Depuis plusieurs mois je souhaitais mettre en ligne un des textes de la collection des Différentes descriptions des arts et métiers concernant la bourrellerie. Le document s’avérant indissociable de la sellerie j’ai donc choisi de reprendre l’intégralité de ces deux thèmes dans un seul et même article afin de ne pas dénaturer le travail de François Alexandre Pierre de Garsault.

ART DU BOURRELIER ET SELLIER.

AVANT-PROPOS.

AVANT de détailler cet art & les suivans, il parait indispensable de faire mention des objets pour lesquels ils se sont formés.
L’homme au commencement, contraint de labourer la terre pour en tirer son principal aliment, s’étant trouvé d’ailleurs avoir plus de desirs que de moyens de les exécuter, a heureusement découvert celui d’apprivoiser certains animaux beaucoup plus forts que lui, & de les associer à ses travaux : tels sont l’éléphant, le chameau, le cheval, le bœuf, le buffle, l’âne, la renne. Parmi ces quadrupedes domestiques, répandus dans les diverses parties de la terre, les uns se sont trouvés propres à porter des fardeaux, d’autres à tirer la charrue & les voitures chargées, & enfin plusieurs également capables de porter & de tirer.
L’éléphant, habitant de l’Asie, le plus grand des animaux à quatre pieds, porte des charges très-pesantes ; le chameau de l’Afrique, & dans l’Asie le dromadaire, autre espece de chameau, sont moins grands & proportionnellement moins forts ; le cheval, animal courageux & de grande ressource, qui se trouve presque par-tout, excepté au fond du nord, est capable non-seulement de porter hommes & fardeaux, comme les précédens, mais encore de les tirer, pourvu qu’ils soient proportionnés à sa force, qui, à la vérité, est bien inférieure aux deux premiers, mais bien plus liante.
Le bœuf, & en quelques contrées de l’Europe le buffle, autre espece de bœuf, animaux très-lents, dont la force est principalement dans le col, ne sont propres qu’au tirage. L’âne est très-fort pour sa petite taille ; il porte & tire : on a tenté de réunir par la génération sa vigueur avec celle du cheval, & on y a réussi ; de sorte que de l’accouplement de la jument avec l’âne, ou de l’ânesse avec le cheval, il provient un mulet, animal domestique plus grand & plus fort que l’âne, mais incapable d’engendrer. Le jumart, autre animal métis, provenant du taureau & de l’ânesse, ne fait que porter ; mais quoique petit, il est très-fort : il ne peut, comme le mulet, se perpétuer. Quant à la renne de Laponie, c’est une espece de cerf, habitant le fond du nord : il ne saurait tirer que des légers fardeaux, & ne porte point.
Pour se servir de tous ces animaux suivant leurs facultés, il a fallu, à l’égard de ceux qui portent, attacher solidement les charges sur leur dos, en observant en même tems l’équilibre nécessaire au soulagement de l’animal, & pour les bêtes de tirage, lier celles qui y sont propres, soit aux instrumens d’agriculture, soit aux voitures dans lesquelles se transportent toutes especes de denrées & de marchandises. Ce détail est du ressort du bourrelier-bâtier, & compose la partie de son art la plus étendue.
L’homme a voulu profiter pour lui-même, des avantages que lui offrent ces animaux, & a imaginé, pour se faire porter sur le dos principalement du cheval, une espece de siege au moyen duquel étant commodément assis, il le conduit où il veut sans se fatiguer ; de plus, afin de se servir aussi utilement des animaux qui tirent, il a construit des voitures à son usage particulier, accompagnées de toutes sortes de commodités. C’est dans ces deux points que consiste l’art du sellier : mais une voiture ne saurait servir, si elle n’est arrêtée & suspendue dans la place qu’elle doit occuper, & si les animaux destinés à la tirer ne sont revêtus des liens qui doivent les y attacher ; ce qui a donné lieu à plusieurs bourreliers de se livrer uniquement à cette derniere entreprise.
L’unique voiture des Français des deux sexes, jusqu’au regne de Charles VI, était le dos du cheval ou du mulet ; les rois, reines, princes, sujets, en un mot, tous n’en connaissaient point d’autre. Sous Charles VI parurent les litieres portées par deux chevaux : elles étaient découvertes & ne servaient qu’aux dames de la cour. Sur la fin du regne de François premier, les coches ou chars parurent ; l’usage en venait d’Italie : il n’y en eut alors que deux en France, l’un pour la reine, l’autre pour Diane, fille naturelle de Henri II ; & en 1588, sous Henri III, il n’y en avait qu’un dans Paris, qui était celui du premier président. Ils se multiplierent ensuite, mais en petite quantité, jusques vers la fin de la ligue, sous Henri IV, tems auquel les ayant changés de forme en quelques points, ils changerent aussi de nom, & furent appellés carrosses.(Il y a toute apparence que le terme de carrosse est dérivé du latin currus ou carius, qui signifient un char, & qu’il en est l’augmentatif, c’est-à-dire un gand char.) Les premiers étaient suspendus avec des cordes ou des courroies ; on y montait avec une échelle de fer. Le reste de leur description manque ; mais il est certain qu’ils étaient bien différens de ceux d’à présent.
