On appelle coquetier celui qui amène dans les villes de la volaille, du beurre, des œufs en coque, du poisson de somme, &c.
Dans quelques provinces, on appelle ceux qui font ce métier, cocatiers & cocassiers.
Ces marchands portoient chez les anciens le nom de Déliaques, parce que, dit-on, les habitans de l’île de Délos furent les premiers qui s’avisèrent de porter des œufs & de la volaille, &c, dans des villes voisines. Cicéron, Pline, Columelle & Vossius en parlent dans leurs ouvrages.
Dans son traité de la police, Lamarre les appelle fruitiers-coquetiers & beuriers ; il dit que leur communauté fut originairement formée sous le nom de regratiers de fruits, & rapporte les anciens statuts que leur donna sous le règne de Saint Louis, environ l’an 1258, Etienne Boileau, prévôt de Paris, qui travailla, par ordre de ce roi, à la réforme de la police.
Le plus grand commerce de cette espèce de marchandise, qui consiste en oiseaux domestiques nourris dans les basses-cours des fermes & des maisons de campagne, & en gibier de toute espèce, se fait par les coquetiers de la Normandie, du Maine, de la Brie & de la Picardie, &c. ils sont obligés de l’apporter au bureau, pour que de-là elle soit étalée à la nouvelle vallée sur le quai des Augustins ; afin que les bourgeois & les rôtisseurs puissent s’en pourvoir.
Lorsqu’ils ne font que le commerce de la volaille, on les nomme poulailliers.

Extrait de : Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques. Tome 4, par Jacques Lacombe (1785)

Les marchands coquetiers étaient très mobiles puisqu’ils migraient de foire en foire. Le poulailler qualifiait également la petite messagerie qu’ils conduisaient chargée de volailles, de gibiers, d’œufs et autres victuailles achetées dans les fermes et revendues sur les différents marchés.
L’un de mes ancêtres Alexandre, issu d’une famille de vignerons picards, est devenu cocassier suite à son premier mariage avec la fille d’un ancien employé dans les fermes du roi reconverti dans ce corps d’activité au milieu du XVIIIe siècle.
Il me semble donc intéressant de mettre en ligne un des extraits du Traité de la Police dont l’Encyclopédie méthodique fait référence pour découvrir l’évolution de ce simple, mais d’importance, métier de marchand de volailles :

Des Marchands Poulaillers, & des Lieux destinez pour ce Commerce à Paris

Connoître parfaitement la nature de tous les animaux qui entrent dans nos aliments, & les differens degrez de bonté de leurs chairs, soit pour le goût, soit pour la santé, ne rien ignorer de toutes les Loix, qui en permettent ou défendent la Chasse, pour s’en rendre les maîtres ; sçavoir, comment, & sous quelles conditions ils peuvent être rassemblez dans nos Parcs, nos Garennes & nos Colombiers, sont toutes connoissances certainement fort curieuses, qui ont leur utilité, & qui peuvent être souvent mises en usage dans nôtre Police ; elles seroient au reste fort infructueuses, si en même temps l’on n’avoit eu soin d’établir des regles de commerce et d’œconomie, pour procurer l’abondance de ces mêmes Chairs dans nos Villes, & de les faire parvenir jusques sur nos Tables.

L’estime que les Anciens ont eu pour la Venaison, les Volailles & le Gibier, ainsi que nous l’avons vû dans les Chapitres précédens, ne permet pas de douter qu’ils n’eussent établi des Marchez publics, & préposé des personnes pour ce commerce dans les Lieux où ils le jugeoient necessaire. Aristophane fait mention de ces Vendeurs de Volailles & de Gibier dans les Villes de la Grece, & ils les nomme, par rapport à cette Profession, Ornithias, Poulailliers ou Oiseleurs (Aristophan. in Arcanen. apud Athen.). Il y avoit dans l’ancienne Rome jusques à dix-sept Marchez, où l’on exposoit en vente les Vivres, Fora Venalia, dont l’un étoit destiné pour la vente de la Venaison, des Volailles, du Gibier, & où s’exposoient aussi les Patisseries & autres alimens les plus délicats ; ce qui le fit nommer, pour le distinguer des autres, qui avoient aussi leur nom particulier, Forum cupedinarium, des mots cupes ou cupedia, qui signifient chez les Anciens, selon Festus, des Viandes exquises & friandes, Lautiores cibos (Festus de verborum significatione. Petr. Victorde Urb. region. Rosin. antiquatum Romanorum, lib. 9. c. 7.).
Nous avons vu dans l’un des Chapitres précédens, que parmi nous la grosse Venaison n’entre point dans le commerce, elle est reservée pour les plaisirs du Roy, des Princes, & ceux des Seigneurs qui ont le droit de Chasse : Ainsi l’on n’expose dans nos Marchez que la menuë Venaison, que nos Anciens nommoient Sauvagine, diminutif de sauvage, les Volailles & le Gibier. Il y avoit autrefois à Paris deux sortes de Marchands pour ce commerce, les Poulailliers de la Ville, qui formoient une Communauté qui avoit ses Statuts & ses Reglemens, & les Poulailliers Forains.
Les Poulailliers de la Ville exposoient leurs Marchandises en vente tous les jours de la semaine dans la ruë neuve Nôtre-Dame, & à la Porte de Paris proche le Châtelet ; & le Samedi de chaque semaine, avec les Forains, à la Place, qui étoit alors destinée à ce Commerce, aux Halles ruë de la Cossonnerie. Ce concours des Marchands de Paris & des Forains aux Halles, firent souvent naître des differends entre eux pour les Places. Cela obligea dans la suite de les separer ; & l’on donna à ceux de Paris une Place sur le Quay de la Megisserie. Ce lieu en prit le nom de la Vallée de Misere du grand nombre de Volailles & de Gibier, d’Agneaux, de Chevreaux & de Cochons de lait que l’on y faisoit mourir. Ce qui restoit de Marchandises aux Forains, chaque jour de Marché, après les Bourgeois & les Pourvoyeurs fournis, les Poulailliers de la Ville avoient la liberté de l’acheter, d’où il furent aussi nommez Regratiers.
En ces temps-là les Rotisseurs ne vendoient que de la grosse Viande & des Oyes, d’où ils furent nommez Oyers, comme il est expliqué dans le Chapitre qui suit celui-ci, & qui les concerne. Les Poulaillers vendoient la Venaison, les jeunes Bestiaux, les Volailles, & le Gibier en poil & en plume, ou en blanc prêt à cuire. La proximité de ces deux Professions donnoit lieu à beaucoup d’entreprises les uns sur les autres, & à des Procès qui troubloient souvent leur Commerce & l’ordre public. Ils furent enfin unis & incorporez, en sorte que nous n’avons plus à present que des Marchands Forains de cette espece de Marchandise, qui nous l’apportent des Provinces, & des Rotisseurs pour nous la préparer. Toutes ces différentes Places où le Marché à la Volaille avoit accoûtumé de tenir, furent aussi réunies & fixées à la seule Place de la Vallée de Misere.
Les premiers Statuts des Poulailliers, sont du temps de saint Louis, & font partie de ce grand Reglement, qui fut fait pour la Police generale de Paris, par Estienne Boileau, que ce Prince établit Prevôt de cette grande Ville, pour y remettre en vigueur l’ordre public que l’on y avoit beaucoup négligé depuis plusieurs années, ainsi que nous l’avons prouvé ailleurs. Ce Reglement & quelques autres qui le suivent, furent recueillis & rassemblez par Guillaume Thiboult, successeur de Boileau, l’an 1300. & composent l’un des anciens Registres du Châtelet, qui a pour titre premier Volume des Métiers. Voici ce qu’il porte à l’égard des Poulailliers, sans rien changer à son ancien langage.

1742 - Plan et Description du Quartier de S.te Opportune avec ses Ruës et ses Limites

1742 – Plan et Description du Quartier de S.te Opportune avec ses Ruës et ses Limites

