Acteurs incontournables du transport commercial à une époque où la révolution industrielle n’en était encore qu’à ses balbutiements, les mariniers conduisaient de grands bateaux chargés de marchandises quand les voituriers par eau semblaient naviguer à bord d’embarcations de tailles plus modestes. Petite incursion au début du XVIIIe siècle dans le Dictionnaire universel de commerce, contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre parties du monde par Jacques Savary des Brûlons, pour aborder l’environnement professionnel de mon ancêtre Antoine Vivier à cette même période.

Autrefois le savoir-faire professionnel et les droits d’exercice se transmettaient héréditairement et, comme dans la plupart des activités liées au commerce, le niveau culturel des voituriers par eaux et de leurs enfants s’avérait plutôt bon puisque à l’instar des marchands, des clercs ou autres  ils signaient les actes paroissiaux. Cette particularité m’a permis de remonter mon ascendance avec une d’autant plus grande facilité que la paroisse de Mary sur Marne est petite, mais j’en reste toutefois un peu étonnée puisque je pensais (Idée préconçue) que les mariniers et leurs familles, grands voyageurs, n’étaient pas fixés à un même lieu toute leur vie et que, comme les Employés dans les Fermes, ils s’avéraient très difficiles à localiser…

Écluse de la Bastille, canal Saint Martin 1857

Écluse de la Bastille, canal Saint Martin 1857 par Martial

DÉFINITION DE VOITURE :

Ce qui sert à voiturer & porter les personnes, leurs hardes, les marchandises & autres choses que l’on veut transporter & faire passer d’un lieu à un autre.
Il y a des Voitures particulières & des Voitures publiques, des Voitures par eau & des Voitures par terre.
On appelle Voitures particulières celles que les Particuliers ont chez eux pour leur propre commodité & pour celle de leur famille, qu’ils entretiennent à leurs dépens ; celles-ci n’ayant aucun rapport au Commerce, on n’en dira rien davantage.
Les Voitures publiques sont celles dont chacun a la liberté de se servir en payant tant par tête pour les personnes, ou tant de la livre pesant pour les hardes, marchandises & autres effets.
Ces sortes de voitures sont encore de deux sortes ; les unes qu’il n’est pas permis d’avoir & de fournir qu’en vertu d’un Privilège, comme sont les chariots, charrettes, fourgons & chevaux des Messageries ; les coches & carrosses qui partent à jour marqué pour certaines Villes & Provinces ; & les calèches, chaises, litières & chevaux de poste & de louage.
Les autres voitures publiques sont celles qu’il est libre à toutes personnes d’entretenir, d’avoir & louer, comment & à qui bon il semble ; comme les haquets, charettes sans ridelles & chariots des Voituriers & Rouliers, Coquetiers, Chasse-marée, Poulaillier, &.c.
Les Voitures par eau sont en général tous les Bâtimens qui servent à transporter par Mer & sur les fleuves, Rivieres, lacs, étangs & canaux les personnes ou marchandises, soit qu’ils aillent à la voile ou à la rame, & que des hommes, ou des animaux les tirent ; on ne le dit pas néanmoins si ordinairement des Navires, Vaisseaux, Frégates & autres tels grands Bâtimens de Mer.
En France les principales de ces voitures sont les Coches d’eau, les Foncets, les Chalans, les Barques, les grandes & petites Allèges, & diverses sortes de bateaux qui ont différens noms, suivant les Rivières sur lesquelles ils servent, & les Provinces où ils ont été construits ; qui toutes sont employées au transport des bois, vins, bleds, épiceries, sels, salines & autres sortes de drogues & marchandises qui s’apportent à Paris, ou qu’on envoye d’une Province à une autre.
Les Voitures par terre. Ce sont ou des machines inventées pour porter avec plus de commodité & en plus grande quantité les personnes & les bales, balots, caisses & tonneaux de marchandises, tirez par diverses sortes d’animaux suivant les Païs, ou bien ces mêmes animaux qui servent de monture, & sur les bas desquels on charge des fardeaux proportionnez à leurs forces.
Les voitures de terre pour le transport des Voyageurs & marchandises, dont l’usage est le plus commun en France & dans une bonne partie des Etats de l’Europe, sont les carrosses, chariots, calèches, berlines & coches à quatre rouës ; & les chaises, charettes & fourgons qui n’en ont que deux. Ces machines roulantes sont tirées par des chevaux, des mulets, des mules, des bufles et des bœufs. On se sert aussi des traîneaux en hiver, & lors que la terre est couverte de nège sur tout dans les Païs du Nord ; en quelques endroits, comme dans la Laponie & la Siberie, ils sont tirez par des rennes qui sont des espèces de cerfs ; par tout ailleurs & pour l’ordinaire ce sont des chevaux qui les traînent. Voyez RENNES & TRAÎNEAUX.
Tous les animaux qu’on vient de nommer à la réserve des rennes, sont propres à la charge, & peuvent transporter des marchandises sur leur dos, sur tout les mules & mulets qui sont d’un grand usage, & très sûrs dans les Païs de montagnes.
Dans les caravanes de l’Asie & les cafilas de l’Affrique on se sert de chameaux & de dromadaires. Voyez CHAMEAU & DROMADAIRE. Voyez aussi CARAVANE & CAFILA.
En quelques endroits dans l’Amerique Espagnole, & sur tout dans le Pérou & le Chilly, les vigognes, les lamas & les alpagnes qui sont trois sortes d’animaux de la grandeur d’une médiocre bourique, mais qui n’ont pas tant de force, servent non seulement pour le transport des vins & autres marchandises, mais encore pour celui des minerets & pierre métaliques des mines d’or & d’argent si communes dans cette parties de l’Amerique.
Enfin, le palanquin qui se porte sur les épaules de deux, de quatre ou de six hommes, & la litière qui fait la charge de deux mulets sont aussi des voitures, mais seulement pour les Voyageurs. La première est d’usage dans les Indes Orientales, & la seconde dans presque toute l’Europe.

