Nicolas de Cholières ne fait pas à proprement parler partie des auteurs les plus illustres, son œuvre est pourtant assez originale. J’ai pu trouver en ligne La guerre des masles contre les femelles et Les neuf matinées du Seigneur de Cholières. De ce dernier ouvrage, attribué à Jean Dagoneau (Prieur), j’ai choisi de partager la septième matinée que je trouve récréative pour les vacances : il s’agit de réflexions « savantes » entre les sieurs Fulgence et Libanius. Le thème de fond de cet article suit un peu celui présenté la semaine passée, mais je trouve intéressant de connaître un peu plus avant la satire du XVIe sur les questions polémiques sans passer par les auteurs les plus souvent cités.

Rappel pour la lecture :

  • ã pour les prononciations de « an »
  • ẽ pour les prononciations « ain », « ein » et « in »
  • i pour les prononciations de « j » et « y »
  • õ pour les prononciations de « on / om»

 

Si un vieillard doit prendre une ieune
fille : ou une vieille recercher
un ieune homme.

Matinee VII

Ie ne sçay quel ver a piqué la cervelle de nostre Philosophe (S. Libanius) que sur ses vieux iours ce bon homme soit tellement eschauffé de l’amour, qu’il porte à Madamoiselle Elizabeth, qu’il en court les rues, & si on ne la luy donne il enragera. Ah ! bon Dieu ! il avoit passé un si bel aage avec une telle reputation, & maintenãt qu’il soit ainsi embabouiné des folastreries Cupidiques, cela me creve le cœur : quand i’y pense (i’offense Dieu) ie desire ma mort. Non (va dire le S. Libanius) vous perdez vostre temps, c’est une chose, qui faut qui passe, & quand vous auriés emploié verd & sec, vous ne l’en sçauriez dissuader & divertir le cours de la celeste destinee. Or i’estime que vous tenez, que les Astres predominent, sur tout pour ceste affection amoureuse. Si vous regardez à l’horoscope de ce bon personnage, vous trouverez qu’au moment de sa naissance le Lune estoit arrestee sur l’un des quarts, qui est ainsi qu’a remarqué Ptolomee Alexandrin, un tesmoignage tout asseuré, & qu’il devoit estre marié fort ieune, & que tout croulãt de vieillesse il auroit du ieune bois. Si la Lune eut esté au declin sur l’une des Occidẽtales, il eust esté marié sur le tard à une vieille. Si Saturne eut esté au Mouton, encores eussiez eu pis : il eut eu une vefve, ou une putain, ou en un mot le reste d’un autre. Encores estes vous bien heureux de ce qu’il tend à une honeste Damoiselle. Laquelle aussi ne pouvoit fuir, qu’elle ne tombast entre les bras d’un vieillard. Vous sçavez, aumoins ie le vous apprens, q. lors qu’elle naquit, le Soleil en sa figure estoit sur l’une des deux quartes Oriẽteles, voire, quand il eut tiré sur l’une des deux Occidẽteles, tousiours estoit menacee de ce qu’il faut qui luy advienne, à sçavoir que la premiere fleur de sa ieunesse soit liee d’un poil gris & chenu. Et pource Iulius Firmicus dit, qu’il y a des ieunes femmes, lesquelles sont tellemẽt commandees par les Astres, qu’elles aiment mieux s’accointer des vieillards que des ieunes. Et ainsi vous cõcluez (S. Fulgence) à la Genethliaque, encores que vous teniez formellement, que les Astres ne nous predominent : Sapiens dominabitur astris. Ie pourroie (S. Libanius) vous monstrer du contraire, mais cela estendroit ce Discours en trop grande lõgueur. Les mariages sont faits aux Cieux, cela est une parole sacree, ie vous mõstre ce qui est porté par le registre Celeste, & vous ne le voulez croire : à l’espreuve vous apprendrez que ie ne vous dis chose laquelle ne soit tres-veritable. Il n’en faut pas venir la (dit S. Libanius) & le perdriez tout quitte : voire qu’on vous mõstrera aussi tost au doigt comme celuy qui maquignonneroit les enjolemens de nos Genethliaques & Matagraboliseurs. De ma partie vous diray, comme telle est la verité, qu’onques ie ne me suis pleu à ses fadaises de
Contre les Astrologues Iudiciaires. l’Astrologie Iudiciaire, qui pour la pluspart ne sont que bourdes, & desireroie, que plusieurs qui vivent parmy nous n’en fissent non plus d’estat que moy. Vous aurez les Discours de Pic de la Mirandole, qui rabbattent, comme il appartiẽt, tels
enjoleurs : si faut il, que puis que vous estes si curieux des nativitez, que ie parle à vous pour vous renvoier à l’escole du Philosophe Phavorin, lequel, selon que rapporte Aule-Gelle, tenoit tel langage à ceux qui croyent à ce qu’ils entẽdoient arioler, Astrologiser & Mathematiser. Gardez vous de vous fier aux Astrologues, en sorte que ce soit : car encores qu’ils dient vray, ce qu’ils vous diront sera bon ou mauvais pour vous : estant bon, ou c’est verité ou mensonge : Si c’est verité, vous recevez double dommage à le sçavoir : car en premier lieu, vous estes en peine de desirer que ce bien advienne bien tost, il ennuye tãt à qui attend. En apres, un bien à venir, dont nous sommes advertis, est estimé tousiours moindre : de sorte que nous n’en recevõs si grand plaisir qu’autremẽt : Si c’est un mensonge, vous attendrez en vain le bien, qui vous est promis par l’Astrologue, car il ne vous adviendra pas. Que si ce que l’Astrologue predit est mauvais pour vous, estãt mauvais & asseuré, quelle plus grãde disgrace pourroit vous advenir, que d’estre abbreuvé d’un malheur que vous devez recevoir, sans qu’il soit en vous le pouvoir eviter ? Si c’est un mensonge, qu’a on que faire d’attrister une personne d’un malheur, qui ne luy doit advenir ? Et par ainsi, en sorte que ce soit, toutes vos falibourdes Astrologiques sont sottes, inutiles & incommodes. Quittez (di-ie, Messieurs) ces fantaisies Iudiciaires, qui au fort ne vous pourroient que ronger la cervelle, & n’esclairciroient point la resolution, qui depend de ce que vous devez deduire sur le propos encommãcé. Entrez donc au fonds, & me monstrez, que l’alliage d’un vieillard avec une ieune piece est impertinẽt & hors de propos, ou qu’il est bien seant. C’est bien dit (va dire le S. Fulgence) ie commenceray pour vous apprendre, qu’à tresiuste occasion ie me plains de ce que nostre bon hõme de Messer Maximilian a encores envie de se raieunir, ie ne me veux point moquer de
luy : mais si c’estoit un autre ie ne luy macheroie point ses veritez. Ceux qui ont fait telles demarches qu’il veut faire, ont esté decriez, comme la vieille monnoye : l’occasion est, qu’ils vouloiẽt marier le feu avec l’eau, le taciturne, pẽsif, groignard, ridé, froidement sec & grison Saturne avec Venus, Royne de tous plaisirs, resioüissances & cõtantemens : suivie d’une beauté, d’une verdeur, du printemps, L’alliance du vieillard avec la ieune, contre nature.
