Cette carte est complétée par la transcription de la monographie de la commune et paroisse d’Aizelles écrite à la fin du XIXe siècle par l’instituteur du village Désiré Alphonse Leroy.

Lieu-dit (Orthographe du cadastre pour les lieux non référencés par Google map)
Terrain, passage (Position approximative)

Monographie de la commune d’Aizelles.
(214 habitants). Canton de Craonne

Géographie physique.

1° Situation astronomique de la commune – Son étendue superficielle – Son territoire, ses différentes divisions : hameaux, fermes, écarts, dépendances, lieux-dits.

Aizelles (Canton de Craonne) est situé à 1° 28′ 30″ long. E., et à 49° 29′ 03″ lat., dans un étroit vallon à 70 m. d’altitude. Sa superficie territoriale est de 488 hectares divisée en :

  • Vignes, environ 5 hectares
  • Bois, environ 129 hectares
  • Prairies naturelles 26 hectares

Le reste en terres labourables.
Son terroir est très-fertile : il produit du froment, du seigle, etc. tout ce qui est propre à cette latitude. Une grande partie des terres, formée d’un limon rouge, convient à la culture du froment, de la betterave et de l’avoine ; une autre partie, terre d’alluvion noire et sablonneuse, convient mieux au seigle, aux pommes de terre et aux légumes en général, qui y acquièrent d’excellentes qualités ; enfin la partie montagneuse, formée de terre calcaire, est favorable à la culture de la vigne, des arbres fruitiers, des haricots, des asperges, etc. Les prairies naturelles, moins bonnes aujourd’hui qu’autrefois, alors qu’elles étaient engraissées par les déjections des animaux qui y allaient paître, occupent trois fonds de vallées au Nord d’Aizelles sur son ruisseau ; au N.E. sur le ruisseau de S.t Thomas ; et au Sud, deux vallées avec deux ruisseaux qui ne tardent pas à se perdre dans les terres. Les vignes occupent les flancs des montagnes situées au Levant et au Midi, et les bois couvrent généralement les flancs exposés au Nord. Ils se divisent en trois parties principales : Bois de S.t Thomas, Bois de Berrieux, Bois des 2 monts.
La population du village est presque entièrement agglomérée ; les seuls écarts sont : 1° Une ferme et un moulin à eau à l’Est nommés Le Moulin le Gros, et 2° au nord, sur la montagne Régina une petite maison de culture, autrefois habitation d’un meunier dont le moulin à tour en pierres était situé sur le terroir de la commune d’Aubigny.
Les principaux lieux dits sont : Les Roizelets, les Percheries, les Sencourts, les Rougères, les Grandes-Vignes, les Coquelets, les Gloriettes, les Chênes, les Glizières, les Martaines, les Guillots, les Vaines Cerises, la Montagne, les Marais gelés, les Vignes Mathieu, les Vignes Gérard, les Plantes, les Berceaux, les Tannières, les Fées, les Pleurepains, la butte Simon, la Butte Bobart, le pré Loriot, le pré La Reinette, les Gadrelles, les Chantrées, les Chapelles, les Couturelles, les jardins Cochons, les Rabus, le Château Gaillard, le chemin des Pèlerins (Ainsi nommé du chemin qui conduit à Liesse), le Fond de Fayaux, les Craies, les Avignards, le bois des Pauvres, les Bransons, les Grandes-Tailles, les Deux-Monts, le Haut-Chemin, (près de l’ancienne voie romaine de Reims à Laon), le Moulin à Vent, le Prieuré, la Vicomté (ancienne ferme servant aujourd’hui de presbytère), la Grand’Pièce, le Bois le Saint, le bois Toulis, le bois la Hutte, les Burelles, la Maladrie ou Maladrerie, le Mont de la Croix.

2° Indiquer les noms successifs qu’aurait portés la commune.
IXe siècle Aisella polypt. de S.t Rémy de Reims
1098 Asella (altare de Villa que dicitus)
1195 Aisella Charte de l’abbaye de S.t Vincent
1244 Aisele Cart. de l’abbaye de Vauclère
1(3)53 Aiselle Cart. de l’abbaye de Foigny folio 167
1327 Aisselle Arch. nat., traité de Chartres, reg. 64 n° 529
1329 Aisella (territorium de)
1397 Aiselles (Villa d’) Chap. de l’abbaye de S.t Vincent
1411 Ayselles Arch. nat. J 801 n° 4
1603 Aizelle Dénomb.t de la Châtellenie de Montaigu E. de Laon
1642 Ezelle Minute de Wilcq notaire
1674 Aizelles État civil, trib. de Laon
Aselle D’après une pierre tombale qui n’existe plus.
3° Relief du sol : monts ou collines (indiquer à quel système on les rattache) ; plateaux et plaines.

Le terroir d’Aizelles est formé de deux parties : Montagne et Plaine ondulée ; les altitudes extrêmes sont 172 m. et 70 m.
La partie montagneuse au Nord se détache en contrefort de la ligne des montagnes qui séparent les vallées de l’Ailette et de l’Ardon. Un mont isolé à l’Est séparé du système général par le ruisseau de S.t Thomas est partagé à peu près en deux parties égales par la limite séparative des communes d’Aizelles et de Berrieux.
Au Sud et à l’Ouest appartient la plaine onduleuse.

4° Météorologie

Situé dans un étroit vallon, presque en entonnoir, le village d’Aizelles est abrité du côté du Nord par la montagne ; aussi le froid y est-il moins vif que sur les autres parties du terroir ; cependant le voisinage des marais y amène des brouillards assez fréquents, et les jardins sont souvent gelés au printemps. Aussi le terrible hiver de 1879 y a-t-il détruit presque tous les arbres fruitiers. Les orages qui viennent de l’Ouest, arrêtés par les collines de l’Est et du Nord, y sont particulièrement redoutables : le tonnerre et la grêle y exercent trop souvent leurs ravages.

5° Géologie

Sous le rapport géologique, la montagne appartient  à l’époque tertiaire ; on y trouve un banc de calcaire grossier, quantité de liards de pierre et une espèce d’oursins très-petits dont le dos est orné d’une étoile pointillée à cinq rayons.
Le mont isolé de l’Est est un assemblage de terrains de toutes espèces : sable, cailloux roulés, oxyde de fer, argile recouvert de terre végétale et terres calcaires.
La fontaine qui alimente le village est ferrugineuse ; les craies qui pour la plus grande partie, ont servi à la construire, sont tachées d’oxyde de fer, et ont été tirées non loin de cette fontaine, au pied du Mont de la Croix.
La partie Ouest et S. Ouest du terroir est formée de limon rouge reposant sur la craie. Sur la partie S. Ouest, la craie apparaît mélangée à une assez faible épaisseur de terre végétale. On y rencontre communément les bélemnites appelés dans le pays doigts de la Vierge, l’Ananchitis ovatus et des pyrites de fer appelés boules de nuée. Le fond de la vallée est formé de terres d’alluvions.