Voitures d’Aléxandrette à Alep.

Quelques particularitez concernant les voitures sur lesquelles on transporte les marchandises d’Aléxandrette à Alep, ayant été oubliées dans l’article général du Commerce du Levant, on a jugé à propos de les placer ici.
Toutes les marchandises qui arrivent à Alep, soit qu’elles y viennent d’Aléxandrette où on les apporte par la voye de la Mer, soit qu’elles y soient transportées par terre des autres Etats du Grand Seigneur ou du Roi de Perse, n’y sont voiturées que sur des chameaux, des chevaux, ou des mulets, ce qui oblige les Marchands qui font ce Négoce à faire leurs caisses, ou leurs balots, d’un poids & d’un embalage propre à être portée sur le dos de ces animaux, afin de n’être pas obligez de les débaler à leur arrivée à Aléxandrette.
Les chevaux et les mulets portent ordinairement deux balots de 50 à 55 rotolis d’Alep qui reviennent à 400 ou 425 livres d’Amsterdam.
À l’égard des chameaux, leur charge aussi divisée en deux bales peut être de 70 à 75 rotolis, ce qui est un tiers de plus que ce que peuvent porter les chevaux, ou les mulets.
C’est toujours sur cette pesanteur que les Nations Françoise, Angloise & Hollandoise ont coutûme de se régler, y ayant rarement des balots d’un poids plus considérable.

VOITURE. S’entend aussi des personnes & des marchandises qui sont transportées. On dit dans ce sens, une pleine Voiture, lors que les huit places d’un carrosse & les seize places d’un coche par terre sont remplies ; & demi-Voiture quand il n’y en a que la moitié. De même quand un Roulier n’a pas toute la charge des marchandises qu’il peut porter, on dit qu’il ne part qu’à demi-Voiture, qu’avec un tiers de la Voiture.
En fait de commerce de Mer on dit, Charge, Chargement, Cargaison. Voyez ces trois articles.

VOITURE. Est encore le droit ou le prix que chaque personne doit payer pour être menée en quelque lieu, & celui qui est dû pour les hardes & marchandises qu’on fait voiturer, soit par eau, soit par terre, soit dans des charettes, carrosses ou chaises, &c. soit sur le dos des bêtes de charge. Il m’en a tant couté de voiture pour aller à Orléans. Les Rouliers de Lyon font payer deux sols par livre de voiture.
Le terme de Fret, ou de Nolis, est plus en usage sur Mer que celui de Voiture. Voyez FRET.

