quelque riche qu’il soit, le reliquaire est donc loin d’être complet ; l’histoire nous en fournit les causes.
Plusieurs années après la mort de saint Marcoul, saint Ouen, archevêque de Rouen, étant venu, en sa qualité de métropolitain, visiter le diocèse de Coutances, fut invité par les moines de Nanteuil à présider à une translation des ossements de leur fondateur ; l’archevêque en emporta une certaine partie.
Lors de leur passage dans la ville de Nantes, les religieux, pour reconnaître la généreuse hospitalité des habitants, leur laissèrent quelques portions de ce saint corps.
Nous lisons qu’aux diverses translations, on détachait certaines parcelles, soit pour les mettre en des reliquaires séparés, soit pour les plonger dans l’eau dont usaient les malades.
En 1643, Louis XIII ayant demandé des reliques de saint Marcoul, Louis de Lorraine, archevêque de Reims, accompagné de Simon-le-Gras, évêque de Soissons, se transporta à Corbeny et envoya à ce prince l’épine dorsale et plusieurs côtes ; Simon-le-Gras prit aussi une vertèbre dont il fit présent à la confrérie de St-Marcoul établie dans l’église de Soissons.
Enfin l’église du village de St-Marcoul (Manche), autrefois Nanteuil, est dépositaire d’une partie des reliques du saint abbé qui, selon la tradition, ont été transmises par un évêque de Laon.
Quant au chef, nous avons sous les yeux un procès-verbal qui atteste qu’à la fin du seizième siècle, il fut soustrait une première fois par deux voleurs. Arrêtés à St-Quentin ces sacrilèges furent exécutés à Corbeny. Peu de temps après, il disparut de nouveau, sans qu’on ait pu découvrir ce qu’il était devenu. Les voleurs s’étaient introduits dans l’église en soulevant les degrés de la porte. Le reliquaire, dans lequel il était enfermé, étant d’argent et enrichi de pierres précieuses, on comprend qu’il ait tenté la cupidité de ces profanateurs.
Le 26 mai 1835, Mgr de Simony, évêque de Soissons et Laon, transféra les reliques dans une nouvelle châsse et les fit placer au-dessus du maître-autel. C’est là qu’elles continuent d’être exposées à la vénération des fidèles ; là que, malgré le dépérissement de la foi, elles sont visitées par de nombreux pèlerins. Combien les vrais chrétiens sont émus et édifiés à la vue de ces malades qui, tout hideux de leur infirmité, viennent de pays très éloignés implorer l’intercession du saint abbé, auquel se sont adressés aussi tant de puissants monarques.
Pieux affligés, votre confiance ne sera pas vaine : plus d’une fois, il nous a été donné de constater avec action de grâces les guérisons les plus extraordinaires ! Et pourquoi Dieu, qui se plaît à être honoré dans ses saints, ne continuerait-il pas d’opérer en faveur de ses serviteurs les mêmes prodiges de miséricorde ? L’incrédulité, qui dessèche tant de cœurs, aurait-elle tari la source de ses bontés pour ceux qui ont conservé dans toute leur vivacité cette belle foi qui faisait le bonheur de nos ancêtres ? Vous ne le penserez pas, pieux pèlerins ; mais en venant demander à Dieu, par l’intercession de saint Marcoul, la guérison des infirmités du corps, vous vous souviendrez que vous avez une âme dont le salut éternel réclame vos premiers soins ; vous méditerez cette parole du grand Apôtre, que toujours saint Marcoul adressait à ceux qui venaient à lui : «Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts pour la gloire de son Père, nous aussi nous marchions dans une voie nouvelle.(Rom., 6, IV).»[/accordion-item][/accordion]

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CORBENY (Aisne). – Prieuré de Saint-Marcoul. Restes du Cloître

À lireLe toucher des Écrouelles. L’Hôpital Saint-Marcoul. Le Mal du Roi par Louis Landouzy et Sacre et couronnement des rois et des empereurs en France par  Auguste Philibert Chaalons d’Argé