NUl ne peut estre Poulaillier à Paris, se il n’achapte le Mestier, & le veut cil qu’il l’a achapté du Roy, à l’un plus, à l’autre moins, ce comme il luy semble que bon est.
Quiconque est Poulaillier à Paris, il peut avoir tant de Varlets & d’Aprentis comme il luy plaist.
Quiconque a achapté le Mestier de Poulaillier, il peut vendre toutes denrées fors cire ouvrée, & Poisson d’eau douce, & toute maniere de regratterie, par payant la coustume que chacune chose doit.
Qui vent Poulailles & Volatilles, sans autre regratterie, ou sans autres denrées, il ne doit rien de coustume de chose qu’il achapte ne vende fors que quatre deniers, que chacun Poulailler doit au Roy chacun an, à payer aux huitaines de saint Denis ; & s’il ne payoit au jour nommé les quatre deniers, il ne doit point d’amende ; mais cil qui cueult la coustume de par le Roy par preure en leur maison gages, pourtant qu’il ait un Sergent du Chastelet avec ly.
Se aucun Poulaillier achapte aucune denrée appartenant à son Mestier, & aucun qui n’a pas le Mestier de Poulaillier veux achapté partir à ly, il ne le peut faire, soit Bourgeois ou Estagier de Paris.
Femme de Poulaillier peut tenir le Mestier de Poulaillier, après la mort de son mary, aussi franchement comme se il eut survescut ; & si elle se marie à homme qui ne soit du Mestier, il ly convient achapter le Mestier en la maniere dessus devisé  ; & semblablement ly conviendroit-il achapter le Mestier ; si son mary estoit du Mestier, & qu’il ne l’eut pas achapter ; comme l’homme n’est pas en la seigneurie de la femme, mais la femme est en la seigneurie de l’homme.
Femme qui oncque not Seigneur peut achapter le Mestier de Poulaillier, & estre Poulailliere aussi franchement comme un homme en toutes choses.
Nul, ne nulle ne peut ne ne doit comporter, ne faire faire comporter Volailles ou Sauvagines mortes, pour vendre fort que à la Porte de Paris ou en ruë neuve devant Nostre-Dame, tous les jours de l’an, & en champeaux au Samedy tant seulement ; se ont ordonné ly Preud’hommes du Mestier, pour les Sauvagines & les Volailles que l’on garde trop, de quoy on a subçon qu’ils ne soient mauvaises & pouries.
Nul Poulaillier ne autre ne peut & ne doit aller ne envoyer encontre les denrées appartenant à leur Mestier, hors du Marchié à deux lieuës de Paris en tout temps, tant comme ly Roy soit à Paris ou au Bois (Château du Bois, qui étoit hors de Paris, au lieu marqué dans nôtre premier Tome Livre premier Titre 6. Chapitre 4.), en Parlement, ou hors Parlement.
Ou Mestier cy-devant dit, à quatre Preud’hommes Jurez & sermentez de par le Roy, lesquels le Prévost de Paris met & oste à sa volonté, liquels jurent sur Saincts, que ils le Mestier garderont bien & loyalement à leur povoir, & que toutes les meprentures qu’ils sçauront qui faictes y seront, que il au Prevost de Paris ou son Commandement, le seront assavoir au plutost qu’ils pouront.
Cil qui porte autre denrée que il est cy-dessus devisé, il pert les denrées, & doivent estre données pour Dieu à l’Hostel Dieu, ou aux pauvres Prisonniers, par la main des Jurez.
Si aucun va encontre les denrées autrement qu’il est cy-dessus devisé, tant comme ly Roy soit à Paris, il conviendra au Roy de cinq sols parisis, desquels cinq sols parisis ly Preud’hommes Jurez devant dit en doivent avoir douze deniers par la main du Prevost de Paris, pour les coustement que ils mettent à faire les amendes venir.
Les Poulailliers de Paris doivent la Taille, le Guet & les autres redevances que les autres Bourgeois de Paris doivent au Roy, & les Preud’hommes Jurez & sermentez sont quittent du Guet, pour la peine & pour le travail qu’ils ont du Mestier garder, & cil qui ont soixante ans d’aage, & cil à qui leurs femmes gissent d’enfant, tant comme elles gissent ; mais ils sont tenus de le faire sçavoir à celuy qui le Guet garde de par le Roy nostre Sire.
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11 Septembre 1363. Vidimus & Confirmation par Charles V. des Statuts des Poulailliers de la ville de Paris, registrées au cinquième Volume des Bannieres du Châtelet, fol. 18. Ces même Statuts furent confirmez par Louis XII. au mois de Juillet 1498. François 1. au mois de Juillet 1548. & toutes ces confirmations registrées au même Volume des Bannieres. Carolus, Dei gratiâ, Francorum Rex, notum facimus universis, tàm modernis quàm posteris, Nos infrà Scripta copiam extructam Sigillo præposituræ nostræ Parisiensis Sigillatum Vidisse, formam quæ sequitur continentem, Nule ne peut estre Poulaillier à Paris… ut supra. Quam quidem Copiam à omnia & singula in ea contenta rata habentes & grata ipsi & ea Nos ad supplicationem custodum & operatorum artificii seu ministerii supradicti laudamus & approbamus, ratifficamus ac autoritate nostra Regis & speciali gratia tenore præfentium confirmamus, si & in quantum eis hactenus usi fuerunt & utantur Praposito Parisiensi cæterisque justiciarius, officiariis & subdictis nostris Præsentibus & futuris, vel eorum loca tenentibus in tempore quilibet possunt ad eum pertinere dantes Præsentibus, in mandatis quatenus Præsatos supplicantes, & eorum quem libet nostra præsenti gratia & confirmatione uti & gaudere pacifice faciant & permittam impedimentis & perturbationibus rejectis quibuscumque quod ut firmum stabile perpetuo perseveret præsentes Litteras Sigilli nostri munimine fecimus roborari nostro in aliis & alieno in omnibus jure salvo, actum, & datum Parisius anno Domini millesimo trecentesimo sexagesimo quarto mense Septembris. Signé sur le repli, in Requestis Hospitii. J. CHESNEL. Et scellé de cire verte en las de soye rouge & verte.

La plûpart des autres Ordonnances qui concernent ce Commerce, contiennent plusieurs dispositions qui sont communes aux Poulailliers de la Ville, & aux Forains. Il y en a même pour les Rotisseurs & pour le Commerce des Œufs, du Beure & du Fromage, qui a presque toûjours été joint dans les Marchez à celui des Volailles, & soûmis à une même discipline. Nous rapporterons ici ces Ordonnances dans leur entier, cela les rend plus intelligibles, & il seroit difficile de les diviser sans les affoiblir. Les notes qui sont en marge, feront sommairement mention des differentes matieres qu’elles contiennent, & nous y renvoyerons le Lecteur, en traitant de chacune de ces autres Professions, dans les Chapitres particuliers qui les concernent.