Les bourreliers ont été érigés en corps de maîtrise, sous le regne de Charles VI, en 1403. Ce roi leur donna des statuts qui furent renouvellés en 1578 sous Henri III ; puis sous Louis XIV, en 1665 ; & sous Louis XV, en 1734. Leurs titres sont bourreliers bâtiers-hongrieurs. (Ils s’appellent hongrieurs, parce qu’ils ont le droit d’apprêter pour leur usage le cuir de Hongrie.)
Ils feront dossieres, avaloires, brides, têtieres, chaînes, mancelles, anneaux de cuir, traits, reculemens, &c. rênes & longes de cuir de Hongrie, chaînettes, courroies, fausses soupentes de marche-pied, fourreaux de soupente, couvertures de cuir, de toile, &c. sellettes de limonier, tout le harnois de tirage, bâts, panneaux, seaux de cuir pour les incendies, enjolivures de toute étoffe, licols, filets, cavessons, coutres de charrue, langes.
Les selliers ont leurs statuts sous Henri III, en 1577, confirmés en 1595 sous Henri IV, & en 1678 sous Louis XIV ; mais comme la plupart des ouvrages nommés dans leurs anciens statuts ne subsistent plus, ils ont été autorisés à changer leurs listes, en exprimant à la place des pieces anciennes, les modernes qui leur sont dévolues : leurs titres sont sellierslormiers, (Lormier est un vieux mot qui signifie ouvrier en petits ouvrages de fer, comme clous, anneaux, &c. Il parait par ce titre, que les selliers peuvent les forger pour leur usage.) carrossiers.
Ils feront selles de toute espece pour chevaux, haquenées, mulets, &c. cavessines, cavessons, bridons, filets, mastigadours, lunettes, mors, étriers, banderolles de timbales & leurs couvertures, banderolles de guidons, étendards, porte-mousquets, carabines, harnois de selle couverts : ils feront litieres, leurs selles & harnois à bras & bricoles ; coches, chars, chariots, carrosses, caleches garnies, bas de siege de cocher, troussequins, étuis, chars triomphans, chariots de pompe funebre, la grande couverture pendante, garniture de cercueil, caparaçons, crinieres : ils couvriront tous harnois, soupentes, chaînettes, courroies, coussinets de trousse, malles, porte-manteaux, coussinets de poste & leurs valisons, poches de cheval, coussinets, couvertures pour les chevaux, caparaçons, bâts français & leurs courroies, fourreaux de pistolets, chaperons, bourses, faux fourreaux & garniture d’iceux, housses, garnitures de chaises, placets, fourreaux d’arquebuse & leurs bourses, fourreaux de rondaches, casques, heaumes, épieux d’arbalètre & enjolivures.
Dans la description de ces arts, ainsi que de tous ceux où les ouvriers peuvent faire tant de choses, si l’on entreprenait de détailler & d’expliquer jusqu’à la derniere, le lecteur, au lieu d’acquérir de nouvelles connaissances, le trouverait très-souvent fatigué par la répétition des mêmes manœuvres : c’est donc de ces manœuvres qu’il est question de l’instruire, & non de les lui répéter. Ainsi on s’est attaché à décrire les pieces les plus composées de celles que chaque art exécute actuellement, & qui mettent l’ouvrier en état, en suivant les mêmes principes, non seulement de réussir sur toutes les autres pieces dont il est fait mention dans les statuts, mais encore à l’égard de ce qui pourrait se présenter de nouveau à chacun dans son art.
On divisera l’art du bourrelier en deux sections : la premiere, qui commencera au second chapitre, contiendra le bourrelier-bâtier : la seconde, le bourrelier-carrossier, qui sera suivi de l’art du sellier, précédé de l’arçonnier ; sur quoi il faut savoir que la manufacture des arçons est absolument de l’art des selliers, & qu’ainsi s’il y a des arçonniers, c’est que les selliers laissent faire leurs arçons de selles à des ouvriers qui travaillent le bois : ce qu’ils leur ont permis d’autant plus volontiers, que ce travail est étranger au reste de leur art, qui s’approche beaucoup plus de celui du tapissier.
On a obligation de la connaissance de ces arts à plusieurs habiles ouvriers & maîtres. On a été instruit pour le bourrelier-bâtier, chez M. Enfroy, rue des fossés S. Bernard, par lui-même, & par M. Agron, son ancien & premier garçon ; par M. Regnier, maître bourrelier-carrossier, rue S. Thomas, près la place S. Michel, pour tout ce qui regarde son art. L’art du sellier a été dicté par M. Begly, demeurant rue du Sépulcre ; & pour l’arçonnier, on s’est adressé, sur sa réputation, à M. Coulier, rue de Versailles, près la rue S. Victor.