de la ieunesse, du ris, du passetemps, de la volupté, du jeu & de toute gaillardise. Comme si, ainsi que le Platoniciẽ Proclus a tresbiẽ remarqué, on ne devoit reigler l’ordre du petit mõde à la cadẽce du rond Celeste. La vieillesse prẽd pour patron & devise le chagrin & pesant Saturne, tellement ennemy de la generation, que l’on nous fait entendre, qu’il coupa à tout une faucille les genitoires au Ciel son pere. Vous parlez contre vous mesmes (respond le S. Libanius) car encores qu’ainsi seroit, que Saturne auroit tranché les genitoires à son pere, cela ne le rend adversaire de la generation. Elles engendrerent la Deesse d’Amours. Et lors que Saturne fit ce gẽtil traict, il ne devoit estre si aagé, car depuis il eut Iupiter, Iuno, Neptune et Pluton. Mais que direz vous à celuy qui porte mesmes nom que vous (S. Fulgence) lequel en son Mythologique allegorise tout ce mystere fabuleux à la soufflerie Chymique. Tousiours vous me ramenez au Ciel, au lieu que i’ay envie de mettre la main à la paste & faire la besoigne de la maison. Si c’estoit une chose si
estrange que d’acoupler les ieunes aux vieux, Ciceron, estãt sexagenaire, eut il tendu à Publia, ieune pucelle ? Pompee, estant sur l’aage, eut il pris à femme Cornelia fille de Scipion, laquelle estoit ieune, fraische, drue & gaillarde. Le Docteur Bulgare & plusieurs autres doctes & sages personnages eussent ils sur le declin de leur aage bandé à l’attelier de Venus : Il n’y a chasse que de vieux chiens. I’ay cogneu un des premiers hõmes de nostre aage, Cretois, lequel, tout gris & aagé qu’il estoit, prit party aux bandes Cupidiques. Vous cognoissez, & moy aussi, un Poëte François, qui, tout cassé & brisé d’ans qu’il puisse estre, n’a pourtãt voulu Exemples de aucuns excellens personnages, qui se sont mariez estans sur l’aage.
ietter sa part aux chiens des passetemps Cythereens. Ie luy en ay autresfois parlé, & luy ruay trois ou quatre petits traits de gausserie, il me paya neãmoins de si belle monnoye, que ie prisay la fortune & souhaite le mesmes à tous ses semblables, afin qu’ils puissent comme luy avoir du contant. Où vous plõgez vous, poure hõme (va dire le S. Fulgence) ie ne poursuivray pas la guerre & discord mortel, qu’il y a entre Venus & Saturne, puis que vous Mythologisez à rebours & mettez la charrue avant les bœufs : mais ie veux un peu peser la force & authorité de vos exemples. Vous avez mis en butte Ciceron, cõme il estoit à loüer de s’estre divorcé d’avec sa femme Terentia, aupres de laquelle il estoit envieilly, pour espouser ceste ieune mignonne de Publia. On sçait quelles reproches luy en ont esté faites, & si Antoine en sceut bien faire son proffit alencontre de Ciceron. Pour le repudiemẽt i’ay (dit le S. Libanius) moyens en main, pour deffendre cest acte, à la descharge du bon pere de l’Eloquence Latine, lequel avoit beaucoup de griefs de mescontantemens
Pourquoy Ciceron repudia Terentia. alencontre de Terentia, pource qu’elle n’avoit tenu conte de luy durant la guerre, de maniere qu’il partit de Rome, sans avoir ce qui luy estoit necessaire, pour s’entretenir hors de sa maison : & encores quand ce fut au retour, elle ne luy fit devoir de l’affection qu’une femme doit à son espoux, ne daigna le visiter à
Brindes, là où il seiourna long temps : & qui pis est, à sa fille, qui eut bien le cœur de se mettre en chemin, pour faire un si long voiage, elle ne donna ny suite, ny argent, ny cõpaignie : finalement qu’elle avoit mal mesnagé en son absence, & le reduisit si au petit pied, que, pour se degaiger des grans debtes qui l’oppressoient, il fut contraint se ioindre avec ceste ieune Publia. Ie ne forge point ces moyens : Plutarque les nous a cottez en sa vie. Vo. le couvrez d’un sac moüillé (dit le S. Fulgence) il pourra se morfondre : & pour vostre Pompee que direz-vous ? il ne fit en sa vie chose, qui luy tournast tant à deshonneur, que de s’estre voulu raieunir avec sa Cornelia. Le bon homme Bulgare se ietta luy-mesmes le coup de risee, qui luy donna sur le nés : car le lendemain de ses noces franches-surannees il se mit à lire la Loy rem non novamC. de iud. comme s’il eut voulu trompetter qu’il entroit en un chemin qui estoit frayé par autre que luy. Vostre Cretois, ie l’ay cogneu familierement, & sçay qu’il estoit hõme d’honneur, & qui a beaucoup merité pour la Republique des lettres ; quoy qu’aucuns ayent