UNE VOITURE D‘ARGENT. C’est quelque-fois plusieurs chariots, charettes & mulets chargez d’espèces monnoyées ; comme on dit, Il est arrivé une voiture d’argent à l’Armée pour payer les troupes. Quelque-fois ce n’est qu’un seul baril, ordinairement de fer, rempli d’espèces que les Receveurs particuliers envoyent aux Commis des Recettes générales, & dont ils chargent les Messagers, ou autres Voituriers à tant le cent pesant. J’ai reçu une voiture d’argent du Receveur des tailles de Nemours.

UNE VOITURE DE SEL. C’est une certaine quantité de muids de sel qui arrive, ou sur des bateaux, ou sur des charettes, chariots, &c. pour remplir les greniers à sel, soit de dépôt, soit de distribution. Voyez GABELLE. On dit aussi, Une voiture de drap, Une voiture de sucre ; pour dire; une charette chargée de ces marchandises.

LETTRE DE VOITURE. Ecrit que l’on donne à un Voiturier, contenant la quantité & la qualité des pièces, caisses, bales & balots de marchandises qu’on lui confie, afin qu’il puisse se faire payer de ses salaires par celui à qui elles sont adresses ; & qu’aussi celui qui les reçoit puisse voir si elles arrivent bien conditionnées, au nombre qu’elles lui ont été données, ou au jour qui y est marqué.
On nomme sur Mer Charte-partie & Connoissement, ou Manifeste, l’écrit ou registre qui contient les marchandises & passagers dont un Vaisseau Marchand est chargé. Voyez ces deux articles & celui de LETTRE DE VOITURE.
Les Cochers des carrosses, coches & carioles publiques qui servent au transport des personnes, ont aussi leur feuille, ou lettre de voiture, qu’ils sont obligez de montrer aux Commis que leurs Maîtres mettent souvent sur les routes, pour faire connoître qu’ils n’ont pris personne en chemin, & qu’ils n’ont que la charge avec laquelle ils sont partis.

La voiture par eau, plus communément appelée bateau, n’avait pas le terme général que nous lui connaissons de nos jours :

Avant la péniche, le bateau.

Vaisseau qui sert à naviguer sur les rivieres, les lacs & les étangs ; & sur lequel on charge les diverses marchandises & denrées, que l’on veut transporter par eau, d’un lieu à un autre.
La construction & le nom des Bateaux sont différens, ou selon les usages pour lesquels ils sont destinez, ou selon les Provinces dans lesquelles ils sont construits. Les Bateaux de Seine, sont de grands bâtimens, longs & forts, avec le bordage assez élevé, qui viennent de Roüen, & de la riviere  d’Oise, & qui servent ordinairement à faire de grandes voitures de bois à brûler, & d’épiceries. On les nomme des Foncets.
Les Bateaux, qui viennent de la Loire, s’appellent des Chalands. Ils sont étroits, médiocrement longs, & peu élevez, à cause des canaux & des écluses, par lesquels il faut qu’ils passent pour arriver à Paris. Ils servent à voiturer les vins, & les autres productions & marchandises des Provinces voisines de la Loire & de l’Allier.
Les Bateaux de la riviere de Marne conservent le nom de cette riviere, & sont nommez Bateaux Marnois. Ils sont plats, & de moyenne grandeur. leur charge consiste ordinairement en vins, en grains, & en bois, de la Province de Champagne.