6° Hydrographie

a. Fleuves, rivières, ruisseaux : leur situation dans la commune.

b. Lieux où ces cours d’eau prennent leur source.

c. Lieux où ils deviennent flottables.

d. Lieux où la navigation commence.

Un ruisseau qui prend sa source sur le terroir d’Aubigny, se grossit dans les marais, traverse la commune et le village dans sa plus grande longueur du N.O. au S.E., fait mouvoir le moulin d’Aizelles et le Moulin le Gros où il reçoit le ruisseau de S.t Thomas, lequel prend sa source au pied du camp de César. Sous le nom de ruisseau de Fayaux, il se jette dans la Niette, affluent de l’Aisne.
Il existe dans la commune beaucoup de fontaines, mais pas un seul puits.

7° Les marais : leur situation, leur superficie ; sont-ils en voie de dessèchement ?

Les prairies naturelles, quelque peu marécageuses, occupent, comme nous l’avons déjà dit, trois fonds de vallées au Nord d’Aizelles sur son ruisseau, au N.E. sur le ruisseau de S.t Thomas, et au Sud deux petites vallées avec ruisseaux très-faibles qui ne tardent pas à se perdre dans les terres. Ces prés occupent une superficie d’environ 26 hectares. La plus grande partie appartient à la commune et se trouve aujourd’hui en location. Elles produisent du fourrage de médiocre qualité.

8° Bois et forêts : leur superficie et leurs principales essences.

Les bois occupent une superficie de 129 hectares environ. Les principales essences qu’on y rencontre sont : Le chêne, le tremble, le hêtre, le bouleau, le cessier, le frêne, le châtaignier, le coudrier, l’orme, le platane, etc.

9° Faune communale.

La quantité relativement considérable de bois couvre le terroir, y attire malheureusement un certain nombre de sangliers qui ravagent les terres environnantes.
Il y a une trentaine d’années, il n’était pas rare d’entendre crier : « Au loup !», et un tout petit bois, appelé : Le bois Toulis, abritait une famille de loups qui fut entièrement détruite. Le terrain en partie sablonneux où sont plantés les bois, est favorable à la multiplication des lapins qui deviennent, eux aussi, quelquefois des voisins dévastateurs.
Pas mal de lièvres courent les champs ; quelques loutres, des belettes, des renards, des putois, des fouines signalent leur présence par les dégâts qu’ils font. Tous les oiseaux de la contrée : moineaux, hirondelles, martinets, hoche-queue, chardonnerets, pinsons, loriots, alouettes, perdrix, cailles, corbeaux, pies, geais, ramiers, étourneaux, éperviers, chats-huants, grives, merles, coucous, tourterelles, pics-verts, mésanges, rossignols, fauvettes, roitelets, rossignols de muraille peuplent le village, les champs et les bosquets.

10° Flore communale

La Flore est très-riche : la commune, nous l’avons déjà dit, renferme les espèces les plus diverses de terrains. Les marguerites, les renoncules, les primevères embellissent nos prairies ; la violette, le muguet, le thym, le serpolet, le lilas, les bruyères, embaument nos bois et os montagnes. On y remarque encore : la mauve, la fougère (dans les bois), les prêles (vulgairement appelées queues de chevaux), l’ivraie, la nielle, les fléoles, les vulpins, la flouve, les agrostis, le paturin, les fétuques, le roseau, la renoncule, le jonc, le colchique (dans les prés), l’arum (curé), le plantin, la petite et la grande ortie, le mouron, le liseron, la morelle, la mercuriale, la cuscute (rogne), la douce-amère, la jusquiame, le daturo, la bourrache, le myosotis, la vipérine, la digitale, la véronique, les orobanches, la linaire, le rhinante, la sauge, la menthe, le cresson, le lierre-terrestre, les lamiers blanc et pourpre, la campanule, la bryone, le sureau, le caille-lait, le chardon, la cardère, le salsifis des prés, la chicorée sauvage, le pissenlit, la pâquerette, la mille feuille, les grande et petite ciguë, le miroir de Vénus, la saponaire, l’orpin, la joubarbe, le géranium bec de grue, les ronces, la chélidoine, le réveille-matin, le coquelicot, le bluet, le millepertuis, le fumeterre, l’ajonc, le genêt (dans les bois), le trèfle blanc, etc.
Parmi les plantes cultivées : le froment, le seigle, l’orge, l’avoine, la luzerne, le trèfle ordinaire, le trèfle incarnat, le trèfle anglais, la minette, le sainfoin, la grosse dravière, la betterave, la carotte, une grande quantité de fleurs d’ornement.

11° Chiffre de la population : augmente-t-elle ou diminue-t-elle ? A quelle cause faut-il attribuer ses changements ?

La population de la commune, d’après le dernier recensement, est de 214 habitants ; elle diminue constamment. Ainsi elle était :

en 1760 de 97 feux
1800 de 343 habitants
1818 de 333 habitants
1826 de 319
1831 de 329
1836 de 319
1841 de 296
1846 de 294
1851 de 282
1856 de 277
1861 de 273
1866 de 250
1872 de 227
1877 de 226
1882 de 215

Cette diminution vient surtout de ce que les familles sont moins nombreuses ; car peu de personnes quittent le pays pour habiter la ville ; les quelques-unes qui se marient dans les pays voisins sont remplacées, à peu de choses près, par celles qui se marient dans la commune.

12° Nombre des mariages, naissances et décès dans les dernières années.

Le nombre des mariages, naissances et décès, pendant les dix dernières années a été,

Mariages Naissances Décès
en 1874 6 3 5
1875 3 7 7
1876 2 8 9
1877 2 1 4
1878 2 2 0
1879 1 4 2
1880 1 3 5
1881 1 3 6
1882 1 3 7
1883 1 2 7
13° Particularités sur la constitution physique des habitants, leur régime alimentaire, leur longévité, leur caractère, leurs mœurs, leurs jeux, leurs usages, leur langage, leur degré d’instruction.