Soit crié & publié à Paris ès Lieux accoustumez à faire Cryz & Publications, ce qui s’ensuit.
24. Janvier 1468. Ordonnance du Prevôt de Paris, concernant les Marchands Poulailliers, Forains & de la Ville, les Rotisseurs & les Marchands d’Œufs, de Beures & de Fromages ; registrée au Châtelet Livre vert neuf fol. 42. L’En commande & enjoint, de par le Roy nostre Sire, & Monseigneur le Prevost de Paris, à tous Marchands Forains & autres qui ameneront & feront venir en cette ville de Paris, pour vendre aucunes denrées & Marchandise de Poulaille, Cochons, Oisons, Lappereaulx, Œufz, Fromages, Beures & autres Vivres quelz qu’ilz soient, que incontinant eulx arrivez ils les meinent & descendent ès Halles de Paris, en la ruë de la Cossonnerie, devant le Chastelet, & ès autres Lieulx, selon les jours & ainsi qu’il est accoustumé de faire d’ancienneté, sans les descendre ailleurs, ne mener pour vendre, soit ès Hostelleries, ou autre part, sur peine de confiscation desdictes denrées, & de soixante sols parisis d’amende ; se ce n’estoit que lesdicts Marchans arrivassent sy tart, qu’ilz ne peussent aller esdictes Places, ouquel cas ilz pourront descendre en leurs Hostelleries, sans en icelles vendre, promettre, ne enerrer aucunes desdictes denrées ; mais le lendemain au plus matin, seront tenuz toutes icelles denrées par eulx admenées, mener & descendre ès lieulx dessusdictz pour ils les vendre & debiter publiquement, & non ailleurs sur ladicte peine.
ITEM. L’en deffend comme dessus à tous autres Marchans Poulailliers, Rotisseurs, Regrattiers & Revendeurs des denrées & marchandises dessusdictes, qu’ilz ne soient sy osez ou hardiz de aller ou envoyer audevant desdictes denrées, ne icelles acheter, barguigner ou enerrer ès Hostelleries desdicts Marchans, ne ailleurs, sur la peine dessusdicte.
ITEM. L’en deffend comme dessus ausdictz Marchans Poullailliers, Rotisseurs Regratiers & Revendeurs qu’ilz ne soient sy hardiz d’eulx trouver esdictes Halles, à la Porte de Paris, en la ruë de la Cossonnerie, ne ès autres lieulx accoustumez à vendre lesdictes denrées pour icelles barguigner, enerrer ou acheter, que premierement leure de unze heures devant Midy soit sonnée, & non plustost, sur ladicte peine de tenir Prison, & de ce que les Seigneurs, Prelasts, Bourgeois & autres Habitans de cette dicte ville de Paris en puissent acheter & faire leurs provisions pour la dépense d’eulx & de leurs familles.
ITEM. L’en deffend ausdictz Marchans Poulailliers, Rotisseurs, Regratiers & Revendeurs, que ilz ne se tiennent, ne envoyent esdictz lieulx & places ordonnez à vendre lesdictes denrées & marchandises, mesmement en ladicte ruë de la Cossonnerie, le jour de Samedy, pour icelles denrées acheter, barguigner ou enerrer, jusques à ce que ladicte heure de unze heures soit sonnée, sur peine de confiscation desdictes denrées qu’ilz auroient achetées, & de cent sols parisis d’amende.
ITEM. Pour ce que lesdictz Marchans Poulailliers, Regratiers & Revendeurs sont coustumiers de eulx trouver ledict jour de Samedy le plus matin qu’ilz pevent en ladicte ruë de la Cossonnerie, & en icelle establir & vendre leurs denrées & marchandises, tellement que les Marchans Forains, & autres venans de dehors n’y pevent souvent avoir place, & soubz umbre de ce sont presciez à avoir & acheter les denrées qui sont amenées ledict jour en ladicte Ruë, & aussi à vendre leursdictes denrées par eulx achetées, & par ce sont cause de mects & pris sur lesdictes denrées que bon leur semble, par quoy les Bourgeois & Habitans de ladicte Ville sont souvent frauldez & deceuz, tant en achetant les denrées desdictz Regratiers, parce que on cuide qu’ilz soient Forains, comme autrement. L’en deffend comme dessus ausdictz Marchans Poulailliers, Regratiers & Revendeurs, que doresnavant ilz ne soient sy osez ou hardiz de estaller ne vendre icelluy jour de Samedy, leursdictes denrées en ladicte ruë de la Cossonnerie, jusques à ce que ladicte heure de unze heures soit sonnées sur ladicte peine de cent solz parisis d’amende, & de confiscation de leursdictes denrées qu’ilz auroient estallées.
ITEM. L’en deffend semblablement à tous Hostelliers & Taverniers de cettedicte Ville, qu’ilz ne soient sy osez ou hardiz d’acheter ou enerrer aucunes desdictes denrées en leurs Maisons, s’aucunes en veulent acheter, les facent porter & mener par lesdictz Marchans esdictes Places & Lieulx, sans les acheter en leursdictz Hostelz, ne les souffrir vendre ne barguigner en leusdictes Maisons, par eulx ne par autres, en toute ne en partie, sur peine de confiscation desdictes denrées, par eulx ou autres, achetées en leursdictes Maisons, & de cent solz parisis d’amende quant ausdictz Hostelliers & Taverniers.
ITEM. Et se ainsy estoit, lesdictz Marchans Forains arrivassent ou amenassent leursdictes denrées ès Lieulx & Places dessusdictes, après Midy, ou après ladicte heure de unze heures sonnées, ilz serient esdictes Places l’espace de deux heures & plus, avant que lesdictz Poulailliers, Rotisseurs & autres Regratiers les puissent acheter, barguigner ou enerrer, sur ladicte peine de cent solz parisis d’amende, & de confiscation, quant ausdictz Poulailliers, Rotisseurs & Regratiers.
Et afin que ces presentes Ordonnances soient mieulx & plus diligemment gardées & entretenuës, mondict Sieur le Prevost a ordonné que les Denonciateurs de ceulx qui seront au contraire desdictes Ordonnances, auront pour leurs peynes & sallaires, le tiers desdictes confiscations & amendes.
FAICT ou Chastelet de Paris, par déliberation de Conseil, le Mardy vingt-quatrième jour de Janvier, l’an mil quatre cens soixante-huict. Ainsy signé, LE CORNU. Publié par les Carrefours. Signé, G. MICHEL.
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Extrait des Registres de Parlement.
15. Avril 1499. Arrêt concernant le Commerce des Volailles, de la Venaison, des Œufs, Beures, Fromages & du Poisson d’eau douce, les Rotisseurs & les Cuisiniers ; publié par les Carrefours le 14. janvier 1515. & registré au Châtelet, Livre gris fol. 184. POUR ce que nonobstant plusieurs Ordonnances publiées en cette ville de Paris, par Ordonnance du Prevost de Paris ou ses Lieutenants, à la requeste du Procureur du Roy, & enregistrées ou Chastelet de Paris. Plusieurs abus, entreprinses & mauvaistiez se font & commettent chacun jour, sur l’estat des vivres, denrées & marchandises de Poulailles sauvagines, Poisson d’eau doulce, Œufs & Fromages, ainsi que la Cour de Parlement a esté deuëment informée ; le tout par le moyen des Revendeurs & Revenderesses, qui ne gardent lesdictes Ordonnances, mais par soubtiez moyens vont à l’encontre & revendent lesdicts vivres trop plus cheres qu’ilz ne doivent ou grand préjudice de la chose publique. Ladicte Cour a ordonné & ordonne que lesdictes Ordonnances seront de nouvel publiées & gardées ; & pour ce faire commande & enjoinct ladicte Cour, au Prevost de Paris, ses Lieutenants, aux Examinateurs dudit Chastelet de Paris, que en toute diligence ilz facent garder & observer de point en point lesdictes Ordonnances, sur peine de prendre & lever sur eux les amendes qui y sont contenuës ; & oultre enjoinct oux Huissiers de ladicte Cour, qu’ilz s’en donnent garde, & en facent rapport à la Cour de ce qu’ilz trouveront avoir esté faict au contraire. Et premierement, en ensuivant lesdictes Ordonnances anciennes, la Cour enjoinct & commande à tous Marchans Forains qui ameneront aucuns vivres en cette ville de Paris, que incontinent, sans arrester, ilz les fassent mener & descendre ès Lieux publics & accoustumez à vendre lesdictes denrées ; comme en la Cossonnerie, à la Porte de Paris, devant Chastelet, touchant les Poulailles sauvagines & autres Chairs ; & le Poisson aux Pierres au Poisson, tant de l’Aport de Paris, de petit-Pont, Porte Baudoyer, que ailleurs ; & les Œufs, Fromages & Beures, au Cimetiere Sainct Jehan, ruë neuve Nostre-Dame & autres Lieux publiques & accoustumez de ancienneté, sans les vendre, distribuer en errer, ne permettre par lesdicts Forains ausdicts Revendeurs, Regratiers, ne autres de par eulx, jusques à ce que lesdictes denrées & marchandises soient amenées, descenduës & exposées en vente esdicts Lieux & Marchez publics, chacun en son regard, sur peine de confiscation desdictes denrées & marchandises, & de soixante sols parisis d’amende envers le Roy, de laquelle amende l’Accusateur aura la tierce partie ; & seront tenuz lesdicts Peagers & Gardes des Chaussées, qui recueille le Peage, signifier ladicte Ordonnance aux Marchans Forains & Estrangers, à ce qu’ilz se gardent de mesprendre, sur peine de vingt solz parisis d’amende, dont l’Accusateur aura la tierce partie. Item, Sy lesdicts vivres, denrées & marchandises qui arrivent de nuict, pourquoy feust besoing les descendre en Hostellerie, l’Hoste sera tenu & luy commande & enjoinct ladicte Cour, sur peine de soixante solz parisis d’amende, que le lendemain matin, sans rien en achepter ne prendre, il fait amener par ledict Marchand Forain, ou autre en son refus, lesdictes denrées & marchandises, ès Lieux & Places publiques & accoustumées en toute diligence ; & s’aucun est trouvé avoir faict le contraire, il sera mis en Prison, & payera ladicte amende de soixante solz parisis, avant que en partir, nonobstant opposition ou appellation quelconques. Item, la Cour deffend bien expressement à tous Regratiers, Revendeurs, Poulailliers, Rotisseurs, Poissonniers, Cuisiniers, Revendeurs & Revenderesses de Poulailles sauvagines, Œufs, Fromages, Poissons, Beures & autres vivres quelconques, qu’ilz ne soient sy osez ne sy hardiz de aller ou envoyer en appert ou couvert audevant desdicts vivres, denrées & marchandises dessusdicts, pour icelles marchander, barguigner en errer, ou acheter, & n’emespechent que lesdictes denrées ne soient amenées en plain Marché, en la maniere accoustumée, & ainsi que dit est dessus ; & aussi ne tiennent ne occupent les Lieux & Places dessusdictes ordonnées ausdicts Marchans Forains ; sur peine de confiscation desdictes denrées, & d’estre banniz & privez à tousjours du fait de ladicte Regraterie & Revendage, de tenir Prison, & de soixante solz parisis d’amende, qui sera employée comme dessus. Item, outre deffend ladicte Cour, sur pareille & semblable peine ausdicts Poulailliers & autres Regratiers qui ont leurs Ouvroüers ou Eschoppes devant ou après desdictes Places ordonnées ausdicts Marchans Forains, qu’ils ne soient sy osez ne sy hardiz ès jours de Marché, durant le temps que lesdicts Marchans Forains exposeront en vente leursdictes denrées & marchandises, de ouvrir leurs Estaulx, ne exposer aucune marchandise en vente, soit de Chair, Poulailles sauvagines, Œufs ou autres denrées & marchandises, jusques à ce que lesdicts Marchans Forains, ayent distribué & vendu aux Bourgeois & autres notables gens de cette ville de Paris, leursdictes denrées & marchandises, & qu’ilz n’achaptent rien de ly Forains ne autres jusques après l’heure de unze heures sonnées. Item, & sy lesdicts Marchans Forains arrivoient plus tard, & ameneroient lesdictes denrées & marchandises esdicts Lieux publiques, après ladicte heure sonnée, lesdicts Regratiers, Poulailliers, Coquetiers, & autres Revendeurs & Revenderesses ne barguigneront ne achepteront aucunes desdictes denrées, jusques deux heures après, que lesdicts Marchans seront arrivez, sans congé & permission de Justice, sur ladicte peyne. Item, l’en deffend à tous Sergens & autres Officiers du Roy au Chastelet de Paris, que desormais l’en d’eulx ne se meste ou entremette plus du fait de Regraterie ou Revendage de Volailles sauvagines & autres Chairs, Poissons, Œufs, Fromages & autres vivres quelzconques par eulx, ne par autres, leurs femmes, gens & serviteurs, sur ladicte peyne ; & à l’esgard de ceux qui ont & tiennent lesdicts Offices, & neantmoins exercent & font exercer par leurs femmes & serviteurs le faict de Regraterie des vivres dessusdicts, ou d’aucuns d’eux. Ladicte Cour leur enjoinct, que dedans quinzaine prochainement venant, pour tous délaiz, ilz choisissent l’un ou l’autre, sur peyne de privation de leurs Offices, publiées à son de Trompe par les Carrefours & Lieux accoustumez à Paris, le quinzième jour d’Avril, l’an mil quatre cens quatre-vingt & dix neuf, avant Pasques. Signé, ROBERT.

Toutes les mêmes dispositions furent renouvellées par un autre semblable Arrêt du 26. Mars 1523. publié par les Carrefours le même jour, & registré au Châtelet, Livre rouge neuf, fol. 110.
L’on a toûjours éloigné des Villes, la nourriture des Volailles & d’autres animaux, dont l’infection peut incommoder les Habitans, & leur causer des maladies populaires ou contagieuses. Cette Police a été observée exactement dans tous les temps à Paris, pour y maintenir la propreté de la Ville, & la santé publique. Ainsi les Poulailliers étoient obligez d’aller à la campagne acheter leurs marchandises, ou d’acheter le reste des Marchands Forains, les jours de Marché. Quelques-uns des plus pauvres de cette Communauté, & qui étoient logez aux extremitez de la Ville, en lieux écartez & au grand air, demanderent qu’il leur fut permis d’y nourrir des Volailles ; les lieux furent visitez par l’un des Commissaires-Examinateurs au Châtelet, en presence du Procureur du Roy, & sur son rapport, le Prevôt leur accorda la permission qui suit.