voulu à coups de pierre charpẽter sa renommee, les lettres luy doivent beaucoup : mais s’estant trouvé sans fẽme il ne cessa, octogenaire qu’il pouvoit estre, d’estre en pourchas pour donner en lieu où sa froideur grise pouvoit estre chaleureusement hebergee. Il fit un pas de clerc, & luy-mesmes l’apprit à ses despens : car, pour beau dragmer ses drogues infusives, il ne sceut signe, qu’il se sentit decharné, & son humeur vitale tarie. I’ay perdu beaucoup, & ne gaigneray rien au nouveau mesnage de nostre poëte Limosin, qui quand il pyndariseroit dis mille fois plus qu’il ne fait, ne me sçauroit faire acroire, que son huile puisse estre bastant pour entretenir la lampe Amoureuse, comme il a pris en tasche. Il n’est plus du calibre d’Hercules, il aura beau se servir d’eschalottes, asperge sauvage, satyrion, artichaux, saffran, mente, rue, cresson, truffes, pigeons, escargots & autres tels aiguillons de Venus, il pourra mettre le feu dans la maison, & en fin sera coignefestu. Asseurez vous qu’il n’a pas iournee faite, & que quelque bonne mine qu’il face, & qu’on luy face beau jeu, il se trouve lasche au choc : Le bon homme a une migraine qui ne luy donne heure de repos. Voila que c’est de ne se ioüer à bille pareille : ces vieux regrignez tout roupieux & chassieux qu’il sont veulẽt pescher au plat, & ne peuvent roidir le manche, comment estendroiẽt ils le bras ? Voila donc les vieillards (dit le S. Libanius), qui à vostre cõte, doivent bien serrer leur marchandise, & ne l’estaler, aussi bien ne la pourront ils debiter. Vous ne voulez qu’ils se mettent en besoigne, comme si la vieillesse estoit contraire et ennemie à la generation de l’homme. Merveilles, que vous ne nous conseillez de tracer nos mœurs à la Thracienne : car puis que vous voulez que les vieillards ne nous servent que d’entrape pour en detraper le monder, les Thraces vous ont tracé le chemin, comment il falloit les traiter inhumainement : ils avoient accoustumé de tuer leurs peres & meres, cassez de vieillesse & de maladie, & puis apres les mangeoient, afin qu’ils se servissent de pasture aux vers, ainsi qu’ils respondirent au Roy de Perse. Vous nous rendez les vieillards inutiles à la generation, si est ce que ie vous monstreray, qu’ils peuvent estre peres. Qu’ainsi soit, le Pape Æneas Pius, en son Europe chap.
25 nous apprend que Vladislas, Roy de Poloigne, eut de sa secõde femme deux fils, à sçavoir Vladislas & Casimir, l’un desquels eut la Duché de Lituanie, & l’aisné, qui estoit Vladislas, succeda au royaume Polaque, & fut appelé à la Couronne Vieillards peuvent estre peres.
d’Hongrie : mais expressement est remarqué, que ce Vladislas, estant nonagenaire, eut ces deux enfans. Valere le Grand, Solin, & Pline mesmes au septiesme livre de son Histoire naturelle, ont tresbien remarqué, que Masinissa, Roy de Numidie, ayant passé quatre vingts six ans, engendra Methymatnus : que Caron le Censeur au quatre-vints huitiesme an de son aage engrossa la fille de Salonius son vassal, de laquelle il eut Caton, ayeul de celuy d’Utique : de mesmes Cornelia Damoiselle Romaine de la maison des Scipions, rapporta à Lucius Volusius Saturninus son mary un fils, qui aussi fut nommé Volusius Saturninus, le pere ayant soixante deux ans passez. Ie n’entreray point en plus ample preuve, d’autant que cela est assez coustumier & ordinaire entre nous que des bons vieillards engendrent. Vous ne dites pas (va dire le S. Fulgence) si on ne leur preste point telle charité, & s’ils n’ont point des serviteurs du Diable, qui font plus qu’on ne leur commande, & s’emploient en une besoigne, dont on ne leur sçait point de gré. Ie ne nomme personne, si sçay ie bien qu’il y a en plusieurs paroisses de France trop de millions de bons hommes, qu’on nomme peres, & qui ne burinerent onques l’ouvrage, qui leur est attribué. N’estimez pas qu’à credit ie m’opiniastre pour ceste dispute : Ie voy que les Medecins & Philosophes naturels, qui ont recerché les causes de la stérilité & incapacité à engẽdrer tãt en l’homme qu’en la femme, entre autres ont remarqué, que c’est ou parce qu’il n’y a plus d’ancre au cornet & d’huile en la lampe vitale, ou que les outils sont recreus & restifs,
Ou qu’ils sont trop usez par le long exercice
Qu’ils ont fait, en faisant à leur maistre service :
Ils sont desormais las, egrevez, epuisez,
Ils n’ont plus de pouvoir, de volonté assez.
