Sollicitée par les archives de Vendée pour effectuer avec d’autres bénévoles le relevé des registres de matricules militaires (Mise en ligne ≅  Mai), j’ai été interpellée par l’âge d’engagement de certains conscrits : 10 ans.

Intriguée, je découvre l’organisation militaire mise en place autour des enfants dans le Dictionnaire de l’ARMÉE DE TERRE – Vol. 4 (1841). Je ne transcrirai que les éléments relatifs à ma recherche puisque les « enfants perdus » ou « francs-tireurs » n’ont pas de lien avec le sujet de cet article.

ENFANT, subs. masc. v. RECONNAISSANCE D’E… v. SOLDE D’E…

 

  • DE CORPS
ENFANT
  • D’HOMME DE TROUPE
  • D’OFFICIER
ENFANT
  •  PERDU
  • TROUVÉ

 

ENFANT (term. génér.). Mot tout LATIN, dérivé de infans, ou de infars, ne pas parler. Il a été synonyme de FANTASSIN et de SOLDAT et analogue au mot INFANTERIE. — Il se distingue en ENFANT DE CORPS, — DE FRANCE, — DE MILITAIRE, — DE TROUPE, — PERDU, — TROUVÉ.

ENFANT (enfants) de CORPS (A,1;B,1;E), ou ENFANT DE MILITAIRE servant dans un corps, ou ENFANT DE TROUPE. Sorte d’ENFANTS nés SOUS LES DRAPEAUX, ou pendant l’ACTIVITÉ du SERVICE du père, ainsi que doivent le constater un ACTE DE NAISSANCE ou un ACTE DE RECONNAISSANCE. — A défaut d’Enfants de MILITAIRES servant dans le corps, des ORPHELINS militaires et des fils de MILITAIRES EN RETRAITE peuvent être admis. — L’INSTRUCTION de 1809 (15 NOVEMBRE), prévoyant les circonstances où le recours aux formes civiles ne pouvait avoir lieu, comme cela arrive en TEMPS DE GUERRE, instituait des règles relatives aux ACTES DE NAISSANCE des Enfants en PAYS ÉTRANGERS. — L’HABILLEMENT des Enfants se confectionnait au moyen des ÉCONOMIES de la COUPE du DRAP DE TROUPE. — La législation relative aux Enfants de corps est exposée par M. BERRIAT (1825, F). — Ce que l’institution des ENFANTS DE TROUPE avait d’incomplet, d’onéreux et sans dédommagement, de préjudiciable à la CONSCRIPTION, et ce que cette branche demanderait d’améliorations, est exposé dans un article sensé et profond de la Sentinelle de l’Armée (183(5), n°17, p.108).— Les Enfants de corps se distinguent en ENFANT D’HOMME DE TROUPE et en ENFANT D’OFFICIER.