28. Mars 1526. Permission accordée par le Prévôt de Paris aux Poulailliers de nourrir des Volailles pour les provisions de la Ville, dans les ruës écartées où ils logoient. Livre rouge neuf, fol. 132. A Tous ceulx qui ces Presentes Lettres verront, Gabriel Baron & Seigneur d’Allegre, Sainct Just, Meillan, Torzet, Sainct Dyer & Pussol, Conseiller, Chambellan du Roy nostre Sire, & Garde de la Prevosté de Paris. Salut : Savoir faisons, que veuë la Requeste à Nous faicte & presentée par Robin de Vaulx, Andry Bourgeois, Jehan Paillart, Guillaume Legras, Colas Janvier, Pierre Fiault, la Vefve de Fer, Henry Tierzet, Jehanne Loynne, Jehan Bouteiller, Matthieu Dupont le jeune, Simon Tierzet, Estienne Moriette, Jehan Thomas, Pierre Rongier & Jehan Ruecte, tous Maistres Poulailliers en cette ville de Paris ; par laquelle ils requeroient que leur voulsissions permettre de nourrir, ou faire nourrir des Oysons & Poussains ès Ruës du Verboys, des Fontaines & autres lieux destournez en cette ville de Paris, à ce convenables, & à lieux accoustumez d’ancienneté, depuis dix ans ença ; si comme ils disoient, pour la provision & envictuaillement des Habitans de cettedicte ville de Paris. Consideré laquelle Requeste, & après ce qu’il Nous est apparu des Congé & Permission donnez par cy-devant ausdicts Robin, de Vaulx & Consorts de nourrir Oysons & Poussains esdictes Ruës du Verboys, des Fontaines & autres Lieux destournez ; mesmement de l’un d’iceulx datté du dix-huitième jour de Juing mil cinq cens vingt-trois ; par lequel & entre autres choses appert Maistre Estienne Migot, Examinateur dudit Seigeur oudict Chastelet, ad ce par Nous commis, avoir veu & visité, & soy estre transporté esdictes Ruës & Lieulx dessus déclairez, en la presence du Procureur du Roy nostredict Seigneur oudict Chastelet, & trouvé icelles Ruës estre destournées de gens, à l’escart, esquelles ne habitent que menus & simples gens, & non gens d’estat, ne maisons d’apparence, & si que esdictes Ruës y a grans Jardins & Lieulx vagues, qui aboutissent sur les Murs & anciens Esgoulx de cettedicte Ville, & comme lieu champestre. Et oys sur ce ledict Procureur du Roy & les Advocats dudict Seigneur oudict Chastelet, pour & ou nom d’icelluy Seigneur : Et tout consideré, NOUS, ausdicts Robin de Vaulx & Consorts dessus nommez, avons permis & permettons de pouvoir nourrir ou faire nourrir esdictes Ruës & Lieulx dessus déclairez, telle quantité d’Oysons & Poussains que bon leur semblera, pour la provision & envictuaillement de cettedicte Ville de Paris ; pourveu que sous umbre de ce ne fust faicte chose préjudiciable, & sauf à pouvoir revoquer cette présente Permission, ou il seroit trouvé cy-après qu’elle fust au préjudice d’aucuns ou de la chose publicque. En tesmoing de ce, Nous avons faict mettre à ces Présentes le Scel de ladicte Prevosté de Paris. Ce fut faict oudict Chastelet, le Samedy vingt-huitième jour d’Aoust, l’an mil cinq cens vingt-six.

Une pareille Permission fut accordée aux Habitans du Fauxbourg Saint Honoré, & sur les mêmes motifs, par une Ordonnance du Prevôt de Paris, registrée au Châtelet, grand Livre jaune, fol. 43.
Les accroissemens de la ville de Paris, tels qu’ils se peuvent voir dans nôtre premier Volume, rendirent l’emploi des Rotisseurs plus nécessaire qu’il n’avoit été dans les commencemens de leur établissement. Les Bourgeois, & encore plus les Etrangers souffroient avec peine de ne trouver chez ces Artisans que des grosses Chairs & des Oyes cuites & prêtes à manger, & d’être obligez d’aller chercher chez les Poulailliers les autres Volailles & le Gibier en poil & en plume, sans autre préparation. Les Rotisseurs, que chacun favorisoit en ce point, s’émanciperent d’eux-mêmes de faire cuire chez eux, & de vendre toutes sortes de Volailles & de Gibier ; & après quelques années de possession, troublés & traversés par les Poulailliers, ils s’adresserent à Loüis XII. qui leur accorda des Status, par Lettres Patentes du mois de Mars 1509. dont l’un des Articles porte cette permission de faire cuire & vendre toutes sortes de Viandes, habillées, lardées, en poil, en plume, rôties & prêtes à manger. Les Poulailliers se plaignirent de cette nouvelle attribution qui avoit été faite aux Rotisseurs, & ils prétendirent que les Volailles & le Gibier n’étoient point compris dans ces Statuts, puisqu’ils n’y étoient point exprimés nommément ; ils se pourvurent devant le Prevôt de Paris, parce que les Statuts des Rotisseurs lui avoient été adressez, & qu’ils n’étoient registrés qu’au Châtelet. Ce Magistrat sur la plainte des Poulailliers, fit deffenses aux Rotisseurs de vendre des Volailles & du Gibier. Les Rotisseurs donnerent sur cela leur Requête au Roy qui leur accorda des Lettres Patentes le 9. Avril 1546. par lesquelles, en expliquant leurs Statuts, Sa Majesté leva les défenses, & leur permit de vendre toutes sortes de Volailles & de Gibier. Les Poulailliers s’opposerent à l’enregistrement de ces Lettres ; & après un Procès qui dura plus de trente ans les Rotisseurs furent enfin maintenus, & les Poulailliers réduits à ne vendre que des Volailles & du Gibier en poil & en plume. Ces Pieces sont rapportées dans le Chapitre suivant. Le commerce des Poulailliers ayant ainsi reçû cette atteinte, diminua considerablement, & insensiblement se trouva dans la suite réuni & incorporé, pour ainsi dire, à celui des Rotisseurs.
Il n’y eut donc plus à Paris de Communauté de Poulailliers, la plûpart se retirerent à la campagne, & augmenterent ainsi le nombre des Forains. Quelques Regratiers, sans qualité, voulurent prendre la place de ces Poulailliers de la Ville ; ils se trouvoient dans les Marchez, ils achetoient des Forains, & revendoient de la seconde main, ce qui causa la cherté. Cet abus fut découvert, & l’on verra par l’Arrêt que nous raportons ici, comment il fut puni.

VEU par la Cour le Procès criminel faict par le Prevost de Paris ou son Lieutenant Criminel, & la Requeste du Substitud du Procureur General du Roy audict Chastelet, Demandeur à l’encontre de Parent, Paul Gaillard & Jehan Collin, Prisonniers ès Prisons de la Conciergerie du Pallais, Appellans de la Sentence contr’eux donnée parledict Prevost ou sondict Lieutenant ; par laquelle, pour avoir par lesdicts Prisonniers contrevenu aux Ordonnances sur le faict de la Police, & estre trouvez parlans & communiquans à des Poulailliers Forains, qui avoient des panniers sur le carreau à la Porte de Paris, ilz auroient esté condamnez à estre mis & attachez au Carquan estant en la Place de la Porte de Paris, & illec détenuz par l’espace d’une heure ; & deffences à eulx faictes de plus contrevenir aux Ordonnances tant anciennes que modernes, sur peine de plus griefve punition : Et oyz & interrogez en ladicte Cour lesdicts Prisonniers sur leursdictes Causes d’appel & cas à eulx imposez : Et tout consideré Il sera dit, que la Cour a mis & met ladicte Appellation au néant, sans amende, a ordonné & ordonne, que ce dont est appellé sortira son effet ; & pour faire mettre ce present Arrêt à execution selon sa forme & teneur, ladicte Cour a renvoyé & renvoye lesdicts Parent, Gaillart & Collin prisonniers pardevant ledict Prevost ou sondict lieutenant. Prononcé le seizième Février, l’an mil cinq cens soixante-douze. 16. Janvier 1572. Arrêt confirmatif d’une sentence de Police du Châtelet, qui condamne trois Particuliers au carcan, pour monopoles dans le commerce des Volailles & du Gibier.

Lorsque tout le Commerce des Volailles & du Gibier fût entre les mains des Poulailliers Forains, l’on réduisit à la seule Place de la Vallée de Misere, sur le Quay de la Megisserie, tous les Marchez qui se tenoient auparavant en differens autres lieux ; & voici les changemens qui ont encore été faits à ce Marché depuis temps-là, & jusques à ce qu’il ait été fixé sur le Quay des Augustins, où il se tient à present.