Les travaux des champs, occupation de la majorité des habitants d’Aizelles, leur donne une constitution robuste ; les femmes travaillent aux champs, aux vignes surtout plus que les hommes. Les soins ordinaires du ménage ne sont pour elles qu’un délassement. Ces rudes travaux, loin de nuire à leur santé, leur assurent une longue vieillesse : jusqu’à leurs derniers jours, hommes et femme vont aux champs. Généralement ici les femmes vivent plus longtemps que les hommes.
Autrefois, le pain et les légumes étaient la base principale de la nourriture du vigneron ; on mangeait assez souvent de la viande de porc ; mais les autres viandes de boucherie n’étaient en usage que les jours de fêtes communales, aux baptêmes, aux mariages ; aujourd’hui l’usage de la viande est plus répandu. Le vin et le cidre sont la boisson ordinaire.
Comme dans tous les vignobles des environs, les habitants d’Aizelles sont fort gais, entendent la plaisanterie sans se fâcher, aiment à rendre service : qu’un incendie se déclare, on quitte tout pour aller l’éteindre ; qu’un animal tombe dans un fossé, qu’un voiture culbute, on y va, on y travaille, une heure, deux heures, une demi-journée avec le plus complet désintéressement.
Lorsque autrefois les assurances contre les incendies n’étaient pas aussi communes ou n’existaient pas, les victimes des sinistres étaient largement indemnisées par leurs compatriotes : l’un donnait des bois de charpente, l’autre faisait des charrois, celui-ci donnait de l’argent, cet autre donnait son temps. C’était l’âge d’or.
Aujourd’hui l’égoïsme perce un peu ; on ne joue plus comme autrefois, alors que le tamis, les fers, le jeu de paume, les quilles étaient le passe-temps du dimanche ; chacun reste chez soi ou travaille sans relâche ; quelques-uns vont faire une partie ou boire à l’auberge. Ces établissements, au nombre de deux, ne sont guère ouverts que le dimanche.
Cependant quelques usages ont persisté ; ainsi on fête encore Saint Eloi, patron des agriculteurs, des charrons, des maréchaux ; Saint Barbe, patronne des femmes, des pompiers ; Sainte Catherine, patronne des demoiselles ; Saint Nicolas, des garçons et Saint Vincent, des vignerons.
Le dimanche qui suit le mardi gras, les jeunes garçons ramassent du bois chez les habitants qui veulent bien leur en donner, et le soir on allume, sur la Montagne Régina, ce qu’on appelle  le « feu de joie.» En attendant la nuit, les enfants mettent le feu aux herbes de la montagne : c’est ce qu’ils appellent « brûler fauvette » et allument des fallots qu’ils portent en courant.
Il n’existe pas dans la commune de prolétaires ; tout le monde possède, ne fut-ce qu’une maison ; qu’un champ. Aussi la propriété est-elle très-divisée.
Quelques anciens usages se sont conservés : ainsi, après l’enlèvement des récoltes, blé ou raisin, les indigents vont glaner ou grapper. Devant la porte d’une maison nuptiale, on plante des maïs. Tous les frais, musique, illumination des fêtes communales ont été supportés jusqu’à présent par les garçons qui dansent. Dans le cimetière, les inhumations ont lieu par famille ; le corps du défunt est porté par ses parents, ses voisins ou ses amis, toujours gratuitement.
Situé dans l’ancienne Île-de-France, le pays n’a pas à proprement parler, de patois : nous appartenons à la race conquérante qui a imposé sa langue aux autres provinces.
Quelques mots seulement sont encore employés, par les personnes d’un certain âge surtout :

Amon ? pour n’est-ce pas
S’affoler pour se faire mal
Odé pour fatigué
Recran pour très-fatigué
Piot pour petit
Gueusette pour petite tasse
Le déseur pour le dessus
La Sameure pour la saumure
Tillul pour tilleul

L’Instruction n’est pas fort répandue dans la commune ; généralement l’intelligence n’est pas très-développée ; puis les habitants s’estiment heureux quand « ils en savent assez, comme ils disent, pour faire leurs affaires.» Cet assez consiste à savoir lire, écrire un peu, et calculer. Cependant il est fort rare de rencontrer des illettrés.

Géographie historique.

1° Événements remarquables dont la commune a été le théâtre.