Maquette de bateau marnois

Maquette de bateau marnois

Les Bateaux-coches, plus connus sous le nom de Coches d’eau, sont de grands Bateaux couverts, qui servent, particulierement sur la riviere de Seine, à la commodité des Voyageurs, & pour le transport de toutes sortes de marchandises. Les principaux sont, les coches de Sens, d’Auxerre, de Montereau, & de Fontainebleau, ou Valvin. Voyez COCHES.
On appelle Bateau de foin, Bateau de fagots, Bateau de bois, Bateau de charbon, Bateau de bled, Bateau de vin, &c. les Bateaux qui sont chargez de ces sortes de marchandises.
Les Bateaux des Maîtres Passeurs d’eau de Paris, s’appellent des Flettes. L’Ordonnance de la ville de 1672, leur enjoint de les tenir garnies de leurs crocs et avirons ; & d’en avoir un nombre suffisant aux endroits & passages désignez par les Prévôt des Marchands, & Echevins. Voyez ci-après BATELIER, & PASSEURS D’EAU.
Les Bateaux des Pêcheurs sur rivieres, ne se connoissent guères que sous le nom de Bachot. Leur équipage consiste en deux avirons, un croc, une affiche, un mast, & un cordeau. Voyez l’explication de ces termes à leurs articles.
L’Ordonnance de Louis XIV. du mois de Decembre 1672, citée ci-dessus, contient quantité d’articles concernant les garres ; c’est-à-dire, les lieux où doivent s’arrêter les Bateaux chargez de marchandises, qui arrivent à Paris, lorsqu’il n’y a point de place pour les recevoir dans les Ports. Il y en a d’autres pour le débaclage des mêmes Bateaux, lorsqu’ils ont été vuidez & déchargez : & d’autres encore pour les Bateaux naufragez, & coulez à fond dans lesdits Ports ; aussi-bien que pour l’enlevement, marque & vente de leurs débris.
Quelques articles de cette Ordonnance reglent le rang des Bateaux en pleine riviere, soit en avalant, soit en montant : quelques autres, ce qui doit se pratiquer aux passages des ponts & pertuis ; & quels sont ceux qui sont obligez de se garrer.
Il y en a pour le temps de l’entrée des Bateaux dans les Ports ; pour la déclaration de leur arrivage ; de la décharge des marchandises qui y sont contenües ; & des hypotheques, ou recours, que les Marchands peuvent avoir sur les Bateaux, pour mécompte, perte, ou autres accidens arrivez ausdites marchandises, par la faute des Conducteurs, Voituriers & Maîtres des Bateaux ; & l’on y voit en quel cas les Bateaux n’en sont point responsables, ou quand le Maître en peut faire cession.
Enfin, il y a des articles qui marquent le temps que les Bateaux doivent tenir port, suivant la qualité des marchandises qui sont dessus.
On peut lire sur ces matieres du commerce par eau, les chapitres 1, 2, 3, 4 & 16 de ladite Ordonnance ; ou bien les articles de ce Dictionnaire, dans lesquels il est parlé des voitures & Voituriers par eau, des pertuits, du débaclage & Débacleurs ; des Maîtres des ponts, des garres, des Chableurs, des trains de Bateaux, & autres semblables, qu’on trouvera dans leur ordre alphabetique.

Le « Bachot »,  était également une petite embarcation d’appoint qu’utilisaient les mariniers pour évoluer avec plus de facilité.

Le voiturier par eau, n’était pas à proprement parler un batelier à cette époque :

le batelier, passeur d’eau

Celui qui conduit un bateau. On le dit plus ordinairement des Maîtres Passeurs d’eau de Paris. Les autres bateliers, qui sont chargez de la conduite des foncets, chalands, coches d’eau, & autres grands bateaux destinez au transport des marchandises s’appellent communément Mariniers, ou Compagnons de riviere. Voyez VOITURIER PAR EAU. Voyez aussi COMPAGNONS DE RIVIERE.