L’ART DU BOURRELIER.

Chapitre premier

Bourrelier - Pl.I.

PREMIERE SECTION.

DU BOURRELIER-BÂTIER

CHAPITRE II.

Bourrelier. Pl. VI.

CHAPITRE III.

Bourrelier. Pl. IX.

ARTICLE PREMIER

Bourrelier. Pl. IV.

ARTICLE II.

Bourrelier. Pl. II.Bourrelier. Pl. III.

ARTICLE III.

ARTICLE IV.

ARTICLE V.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

Bourrelier. Pl. V.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

SECONDE SECTION.

DU BOURRELIER-CARROSSIER

212. CETTE branche de la communauté des bourreliers s’adonne uniquement à la construction du harnois des chevaux de carrosse, berlines, chaises & autres voitures de transport pour les hommes ; à monter ces voitures sur leur train, & à ajouter à tous ces ouvrages les ornemens qui les accompagnent : leur travail est moins varié, moins rude & plus délicat que celui des précédens. Leurs outils sont expliqués dans le chapitre premier, ainsi que les matériaux dont ils se servent : on les retrouvera ici, à mesure qu’on avancera dans le détail de leur travail.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII.

ARTICLE PREMIER

ARTICLE II.

ARTICLE III.

Bourrelier. Pl. VII.

ARTICLE IV.

CHAPITRE XIV.

Bourrelier. Pl. VIII.

CHAPITRE XV.

Bourrelier. Pl. XIV.

CHAPITRE XVI.

L’ART DU SELLIER.

INTRODUCTION

L’ART du sellier comprend en premier lieu la construction des selles qui servent de siege au cavalier, la bride pour conduire son cheval, le licol , &c. secondement l’art de tapisser & garnir les voitures dans lesquelles on s’assied à l’abri du tems, pour voyager ou pour passer d’un lieu à un autre, à l’aide de chevaux ou autres bêtes de tirage qu’on y attele.
Cet art, tel qu’il est à présent pour la façon des selles, est très-différent de ce qu’il pouvait être anciennement : il y a même grande apparence qu’il n’a été amené au point de perfection où il est actuellement, que par degrés, comme beaucoup d’autres arts, & qu’une des premieres qui ait pu mériter le nom de selle, parut dans le tems de la monarchie, où les guerriers étaient tout couverts de fer, mais que l’inconvénient dangereux d’être enchâssé dedans, de maniere à ne pouvoir s’en débarrasser en cas de chûte du cheval, a fait reléguer dans les académies, dont la destination est de dresser les hommes & les chevaux aux évolutions militaires. Les maneges dans lesquels ils travaillent, sont un terrein préparé, très-doux & de peu d’étendue, où il est bien rare que le cheval s’abatte. Nous désignons cette selle qui se nommait selle à corps, par le nom de selle à piquer, après quelques changemens qui y ont été faits, comme on le verra chapitre V. La selle à la royale & plusieurs autres ont pris sa place pour la campagne.
Le sellier a seul le droit de faire & finir toute espece de selle, à commencer par les arçons qui en sont la base ; mais il ne lui est pas permis de faire la sellette des chevaux de chaise : c’est au bourrelier à la construire, comme appartenant au harnois dont il est chargé. Il est rare que les selliers & les bourreliers sachent ou veuillent faire des arçons : cette pratique s’éloigne trop du reste de leur travail ; de sorte qu’ils se trouvent en quelque façon obligés d’autoriser des ouvriers sans maîtrise, à charpenter les arçons de leurs selles ; en conséquence, les uns suivent les ventes des forêts, où ils achetent le bois de hêtre qu’ils travaillent en arçons sur le lieu, pour être vendus aux selliers ; d’autres s’établissent dans les villes. On commencera donc par l’arçonnier en particulier ; après quoi un détaillera le travail du sellier pour les selles, brides, & autres ustensiles qui servent au cheval de selle.
Lorsque les litieres, les chars & chariots, les coches, les carrosses, parurent successivement en France, les carrosses ayant pris le dessus, on ajouta aux selliers le nom de carrossier, qu’ils conservent toujours, quoique les carrosses soient presqu’anéantis. Cette partie qui regarde la garniture des voitures actuelles & quelques autres pieces de leur district, termineront l’art du sellier.

CHAPITRE PREMIER.

Bourrelier. Pl. X.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

Bourrelier. Pl. XI.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

Bourrelier. Pl. XV.

CHAPITRE XII.

Bourrelier. Pl. XII.

CHAPITRE XIII.

Bourrelier. Pl. XIII.

CHAPITRE XIV ET DERNIER.