Aizelles est très-ancien ; il existait peut-être du temps des Gaulois, certainement à l’époque gallo-romaine, ainsi que l’ont prouvé les découvertes de l’antique cimetière qui sert encore aujourd’hui.
Il est fait mention de ce village au onzième siècle. « Le 13 Août 1098, Ingehan de Coucy, évêque de Laon, donna à l’abbaye de S.t Vincent l’autel de la cure d’Aizelles. Cet acte a été fort célèbre, dit un historien de S.t Vincent, ayant été fait le jour d’un fête solennelle dans le chœur de la cathédrale de Laon. »
Bien des faits dignes d’être relatés se sont sans doute passés sur notre territoire, si près du camp de César, pendant la période romaine et pendant le moyen-âge ; mais qui pourrait s’occuper à les décrire ? Les pauvres villages ont rarement des historiens. A défaut de l’histoire, les pierres parlent : l’église a été brûlée ; on en a vu des traces certaines lors de sa restauration. Il s’agit de savoir si ce fut pendant la guerre de cent ans, ou pendant la ligue. Nous pensons que ce désastre est dû aux Anglais. On lit en effet sur le pied droit de la fenêtre du sanctuaire, partie reconstruite après l’incendie dans le style du XVe siècle, un nom suivi de la date 1576 ; or ce ne fut qu’en 1577 que le seigneur vicomte d’Aizelles signa la Ligue à Laon. Du reste, cette date (1576), ne veut pas dire que l’église est de cette époque ; elle a été faite par un amateur imité dans la suite par beaucoup d’autres, qui ont ainsi réussi à faire passer leurs noms à la postérité. L’église d’Aizelles fut donc brûlée par les Anglais, probablement en 1359 : Une grosse armée anglaise, débarquée dans le Nord de la France, attaqua successivement Laon et Reims, et tout le pays entre ces deux villes fut cruellement dévasté. On sait qu’à cette époque, les paysans, en cas de guerre, se retiraient dans les châteaux féodaux, et à leur défaut, dans les églises avec ce qu’ils avaient de plus précieux. C’était la seule construction solide ; le clocher servait de donjon.
Mais le feu devait avoir raison de ces malheureux. C’est sans doute le sort qui fut alors réservé à l’église et à ceux qu’elle ne pouvait garantir plus longtemps des fureurs de l’ennemi.
Cet édifice fut probablement réparé provisoirement, et cette restauration le fit durer jusqu’à la fin du siècle suivant, date, suivant nous, de sa reconstruction générale. Nous avons lieu de croire que les habitants furent aidés par trois princesses célèbres qui vivaient alors : Anne de Bretagne, Louise de Savoie et Jeanne de France, fille de Louis XI.
On ne peut expliquer que de cette manière, la présence dans l’église, d’un jubé de style flamboyant d’une magnificence royale dont quelques débris sont parvenus jusqu’à nous. Un des écussons du plafond de l’église était parti de France et de même (Jeanne de France mariée à Louis d’Orléans). D’autre part, à Berrieux, la porte de la tour qui renferme l’escalier du clocher, était très-ornée, dans le même genre que notre jubé, et avait deux écussons ; l’un, parti de France et de Bretagne (Anne de Bretagne mariée à Charles VIII) ; l’autre, parti de France et de Savoie (Louise de Savoie, mariée au comte d’Angoulême). Ces trois écussons appartiennent à des femmes mariées, et ces trois princesses ont vécu à la même époque dans cette condition de 1491 à 1494.
Il se peut très-bien que par les sollicitations de leur seigneur commun, les églises d’Aizelles et de Berrieux aient eu les mêmes bienfaitrices ; de plus le style des parties reconstruites des deux édifices convient parfaitement à cette date.
L’église possédait deux pressoirs établis dans le cimetière, un grand et un petit : En 1700, le gain du vin de ces pressoirs s’éleva à cinq pièces (D’après les comptes des marguilliers.) (une pièce vaut 2 hectolitres). Ils furent vendus en 1777 moyennant la somme de 212 livres avec la permission de M. l’Abbé de Ris, vicaire général, « pour, cet argent, être employé à l’embellissement de l’église, vu l’inutilité et le dépérissement desdits pressoirs.»
Vers 1770, les 3 cloches avaient été refondues aux frais de la fabrique par Christophe Dormoy.
En 1788, la paroisse d’Aizelles était administrée par M. de Miremont-Berrieux, vicomte d’Aizelles ; Morain, curé ; Hubert Flèche, syndic ; six notables ; un greffier et deux collecteurs de taille (Registres des délibérations du conseil municipal.).
Le 8 Mars 1789, on nomma deux délégués chargés de la rédaction du cahier des doléances, plaintes et remontrances.
Le 31 Janvier 1790, l’assemblée de 40 électeurs communaux d’Aizelles, sous la présidence de son curé, M. Morain nommé par le scrutin, procède à l’élection de la municipalité qui se trouve composée d’un Maire, de deux officiers municipaux, d’un Procureur de la commune, de six notables et d’un greffier (ex sergent de justice seigneuriale). Les réunions se faisaient en la chambre du Maire.
Le 28 février 1790, le Curé et le Marguillier se présentent devant la municipalité pour donner leur déclaration des Biens fonds et revenus de la cure et de la fabrique, déclaration prescrite par le décret de l’assemblée nationale du 18 9bre 1789.
A cette époque, la fabrique possédait : 120 verges de pré aux Bransons, 15 verges de vigne et bois aux Glizières ; 80 verges de pré au Marais ; 36 verges de pré aux Deux-Monts ; 12 verges de pré au Chemin des Vignes (Pré Dandin) ; un jardin derrière le pressoir, le bois des Batys, 2 arpents. La cure paraît n’avoir possédé que le presbytère, alors situé au chevet de l’église.
Ces bien furent déclarés bien nationaux, et la commune fut obligée de pourvoir aux besoins du culte ; aussi voyons-nous, le 18 Avril 1790, la municipalité de rendre à l’Église pour reconnaître ce qui pouvait être nécessaire à réparer.
Le 31 Octobre 1792, M. Morain curé, prête serment à la constitution civile du clergé.
Le 13 7bre 1792, la municipalité exige que le curé fasse établir à ses frais une horloge dans le clocher pour la somme de 300 livres. Cette horloge n’ayant pas été faite, le 25 Janvier 1793, M. Morain curé, fut obligé de donner une somme de 150 livres et une écurie dont il était propriétaire, « moyennant quoi la municipalité s’engage et promet au citoyen curé de ne plus rien exiger de lui, mais au contraire lui promet toute la protection et force dont elle peut disposer en sa faveur, pour le maintenir dans l’exercice de sa liberté, conservation de son existence et de ses propriétés.» Malgré ces concessions et ces promesses, M. Morain, prévenu pendant la nuit qu’on en voulait à sa vie, s’enfuit à S.t Thomas où il resta jusqu’à sa mort en 1809.
Pendant le cours de la révolution, l’église ayant été dévastée à tel point qu’il n’y restait littéralement que les murs et une cloche, le 25 pluviôse an 10, le conseil municipal rachète un autel à Jean Pierre Legrain, les fonts baptismaux à Louis Olivier (17 germinal an 11).
Le 7 messidor an 11, M. Morain, est réinstallé curé d’Aizelles. Le Maire, en lui présentant un étole, lui a dit : « Nous avons toujours fait profession de la religion catholique, apostolique et romaine ; ce fut malgré les dispositions de notre cœur que le culte extérieur a été interrompu, mais heureusement il se rétablit ; nous désirions un prêtre, vous êtes celui qu’on nous envoie et c’est ce que nous désirions. Voici une étole pastorale que nous vous présentons en témoignage de nos sentiments.» Le dit Morain  a répondu : « Citoyens, j’avais déjà des assurances de la religion de la plupart d’entre vous. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour ramener le troupeau au bercail. J’accepte très-volontiers cette étole qui m’est nécessaire pour remplir les fonctions de mon ministère et pour demander à Dieu de daigner répandre ses bénédictions sur cette succursale et sur les citoyens qui la composent.» Ensuite le maire lui a remis en main les clefs de l’église et l’a conduit au siège qui lui était préparé et lui a dit : « Nous vous reconnaissons pour le ministre du Seigneur et pour notre pasteur légitime, avec espérance de nous sanctifier ensemble.» De suite a été chanté le Te Deum pendant lequel la garde nationale a fait plusieurs décharges de mousqueterie.
Par suite du rétablissement du culte, le conseil municipal vota 120ƒ pour indemnité de logement au desservant ; 1044ƒ pour objets mobiliers nécessaires au culte ; 48ƒ pour chandeliers en fer-blanc et en fer, livres d’église achetés au citoyen Prudhomme, maître d’école. Ce Prudhomme avait, pendant la révolution, chanté des messes blanches, offices célébrés sans prêtre.
Le 1er brumaire an 13, l’unique cloche que la révolution avait laissée à l’église, est cassée en sonnant un baptême.
Le 14 7bre 1806, Jean Nicolas Regnaud, fondeur de cloches à Illond (Haute-Marne) s’engage à fournir trois cloches bien sonores, harmonieuses et d’accord. La vieille cloche ne pesant que 865 livres, le fondeur devra fournir le métal pour compléter le poids des 3 cloches à 1000 livres. Le métal fourni par le fondeur lui sera payé 1ƒ75 par livre, et la façon 21 livres tournois par cent.
Le 30 Janvier 1811, un terrible incendie détruit une partie de la rue de La Fontaine ; deux jeunes garçons sont brûlés, la grosse cloche est cassée en sonnant l’alarme. (Elle fut refondue en 1813 par Antoine Loiseau.)
Pendant l’invasion de 1814, les Prussiens, et surtout les Russes, confondus sous la dénomination de Cosaques, ravagèrent toute la contrée, la livrant au pillage. Les habitants épouvantés avaient fui dans les bois avec leurs bestiaux et avaient essayé de les cacher dans des huttes souterraines, au milieu des bois : (On en voit encore les restes aujourd’hui au dessus du pré de la Reinette). Ce fut peine inutile. Les têtes des pauvres animaux jonchèrent bientôt les rues pêle-mêle avec la plume des lits et la laine des matelas : Vaches, moutons, poules, à la réserve d’une seule trouvée sous de la paille chez M. Ivernaux à la Cense, tout fut dévoré, tous les chevaux furent enlevés. Les meubles servirent à entretenir les feux des bivouacs.Rien ne fut épargné, et malheur à qui ne comprenait pas les demandes de ces barbares : les coups de plat de sabre pleuvaient sur le dos, drus comme grêle.
Les Russes avaient établi un camp sur une hauteur dominant Aizelles au lieu-dit : La Grand’Pièce ; deux cosaques se présentèrent un jour chez Mennesson, maréchal, rue de la Fontaine ; ils furent maltraités par deux hommes du pays qui, prévoyant quelque vengeance, s’enfuirent. En effet les deux soldats portèrent plaintes à leur commandant, et aussitôt le village fut cerné. Tous les hommes rencontrés dans les rues ou cherchant à fuir, furent arrêtés et conduits à Corbeny où ils restèrent renfermés pendant trois jours sans manger, si ce n’est quelques pommes de terres que les habitants du lieu leur jetèrent par une fenêtre. Enfin un officier supérieur ayant à ses côtés les deux plaignants, fit défiler devant lui les prisonniers. Deux d’entre eux, Lutugneaux Jean Baptiste et Pelletier Jean-Baptiste qui avaient le malheur d’avoir quelques points de ressemblance avec les vrais coupables, furent désignés par les deux soldats, et subirent, malgré leurs protestations d’innocence, le châtiment national des Russes, le supplice de Knout : étendus demi-nus sur un peu de paille, ils furent frappés jusqu’à ce que le sang jaillit à travers leurs caleçons. Ils furent ensuite conduits à Romain (Marne), où ils obtinrent enfin leur liberté.
Ils revinrent à Aizelles, où l’un d’eux, Lutugneaux, ne tarda pas à succomber aux suites des traitements barbares qu’ils avaient subis.
Depuis cette époque, rien de bien saillant n’est à signaler. Nous nous bornerons à rappeler qu’en 1848, pendant les journées de Juin, les hommes valides s’armèrent à la hâte avec des faux, des fourches, sur la fausse nouvelle de l’apparition des insurgés de Paris.
L’invasion de 1870 ne présente rien de particulièrement remarquable. Le pays n’eut à subir que deux ou trois passages relativement peu onéreux et quelques réquisitions.