Que s’il faut fureter plus curieusement les secrets de l’accouplement mutuel, qui rend leurs efforts tant inutiles, & engẽdre tant de coups perdus, n’est ce pas, que lors que le grand coup se donne, la rencontre des deux ne se peut faire ? car l’un est prompt & hasté, l’autre est lasche & paresseux, si bien que la paste en attendant s’evante, & se refroidissant perd la force generative : au rappeau le vieillard est sourd, & n’en veut point manger. Si le rapport n’est entre les deux partis, estimez vous, que le levain puisse enfler la paste ? Lavez vous hardiment les mains (va dire le S. Libanius) vous ne pouvez faillir, que ne les ayez engluees & empesees, vous vous y fourrez iusques au coude, & si ne touchez pas au fonds, car le broüillis que guignez des deux semences ne vient à propos. Cela auroit lieu, s’il n’y avoit que les mariez qui engendrassent, mais tant de coups, qui se donnent en robe, pensez vous qu’ils ne portent, pource que l’on ne demeure accroché long temps ? moyennant que la poudre soit dans le canon, si elle est bonne elle n’a pas garde qu’elle ne prenne feu. Ioint que (comme tiennent nos Naturalistes) virile sperma septem horis consistit, s’il y a de la recharge, l’alliage se pourra touiours faire. Et quant à la diversité des semences, que n’avez osé gueres esventer, elle est fort à mon advantage. car si ainsi est que la ieune femme soit en tout temps sous l’ardeur de la Canicule, sans doute elle n’auroit pas garde d’engendrer, & seroient deux feux qui s’attiseroient l’un l’autre : mais quand le mary est moderé & atrẽpé, l’humeur fraische qu’il iette dans le fourneau est fort propre pour la refraischir. La chaleur est certainement necessaire à la generation, mais elle ne peut suffire seule (ie ne parle point du Phœnix) il faut les autres qualitez. Que dites vous, pauvre homme (respond le S. Fulgence) ie ne me puis tenir de rire quand ie vous vois syllogiser si cruement. Voila une ieune effriquee, chaude tout ce qui se peut, fretillarde, eveillee, lascive, & du tout encline à Venus, pour appaiser la fureur de son feu, vous me luy donnez un vieil resveur, un crache en ruelle, un pauvre Diable, qui ne peut que à peine bander une fois le moys, & si il faut encores tant de bandages, des ceremonies encores plus. Elle desconfiroit le plus roide qu’on luy pourroit mettre en front : Hercules ne luy monteroit que bien peu, & vous la voudriez charger d’un pauvre vieillard, qui ne se peut luy mesme remuer, c’est bien loin de la serrer.Tout ce que le bon hõmas pourroit ietter dans la belouse, luy monte autant que seroit un grain de mil en la gorge d’un asne, comme une goutte d’huile au milieu d’un grand feu, ou comme un peu d’humeur, pour estancher la chaleur de quelque fievre ardente. Vous parlez (dit le S. Libanius) des femmes qui ont perdu toute honesteté, qui se lasseroient plustost au mestier que de s’y assouvir : ce sont gouffres et fondrieres d’impudicité : & si encores ie treuve, que celle qui a emporté le pris entre toutes les putains, qui onques furent au monde,
n’a point eu si à cœur l’accointance d’un vieillard. La belle Venus ne s’accoupla elle pas avec le bon vieillard Anchises, sur le bord du fleuve Symois, quoy qu’il fut ridé, roupieux & chassieux ? & de cest accrochement Æneas n’en fut il pas basty ? Venus accouplee à Anchises.
Vous ne direz pas, qu’elle fut surprise, ou qu’elle pensa à ce qui n’y estoit pas : Elle en faisoit la leçon aux autres. Ie passe (dit le S. Fulgence) que vous avez pesché ce conte fabuleux riere les courãs poëtiques, mais vous ne prenez pas garde, que ce qui la fit plier sous telle cõionction, fut qu’elle avoit receu advertissement par l’Oracle, qu’apres que l’Empire des Troyens seroit abattu, il n’y auroit que ceux de l’estoc d’Anchises, qui cõmãdassent, pour prevenir que l’Oracle ne fut à faute & mensonger, comme elle vit Anchises fort abattu de vieillesse, elle voulut forcer nature mesmes. Ce n’est dõc point, que les enlacemens grisons luy pleussent, mais parce qu’elle desiroit, que la response de l’Oracle vint à effect. Or puis que iusques icy ie vous ay escouté sur les moyẽs qu’avez voulu emploier, pour marier les vieillards avec les ieunes, il faut, qu’à mon tour ie preuve ma negative, & que ie monstre par les incommoditez qui accompaignent telle inegalité, que ces mariages bigarrez sont de tres-pauvre grace, & encores de plus perilleuse consequence. En ce faict nous avons affaire à deux parties : est besoin de voir si cest estrãge alliage
les pourra contanter, commençons par le mary : Le vous voila logé avec une ieune pucelle, qui ne demande que ses plaisirs, qu’à bondir en ioye & se ragaillardir. A lieu d’entendre à la luite Hermaphroditique, ce sera un tousseur, un cracheur, un rechigné, qui, pour faire mine de vouloir tenir raison à sa creanciere, essayera de Le vieillard marié avec une ieune, miserable.
se remuer, il se tuera, & si ne pourra acquiter la dixiesme partie des arrerages sur-annez. La femme, voyant un si pauvre cavalcadour, qui ne sçaura piquer sa monture, se mettra à se moquer de luy, & maintesfois luy ioüera un si mauvais party, que le bon homme, pour passer sa melancolie sera cõtraint d’aller ioüer à la corniche. Estant sur l’aage il ne devroit plus penser qu’à prẽdre du bon temps, & vous le voulez attacher au limon, vous le ferez labourer. Il ne peut, si luy mettez vous en queüe un terrible resveille-matin. Il aura beau estre escorché, si faut il gaigner sa iournee, & ainsi il sera plus miserable que les chevaux, lesquels s’ils sont blessez en quelque part, foulez ou escorchez ont relais iusqu’à ce qu’ils soiẽt gueris. Ce pauvre vieillard n’aura toute sa vie fait que besoigner, ses outils en serõt usez, & on n’aura pas pitié de luy, sur sa vieillesse on luy dõnera encores une tasche plus mal-aisee. Que pensez vous faire ? vous luy envoiez un poste en Paradis, tant vous luy pressez ses maiz. Ie ne parle point de chose, qui ne se puisse decider que par le droit, la maistresse des fols iustifiera assez mon dire. Combien