2. Janv. 1640. Ordonnance du Lieutenant Civil tenant la Police, pour transferer le Marché de la Vallée, du lieu où il étoit, plus avant vers le Pont-Neuf, en attendant la construction du Pont au Change, par défense publiée par les Carrefours le 27  Février ensuivant. SUR ce qui Nous a esté remontré par les Marchands Poulailliers & autres qui font trafic de Gibier & autres Vivres en cette Ville, qu’ils ne peuvent plus amener des Marchandises, s’il ne leur est pourvû d’un Place commode & asseurée pour faire leur debit, attendu que celle qui estoit destinée à cet effet est à present occupée par les Maçons, Ouvriers & materiaux des Entrepreneurs de la construction du Pont aux Changeurs ; requerant qu’il Nous plust y pourvoir promptement, selon l’exigence du cas. Nous après avoir oüy le Procureur du Roy, & Maistre Brunault Commissaire du Quartier de la Vallée de Misere & Quay de la Megisserie, le Proprietaire de l’Office & Charge de Placier d’icelle Place & les Pourvoyeurs du Roy, de la Royne & des Princes & Seigneurs & mesme aucuns Bourgeois dudit Quartier ; Avons, par maniere de provision, pour la commodité publique, en attendant que ledit Pont aux Changeurs soit parfait, ordonné que le Marché desdites Volailles, Gibiers & autres Vivres, sera & demeurera establi audessous de la Vallée de Misere, depuis le logis du nommé Pitan, tirant vers le Pont-Neuf, jusques au logis où pend pour Enseigne le Cocq, du costé du Chastelet, devant les Maisons qui aboutissent sur ladite Place, jusques auprès des descentes pour aller sur l’eau ; à la charge de par lesdits Marchands laisser l’entrée desdites Maisons & des petites Ruelles y aboutissant libres, & aussi de laisser le passage ordinaire des Carrosses & Harnois, & qu’à cette fin il sera planté des poteaux aux deux bouts & extremitez des limites, auxquels sera attaché sur une lame de fer blanc, la presente Ordonnance : Dans l’estenduë de laquelle Place faisons inhibitions & deffenses à toutes autres personnes qu’auxdits Marchands Poulailliers, de Gibiers & autres Vivres, de vendre aucunes autres marchandises ni denrées, à peine de trois cens livres d’amende & de confiscation desdites marchandises & denrées ; & d’autant que les Jardiniers & autres souloient vendre des Arbres, Fleurs & autres choses en la mesme Place, Nous leur enjoignons de se retirer audessous, & d’estaller & vendre doresnavant leursdits Arbres, Fleurs & autres marchandises de ladite qualité, depuis ledit Poteau & Place, proche le Moulin dudit Pitan, jusques au Pont-Neuf ; & laisser pareillement le passage desdits Bourgeois, Carrosses & Harnois libres, sur les mesmes peines ; &  cette fin sera tenu ledit Placier de faire nettoyer ladite Place & rigolle d’icelle, pour escouller les eaux en la Riviere, pour la commodité desdites Marchandises & du Publicq ; & sera la presente Ordonnance leuë, publiée, imprimée & affichée par tout où besoing sera. Ce fut fait & ordonné par Messire Isaac de l’Affemas, Conseiller du Roy en ses Conseils, Maistre des Requestes ordinaire de son Hostel, & Lieutenant Civil de ladite Prevosté & Vicomté de Paris, tenant le Siege le deuxième Janvier mil six cens quarante. Signé, DE L’AFFEMAS, CHAUVELIN. HUBERT, Greffier.
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5. Avr. 1642. Ordonnance de Police, pour la translation du Marché aux Volailles du Quay de la Megisserie, dans la Place Dauphine. Publiée par les Carefours le même jour. SUR les remontrances qui Nous avoient esté cy-devant faites, tant par les Poulailliers Forains que par les Pourvoyeurs & Rotisseurs de cette ville de Paris, qu’il estoit impossible de continuer le Marché aux Volailles, au lieu de la Vallée de Misere, à l’entrée du Quay de la Megisserie, à cause des pierres & autres materiaux que les Entrepreneurs du nouveau Pont ont fait mettre en ladite Place, qui encombrent entierement le passage ; Nous aurions pour quelque temps, fait reculler ledit Marché un peu plus bas, sur le mesme Quay, estimant que lesdits Entrepreneurs ne porteroient pas leurs pierres plus avant ; mais aussi-tost qu’ils ont veu le Marché vuide, à cause du Caresme, ils ont estendu leurs pierres, & tellement rempli le Quay de nouveaux materiaux, qu’il ne reste point du tout de place audit lieu, pour y faire arriver leurs Volailles & Gibier, ainsi qu’il est accoustumé, le passage estant si estroit, qu’il est impossible que deux charrettes venans à la rencontre l’une de l’autre, puissent passer, ce qui cause de si grands embarras, querelles & contestations ; & que s’il n’y est pourvû avant la Sepmaine Sainte prochaine, il est à craindre que lesdits Poulailliers Forains se lassent de amener des Volailles & Gibier, & que la Vallée en demeure desgarnie après Pasques ; c’est pourquoy ayant fait une exacte recherche des lieux plus commodes pour recevoir & placer lesdits Marchands Forains, en attendant que ladite Place soit descombrée ; & n’en ayant point trouvé de plus propre à ce dessein, que la Place Dauphine, tant pour ce qu’elle est au millieu de la Ville, que pour ce qu’elle n’est point éloignée des Hostellages où les Particuliers ont accousté de se retirer. Nous pour cette cause, oüy sur ce le Procureur du Roy, pour le bien & commodité des Habitans de cette ville de Paris & desdits Poulailliers Forains, avons ordonné & ordonnons que le Marché aux Volailles, qui se souloit tenir audit lieu de la Vallée de Misere, se tiendra desormais à la Place Dauphine, sous le bon plaisir de Sa Majesté, aux mesmes jours & heures qu’il se tenoit en ladite Vallée, jusques à ce que ladite Place soit entierement decombrée, & les deux premieres arches du Pont parachevées, pour y faire porter & conduire lesdits materiaux, sans que sous pretexte de ladite translation, les Officiers du Bailliage du Palais puissent prétendre aucune Jurisdiction ny Police sur lesdits Poulailliers, Rotisseurs & autres qui auront affaire à eux, au préjudice du pouvoir qui Nous est attribué par les Ordonnances sur la Police, que Sadite Majesté sera tres-humblement suppliée de Nous conserver, en aggréant ladite translation. Enjoignons aux Commissaires du Chastelet d’y faire leurs visites ordinaires, & se trouver à l’ouverture dudit Marché ; & au Placier de ladite Place de ladite Vallée de Misere, de continuer ses fonctions en ladite Place Dauphine, comme il faisoit auparavant en ladite Vallée, & de nous en rendre raison à toutes les Polices qui seront par Nous faites. Et afin que ladite Translation soit notoire à tous, & qu’aucun n’en puisse ignorer, sera nostre presente Ordonnance leuë & publiée à son de Trompe & cry publicq, tant en ladite Place Dauphine, que par les Carrefours & autres lieux & endroits necessaires & accoustumez de cette Ville & Fauxbourgs, & Copies d’icelle imprimées, affichées par tous lesdits lieux & aux Portes de cette Ville. Ce fut fait & ordonné par Messire Isaac de l’Affemas Conseiller du Roy en ses Conseils. Maistre des Requestes ordinaire de son Hostel, & Lieutenant Civil de la Ville, Prevosté & Vicomté de Paris, le quatrième jour d’Avril mil six cens quarante-deux. Signé, DE L’AFFEMAS & CHAUVELIN.
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LOUIS, par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : A tous presens & à venir, Salut. Comme ainsi soit que les Halles de nostre bonne ville de Paris soient à present trop étroites, à cause de l’accroissement notable de ladite Ville & de ses Fauxbourgs, ce qui fait que beaucoup de Marchandises n’y trouvent point de place, d’où il naît un desordre qui apporte un notable préjudice au Public, les Marchands & Regrattiers de nostredite Ville se servant de l’occasion pour acheter les Marchandises des Forains en secret, & les partager entr’eux ès Hostelleries, en certains Bureaux, & ailleurs, pour les revendre à tel prix qu’ils veulent aux Bourgeois, qui n’en ont ainsi que de la seconde main ; Et outre cela, plusieurs se dispensent de leur authorité privée, d’aller esdites Halles estaller leurs Marchandises & Denrées aux jours de Marché, quoiqu’ils y soient tenus par tous les anciens Reglemens faits sur la Police des Halles, mesme par les Déclarations des Rois Charles VI. du 8. May 1408. & Charles VII. du 28. Janvier 1464. Cette incommodité a esté cause que les Marchands Forains & le Peuple de nostredite Ville ont cy-devant choisi diverses Ruës & endroits pour vendre & debiter leurs Marchandises & Denrées, & particulierement les Volailles, Gibiers, Agneaux, Chevreaux, Cochons de lait, Oeufs, Beures, Fromages, & autres Vivres, qui sont venus, comme par reflux des Halles depuis deux cens ans ou environ, dans la ruë de la Cossonnerie & à la Porte de Paris devant le Chastelet, où lesdites Denrées ont esté venduës par tolerance, jusqu’à ce que lesdits Marchands Forains se sont retirez de ces lieux-là, où ils souffroient & donnoient de grandes incommoditez, parce qu’ils empeschoient la voye publique. Et enfin lesdits Marchands Forains ne sçachans où aller depuis quatre-vingt ans ou environ, se sont établis insensiblement ; & néanmoins par un consentement public, au lieu seul dit la Vallée de Misere, derriere le Chastelet, qui n’est pas moins incommode, parce qu’il est trop étroit & nuisible aux passans tant à pied qu’à cheval, carrosses & charrettes, dont il arrive tous les jours de grands inconveniens ; & auquel lieu, qui a encore esté étressi depuis quelques années par la construction nouvelle des maisons du bout du Pont aux Changes, & de la ruë de Gévre, les Marchands Forains n’amenent pas à present si volontiers leurs Marchandises & Denrées, attendu qu’ils y souffrent de tres grandes pertes, mesme à cause qu’il n’y a point de couvert pour se refugier pendant le mauvais temps, & que leurs Marchandises & Denrées se gâtent, ce qui les oblige de les vendre en gros aux Hostelliers, Rotisseurs & autres qui revendent en détail ; & ainsi ils ne sont point exposés en vente aux Bourgeois pendant les heures accordées par les Reglemens de Police, & est impossible en l’état present de les faire observer, non plus pour cette sorte de Marchandise, que pour toutes autres sortes de Denrées, ce qui en cause la cherté. Au sujet de quoy, nostre tres-chere & bien amée Françoise le Provost, femme de Jacques de Courtarvel, Marquis de saint Remy, premier Maistre d’Hostel de nostre tres-chere & bien amée Tante la Duchesse Doüairiere d’Orleans, & nos amez & feaux, Jean du Bouchet, Marquis de Sourches, Chevalier de nos Ordres, Prevost de nostre Hostel & Grand Prevost de France ; & Guy de Chaumont, Marquis de Guitry, Maistre de nostre Garderobbe, nous ayans dès il y a long-temps tres-humblement supplié & fait proposition de leur accorder la faculté & permission d’acquérir par eux des fonds en lieux commodes de nostredite ville de Paris, pour y construire une ou plusieurs Halles couvertes, Nous aurions par deux Arrests de nostre Conseil d’Estat, des 23. Aoust 1663. & 1. Avril 1664. renvoyé la matiere pardevant nos amez & feaux Conseillers les Lieutenant Civil & Procureur pour Nous au Chastelet, Prevosté & Vicomté de Paris, pour après avoir oüy trente notables Bourgeois, nous donner leurs avis, & estre par Nous ordonné ce qu’il appartiendroit : Ensuite desquels Arrests & d’un Acte fait au Greffe dudit Chastelet, par les Supplians, le 13. Octobre 1663. contenant l’explication plus précise de la proposition au gré desdits notables Bourgeois, pris & choisis, tant du Corps des Magistrats, que de nostre grande & petite Chancellerie, de l Eschevinage, des Directeurs & Administrateurs des Hospitaux, Juges-Consuls, Maistres & Gardes de la Marchandise, & autres, mesme nos Lieutenant General & Procureur en nostre Chambre du Tresor, assemblez plusieurs fois pardevant ledit Lieutenant Civil, en presence de nostre Procureur, l’Enqueste a esté faite par dépositions singulieres, conformément au dernier desdits Arrests, & le Procès verbal dressé, par lesquels il paroist que la proposition a esté universellement loüée & approuvée, tant pour l’utilité & commodité des Forains & des Bourgeois, que pour la décoration de nostredite Ville ; & en consequence lesdits Lieutenant Civil & Procureur pour Nous au Chastelet nous ayant aussi donné avis que la proposition estoit utile au Public, suivant la distinction portée par ledit Acte fait au Greffe du Chastelet le 13. Octobre 1663. pour nécessiter les Marchandises de Volailles & Gibier, qui presentement se débitent à la Vallée de Misere, d’arriver & estre venduës esdites nouvelles Halles, & laisser la liberté pour toutes autres, d’arriver & vendre ès nouvelles ou ès anciennes Halles. Et enfin, le tout Nous ayant esté rapporté en nostre Conseil d’Estat, Nous avons jugé ladite proposition raisonnable & avantageuse au Public ; & en consequence avons accordé ledit Don, Faculté & Permission requise, & ordonné que toutes Lettres à ce necessaires seroient expediées & délivrées aux Supplians, par Arrest donné en nostredit Conseil le vingt-septième Novembre mil six cens soixante-quatre.
PREMIEREMENT
A CES CAUSES, Sçavoir faisons, que desirans pourvoir au Bien public & à la décoration de nostre bonne ville de Paris, que nous chérissons pardessus toutes les autres, comme le lieu de nostre demeure ordinaire, & la Capitale de nostre Royaume ; Et afin de remettre en vigueur, autant qu’il nous sera possible, l’ancienne Police des Halles, pour la commodité & utilité, tant des Marchands Forains, que des Bourgeois de nostredite Ville & de ses Fauxbourgs ; comme aussi désirant de tout nostre cœur favoriser les Supplians de nos graces particulieres, & récompenser leurs soins & leur industrie qui meritent un honorable souvenir à la posterité, mesme inciter par leur exemple tous nos autres Sujets de s’employer aux choses graves, & qui sont utiles & avantageuses au Public : Après avoir fait voir en nostre Conseil d’Estat lesdites Requestes & Arrests des 23. Aoust 1663. & 1. Avril 1664. l’Acte fait au Greffe du Chastelet le 13. Octobre audit an 1663. l’Enqueste contenant l’audition desdits trente notables Bourgeois, & le Procès verbal d’icelle ; l’Avis du Lieutenant Civil & de nostre Procureur audit Chastelet du 10. Octobre 1664. & ledit Arrest de nostre Conseil d’Estat du 27. Novembre ensuivant : Ensemble les anciens Reglemens des Halles de nostredite ville de Paris, sur le fait des Marchandises qui s’y doivent apporter & debiter, & des 2. Mars 1317. 14. Aoust 1372. & 24. Janvier 1468. les Ordonnances & Déclarations des Rois Charles VI. & Charles VII. sur le fait desdites Halles, des 8. May 1408. & 24. Janvier 1454. cy attachez sous le contreseel de nostre Chancellerie, & autres pieces concernant la matiere mise en deliberation en nostredit Conseil, où estoient nostre tres-chere & tres-honorée Dame & Mere, nostre tres-cher & tres-amé Frere unique le Duc d’Orleans, nostre tres-cher & bien amé & Cousin le Prince de Condé, & autres Princes, grands & notables Personnages de nostredit Conseil, de l’avis d’iceluy, & de nostre certaine science, pleine puissance & autorité Royale, Nous avons par ces Presentes, signées de nostre propre main, concedé & accordé, concedons & accordons ausdits le Provost, du Bouchet & de Chaumont, Supplians, la Faculté & Permission d’acquérir des fonds & heritages au Quartier des grandes Halles de nostredite ville de Paris, & d’y faire bastir & construire une Nouvelle Halle, avec les Maisons, Boutiques & Eschoppes du dedans & environs d’icelles, qui sera bastie par symmetrie, couverte autour, & à découvert au milieu, de grandeur & largeur competante, selon les Denrées & Marchandises qui y arriveront ; ouverte du moins sur deux ruës par quatre portes ; & esdits lieux une Chapelle édifiée en l’honneur de l’Annonciation de la Sainte Vierge Marie Mere de Dieu, pour y célébrer tous les jours la Messe, par tels Prestres que les Proprietaires de ladite Nouvelle Halle voudront préposer à cet effet.