2° Personnages célèbres auxquels elle a donné naissance, qui l’ont habitée, ou qui y ont été inhumés.

Néant.

3° Pierres, roches et grottes consacrées par une croyance populaire.

a. Donner leurs noms, leurs dimensions, en faire la description ; raconter les légendes qui s’y rattachent.

b. A-t-on fait des fouilles dans leur voisinage, et qu’ont-elles fait découvrir ? (Couteaux, haches, hachettes et flèches en pierre ou en métal, etc.)

Les vignes d’Aizelles ont probablement été plantées pendant l’occupation romaine : des pièces aux effigies de Galba, Vespasien, Dioclétien, Crispus et Gratien y ont été découvertes à différentes reprises. Ce fait explique pourquoi une « grosse borne » ainsi qu’on l’appelle, est restée debout dans une vigne, Aux Roizelets : On ne pourrait l’arracher sans détériorer les ceps qui l’entourent. Cette pierre levée est de forme barlongue, et chose remarquable, elle est orientée : les faces les plus larges sont tournées vers le Nord et le Sud. Plus grosse à la base qu’au sommet, elle a les dimensions suivantes : hauteur 1 m 75 ; largeur à la base 0 m 70 ; largeur à la pointe 0 m 40, et épaisseur 0 m 40.

4° Voies Gauloises et voies Romaines.

a. En existe-t-il dans la commune quelques parties ? Donner leurs noms indiquer les traditions qui s’y rattachent.

b. Direction de ces voies dans la commune ; autres lieux qu’elles traversent ; aboutissent-elles à un camp romain ?

c. Aurait-on découvert sur leur parcours des colonnes ou des pierres milliaires portant des inscriptions.

Non loin de la route nationale de Laon à Reims, existe, sur l’extrémité Sud-Ouest du terroir, un chemin vert qu’on appelle encore : Haut-Chemin ou Vieux Chemin qui est, paraît-il une ancienne voie romaine.
De cette voie s’en détache une autre qui aboutit en ligne droit au camp de César, et qui traverse tout le terroir du S. au N. sans porter de nom, jusqu’à ce qu’arrivée sur la commune de S.t Thomas, on l’appelle le chemin des Romains.

5° Existe-t-il quelque lieu portant le souvenir d’un champ de bataille ? Quelles découvertes y a-t-on faites ? (Monnaies, armes, poteries, figurines en terre cuite ou en métal).

Néant.

6° Trouve-t-on dans la commune d’anciens monuments remarquables, murailles très-épaisses ; statues ou fragments de figures en pierre ou en bronze ?

Un petit mamelon au N. et dominant le village est encore aujourd’hui appelé le Château-Gaillard. De ce point, on découvre la ligne de faîte régulière du camp de César, la montagne de Craonne et la plaine Champenoise ; nous croyons que ce mamelon occupe l’emplacement d’un château romain ou d’une villa. On y trouve, paraît-il, à une certaine profondeur, des fondations d’une certaine épaisseur. Des fouilles pourraient être faites et donner des résultats plus certains.

7° A-t-on retrouvé un ancien cimetière ? Quel est l’âge des sculptures ? Quelles sont leurs particularités ?

L’église était encore entourée, il y a quelques années, d’une butte de terre formant le cimetière et s’élevant à certains points à une hauteur de deux mètres. Cette butte fut enlevée pour assainir l’édifice.
Lorsqu’il fallut faire de nouvelles fosses, on fut surpris de rencontrer encore deux couches de tombes superposées ; seulement cette fois, au lieu de trouver des débris de planches et des ossements, on découvrit au midi, des cercueils formés de plaquettes de pierres dans un desquels on trouva un vase en terre cuite qui paraît avoir été au feu, et renfermant du froment, du seigle, de l’avoine, de l’orge, de l’ail, etc. le tout carbonisé, et quelques morceaux de fer rongés par la rouille. (Les fragments de ce vase, brisé par les fossoyeurs qui en ignoraient la présence, ont été recueillis par l’Instituteur qui les a rassemblés, et a ainsi reconstitué ledit vase dans sa forme primitive, et demeure par conséquent sa propriété). Au Nord, on ne trouve pas de cercueils en pierres, mais on rencontre souvent de petites assiettes en terre et vernissées. Un des cercueils trouvé au midi était taillé dans la pierre (de Pargny-Filain) ; il n’a pas été possible de le sortir de terre.
En restaurant l’église, on a trouvé un vase en pierre qui a dû servir à des usages funéraires : l’ancien cimetière de Bourg-et-Comin en renferme beaucoup de semblables.