Garde impériale, lanciers

ENFANT d’HOMME DE TROUPE (A,1;B,1;E), ou ENFANT DE TROUPE; mais ce dernier mot est une faute ridicule de la LANGUE, puisque des étrangers pourraient le croire synonyme d’enfant sans père connu. Sorte d’ENFANTS DE CORPS nommés ainsi pour être distingués des ENFANTS D’OFFICIERS. Tout ce qui va être dit implique l’idée d’Enfants mâles nés de légitime MARIAGE pendant le service du père, et autorisés à figurer sur les CAHIERS D’APPELS d’une COMPAGNIE et dans les CASES de son CONTROLE ANNUEL. — Le ministre SAINT-GERMAIN (1779, C) se proposait de faire élever aux frais de l’Etat les Enfants nés dans les CORPS, à l’instar de ceux du DÉPÔT DES GARDES FRANÇAISES, mais plus économiquement. Ce projet a été réalisé dans d’autres MILICES, mais non en FRANCE. — Quelques réflexions concernant les Enfants de troupe sont insérées dans le Journal de l’Armée (t.IV, p. 226; t.V, p. 26), dans M. VO(G)ELY, dans la Sentinelle de l’Armée (t. III, p. 209). — Le sujet sera divisé comme il suit : CRÉATION, COMPOSITION, NOMBRE, POSITION LOCALE, ALLOCATIONS, SOLDE, DROITS, SURVEILLANCE, INSTRUCTION. — N°1. CRÉATION, COMPOSITION. — L’ordonnance de 1766 (1er mai) a été la première qui ait mentionné des ENFANTS DE TROUPE. Elle permettait qu’il en fût admis un par COMPAGNIE, et à partir de l’âge de dix ans jusqu’à seize; elle lui allouait la même solde qu’à un soldat. A seize ans, l’Enfant était libre de contracter un ENGAGEMENT  de huit ans. — L’ORDONNANCE DE 1788 (17 MARS) attachait deux Enfants à chaque COMPAGNIE DE FUSILIERS, et reconnaissait seize Enfants par RÉGIMENT; ils ne jouissaient que de la demi-SOLDE, c’est-à-dire que de la moitié de la PAYE des soldats. Ils étaient choisis, à partir de l’âge de six à huit ans, parmi les Enfants du CORPS, ou, à défaut de ceux-ci, parmi les fils de militaires d’autres CORPS ou de VÉTÉRANS. Ils étaient mis en apprentissage chez les MAITRES OUVRIERS, ou bien ils étaient attachés à la MUSIQUE. Ils ne restaient au DÉPOT qu’autant qu’ils ne pouvaient pas suivre le RÉGIMENT. Ils étaient tenus, à l’âge de seize ans, de contracter un ENGAGEMENT ou de payer à la masse cent livres. — L’INSTRUCTION DE 1791 (1er janvier) abolissait les ENFANTS DE TROUPE. Des mesures précaires, transitoires, furent prises à leur égard depuis ces époques jusqu’au consulat; le gouvernement venait de temps en temps à leur secours. — La législation relative aux Enfants fut retouchée en l’AN HUIT; l’ARRÊTÉ du 7 THERMIDOR rétablissait deux places d’Enfants par COMPAGNIE; elle les voulait issus de légitime mariage, ordonnait leur inscription sur les REGISTRES à l’âge de deux ans, chargeait le COLONEL de proposer ceux à admettre, en soumettant cette présentation à l’assentiment de l’INSPECTEUR AUX REVUES (OFFICIER D’INTENDANCE); elle n’autorisait l’admission des Enfants de SOUS-OFFICIERS qu’à défaut d’Enfants de SOLDATS; elle permettait que les Enfants, en cas de maladies, fussent reçus dans les HOPITAUX. Ces principes s’étaient longtemps maintenus; l’ORDONNANCE DE 1832 (14 AVRIL) et la DÉCISION DE 1832 (20 JUILLET) les modifiaient; elles soumettaient les Enfants de troupe au SERVICE obligé, comme étant la condition de leur admission; s’ils s’y refusaient, ils perdaient leur qualité d’Enfant de troupe, ils étaient rayés. — En vertu de la CIRCULAIRE DE 1818 (14 MAI), l’IMMATRICULATION des Enfants avait lieu à une place réservée à la suite des cases de la MATRICULE des HOMMES DE TROUPE; mais ils n’étaient matriculés comme HOMME DE TROUPE  qu’à la suite d’un régulier enrôlement. L’ORDONNANCE DE 1832 (14 JUILLET) permettait aux Enfants d’HOMMES DE TROUPE d’être TAMBOURS, ou TROMPETTES, ou CLAIRONS, ou MUSICIENS dès l’âge de quatorze ans. L’ORDONNANCE DE 1837 (10 JUILLET) partageait, à raison de l’âge, les Enfants en deux CLASSES; la CIRCULAIRE DE 1837 (20 SEPTEMBRE) déterminait les formes, matières et couleurs de la CASQUETTE, CAPOTE, PANTALON et VESTE des Enfants de seconde CLASSE. — La DÉCISION DE 1837 (15 NOVEMBRE) disposait que les ENFANTS DE TROUPE qui, étant entrés au GYMNASE MUSICAL, y seraient définitivement admis après six mois d’épreuves, seraient compris dans le nombre des vingt-sept MUSICIENS institués par RÉGIMENT. — N°2. NOMBRE. — L’ORDONNANCE DE 1820 (23 OCTOBRE) maintenait deux ENFANTS DE TROUPE par COMPAGNIE DE FUSILIERS. — L’ORDONNANCE DE 1825 (27 FÉVRIER) autorisait l’admission d’un Enfant par toute espèce de COMPAGNIE. — Toutes les mesures relatives à l’admission de ces Enfants ont été jusqu’ici mesquines et incomplètes; pourquoi déterminer le nombre des Enfants de troupe par COMPAGNIE ou par RÉGIMENT, puisqu’en aucun CORPS