Le Batelier

Le Batelier. C, 1892. Image. Retrieved from the Library of Congress

Les Maîtres Bateliers, ou Passeurs d’eau de Paris, y ont toûjours formé une espece de Corps & Communauté, qui avoit ses Officiers, ses Statuts, sa Confrerie, ses Privileges & ses Apprentifs ; n’étant pas néantmoins du nombre des grandes Communautez des Arts & Métiers, & n’ayant point été érigez en corps de Jurande.
Les dépenses des longues guerres, qui ont duré presque autant que le Regne de Louis XIV ayant obligé à chercher des fonds extraordinaires dans la création de divers offices, il s’en fit une sur la fin du dix-septième siècle, des Maîtres Bateliers de Paris, sous le nom d’Officiers Passeurs, qui furent réduits au nombre de vingt.
Ces Offices sont hereditaires ; mais les Passeurs prennent toûjours leurs Lettres du Prévôt des Marchands ; prêtent serment entre ses mains ; & sont tenus, comme auparavant, d’observer & executer les Ordonnances de la Ville.
Deux Syndics ont soin des affaires de ce nouveau Corps ; & doivent se trouver journellement, l’un au Port S. Paul, & l’autre au Port S. Nicolas, pour veiller à ce que le Public soit bien servi, & les Ordonnances, ou Statuts, regulierement observez.
Les Veuves jouissent des Offices, & des Privileges qui y sont attachez, & ont part à la bourse commune ; y ayant dans chacun desdits Ports, un Maître, & un bureau établi, pour faire la recette, & rendre compte chaque jour des deniers reçûs.
Les principaux Statuts de cette Communauté, (si l’ont peut appeller de la sorte quelques articles de Reglement, qui leur ont été donnez par les Prévôt des Marchands, & Echevins, à la jurisdiction & police desquels ils sont fournis) sont contenus dans les quatre derniers articles du cinquième chapitre de l’Ordonnance de la Ville de 1672, dont on a parlé ci-dessus.
Le premier de ces quatre articles, qui est le septième du chapitre, ordonne : Qu’aucun ne sera reçû au métier de Maître Passeur d’eau, qu’il n’ait fait apprentissage chez un Maître pendant deux ans, & qu’il n’ait fait expérience devant les Maîtres ; ce qui doit être attesté par lesdits Maîtres, aux Prévôts des Marchands, & Echevins, lors de la reception de l’Apprentif à Maîtrise.
Le Second enjoint aux Maîtres Passeurs, d’avoir des flettes garnies de leurs avirons & crocs en nombre suffisant, aux endroits désignez par les Prévôt des Marchands, & Echevins, pour passer ceux qui se présentent depuis le soleil levant jusqu’au couchant ; avec défenses de passer la nuit, à peine d’amende ; pour le payement de laquelle, leurs flettes seront saisies, &, s’il est ordonné, venduës.
Le troisième regle à cinq le nombre des passagers suffisant, pour que les Bateliers les passent, sans en attendre davantage ; leur défendant d’exiger d’autres droits, ou salaires, que ceux qui leur sont attribuez par les Prevôt des Marchands, & Echevins, à peine de concussion.
Enfin, le dernier de ces quatre articles déclare les Maîtres Bateliers, Passeurs d’eau, responsables de toutes les pertes & exactions arrivées dans leurs bateaux, conduits par leurs Compagnons & Garçons ; & les condamne solidairement avec eux, à la restitution des choses perduës, & au payement des amendes encouruës.
Outre ces Reglemens généraux, qui regardent le service du Public, le Corps des Bateliers en a d’autres particuliers, concernant la police qui doit s’observer entr’eux pour l’observation desquels, ils ont presentement leurs Syndics. Ils ont aussi une Confrerie, dont le Patron est S. Nicolas ; & des Maîtres, ou Administrateurs, pour en avoir soin.
Ce sont ces Bateliers Maîtres Officiers Passeurs d’eau, qui dans les grandes rejoüissances, comme aux entrées solemnelles des Rois & Reines dans la Ville de Paris, à leur mariage, à la naissance des Dauphins, & autres pareilles occasions, sont sur la riviere de Seine, ordinairement devant les Galleries du Château du Louvre, ces jouxtes & ces jeux de l’oye, qui valent aux Vainqueurs quelques privileges, que le Roy, s’il y est present ; ou les Prevôt des Marchand, & Echevins, en son nom, ont coutume de leur accorder.

Sur ce dernier point, il me semble intéressant de reprendre la définition du Dictionnaire des mœurs, usages et coutumes des François (1767) qui témoigne de manifestations populaires et depuis bien longtemps surannées sur la Seine.

Le Divertissement de L'Oyson tiré par les bateliers en présence de leur majesté incontinent après leur retour à Paris 1649

Le Divertissement de L’Oyson tiré par les bateliers en présence de leur majesté incontinent après leur retour à Paris 1649