8° La commune possède-t-elle une ou plusieurs églises ? Leur vocable, date du patron ; donner la longueur de chaque église (à l’intérieur). Décrire le monument : son style, son âge, ses particularités (sculpture, peinture murale, pierres tombales, tableaux, tapisseries, vitraux, mobilier ancien).

L’église d’Aizelles est placée sous le vocable de Saint-Quentin dont célèbre la fête le 31 Octobre. Elle a 24 mètres de longueur à l’intérieur non-compris le porche.
Elle se compose d’une nef flanquée de deux bas-côtés, d’un transept débordant sur les bas-côtés, et d’un sanctuaire. La tour du clocher s’élève sur la croisée du chœur ; elle est couverte par une toiture en batière.
Bâtie probablement au onzième siècle, puis détruite au quatorzième, il ne reste de la construction primitive que tout le mur à droite de la nef, sauf la seconde arcade et la façade : ces parties portent tous les caractères de l’architecture romane primitive ; appareil en épis ou arêtes de poisson, imité des Romains ; murs épais, fenêtres étroites, cintrées, fort évasées à l’intérieur ; les piliers carrés supportaient des arcades plein-cintre ornées seulement sur les côtés, et à la place des chapiteaux, de simples moulures biseautées.
Les dernières restaurations de l’église ont fait retrouver un fragment de colonne engagée et un petit chapiteau à tailloir carré, œuvre assez grossière d’un artiste qui avait vu quelque part un chapiteau romain.
La cuve baptismale date sans doute du XIIe siècle : c’est un gros chapiteau orné de volutes et de dents de scie creusées peu profondément, reposant sur une base ornée de griffes. Sur les quatre faces de la cuve sont percés des trous pour permettre de la vider.
Après avoir été incendiée, comme nous l’avons dit plus haut, l’église fut reconstruite avec soin avec des pierres tirées des carrières de Colligis, dans le style flamboyant ou prismatique en faveur aux 15e et 16e siècles. Une seule fenêtre du sanctuaire, au Sud, fut ornée d’un meneau et de compartiments flamboyants ; les autres sont trop petites.
L’ameublement était très-beau et très-riche : on remarquait un plafond armorié en bois, décoré dans le goût du temps, et surtout un magnifique jubé en chêne sculpté, richement orné d’or et de couleurs éclatantes, bleu et vermillon.
Les statues assises des 12 apôtres qui surmontaient ce jubé, six regardant l’autel, et six regardant la porte, étaient peintes au naturel, sauf leurs manteaux dorés et ornés d’une bordure de couleur.
Les murailles étaient ornées de peintures ; la voûte du sanctuaire était azurée et constellée d’or.
Dans le cours du 18ème siècle, le jubé fut relégué à l’entrée de l’église et fut remplacé en 1785 par une traverse et une croix en fer portant un christ en bois par Demont, sculpteur à Laon.
Des tableaux sur toile ornaient les trois autels : la Résurrection au grand autel, par Nicolas Vito, peintre cavalier au régiment du roy, exécuté pour la somme de 48 livres en 1779 ; les deux autres autels étaient surmontés, l’un d’une vierge immaculée, et l’autre d’un saint Nicolas. Un de ces derniers avait été peint en 1759 par Nicolas Le Geay de Berrieux.
Cependant bien des choses étaient défectueuses dans notre église ; les plafonds en bois des bas-côtés descendaient en tambour sous la pointe des ogives de la nef ; la plupart des fenêtres étaient trop petites et toutes déformées ; le pavé, formé de carreaux disparates, était loin de présenter une surface unie ; et cela se comprend à cause de la fréquence des inhumations dans les églises ; de plus les murailles étaient mal dressées, et une colonne du chœur en face de la sacristie (ancienne chapelle des seigneurs du lieu) n’était même pas complètement taillée.
A la révolution, comme nous l’avons déjà dit, tout fut détruit : les lambris, les bancs, les autels, le jubé furent vendus ; les statues des Apôtres furent enterrés.
Les mauvais jours passés, l’église subit encore de nouvelles dégradations ; pour suivre les caprices de la mode, le meneau de la fenêtre Sud du sanctuaire fut enlevé, les plafonds en bois furent détruits et remplacés par des plafonds en plâtre.
Aujourd’hui, l’édifice soigneusement restauré, a recouvré sa beauté primitive. Les murailles regrattées, appareillées avec joints apparents, ont été ornées de nouvelles peintures ; toutes les fenêtres ont des vitraux peints, sujets en grisailles. Quatre fenêtres représentent les Évangélistes ; les fenêtres du sanctuaire représentent au Sud, le martyre de Saint-Quentin, et au Nord, N.D. de Lourdes. Une mosaïque en pavés du Cateau couvre tout le sol de l’église ; les Apôtres, précieux restes de l’ancien jubé, ont été restaurés et placés dans une arcature au-dessus de l’arc-triomphal ; la porte de la sacristie est ornée d’autres débris du jubé retrouvés dans les combles de l’église ; un chemin de la croix en relief richement décoré, avec encadrements en style du 15e siècle, embellit les murailles ; un tableau d’assez grande dimension représentant l’Annonciation aux Bergers, peint par un jeune artiste dont les œuvres ont déjà été remarquées au Salon, M. Chartran, est suspendu entre les arcades au Nord de la nef, etc. Les trois beaux autels en marbre et pierre, proviennent de l’ancienne église de Saint André de Reims.
Le maître autel est de style antique, d’ordre corinthien, construit en 1697 par Renaldus. Quatre colonnes en marbre avec chapiteaux en pierre, dorés, soutiennent un fronton circulaire surmonté d’une croix ; sur le tympan est sculpté un S.t Esprit au milieu des nuages. Entre les colonnes, cadre en pierre, doré et sculpté (feuilles de laurier), renfermant le Christ en bois de Demont. Beau tabernacle en chêne, entièrement doré, d’ordre ionique, avec fronton circulaire sur lequel est sculpté le Père éternel entouré d’anges. Le tombeau de l’autel est en marbre et orné d’un agneau doré.
Les autels latéraux ont chacun deux colonnes en marbre d’ordre composite, supportant un ba(l)daquin en pierres avec palmes dorées : entre les deux colonnes, renfermant une statue, niche entourée de trophées, guirlande et médaillon dorés.
L’ancien porche, couvert par une voûte en charpente comme on en faisait au 16.e siècle, a été remplacé par un autre porche de style roman, et la façade a été restaurée d’après les plans de M. Lecreux, architecte à Paris, né à S.t Quentin. Une grande partie des embellissements de l’église est due aux libéralités de M.r Cléry, aîné, négociant à Paris.
Les cloches, refondues en 1858, pèsent environ 700 kilos.