II. En laquelle Nouvelle Halle, les Marchands Forains & autres arriveront pour vendre & debiter toute sorte de Volailles, Oiseaux, Gibiers, Agneaux, Chevreaux, Cochons de lait & autres semblables morts & vifs, soit qu’ils soient destinez pour la nourriture du corps humain, ou pour le plaisir.
III. Sans qu’il en puisse, après ledit établissement fait, arriver, ny estre vendu & debité pour la premiere vente, au lieu de la Vallée de Misere, ny ailleurs, à peine de confiscation, & autres peines portées par les Reglemens de Police.
IV. Et lesdites Marchandises & Denrées estant apportées en ladite Nouvelle Halle, y demeureront exposées pour estre venduës & debitées aux Bourgeois jusques aux heures portées par lesdits Reglemens de Police ; & après lesdites heures, tant aux Bourgeois, qu’à ceux qui revendent en détail, soit dans leurs Boutiques, ou en leurs Maisons.
V. Faisans défenses aux Regratiers, Hosteliers, Cabaretiers, Rotisseurs & autres semblables, d’aller audevant desdites Denrées & Marchandises, n’y d’en acheter ; & aux Forains de leur en vendre, autrement qu’il est dit cy-dessus, sous pareilles peines.
VI. Comme aussi, avons permis & permettons à tous Marchands Forains, Ouvriers & autres personnes de quelque qualité qu’ils soient, mesme Estrangers, de vendre & débiter en ladite nouvelle Halle, tout ainsi qu’ès anciennes, avec pleine liberté du choix, les Œufs, Beurres, Fromages, Suifs, Fruits de toutes qualitez, Legumes, Oranges, & generalement toutes autres especes de Marchandises, sans exception, qu’ils doivent ou peuvent estre débitées ès Halles & Marchez publics par les Ordonnances & Reglemens de Police susdatez, que nous voulons estre gardez, observez & executez, aux termes des Presentes, selon leur forme & teneur, & sous les peines y contenuës.
VII. Et pour faciliter le dessein des Supplians, & les indemniser & récompenser, considerant la grande commodité & utilité de ce nouvel Etablissement, dont le prix sera inestimable, eu égard aux grands frais faits pour ce dessein, & à faire tant en l’achapt & appropriation des fonds, que pour la construction, qui sont notoirement dans une cherté extrême, & pour toute sorte d’autres dépenses nécessaires & inestimables en un si grand ouvrage : Considérant aussi l’ornement que cet Edifice apportera à nostredite ville de Paris, & enfin que l’entreprise de ladite Nouvelle Halle, est d’autant plus illustre & digne d’une récompense particuliere, que jusqu’à present le dessein en a paru impossible à tous autres qu’aux Supplians, qui ont sçû ajuster les choses, & prendre des mesures loüables, pour mettre l’entreprise à chef, sans fouler le Peuple : Nous avons dit & ordonné, disons & ordonnons par ces Presentes, voulons & Nous plaist, que ladite Nouvelle Halle, Maisons, Boutiques, Echoppes & leurs dépendances, appartiennent en propre à perpétuité ausdits le Provost, du Bouchet & de Chaumont, leurs hoirs, successeurs & ayant cause, avec tous les droits de Coûtume, Hallage, Tonlieu, & tous autres qui nous compétent & appartiennent sur lesdites Marchandises & Denrées, ou à cause d’icelles, à quelque titre & pour quelque cause & occasion que ce soit, & qui nous pourroient compéter & appartenir, si nous faisions construire à present ladite Nouvelle Halle sur nostre fonds & à nos frais, que nous leur avons cédez & cédons, & iceux subrogez en nostre lieu & place par ces Presentes.
VIII. Par lesquelles néanmoins les Supplians se sont fournis, en faveur du Public, de ne pouvoir prendre, pour lesdits droits de Coûtume, Hallage & Tonlieu sur lesdites Volailles, Oiseaux, Gibiers, Agneaux, Chevreaux, Cochons de lait, & autres semblables morts & vifs, aucune chose, soit sur les Denrées ou sur les personnes, de gré ou de force.
IX. Sans que lesdits Supplians ny leurs Concierges & Commis par eux préposez en ladite Nouvelle Halle, puissent exiger des Marchands aucuns droits pour l’exposition, ny que le refus de payer aucune chose par lesdits Marchands les puisse empescher de vendre à découvert, sans autre commodité particuliere en ladite Nouvelle Halle ; ce qui sera libre.
X. Comme d’autre costé sera pareillement libre à tous Marchands, Ouvriers, & autres de quelque condition qu’ils soient, meme Estrangers de louer lesdites Maisons, Boutiques, Eschoppes, couvert, & autres commoditez de ladite Nouvelle Halle, dont les Baux & Accommodemens se feront volontairement & de gré à gré entr’eux & les Supplians, ou leurs hoirs & ayant cause, en la maniere ordinaire, comme bon semblera aux Contractans, pour faire leur trafic en ladite Nouvelle Halle, sans qu’il puisse estre demandé autre chose, que ce qui sera convenu.
XI. Ce qui aura lieu aussi pour toute sorte de Denrées, Ouvrages & Marchandises qui seront venduës audit lieu, à choix & liberté d’aller aux anciennes, ou à ladite Nouvelle Halle.
XII. En laquelle nous n’entendons reserver pour Nous ny nos successeurs Rois, ny autres prétendans droit de Nous, aucuns droits ny profits, non plus que sur les Marchandises & Denrées qui y seront portées & destinées, ny à cause d’icelles, comme les ayans compris en la presente Concession.
XIII. Laquelle nous avons acensé & acensons ausdits Supplians, leurs hoirs, successeurs & ayans cause, pour relever le tout de Nous & de nostre Couronne, à cause de nostre Chasteau du Louvre, à soixante sols payables par chacun an à la recepte de nostre Domaine de Paris, au jour & Feste de l’Annonciation de la Vierge 25. Mars, & une pair d’esperons d’or du poids d’un marc, à chaque mutation de Roy, pour tous devoirs.
XIV. Comme aussi avons amorty & amortissons tous les fonds & heritages qui seront par eux acquis & employez pour la construction & accroissement de ladite Nouvelle Halle, Maisons, Boutiques, Eschoppes, appartenances & dépendances d’icelle ; & iceux quittez & déchargez de tous droits d’amortissement ; & en consequence de tous autres droits & devoirs Seigneuriaux ou Royaux qui Nous en pourroient estre deus & à nos successeurs Rois, à perpetuité, nonobstant les Contracts de ventes, & autres mutations de Proprietaires de ladite Nouvelle Halle, Maisons & autres dépendances d’icelle.
XV. Sans qu’à l’avenir lesdits fonds, heritages & bâtimens, ny la presente Concession & Acensement, non plus que les Proprietaires & Possesseurs, à cause d’iceux, puissent estre taxez par Nous, ny nos successeurs Rois ; ny pareillement par les Prevost des Marchands & Eschevins de nostredite Ville, ou autres, à quelques sommes de deniers, pour quelque cause & occasion, ou à quelque titre que ce puisse etre, soit pour la confirmation, contributions de Ville, fortifications, subventions, octrois, ou autres charges quelconques, dont nous les avons exceptez & affranchis par grace speciale.
XVI. Sans préjudice toutefois de l’indemnité qui pourra estre deuë pour une seule fois aux Seigneurs des Fiefs, tant Ecclesiastiques que Laïques, autres que Nous, en la censive desquels seront situez lesdits fonds & héritages, qui leur sera payée en deniers, rentes ou échanges, ainsi qu’ils en conviendront avec eux.
XVII. Et afin que les Supplians ne soient point molestez ny retardez en la construction, & en faveur de la cause publique, Nous avons par ces Presentes affranchy & affranchissons lesdits fonds & heritages qui seront par eux acquis, à l’effet susdit, de tous retraits lignagers ; à la charge que lesdites acquisitions se feront de gré à gré avec les Propriétaires ; & où il s’en trouveroit aucuns discordans & hors de raison, que lesdits Supplians seront tenus de se rapporter du prix à l’arbitration de nostre Cour de Parlement.
XVIII. Au moyen de quoy nous avons ordonné & ordonnons que lesdits Supplians, ny leurs hoirs, successeurs & ayans cause, ne pourront jamais estre dépossedez par Nous ny nos successeurs Rois, de tout, ny de partie de ladite Nouvelle Halle, appartenances & dépendances, soit par remboursement, ou arbitration, ny autrement, sous quelque couleur ou prétexte que ce soit.
XIX. Sans qu’aucunes personnes se puissent ingérer ny immiscer, au préjudice des Exposans, de faire & donner aux Marchands frequentans ladite Nouvelle Halle, les accommodemens qui seront par eux desirez en icelle.
XX. Et sans aussi que Nous, ny nos successeurs Rois, puissions établir ou créer aucuns Officiers ou Commissionnaires en ladite Nouvelle Halle, ou sur les Marchandises qui y seront apportées & destinées.
XXI. Ny pareillement faire construire, ou accorder la permission de construire d’autres Halles, au préjudice desdits Supplians, leurs hoirs, successeurs & ayans cause.
XXII. Le tout, sous quelque prétexte, ou en quelque temps, ou occasion que ce soit, déclarant dès-à-present, comme dès-lors, toutes Impétrations, Lettres & Arrests à ce contraires, nuls & de nul effet & valeur ; & défendons à tous nos Juges & Officiers d’y avoir aucun égard.
XXIII. Revoquons aussi tous Dons, Concessions, Créations, Impétrations, ou autres Lettres de Nous obtenuës, & de nos prédecesseurs Rois, en ce qu’elles se trouveroient contraires au contenu de ces Presentes, que nous voulons estre exécutées pleinement & entierement, selon leur forme & teneur.
XXIV. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos amez & feaux Conseillers les Gens tenans nostre Cour de Parlement & Chambre des Comptes à Paris, que ces Presentes ils ayent à faire registrer, & du contenu en icelles joüir & user les Impétrans, leurs hoirs, successeurs & ayans cause, selon leur forme & teneur : Car tel est notre plaisir, nonobstant tous Edits, Ordonnances, Coûtumes & Reglemens à ce contraires, ausquels, & aux dérogatoires y contenus, nous avons pour raison de ce dérogé & dérogeons par ces Presentes ; lesquelles bien & duëment collationnées à l’Original, & signées par l’un de nos amez & feaux Conseillers & Secretaires, Nous voulons faire foy par tout où besoin sera. DONNÉ à Paris au mois d’Aoust, l’an de grace mil six cent soixante-cinq, & de nostre Regne le vingt troisiéme. Signé. LOUIS. Et sur le reply, Par le Roy, PHELYPPEAUX. Et à costé, Visa, SEGUIER, pour servir aux Lettres portant Permission d’établir une Halle, aux conditions portées par lesdites Lettres. Et scellé du grand Sceau, en lacs de soye rouge & verte.
Août 1665. Lettres Patentes pour l’établissement d’une Halle où les Volailles, les Agneaux, Chevreaux, & Cochons de lait, Œufs, Beures, & Fromages seroient exposez en vente. Registrées au Parlement le 12. Août 1671.
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Extrait des Registres du Parlement.
 12. Août 1671. Arrêt d’enregistrement de l’Edit ci-dessus. VEU par la Cour, les Lettres Patentes du Roy données à Paris au mois d’Aoust mil six cent soixante-cinq, signées, LOUIS ; & sur le reply, Par le Roy, PHELYPPEAUX ; & scellées du grand Sceau de cire verte, obtenuës par Dame Françoise le Provost, femme de Messire Jacques de Courtarvel, Marquis de Saint Remy ; Messire Jean du Bouchet, Marquis de Sourches, Chevalier des Ordres du Roy, Prevost de Sa Majesté, & Grand Prevost de France ; & Messire Guy de Chaumont, Marquis de Guitry, Grand Maistre de la Garderobe du Roy : Par lesquelles pour les causes y contenuës, ledit Seigneur Roy auroit concedé & accordé aux Supplians, &c. Arrest du 24. Juillet 1670. par lequel avant proceder à l’enregistrement desdites Lettres, auroit esté ordonné qu’elles seroient communiquées aux Tresoriers de France & aux Officiers du Tresor, au Lieutenant de Police & Substitut du Procureur General au Chastelet, aux Prevost des Marchands & Eschevins de cette ville de Paris, aux Receveurs du Domaine & Fermiers des Entrées, pour y donner leurs Avis, & y dire ce que bon leur sembleroit, & qu’il seroit informé de la commodité ou incommodité dudit Etablissement. L’Information faite en execution dudit Arrest par le Conseiller à ce commis le 16. Mars dernier (contenant l’indication du Lieu, borné par les ruës de la Truanderie, Verderet, Mauconseil & Comtesse d’Artois.) L’Avis & consentement des Officiers du Tresor du 23. Aoust 1670. Celui du Lieutenant de Police & du Substitut du Procureur General au Chastelet, du 4. Septembre ensuivant. Les Consentemens des Receveurs du Domaine & Fermiers des Entrées, des 21. & 22. dudit mois d’Aoust. L’Avis des Prevost des Marchands & Eschevins de cette ville de Paris, du 1. Septembre 1670. Celui des Tresoriers de France en la Generalité de Paris. Requeste presentée à la Cour par les Impétrans, signée, Barbier, par laquelle ils auroient demandé Acte de la déclaration par eux faite, par icelle, qu’ils n’ont accepté le Don à eux fait par ledit Seigneur Roy, par lesdites Lettres, des droits de Coûtume, Hallage & Tonlieu sur les Volailles & Gibiers, que pour les remettre au Public, comme ils ont fait par lesdites Lettres, n’en prétendans exiger aucune chose, ny des personnes pareillement, à cause d’iceux. Et pour ce qui est de l’acquisition des fonds & heritages qui leur seroient nécessaires pour la construction de ladite Nouvelle Halle, Maisons, Boutiques & Eschoppes en dépendans ; ils déclarent qu’ils n’entendent forcer personne, ains contracter de gré à gré avec les Proprietaires ; & en cas que par quelque évenement, il se trouvast quelqu’un déraisonnable & discordant mal-à-propos, qu’ils se rapportent à la Cour d’ordonner de l’estimation, ainsi qu’elle verroit estre à faire pour raison, selon l’exigence des cas. La Carte & Plan de l’établissement de ladite Halle, signée & paraphée de le Paultre Architecte, & autres Pieces mentionnées & attachées sous le contre-scel desdites Lettres. Conclusions du Procureur General du Roy ; Et tout consideré.
LADITE COUR a ordonné & ordonne que lesdites Lettres seront registrées au Greffe, pour estre executées, & joüir par les Impétrans, leurs hoirs & ayans cause, de l’effet & contenu en icelles, selon leur forme & teneur : A la charge 1. Que ladite Nouvelle Halle sera ouverte au quarte coins par quatre Portes, chacune de deux toises de largeur. 2. Que les Bâtimens qui seront construits autour de ladite Nouvelle Halle, ne seront que de dix toises de hauteur, depuis le rez de chaussée jusques à l’entablement. 3. Et ne pourront les Rotisseurs tenans Boutiques ouvertes ou non, ny les Facteurs de Volailles, Gibiers & autres Denrées, loger dans les Maisons de ladite Nouvelle Halle. 4. Ny les Particuliers, Marchands desdites Volailles, Gibiers, Agneaux, Cochons de lait, & autres animaux morts ou vifs, les reserver dans les Boutiques, Caves ou autres lieux, pour quelque cause que ce soit ; ains seront tenus les vendre à découvert dans la Place. 5. Pourront lesdits Marchands se servir de bancs, ou de leurs panniers, pour y exposer & vendre leurs Marchandises ; Pour raison de quoy les Impétrans ne pourront prendre d’eux aucuns droits, à peine de concussion. 6. Et sera permis de vendre & acheter les Oyseaux pour la chasse & le plaisir, par tous les endroits de cette ville de Paris. 7. Et le Suif seulement au lieu accoûtumé. 8. Et pour l’exécution desdites Lettres du present Arrest, circonstances & dépendances, a commis le Conseiller Rapporteur, à ce qui sera par luy ordonné, executé nonobstant oppositions ou appellations quelconques, & sans préjudice d’icelles. Fait en Parlement le douze Aoust mil six cent soixante & onze. Signé, DU TILLET.