on n’a vu presque jamais ce nombre s’élever jusqu’au maximum permis ? La marche de la loi devrait être plus franche; et si l’intention du gouvernement est d’encourager le mariage des HOMMES DE TROUPE, il en faut admettre et protéger les Enfants sans les compter : ce sera une mise de fonds productive. — L’ORDONNANCE DE 1832 (14 AVRIL), la CIRCULAIRE DE 1832 (18 AVRIL), la DÉCISION DE 1832 (20 JUILLET) règlent le nombre des Enfants admissibles. — N°3. LOCALISATION, ALLOCATIONS. — Aux REVUES GÉNÉRALES, les ENFANTS DE TROUPE se placent à la gauche de la COMPAGNIE dont ils font partie. — Dans les TEMPS DE GUERRE ou dans les cas de la dislocation du RÉGIMENT, les Enfants résident au DÉPOT. Ainsi le prescrivait une CIRCULAIRE DE 1809 (9 MARS). — Dans les temps ordinaires et en garnison, il devait être placé deux ENFANTS DE TROUPE chez chaque MAITRE OUVRIER. — En cas de ROUTE, les Enfants se placent sur les VOITURES qui composent les ÉQUIPAGES du CORPS, et qui marchent à sa suite; le RÈGLEMENT DE 1818 (13 MAI) les y autorisait; il ne leur est fourni des places sur les VOITURES des CONVOIS MILITAIRES que dans une proportion déterminée par les marchés. — La CIRCULAIRE DE 1821 (31 JANVIER) disposait que les Enfants avaient droit aux distributions de VINAIGRE, mais non à celles de VIN et d’EAU-DE-VIE. — La DÉCISION DE 1820 (15 JUILLET) déclarait que, s’ils s’enrôlaient volontairement quand ils en avaient l’âge, ils avaient droit au montant de la PREMIÈRE MISE DE PETIT ÉQUIPEMENT. — Les DÉCISIONS DE 1828 (28 JANVIER et 12 MAI) disposaient qu’il serait alloué à ceux qui seraient privés de parents dans le CORPS une somme de dix-huit francs par an pour achat d’EFFETS DE LINGE ET CHAUSSURE. — La DÉCISION DE 1828 (19 JUIN) permettait qu’à quatorze ans ils comptassent dans la MUSIQUE au nombre de quatre dans l’INFANTERIE FRANÇAISE DE LIGNE; elle leur accordair paye de soldat. — L’ORDONNANCE DE 1830 (21 FÉVRIER) chargeait des frais de leur HABILLEMENT la MASSE D’ENTRETIEN. — La NOTE DE 1837 (10 FÉVRIER) ne permettait pas que le FONDS DE MASSE INDIVIDUEL fût délivré à ceux qui, à dix-huit ans, ne contracteraient pas un ENGAGEMENT VOLONTAIRE. — N°4. SOLDE, DROITS. — Les Enfants de troupe entrent en jouissance de leur DEMI-SOLDE à partir du jour de leur admission; ils perçoivent de même le LOGEMENT, le VÊTEMENT, le CHAUFFAGE; leur PAYE leur est servie sans subir de retenue pour DENIERS de MASSE de LINGE et CHAUSSURE. Leur HABILLEMENT se confectionne sur les ÉCONOMIES du CORPS. — Une CIRCULAIRE DE 1809 (1er MARS) allouait aux Enfants en route le SUPPLÉMENT D’ÉTAPE de vingt-cinq centimes par jour. — Ils sont habiles à s’enrôler comme TAMBOURS à seize ans : époque où cesse leur état d’Enfant de troupe; mais dès l’âge de quatorze ans, s’ils ont quelque habileté, ils peuvent être admis dans la MUSIQUE du CORPS, et jouir de la PAYE entière. Une CIRCULAIRE DE 1816 (26 DÉCEMBRE) autorisait même leur admission comme TAMBOURS dès l’âge de quatorze ans. — Les principales différences des dispositions relatives aux Enfants n’ont consisté, comme on le voit, que dans les différences d’AGE d’ENROLEMENT comme MUSICIENS ou comme TAMBOURS. L’ORDONNANCE DE 1825 (19 MARS, article 826) contenait, à leur égard, quelques règles administratives. — N°5. SURVEILLANCE, INSTRUCTION. — Ce qui a rapport à l’admission légale, à l’IMMATRICULATION des Enfants et à l’observation de tout ce qui est prescrit à leur égard, doit être l’objet des examens et de la surveillance de l’INSPECTEUR GÉNÉRAL D’ARMES; il doit même s’assurer de l’INSTRUCTION, de la capacité, des progrès des Enfants. — L’ORDONNANCE DE 1786 (10 AOUT) instituait une école spéciale d’Enfants; d’autres royaumes ont imité cette institution, qui fut de trop courte durée en France, et où du moins les Enfants eussent reçu une instruction que l’éducation régimentaire laisse si imparfaite. — Conformément à l’arrêté de l’an huit (7 thermidor), il avait été donné un certain développement aux principes de leur éducation. Cet arrêté voulait que des OFFICIERS et des SOUS-OFFICIERS D’ÉCOLE, choisis dans le CORPS, instruisissent les Enfants, non-seulement dans les éléments des lettres et de l’état militaire, mais même qu’ils leur apprissent à courir, à nager, et qu’ils les formassent à une sorte de GYMNASTIQUE. — Des vues si sages ne se sont jamais réalisées entièrement. L’ORDONNANCE DE 1818 (13 MAI) se contentait de décider que les Enfants seraient admis à l’ÉCOLE D’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DU CORPS, que chaque MAITRE OUVRIER en doit prendre deux comme APPRENTIS, et que l’AUMONIER est chargé de leur instruction morale.