9° Y a-t-il dans la commune une ancienne abbaye ? Qu’en reste-t-il ? A quel ordre religieux appartenait-elle ?

Néant.

10° Décrire les chapelles isolées.

Néant.

11° Hospice ou hôpital : Noms des fondateurs ou bienfaiteurs, revenus, description des bâtiments, histoire de l’établissement.

En 1453, le 8 Juillet, un d’Harzillemont fonda par testament un hôtel-Dieu sur les terres du seigneur de Berrieux dont Aizelles faisait partie. Il ne reste rien à Berrieux d’un pareil établissement.
Nous croyons avoir trouvé à Aizelles à la Cense, les restes de cet hôtel-Dieu. Quelques fenêtres au dessus des écuries de la ferme actuelle accusent bien cette époque, et l’une d’elles, de plus grandes dimensions que les autres, est divisée par un meneau, et l’on trouve à l’intérieur, de chaque côté de l’embrasure, un banc en pierre, comme on en faisait au moyen-âge. De plus, cette fenêtre est surmontée de l’écusson de H de la famille d’Harzillemont : De gueules, à trois pals de vair, au chef d’or chargé de trois merlettes de gueules.
Cette cense a subi depuis, bien des modifications : le corps de logis contigu aux écuries dont nous venons de parler, a dû être reconstruit au 16.e siècle. Le linteau d’une de ses fenêtres est orné d’un écusson chargé d’un croissant, les pointe relevées, surmonté d’une étoile à cinq rayons. Nous ne savons à quelle famille il appartenait. Cette ferme est restée propriété des anciens seigneurs d’Aizelles.

12° Y a-t-il eu une maladrerie ? Faire connaître les traditions qui s’y rattachent.

Néant.

13° Dans le cimetière actuel, signaler les croix, calvaire ou inscriptions curieuses.

Néant.

14° Existe-t-il une fontaine visitée par les malades ? Nature des maux dont la guérison lui est attribuée. Souvenirs et légendes qui se rattachent à cette fontaine.

Néant.

15° S’il existe un arbre célèbre, faire connaître son origine et sa légende.

Néant.

16° S’il existe un ancien château ; dire s’il est fortifié ; en donner les dimensions, la description, l’histoire. Rapporter les traditions populaires qui s’y rapportent.

Un pavillon carré dont les murs ont 1 mètre d’épaisseur, encore appelé « La Vicomté » nous semble occuper l’emplacement d’un château qui n’a sans doute jamais été fortifié. Il date du 16e siècle, comme nous avons pu le constater par ses anciens plafonds.
Il a servi comme corps de logis d’une ferme appartenant à M. Berthoult de Ployart jusqu’en 1821. A cette époque la commune en fit l’échange contre quelques parcelles de biens communaux, notamment du marais la pointe, pour servir de presbytère.

17° Faire l’inventaire des documents historiques de toute nature qui se trouvent dans les archives communales, paroissiales, dans les notariats, ou chez les particuliers.

Nous avons puisé pour une bonne partie des faits relatés dans ce travail, dans les Comptes des Marguilliers de la fabrique d’Aizelles qui existent depuis 1700, et dans les registres des délibérations du conseil municipal depuis 1788.

18° Les Écoles : leur ordre d’enseignement, sont-elles ecclésiastiques ou laïques ? Date de leur fondation, nombre d’élèves, description des bâtiments. Historique de l’instruction dans la commune.

L’École est mixte et laïque. Elle a été fondée en 1846 et compte actuellement 29 élèves, dont 13 garçons et 16 filles.
La salle de classe a 6 m 20 de longueur, 5 m 70 de largeur, et 3 m 30 de hauteur ; elle est éclairée par six ouvertures, trois donnant sur le midi et trois sur le Nord. Une autre ouverture la fait communiquer avec le logement de l’Instituteur duquel elle est séparée par un corridor.
Ce logement comprend deux grandes places et deux petits cabinets. Une petite chambre en mansarde est construite au-dessus.
En suite de l’École se trouvent la mairie, remise de la pompe à incendie, et derrière celle-ci une buanderie à l’usage de l’Instituteur. La façade principale est tournée au midi sur la place publique ; la façade opposée donne sur une cour et un petit jardin fermés de murs et renfermant les communs.
Bien que l’acquisition de l’école ne date que de 1846, il ne faut pas cependant croire que l’instruction primaire ne soit donnée à Aizelles que depuis cette époque. Presque aussi loin que les registres de l’état civil puissent remonter (1675), on voit toujours la signature des maîtres d’école ou clercs, qui figurent comme témoins sur la plupart des actes. Les signatures sont du reste nombreuses et généralement bien faites.
Au moment de la Révolution, le Greffier et le Percepteur, (Qui étaient alors du pays), la plupart des vignerons et des cultivateurs possédaient une assez bonne instruction. Nous avons pu en juger par les écrits qu’ils nous ont laissés.
Jusqu’à l’acquisition de la maison d’école par la commune, l’Instituteur se logeait à ses frais ; il recevait dans les derniers temps, une indemnité de logement.
A cette époque, l’école compta jusqu’à 72 enfants des deux sexes, et elle n’était pas assez grande pour qu’on pût y installer chaque enfant d’une manière convenable ; c’est pourquoi beaucoup étaient obligés d’écrire sur les appuis des fenêtres, ou sur des bancs, dans des chambres voisines. On conçoit facilement que dans de pareilles conditions, la discipline et l’enseignement devaient beaucoup souffrir.
Le mode d’enseignement individuel était le seul en usage. La classe commençait à six heures du matin et se terminait à six heures du soir, avec une interruption de deux heures à midi. La rentrée des classes n’avait lieu qu’au mois de Novembre, et la sortie au 31 Mars. L’Instituteur n’était obligé de tenir son école ouverte dans le mois d’Avril, que s’il avait encore 15 élèves présents.
D’après une convention passée entre le conseil municipal et l’Instituteur, le 11 Novembre 1826, ce dernier recevait 3ƒ par ménage et 1ƒ50 par demi-ménage, plus les honoraires d’école qui étaient fixés à 0ƒ80 pour les enfants de la 1ère classe, à 0ƒ70 pour la 2ème ; à 0ƒ60 pour la 3e, et à 0ƒ40 pour la 4e. Il recevait aussi 20ƒ pour indemnité de logement. (C’est le dernier des traités qui ont été passés).