de douzaine de milliers meurent tous les ans, pour avoir esté cõstraints de s’efforcer au choc ? Prenez moy un forçat qui soit bãdé & iour & nuict à la chiorme, vous avez le patron de vostre vieillard. Depuis que l’on est à la cadene il faut marcher, & n’est pas question de dire qu’on est mal disposé, ou de demander si on a des bras. Dés que la ieune Dame a son vieillard, elle ne s’enquiert pas du passé, s’il y a moyen ou s’il y a fonds, la partie m’est deüe (dira-elle) il faut qu’elle me soit acquitee. Sur la replique du mary, que son avoir & sa puissance ne bastent, pour la rendre contante, elle insiste, & faut, que le mary, quoy qu’il ne puisse presque se remuer, qu’il entre au party. Car les lettres de respy n’ont point lieu en cest endroit. L’authorité du Prince ne peut rien sur ce droit, que nature a acquis à ceste femelle. Avez vous iamais veu des veaux pousser de leur teste le ventre de leur mere, luy tirailler son pict ? Ainsi ceste mal piteuse vous espraindra le bout de ce pauvre vieillard, le succera de telle façon qu’il n’y restera que ce qu’elle n’aura à fine force peu tirer. Quand donques vous voulez marier un vieillard avec une ieune femme, vous le mettez à la boucherie, vous luy precipitez ses iours, l’obligez & forcez à faire ce qu’il ne peut. C’est pourquoy le Tyrã Denis, cõme sa mere luy dit, qu’il prit à femme quelqu’une de ses suiettes & citoyennes, quoy qu’il fut aagé, luy respondit tres-prudemment, que le Tyran ou Prince pourroit bien rompre, faulser et abolir les Loix de la cité, non point celles de nature, & que quant à luy il seroit bien marry d’introduire en la cité un tel desordre, ou de permettre, que hors le temps on prit des alliances où il n’y auroit ny plaisir, ny amitié, mesmes qui demeureroiẽt manques pour la fin des noces. Quelles reproches est ce qu’on iette à ces pauvres vieillards, lesquels, au lieu qu’ils devroient estre honorez sur le declin de leur aage, sont moquez & monstrez au doigt par celles mesmes, qui les devroient respecter & reverer ? Vous avés entẽdu q. l’effort & cõtẽtion qu’ils font au jeu, doivent leur avancer fort leurs iours, ils sont bien hastez par le regret qu’ils ont de se voir desdaignez & mesprisez par leurs femmes : mais le plus grand coup de marteau qu’ils puissent recevoir, c’est qu’enchassez dans ce ieune bois ils sont à tous coups
Ialousie logee avec les vieillards maris de ieunes fẽmes. martelez de jalousie : car soit que leurs femmes, paravanture, ne leur facent tort, si est ce que ceste impression est si familiere à ces bonnes gens, que c’est aussi grãde merveille de trouver un vieillard mary d’une ieune femme degarny de ceste dragee, que la mer sans eau. Et quand tout est dit, ie treuve qu’ils en ont tres-iuste occasion : ils recognoissent tresbien, que les femmes, principalement de ieune calibre, fretillent à la queue, comme de fait naturellement elles tendent à avoir lignee, ainsi que l’ont remarqué tant les Iurisconsultes en la Loy ambiguitates, C. de
in. vid. q. les Medecins & Philosophes. Platon en son Timee & Galen au sixiesme livre des lieux affect. ch. v. escrivent ce que mesmes le Sage a tenu en ses Proverbes, que la matrice de la femme est gloutonne & convoiteuse au possible d’engendrer, voire qu’elle est en peine & malaise iusques à ce qu’elle ait peu concevoir : recognoissent qu’il faut souvent arrouser ce Tempé, qu’il ne faut estre lasche à la besoigne. Ils ont beau avoir bonne affection, protester de leur bonne & deliberee volonté, cela ne suffit pas, non plus que le iardinier ne seroit excusable, si, par faute d’avoir arrousé ses fleurs, l’ardeur du Soleil les auroit fené, quoy qu’il publia qu’il avoit la meilleure envie de bien faire. Ils sçavent, que les femmes, pour se guerir de leur bobo, n’espargnent chose qui soit, qu’il n’y a si hasardeux pelerinage qu’elles n’entreprennẽt, que tout ainsi que le navire, si le cordage est destendu, court au gré de la tourmente : de mesmes la femme, si elle n’est cloüee, va souvent moüiller l’ancre, où le patron du vaisseau ne voudroit pas : bref qu’au peril de leur vie, & de ce qui leur doit estre le plus cher, elles suppleeront l’incapacité de leurs vieillards. Quel creve-cœur est ce à un pauvre homme d’avoir des lieutenans de couche ? La passion est si forte, qu’elle a quelquefois forcé aucuns de se meffaire eux mesmes. S. Fulgence (va dire le Sieur Libanius) traitez un peu plus doucemẽt les femmes : à vous oüir, ont diroit qu’incessammẽt la Canicule loge en leur cartier, il y en a de modestes, chastes & sages, qui, pour mourir, ne voudroient avoir fait chose que bien à point. Elles ne sont point toutes si saffres, comme vous les depeignez. Si toutes celles, qui sont mariees à de ieunes hommes inhabiles au mestier, & qui n’ont daigné penser de prendre des substitus vous avoiẽt donné sur le nés, asseurez vous que vous l’auriez bien camus. Vous parlez de ialousie, celles la, si elles avoient pris party  avec un vieillard, auroiẽt encores bien plus d’occasion de supporter l’impuissance vitale de leurs maris. Les autres ne sont point si farouches, ehontees & abandonnees à leur lubricité, que les remonstrãces chenues de leurs maris n’eussent au moins le pouvoir de les divertir de mal-faire, & les entretenir à l’execution de leur devoir. Vous le prenez fort mal (va dire le S. Fulgence) où il est question d’effect, les paroles ont bien peu d’efficace, &, comme dient les Alemans, ce ne sont les mots qui remplissent la gibbeciere, ains ce qu’on fourre dedans : que s’il ne tenoit qu’à caioler & remõstrer, les vieillards emporteroient les ieunes hommes : la vieillesse a le babil de peculier, ce luy est un gage, duquel elle ne peut estre dessaisie que perdant le souffle avec la parole. C’est la reproche qu’on fait coustumierement aux vieillards, qu’il ont du bec assez, mais c’est tout. Il faut, qu’à ce propos ie vous face un conte de deux ieunes frippons : l’un se plaignoit à son compaignon de ce que quelques fois les chiens luy faisoient si fort la guerre qu’ils le