ENFANT d’OFFICIER (A,1). Sorte d’ENFANT DE CORPS examiné ici par opposition aux ENFANTS D’HOMMES DE TROUPE. — Quelques Enfants d’officiers ont, au commencement de la GUERRE DE LA RÉVOLUTION, compté par abus ou par tolérance parmi les ENFANTS DE TROUPE; ils ont joui des mêmes avantages, quoique la loi ne l’autorisât pas et s’y opposât même à diverses reprises. — Un AVIS DU CONSEIL D’ETAT DE 1808 (1er MARS) ayant pesé cette question, avait repoussé de la classe des ENFANTS DE TROUPE les Enfants d’officiers; l’INSTRUCTION DE 1821 (5 JUILLET) réglait que, dans la proportion de quatre sur vingt-cinq, des Enfants d’OFFICIERS pouvaient être admis, et prononçait que les ORPHELINS d’OFFICIERS jouiraient, quant à l’admission, des mêmes avantages que les enfants de SOUS-OFFICIERS et de SOLDATS.

Pupilles de la garde impériale

ENFANT (enfants) TROUVÉ (A,1). Sorte d’ENFANTS considérés comme pouvant devenir un jour un des éléments de la FORCE ARMÉE, ou une pépinière de SOLDATS COLONIAUX. — Plusieurs AUTEURS estimés ont eu la pensée de rendre utiles à l’armée les établissements civils des Enfants trouvés; ils conseillent de disposer de bonne heure les garçons d’une complexion robuste à l’apprentissage des devoirs du soldat. MONTÉCUCULI (1704, D) un des premiers en a fait la proposition, que DESPAGNAC (1751, D, t. III, p. 295) a reproduite. MALZET s’est étendu davantage sur ce sujet. DAUTHVILLE (1762, K) s’est montré l’antagoniste de ce système, ainsi que l’ENCYCLOPÉDIE (1751, C. au mot Enfant de l’armée). Une opinion toute différente est manifestée par BOHAN (1781, H), par l’ENCYCLOPÉDIE (1785, C, au mot Désertion et au mot Enfant trouvé) et par SERVAN (1780). Ce dernier ÉCRIVAIN est d’avis que non-seulement on recrute et l’armée et les TROUPES COLONIALES avec les Enfants trouvés, mais qu’on tire même un parti également utile des enfants orphelins et de ceux que la pauvreté de leurs parents laisse sans soutiens ou sans profession. Ce dernier projet a été réalisé dans la MILICE ANGLAISE et en HOLLANDE. Dans ce dernier pays il existait des corps ainsi formés qui, en guerre, ont été excellents. Ces corps furent le noyau des PUPILLES de la GARDE IMPÉRIALE DE FRANCE. — La loi française était restée muette à l’égard des Enfants trouvés. La révolution de 1789 les avait placés sous l’empire d’une juridiction uniforme, leur avait assigné les avantages d’un ÉTAT CIVIL, avait pourvu aux premiers besoins de leur éducation, mais elle ne prononçait rien à l’égard de leur avenir. — La création des PUPILLES DE LA GARDE fut l’occasion d’une JURISPRUDENCE nouvelle. Le décret organique de 1811 vit le jour, et il avait vigueur encore en 1840. Il plaça les Enfants trouvés en dehors du DROIT COMMUN; il considéra militairement comme une propriété de l’Etat les mâles; il déclarait qu’à l’échéance de leur douzième année ils seraient mis à la disposition du MINISTRE DE LA MARINE, et qu’appelés de nécessité au SERVICE MILITAIRE, ils ne seraient pas susceptibles de participer au TIRAGE de la CONSCRIPTION.