Géographie économique

1° État des terres : assolement, jachères, engrais, principaux instruments aratoires. Les céréales.

A Aizelles, la culture doit être envisagée sous deux points de vue différents : La grande et la petite culture.
Pour la grande culture, l’assolement ordinaire est triennal :
1° Plantes sarclées, pommes de terre ou betteraves, ou encore trèfle ; 2° Blé ; 3° Avoine ou seigle.
On n’y trouve point de jachères.
Les engrais en usage sont les fumiers ; généralement les terres sont fumées tous les trois ans.
Pour la petite culture, l’assolement est fort irrégulier.
Les principaux instruments aratoires sont : l’ancienne charrue en bois, le brabant, la herse en bois, le tricycle, le rouleau en bois, le rouleau squelette.
Les céréales cultivées sont :

Nature Contenance Produit par hectare
Le froment 80 hectares 22 hectolitres
Le seigle 30 24
Le méteil 30 24
L’avoine 85 32
L’orge 7 24
2° Prairies naturelles ou artificielles, vaines pâtures ; usages existants au sujet des pâturages.

Les prairies naturelles, comme nous l’avons déjà dit, couvrent une surface d’environ 26 hectares. La récolte en foin est assez considérable ; mais le produit est de médiocre qualité.
Les prairies artificielles : trèfle, sainfoin, luzernes, occupent en moyenne une superficie de 43 hectares et produisent 550 quintaux par hectare.
Les moutons vont paître sur toute l’étendue du terroir, sans distinction des propriétaires, lorsque les récoltes sont enlevées et que les glaneurs ont passé, sauf pourtant dans les prairies naturelles ou artificielles.

3° Les étangs.

Néant.

4° Les arbres fruitiers et la vigne.

Beaucoup d’arbres fruitiers ont été gelés en 1879. Depuis on en a planté une assez grande quantité. La montagne Régina surtout, a ses flancs couverts d’arbres fruitiers, là où les vignes ont été arrachées.
Les principaux arbres cultivés sont : le cerisier, le pommier, le poirier et le prunier. Les noyers, autrefois très-nombreux, sont devenus assez rares.
Le manque de bras, l’augmentation du salaire des ouvriers, les mauvaises années, pluies ou gelées, ont fait baisser de beaucoup la valeur et la quantité des vignes. Il n’était pas rare de voir des propriétaires récolter 20 ou 30 pièces de vin. Un vigneron en fit en deux années 100 pièces ; il était sans doute dans un des plus forts du pays ; mais nous ne pensons pas qu’aujourd’hui toutes les vignes réunies puissent en produire autant. Cependant il ne possédait que 2 arpents de vigne. Il faut dire qu’elles étaient mieux cultivées que maintenant.
La quantité de vignes n’est plus guère que de 5 hectares, et le produit moyen par hectare 30 hectolitres.
Les terres qui ont remplacé ces vignes, sont très-fertiles en céréales et en légumes.

5° Le houblon ; la betterave.

Le houblon n’est pas cultivé, et la betterave ne l’est que sur une surface moyenne de 20 hectares produisant 300 quintaux par hectare.

6° Cultures de toutes espèces.

Une des cultures les plus productives du pays est celle des haricots ; on en plante dans les vignes et à la place des vignes arrachées. Le terrain calcaire de la montagne Régina leur convient parfaitement. On en récolte en moyenne 40 hectolitres.
La pomme de terre, qui donne de bons produits, est cultivée sur une superficie d’environ 15 hectares, et produit 120 quintaux par hectare en moyenne.
Les jardins, qui comptent environ 4 hectares, et qui sont presque tous attenant aux habitations, produisent largement les légumes nécessaires à la population.

7° Les défrichements.

Néant.

8° Les biens communaux.

La commune possède :
1° 11 hectares 53 de prés
2° 3 hectares 85 de terre
3° Deux carrières, dont une de craie et l’autre de moellons (qui n’est pas exploitée actuellement), le tout affermé pour une somme de 479ƒ.
Autrefois les prés communaux n’étaient pas loués. Tous les ans, les habitants choisissaient un pâtre communal ou vacher, moyennant tant par tête, conduisait le bétail aux pâtures du marais d’Aubigny ou du marais de Berrieux.
Sous prétexte que les pauvres ne bénéficiaient pas des biens communaux, tout fut loué, même les routys ou chemins verts. Les pauvres n’en profitent pas davantage ; mais ceci eut pour résultat de faire diminuer le nombre des bêtes à corne, et d’appauvrir le rendement de ces marais qui, faute d’amendement, baissent de valeur tous les jours. Il y a 20 ans, les biens communaux, qui ne produisent plus que 479ƒ, rapportaient 1000 francs.
Beaucoup de peupliers sont plantés sur les biens communaux : Des ventes assez importantes ont permis de construire, depuis une vingtaine d’années, un lavoir communal et une salle de mairie, avec remise pour la pompe.

9° Les animaux domestiques : chevaux, mulets, ânes, bêtes à cornes ou à laine, chèvres, porcs ; les abeilles – Les animaux nuisibles et les insectes utiles.

On compte dans le village :

41 chevaux
41 mulets
2 ânes
40 bêtes à cornes
40 moutons
22 chèvres
70 porcs
20 ruches

Les animaux qui causent le plus de dégâts sur le terroir sont : les sangliers, les lapins, les hannetons, les vers blancs, les chenilles, les courtillières, les souris. Parmi les insectes utiles, on remarque une grande quantité de carabes dorées.

10° La chasse et la pêche. Leurs produits, les conditions auxquelles elles sont soumises.

La chasse est libre à Aizelles, c’est-à-dire que moyennant un permis, tout homme peut chasser, pourvu que ce ne soit pas sur les terres ou dans les bois des anciens seigneurs qui s’en réservent le droit, soit pour eux, soit pour leurs fermiers.

11° Sociétés agricoles, agences, comices, foires, marchés-francs, abattoirs.

Néant.

12° Carrières, mines et minières.

Deux carrières appartenant à la commune et louées, produisent, l’une, des pierres pour l’entretien des chemins vicinaux lorsqu’elle est exploitée, et l’autre de la craie employée à faire la chaux.

13° Usines et manufactures : condition des ouvriers.

Néant.

14° Industrie.

L’industrie n’est pas fort importante : Deux meuniers, deux sabotiers travaillant pour leur compte ; un maître-maçon qui emploie quelques ouvriers à la journée, un chaudronnier ambulant, un cordonnier, un tailleur, voilà à peu près le personnel industriel de la commune.