mordoient. Non (dit l’autre) ie te veux apprendre une oraison, laquelle empeschera que les chiẽs ne te meffacent, ie l’ay eprouvee : & ainsi que tu me croyes mieux, lors que nous passerõs devãt des chiẽs ie la diray, tu verras, qu’ils ne nous sauteront dessus. Il vous prend un gros baston, & comme ils furẽt aupres de deux gros mastins, remuãt son baston il vous cõmence à marmõner ceste belle oraison : les chiẽs ne s’approcherent aucunemẽt. Cela mit tellement le cœur au ventre à celuy, qui avoit esté auparavãt mordu, qu’il ne cessa qu’il ne la sceut par cœur. Un iour comme il repassoit seul devant ces chiens, il commence à cracher ses gros mots d’exorcisme, mais les chiens n’en tindrent pas grand conte, ils estoient Normands, & l’oraison estoit Latine, ils se ruent sur ce pauvre Diable de charmeur, le vous pelaudent & houspillent de si honeste façon, que ses habits estoient tout dechirez, & luy denté en plusieurs parts. Il n’eut pas retrouvé son cõpaignon, qu’avec une infinité de plaintes, il s’en va luy conter sa miserable fortune. Tu n’as pas dit l’oraison (va dire l’autre) : si ay (respond il) plus de dix fois, mais au Diable si ces chiens ne s’acharnoient de tant plus sur moy. Ie sçay bien d’où viẽt toute la faute (dit le docteur du charme, ie gageray, que tu n’avois verge ny baston : non (respõd il). Apprens dõc (dit l’autre) qu’une autrefois si tu te trouves en tel hazard, qu’il faut dire l’oraison, mais au bout faut avoir le baston, qui en un besoin servira pour rabattre leur colere. De mesme les remonstrances ont beau trotter par compagnie, si vous n’avez dequoy rappaiser la fureur des femmes, elles tiennent autant de conte de vos paroles que firent les chiens de ceste oraison. La liaison du mary avec la femme ne tend pas à ce que l’on devise ensemblement, le but est d’eterniser le genre humain par la continuelle succession des enfans, qui sont engendrez. Un vieil regrigné comment pourra il fournir à l’appointement ? il a ses outils forbeux, maigres, lasches, secs, aloüis, poltrons, debiffez, esclopez : la pluspart de l’attelage cassé, brisé & rompu, tout son cas si flaque, que, s’il faut donner dedans la bresche, il l’y faut guider par art. D’ailleurs il est si mal propre à aimer, il ne mignotte point, faut il parler des begayans baisers, accoler & donner autres petis entre-gents & truchemens d’Amour, il n’y entend que le haut Alemand. Le bonhõme est si revesche & contraire à soy mesmes, qu’il se hargne à son propre naturel. C’est à ce coup que ie vous tiens (va dire le S. Libanius) vo. ne m’eschaperez pas, vous rebutez les
vieillards de s’accointer en mariage avec les ieunes, parce qu’ils sont infertiles. Or ie vous soustiens, que la fertilité ne peut empescher le Mariage, principalemẽt entre les Chrestiens, qui tiennent, que le Mariage n’est pas afin d’avoir des enfans, Infertilité n’empesche le mariage.
comme estoit la loy de Nature, laquelle encores ne partisoit si fort qu’on diroit bien pour la generatiõ des enfans (consensus enim non concubitus nuptias facit) mais est seulement permis afin de subvenir à l’infirmité humaine, ne urantur can nuptiarum 27. quæst. 1. pour esteindre la chaleur & bruslement de nature. Pource la lignee est appellee le bien & non pas la cause du Mariage can omne 27 quest. 2. C’est ce que S. Augustin nous enseigne en son traité du bien du vefvage, q. autresfois le Mariage a esté l’obeissance de la Loy, mais à present, c’est le remede de l’infirmité, & à aucuns le soulas de l’humanité. Et de fait Iean Wiclef fut cõdamné au Cõcile de Constance, parce qu’il disoit, que l’hõme ne devoit pas habiter avec la femme, sinon pour avoir lignee. Encores donques, qu’il n’y eut aucune esperance en un vieillard qu’il puisse avoir des enfans, vous ne devez pas conclure que le Mariage luy doit estre interdit avec une ieune femme, vous condamnez les Chrestiens, qui le permettent, suivãt la glose can. nuptiarum, cotté cy dessus. Ne pensez pas qu’ils ne soient fondez sur raison. Quintilien en sa seconde declamation nous en fournit, uxori charitatis ardorem flagrantiùs frigidis concupimus affectibus. De fait encores que (comme escrit S. Augustin au traité de bono coniugij) en un mariage sur-anné l’ardeur de l’aage entre le masle & la femelle soit abbatue, toutefois l’ardeur de la charité du mary & la femme est en force & vigueur.
Ce sont (respond S. Fulgence) là des moyens qui vous semblent fort pregnans (S. Libanius) mais ie n’y trouve nés : car quoy qu’on ne vous les debatit point, ce seroit, à vostre conte, mettre le vieillard à son aise, pour alangourir la ieune pucelle. Vous dites, que le Mariage est institué pour prevenir la chaleur naturelle, qui pourroit nous faire sursaillir à pis, afin que vostre argument soit concluant, il faut, que la Mariage ne soit estably que pour le mary, ne uratur : car pour rafraischir un vieillard, qui de soy n’est que trop froid, vous voulez, au moins n’en faites difficulté, qu’une pauvre pucelle, qui ensoulfree d’un feu plus vehemẽt que n’est le Gregeois, haigne en son ardeur sous les os secs d’un vieil chenu. Ce n’est pas mal fait de souhaiter bien aux masles, mais au detriment & gehenne des femmes, il n’y a point d’apparence. Prenez bien cecy, car ie l’emploie pour l’autre membre de la division que i’avoie cy dessus fait des malheurs & inconveniens du mariage du suranné & de la trop tost mariee. Maintenant ie vay reprendre ce que vous avez deduit, pour monstrer, que le Mariage ne peut estre interdit au vieillard pour l’infirmité de son aage, & incapacité d’engendrer. Vous avez les Romains, qui formellement sont bandez contre vous, & tiennent que le Mariage n’est ordonné que pour la creation des enfans, l. fed est quæsitum de lib. & posth. l. si serva in fi. de iu. dot. l. spadonum de verb. signif. Et entre les Chrestiens, encores que nous n’ayons
point tant le Mariage pour avoir lignee, que pour estaindre la chaleur & ardeur qui est és personnes, si faut il que nous usions de ce remede de nostre imbecillité à Le mariage tend à lignee.