COMBATS SUR L’EAU, ou NAUMACHIES : ils ont fait le divertissement de plusieurs de nos rois ; & dans les réjouissances publiques, il y a encore de temps en temps des joûtes de mariniers sur l’eau ; c’est ce qu’on a vu, il y a douze ans, à la belle fête que M. le duc d’Orléans donna à S. Cloud, à l’occasion du rétablissement de la santé de feu Mgr le Dauphin ; à la dernière publication de la paix, & à l’inauguration de la place de Louis XV ; mais le dernier combat naval qu’on ait vu, à Paris, est celui qui se donna, quand Henri II & Catherine de Médicis y firent leur entrée : il y eut sept galéasses & trente-trois galeres, remplies de soldats & de mariniers, qui vinrent assiéger un pont & un fort bâtis dans l’isle Louviers.
Ce combat naval, étoit une image des naumachies Romaines, auxquelles les Romains prenoient tant de plaisir, qu’ils en firent construire avec art, & de très-décorées. Dans la suite, les empereurs même firent des dépenses énormes pour ces sortes de combats. On y voyoit paroître des nymphes, & des monstres marins. Ces représentations furent d’abord imaginées pour exercer les soldats aux combats de mer, comme dans le temps de la premiere guerre punique, lorsque les Romain voulurent former une flotte pour résister aux Carthaginois ; mais, dans la suite, ces naumachies ne servirent plus qu’à l’amusement du peuple ; amusement que l’on donne encore, de temps en temps, à Venise, à Geneve, & à Londres.
Les plus fameuses naumachies, dont l’Histoire Romaine fasse mention, furent celles des empereurs Claude, Neron & Tite ; celle de Claude se donna sur le lac Fucin, où l’on vit combattre deux factions ; la Tyrienne & la Rhodienne, dont chacune étoit forte de douze vaisseaux. Suetone, à l’occasion de combat, parle d’un triton d’argent, qui, par le moyen d’une machine, étoit poussé sur le lac Fucin, & qui de sa conque marine, animoit les combattans : l’eau entroit dans ces lacs par des canaux, avec tant de rapidité, que les spectateurs n’avoient pas le temps de s’en apercevoir ; & elle en sortoit de même, pour laisser la place libre à un autre divertissement. Pour la naumachie que donna Néron, on perça la montagne qui sépare le lac Fucin de la riviere de Lyre ; & l’on y vit paroître des galeres à trois & quatre rangs, montées de 1900 combattans. A celle de Tite & de Domitien, on vit des Athéniens combattre contre des Syracusains.
On a vu sur le Boulevard, pendant un été, il y a quelques années, une image de ces combats sur l’eau, ou une naumachie, dans l’endroit où les comédiens Italiens ont joué, pendant qu’on réparoit leur théatre, & où depuis, Nicolet l’aîné, a tenu, pendant quelque temps, son spectacle.