Il n’y avoit rien de plus specieux, de plus grand & de plus magnifique dans ce genre d’établissement, rien de plus utile au commerce & à la décoration de Paris, que ce dessein, tel qu’il avoit été projeté ; aussi toutes les Puissances & tous les principaux Corps de la Ville s’étoient pour ainsi dire réunis, les uns pour l’autoriser, & les autres pour y donner leur approbation. Le Roy en avoit fait examiner la proposition par les Magistrats, & trente des plus notables Bourgeois, avant que d’en permettre l’execution : Le Parlement avoit encore pris la précaution d’un nouvel examen sur la commodité ou incommodité de cet établissement, les Trésoriers de France, les Officiers du Trésor, le Lieutenant de Police, le Procureur du Roy au Châtelet, le Prevost des Marchands, les Echevins & les Receveurs du Domaine, consultez, y avoient tous été favorables. Mais au lieu de cette grande & vaste Place qui devoit être isolée par les quatre ruës de la Truanderie, Verderet, Mauconseil & Comtesse d’Artois environnées & munies des Bâtimens & de toutes les commodités & embelissemens expliquez dans le projet, l’on se contenta d’acquerir une Place d’une fort mediocre étenduë entre les ruës Mauconseil & de la Truanderie, pour y établir ce Marché à la Volaille, au Gibier, aux Agneaux, Chevreaux & Cochons de lait.
La Place dont l’établissement étoit permis par les Lettres Patentes & par l’Arrêt d’enregistrement, devoit être spacieuse & en grand air ; & celle-ci se trouva renfermée dans un tres-petit espace, pratiqué au milieu de plusieurs Maisons extrêmement pressées, & d’une élevation extraordinaire, sans air, sans ouverture, à couvert de tous les vents, & dans une disposition toute propre à produire la peste ou d’autre maladie, par la puanteur qui accompagne ordinairement ces sortes de Marchez, & par la facilité avec laquelle le Gibier & les Volailles mortes pouvoient s’y corrompre. Le Marché y fut néanmoins transferé en 1672. par le credit des personnes qualifiées, sous le nom desquels le don en avoit été obtenu, après plusieurs difficultez de la part des Magistrats, qui en prévoyoient les inconveniens ; & sous les promesses & les soûmissions réïterées des Proprietaires, de faire incessament construire l’autre Place, telle qu’elle étoit désignée par les Lettres Patentes & par l’Arrest. Mais l’établissement de tout ce grand & beau projet, demeura sans execution ; les voisins de ce nouveau Marché, après quelques années de patience, se plaignirent de la puanteur insupportable des exhalaisons qui en venoient, qui penetroit jusques dans leurs Maisons. Le Gibier & les Volailles ainsi renfermées au cœur de Paris, dans un lieu clos & sans air, s’y corrompoit dans les temps humides & en Eté ; ce qui augmentoit encore l’infection, diminuoit l’abondance de cette marchandise, & en faisoit de jour à autre augmenter le prix. L’on prit enfin résolution de transferer ce Marché ailleurs ; & le Roy qui en fut instruit, l’autorisa par l’Arrêt qui suit.