quelque bonne fin, c’est à sçavoir pour avoir lignee, ainsi que dit S. Augustin au troisiesme livre contre Iulien : de sorte que celuy qui a totalement perdu l’esperance de lignee, ne se doit point marier, parce qu’aussi bien la compaignie de la femme ne luy peut servir d’aucun relaschement. Et de fait S. Augustin au livre 15. contre Faustus reprend les Manicheens de ce qu’ils vouloiẽt user du Mariage seulement pour le plaisir, evitans d’avoir des enfans. Ie soustiens donc que le mariage est permis entre les Chrestiens in solatium infirmitatis, modò tamen insit aliqua spes prolis, & par consequent, que les vieillards en doivent estre reculez, parce qu’ils ne sont assez roides pour pousser dehors la semence, ou, s’il y a de l’ejaculation, semen non est prolificum : ce ne sont que rosees fantastiques & imaginaires, ou bien ce sont eaux, qui se verglassent, & ne fertilisent le chãp. Il faut que l’on parle à vous à ce coup (va dire le S. Libanius) vous voulez que les outils des vieillards soient sans force ny vigueur, qu’ils n’osent mettre le pied en l’escole de Venus, s’il n’y avoit que Cupidon qui en-amoura, vous auriez quelque apparence, d’autant qu’il est fort ieune, & à peine un vieillard pourroit compatir sous les folies de ce ieune teste legere : mais Venus a sa Cour, elle y dresse & façõne to. les iours ceux, qui ne sont autrement tenus pour apprentis. A elle quelquesfois s’adressent les vieillards, ausquels elle r’apprend encores le mestier, mesmes elle les cõtraint de se ranger à l’attelier. C’est la plainte que le Poëte fait à Venus, qu’elle l’appelle au choc, encores qu’il y ait fort long temps qu’il ne l’eut courtisee. Et Pline au vingt deuxiesme livre de son Histoire naturelle chap. 22. remarque expressement, que l’herbe Scandix (qui est tenue par aucuns pour celle qu’on nomme pecten Veneris) a cela de singulier, qu’elle remet en nature ceux qui se sont essimez sur les femmes, mesmes qu’elle rend ceux qui sont desia sur l’aage, gentils compaignõs envers les Dames. Si donques ou par nature, ou par art les vieillards peuvent estre resveillez à la besoigne, vous leur faites tort de les chasser si loin des femmes. Ils sont hommes aussi bien que vous & moy, & ne pensez pas, que l’aage ait peu leur faire perdre l’envie & force qui nous est naturelle de nous monstrer hommes. que direz vous à l’advis de Diogenian, qui porte, qu’il faut accointer une
ieune fille avec un vieillard plustost qu’une vieille ? Il fonde son advis, sur ce que la fille pourra raviver la chaleur du vieillard, & accomplir par ce moyen les effets de Mariage. La response (dit le S. Fulgence) est toute preste par ce que nous trouvons au premier chapitre du troisiesme livre des Rois, là il est porté, que le Roy David devint vieil & avoit beaucoup d’aage, tellement qu’on le couvroit
d’habillemens & il n’eschauffoit point, si luy dirent les serviteurs : Qu’on cerche à
Ieunes filles donnees aux vieillards pour les eschauffer.
nostre Sire le Roy une iouvencelle vierge, laquelle se tienne devant le Roy, & qu’elle l’entretienne & dorme en son sein, & qu’elle l’eschauffe. Ce qui fut fait, & luy fut amenee Abisay Sunamite, belle tout ce qui se pouvoit, laquelle entretenoit le Roy & luy servoit : mais il est nottammẽt cotté, qu’il ne la cogneut point. On suppose donc des ieunes pucelles aux vieillards, seulemẽt pour les eschauffer, non point pour les repaistre de la qualité coniugale. Mais (à votre advis) n’y a il point de cõscience de tenir si fort long temps en haleine une pauvre femme alteree exorbitamment, & la mettre aupres d’une fontaine, où elle n’osera prendre de l’eau, d’une goulee, où en deux passades elle l’auroit tarie. On plaind celles recluses, qui passent leur ieunesse sans la compaignie des hommes, d’autant qu’au travers de leurs chartres Cupidon leur darde assez souvent des traits d’Amour, qui empraignent leur ame d’une amoureuse flamme. I’en cognois qui ioüent de terribles jeux, & iettent des souspirs de desespoir fort pitoyables : au moins leurs yeux ne voyent pas continuellement le feu qui les embrase, ce n’est qu’une imagination. Les poules de nos vieux chapons sont & iour & nuit sous l’aile chenue, elles meurent de faim, elles ont la viande, mais c’est une chose si crue & de si peu de goust, que quãd mesmes on leur en voudroit donner leur portion cõgrue, elles seroient bien faschees qu’une seule goutte fut entree dans leur corps : elle les offenseroit plus qu’elle ne proffiteroit, pour tout potage ce seroit une goutte d’eau qu’on ietteroit sur un grand brasier, qui renflammeroit d’avantage l’ardeur. Et c’est pourquoy les unes s’appelent vefves, quoy qu’elles ayent leurs maris aupres d’elles, mais autant voudroit avoir pas rien que d’avoir un mary qui ne fait rien : les autres se portent pour ennemies de leurs espoux, lesquels elles servent de groin, de chagrin & de reproches : les autres de despit enroolent leurs maris en la confrairie de la Lune : les autres finalement, pour se detraper de si ennuyeux maistres, complotent leur mort, & les vous envoyent tout doucement au tombeau. Voila les beaux fruicts de l’inégalité du Mariage, les Maris sont en peine, les femmes languissent sous les tourmens, les uns & les autres sont mal contans. Messieurs, vous avez assez (vai ie
dire) pourmené ceste question, si est ce qu’il faut que ie vous voie encores escrimer un petit pour les vieilles, à sçavoir si un ieune hõme doit tendre à une vieille. Quant à moy (va dire le S. Libanius) ie veus touiours appareiller les partis au Mariage, & trouve, que les ieunes qui s’accrochent à des vieilles, sont plus sots que les filles, qui s’humilient aux vieillards. De fait, tel pense avoir trouvé la seve au A sçavoir si un ieune homme doit tendre à une vieille.
gasteau espousant une  bonne vefve avec beaucoup de biens, en fin il se trouve de S. pris avoir espousé
Une mauvaise bague, une rosse si molle,
Si froide qu’ell’ le noye & morfond s’il s’accole.