VEU au Conseil d’Etat du Roy, l’Arrest rendu en iceluy le 26. Novembre 1678. par lequel il a esté ordonné que le Sieur de la Reynie, Lieutenant General de Police de la Ville & Fauxbourgs de Paris, se transporteroit sur le Quay des Augustins, avec les Procureurs de Sa Majesté aux Sieges du Chastelet, où l’un d’eux, & dix ou douze notables Bourgeois qui seroient nommez par ledit Procureur de Sa Majesté ; & que ledit Sieur de la Reynie seroit, par Maistre Liberal Bruan, Architecte des Bastimens du Roy, lever le Plan des Places sur lesquelles il estoit proposé d’establir les Marchez de la Volaille, qui se tient presentement entre les ruës Mauconseil & Truanderie : Et du Pain qui se tient aussi presentement à la descente du Pont Saint Michel, pour les causes & raisons y mentionnées, dont & des déclarations desdits Bourgeois, il dresseroit son Procès verbal, & donneroit son Avis à Sa Majesté sur la commodité ou incommodité dudit Establissement, pour le tout fait & rapporté, estre pourveu ce qu’il appartiendra. Le Procès verbal fait par ledit Sieur de la Reynie, en consequence dudit Arrest, contenant la nomination faite par le Sieur Robert, Procureur de Sa Majesté au Nouveau Siege du Chastelet, de dix notables Bourgeois de la ville de Paris, & la descente par eux faite avec ledit Sieur Robert, sur le Quay des Augustins. La representation faite par ledit Bruan, Architecte des Bastimens du Roy, du Plan par luy levé des Places sur lesquels il est proposé d’establir lesdits Marchez ; & les déclarations des dix notables Bourgeois, assignez à cet effet par Exploit du 11. Mars 1679. Date dudit Procès verbal, ainsi qu’il est plus au long contenu en iceluy. L’Avis dudit Sieur de la Reynie, du 30. May dernier, portant, que sous le bon plaisir de Sa Majesté, les Places du Quay des Augustins, ainsi qu’elles sont marquées dans ledit Plan, sont beaucoup plus commodes pour le Marché à la Volaille, & pour le Marché au Pain du Pont Saint Michel, que les lieux où lesdits Marchez sont à present establis ; qu’à l’égard du Marché de la Volaille, la place qui peut estre prise sur ledit Quay des Augustins, pour ce Marché ; ayant, suivant qu’elle est marqué sur ledit Plan, beaucoup plus d’estenduë, que n’en avoit l’ancienne Place, appellée la Vallée de Misere, & beaucoup plus aussi que la nouvelle Halle à la Volaille, l’abord plus facile : La principale exposition se trouvant au Nort, & y ayant beaucoup d’air audit lieu, il sera avantageux au Public que le Marché aux Volailles soit incessamment estably & transferé du lieu où il est presentement ; mais qu’il doit estre défendu aux Rotisseurs, & Marchands & Facteurs de loger & de s’establir en aucune Maison ou Boutique sur le Quay des Augustins, depuis le Pont Neuf, jusqu’au Pont Saint Michel : Et qu’à l’égard du Marché au Pain, outre que suivant ledit Plan, la Place que l’on peut aussi prendre sur ledit Quay des Augustins, pour y transférer le Marché au Pain dudit Pont, est aussi bien plus grande & spacieuse, que n’est celle où il est à present estably, l’abord en sera incomparablement plus facile ; & le passage du Pont Saint Michel, qui fait presque toute la communication du quartier de l’Université avec le Palais, se trouvera par ce moyen dégagé : Ce qui est d’autant plus commode pour le Public, que par Arrest du Parlement, rendu dès l’année 1673 il a esté ordonné que le Marché au Pain qui a accoûtumé d’estre tenu au Pont Saint Michel, seroit transféré sur le Quay des Augustins, au mesme endroit qu’il se trouve désigné par ledit Plan, pour l’establissement proposé dudit Marché. Et voulant Sa Majesté, pour la commodité de ses Sujets, que lesdits deux Marchez à la Volaille & au Pain soient incessamment transferez des lieux où ils sont establis & où ils se tiennent presentement, sur ledit Quay des Augustins, suivant lesdits Procès verbal, Plan & Avis. Oüy le Rapport du Sieur Colbert, Conseiller ordinaire au Conseil Royal, Contrôleur General des Finances. LE ROY en son Conseil, conformément à l’Avis dudit Sieur de la Reynie, du 30. May dernier, a ordonné & ordonne que les deux Marchez à la Volaille & au Pain, seront incessamment transferez ; Sçavoir, celuy de la Volaille, de la Place qui est entre les ruës Mauconseil & de la Truanderie, & celuy du Pain du bout du Pont Saint Michel, qui sont les lieux où ils se tiennent à present, seront établis sur le Quay des Augustins, suivant le Plan, qui pour cet effet en a esté levé par Maistre Liberal Bruan, Architecte des Bastimens de Sa Majesté, ausquels lieux les Volailles, le Gibier, & le Pain seront apportez par les Marchands Forains & Boulangers, pour y estre chacune desdites Marchandises venduës aux jours ordinaires & accoûtumez, chacune sur la Place & Marchez à ce destinez par ledit Sieur de la Reynie. Fait au Conseil d’Estat du Roy, tenu à Saint Germain en Laye le troisième jour de Juin mil six cent soixante dix-neuf. Collationné. Signé, COQUILLE. 3. Juin 1679. Arrest du Conseil, pour transferer le Marché à la Volaille, & celui au Pain, sur le Quay des Augustins.
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DE PAR LE ROY,
Et Monsieur le Prevost de Paris, ou Monsieur son Lieutenant General de Police
3. Août 1679. Ordonnance de Police, pour la translation des deux Marchez sur le Quai des Augustins. Publiée le 5. du même mois. DEFENSES sont faites ; Ce requerant le Procureur du Roy, & conformément à l’Arrest du Conseil du 3. de Juin dernier, à tous Marchands Forains de porter & d’estaller leurs Marchandises de Volailles & Gibiers dans la Place qui est entre les ruës Mauconseil & de la Truanderie : Comme aussi aux Boulangers qui ont accoûtumé d’estaller leur Pain à la descente du Pont Saint Michel, de continuer à s’y placer. Et enjoint à eux & ausdits Marchands de Volailles de porter & estaller leurs Marchandises sur le Quay des Augustins, aux endroits qui ont esté destinez à cet effet. Fait ce troisième jour d’Aoust mil six cent soixante dix-neuf. Signé, DE LA REYNIE, & ROBERT.

Cet Arrêt du Conseil fut executé ; les deux Marchez à la Volaille & au Pain furent transferez sur le Quay des Augustins, où ils ont toûjours tenu depuis ce temps-là ; & la nouvelle Place ou Halle, qui avoit été destiné pour le premier de ces Marchez, a servi & sert encore pour y exposer en vente le Poisson d’Eau douce, qui ne peut produire aucun des inconveniens du Marché à la Volaille.

1742 - Plan et Description du Quartier des Halles avec ses Ruës et ses Limites.

1742 – Plan et Description du Quartier des Halles avec ses Ruës et ses Limites.

Quai des Augustins. Marché de la Vallée - Potémont

Quai des Augustins. Marché de la Vallée – Potémont