Elle sera si froide, que s’il leve quelque chose en son terroir, voicy une lavasse d’eaux, qui ravine la semence, delave si bien le vaisseau, que l’œuvre encommencee se pert, se rompt & se gaste. En apres les Medecins nous apprennent, que ces vieilles goutieres ramassent des humeurs si tres pernicieux & corrompus dans leur esgout, que le ieune levron, pensant fureter quelque proye de plaisir és forests d’Ericine, il s’embourbe en des puans, sales & infects  marests. S’il peut s’en desgager, ne pensez pas, qu’il releve la teste pour la queste du gibier : on l’y a trop mal traité. Il y a plus, qu’il n’y a aucun plaisir avec telles aridelles : elles sont fascheuses & ennemies des plaisirs amoureux, leurs flancs sont engourdis, leur aine & leur cuisse endormie. Estes vous accouplé avec une d’elles, vous trouverez qu’elle est plus froide qu’un glaçon, & plus dure que fer : quand vous auriez tous les brandons d’Amour, elle ne pourroit estre eschaufee. Que si elle prend envie de fringuer, elle s’en acquitte si laschemẽt, que ny elle ny celuy qui la presse n’en reçoivent plaisir, elle est si longue à la descharge, que ce qu’elle a receu propre pour faire lever la paste, en l’attendant, s’esvante & refroidit, se gaste. D’estre groignardes, revesches & mal plaisantes, ne le faut demander : ce sont les fleurs de
la vieillesse. Quant à la qualité de vefve, elle est si terrible, qu’il n’y a cheveu qui ne Des vefves.
doive herisser en la teste de celuy qui est assailly & battu d’un si rude baston. Elle a desia pris son ply, elle est cõme le camelot, elle rompra plus tost que de se changer. A ce propos nous avons l’exemple de Timothee excellent ioüeur de flustes, & qui pour de l’argent en tenoit escole publique : il avoit ceste coustume avant que recevoir quelcun à son apprentissage, de sçavoir s’il avoit quelque cõmencement de jeu : il en prenoit plus grand pris la moitié de ceux qui y avoiẽt eu quelque entree que des autres, lesquels ne sçavoient rien : la raison est, pource qu’il avoit plus de peine à oster le mauvais de ses disciples, que d’enseigner le bon à ceux qui n’y entendoient rien. De mesmes le mary aura plus de fascherie à desapprẽdre à une vefve les mœurs quy luy avoient esté passez & entretenus par le deffunct, qu’à en façonner une tout de nouveau. Voila donc en quoy le mariage des vefves & vieilles avec les ieunes hommes se rapporte pour les incõmoditez avec celuy des vieillards avec les filles & ieunes Dames : maintenant faut voir ce, en quoy le dormir surpasse le premier. La vieillesse a de coustume d’estre honoree, & pource les
Le ieune mary ne peut honorer sa femme vieille. bonnes vieilles s’en font accroire beaucoup, & pensent que pour leurs cheveux gris, les testes vertes qui les ont espousé leur quitteront : en un mot, elles veulent que les maris tiennent le rang de femmes. La poule a beau estre plus vieille que le coq, si faut il  qu’elle soit  au dessous. Le Prince, quoy qu’il soit plus ieune que son suiet, si faut il qu’il tienne le dessus, qu’il soit respecté & obey par ceux qui sont beaucoup plus aagez que luy. Ce n’est que desordre, que confusion & que miseres qui suivent, talonnent & espousent ces contre-naturees alliances. Ie recognois veritablemẽt,
que la vieillesse doit estre reveree, mais de mettre le mary au dessous, cela est biẽ estrãge. Ie passe sous silence les reproches, dont elles battent leurs ieunes maris, l’imploiable roideur qu’elles ont acquis à la longue, telle qu’il est impossible les domter, matter & corriger. Vous oubliez (va dire le S. Fulgence) ce qui favorise fort aux mariages des vieilles avec les ieunes hommes : car pour le regard des maris ce leur est une grande espargne, il ne leur faut point tant d’agiots & beatilles pour les popiner, qu’à ces ieunes esventees, elles se passent à peu. Mais quelle despense faut il faire (respond le S. Libanius) pour l’apoticaire, pour le medecin, pour le barbier ? Une demie heure de plaisir qu’on a avec une ieune Dame donne plus de contantemẽt, que dix mil annees qu’on passe avec ces vieilles chagrines, rechignees. De tirer hors ligne les frais, cela est se monstrer ingrat, & ne sçavoir que c’est de vivre entre les gens de bien : qui veut monter sur la mõture, il ne peut moins que la faire ferrer & luy entretenir son harnois. Et bien, puis que vous vous plaisez en prodigalitez (va dire le S. Fulgence) ie ne vous coucheray point icy, que ce sont les vieilles qui serrent & amassent, qui dressent une bõne et riche maison. Y a il occasion de jalousie aupres d’une vieille comme aupres d’une ieune ? on ne la muguette pas, on ne luy fait la court, si ce n’est le mary, qui la cherit & honore, comme sa chere & loyale partie. Vous m’en contez de belles (respond le S. Libanius) & avez autant de raison que celuy, qui souhaitoit plustost une laide femme qu’une belle, parce qu’il estoit asseuré qu’elle ne le coupauderoit : estre pauvre que riche, parce qu’il ne seroit en danger d’estre volé : & estre miserable qu’à son aise, parce qu’on ne luy envieroit sa prosperité.