Vue de la place Louis XV, avant la construction du Pont

Vue de la place Louis XV, avant la construction du Pont par Nicolas PERIGNON

Le voiturier bras droit du commerce

Dans cette signification si étenduë du terme de Voiturier, sont compris non seulement les Voituriers proprement dits, qui sont les Rouliers & les Bateliers, ou Maîtres de barques & de bateaux qui voiturent librement par toute la France, soit par terre, soit par eau ; mais encore les Messagers, les Maîtres des carrosses, les Loueurs de chevaux, les Fermiers des coches par eau, les Maîtres des Postes & autres sortes de Voituriers, qui sont Fermiers, & qui ont des Privilèges & des Pancartes ; mais comme on a parlé de ces derniers dans les articles qui leur sont propres, où l’on peut avoir recours, l’on ne traitera ici que des Voituriers-Rouliers par terre, & de ceux qui sont des voitures par eau sans avoir besoin de prendre des provisions, ni d’obtenir des permissions de voiturer.
L’on a toujours considéré la liberté du roulage par terre & des voitures par eau, non seulement comme très-avantageuse au Commerce, mais encore comme d’une nécessité absoluë pour le maintenir& le faire fleurir en France ; & c’est aussi ce qui a toûjours fait échouer les tentatives que des gens d’affaires peu instruits de ce qui peut être utile ou nuisible au Négoce ont souvent faites, de mettre, pour ainsi dire, en parti toutes les voitures publiques.
En effet, tant de créations en titre d’Offices, de Rouliers, Voituriers, Contrôleurs, Peseurs, Visiteurs, Intendans, Sur-Intendans, Commis & Commissionnaires des Voituriers qui ont paru de tems en tems, ont toûjours été aussi-tôt supprimées que faites, comme on le peut voir par les divers Edits, Déclarations & Arrêts des dernier Septembre 1634, 16 Mai 1635, 20 Mars 1655, 29 Mars 1656, 12 Avril 1657, 24 Juillet & mois d’Octobre 1658, & 18 Juin 1659.
L’on a parlé ailleurs de la création & suppression de quelques-uns de ces Offices, & particulièrement de ceux des Commissionnaires des Voituriers créez en 1705, & supprimez en 1706. Voyez COMMISSIONNAIRE DES VOITURES.
Il est vrai que quoi que ces Offices ayent été supprimez, & les Voituriers rétablis dans leur ancienne liberté, la plûpart des droits qui y avoient été attribuez ont subsisté, & ont été réünis aux Fermes du Roi ; & c’est en partie pour cela que tous les Rouliers-Voituriers conduisant les bales, balots, caisses, tonneaux, &c. appartenant aux Marchands, Négocians & autres personnes, sont obligez de faire passer leurs voitures par les Douanes & Bureaux des Fermes, pour y payer ces droits conservez au profit de sa Majesté.
Cette liberté du roulage par terre & des voitures par eau ne consiste pas néanmoins dans une entière indépendance ; & quoi que les Voituriers ne soient pas unis en Communauté, ils ont cependant leur Règlement qu’ils doivent observer, & que les Rois, ou les Magistrats de Police leur ont donné pour la sûreté publique, & comme une espèce de discipline qu’ils sont obligez d’observer entr’eux & avec les autres.
Voici en quoi les Voituriers sont libres.
1. En ce que toutes personnes qui sont en état d’entretenir des équipages, peuvent aussi entreprendre des voitures sans d’autre aveu & permission que celle qui leur vient de leur volonté & de leur faculté.
2. En ce que leur arrivée & départ ne sont point fixez à certains jours, & pour de certains lieux.
3. Enfin, principalement en ce qu’ils n’ont point d’autre prix réglé que celui dont les Marchands, ou autres personnes conviennent avec eux, qui peut augmenter ou diminuer suivant certaines occasions.
Cette dernière liberté du prix des voitures est sur tout si considérable & si importante pour le Commerce, que les six Corps des Marchands, dans un Mémoire présenté en 1701 à M. de Chamillart, pour lors Contrôleur Général des Finances, pour l’éxécution du Règlement de 1678 sur le fait des voitures, ausquelles des Déclarations & Arrêts de 1681 & 1684 avoient donné ateinte, l’appellent le Bras droit du Commerce ; & ne craignent point d’avancer que ce qui leur coutoit vingt-cinq ou trente livres pour le port de leur marchandise par les Messagers, coches & carrosses à ferme, ne leur revenoit qu’à six livres par les Rouliers, à cause de la fixation du prix que les Voituriers-Fermiers ne diminuent jamais, & du prix volontaire dont on convenoit avec les autres, & dont les Marchands étoient aussi-bien les Maîtres que les Voituriers Rouliers.
Les principaux Règlemens pour les Voituriers, faits particulièrement pour ceux qui arrivent à Paris, ou qui en partent, sont les Règlemens contenus dans le deuxième & troisième chapitre de l’Ordonnance de Louis XIV pour la ville de Paris du mois de Décembre 1672, concernant les Voituriers par eau, & le Règlement du 25 Juin 1678, dressé au Conseil pour les Voituriers par terre.
L’Ordonnance des Aides du mois de Juin 1680, celle du 22 Juillet 1681, & celle du mois de Février 1687, des cinq grosses Fermes ; aussi-bien que divers Arrêts du Conseil, entr’autres ceux du 25 Juillet 1684 & 29 Mai 1688, contiennent aussi plusieurs articles concernant également les Voituriers par terre & par eau, principalement leurs Lettres de voiture ; de toutes lesquelles Ordonnances, Règlemens & Arrêts on se contentera d’extraire ici ce qui paroît de plus important, & d’un usage plus commun.
Les principaux articles de l’Ordonnance de la Ville de Paris de 1672, qui concernent les Voituriers par eau, sont les 1, 2, 3, 5, 7, 8 & 9 du second chapitre, & les 6, 7, 8, 11, 12, 14, 15 & 16 du troisième.
Par le premier du second chapitre il est permis de voiturer tous les jours, excepté les jours des quatre Fêtes solennelles, qui sont Noël, Pâques, Pentecôte & Toussaints.
Le second défend d’aller par les rivières qu’entre Soleil levant & couchant, & de se mettre en chemin en tems de vent & de tempête.
Le troisième et le cinquième reglent le passage des ponts & pertuits, & la rencontre des bateaux en pleine eau ; & ordonne que les bateaux qui descendent se garent jusqu’à-ce que ceux qui montent les ponts et pertuits soient passez ; & au contraire si c’est en pleine Rivière, que les montans se garent vers la terre, pour laisser passer les avalans.
Le septième parles des naufrages arrivez par fortune de tems, & de ceux qui sont du fait du Voiturier ; & veut qu’au premier cas les Voituriers soient quites de la perte de marchandise, en faisant cession de leurs bateaux & ustensiles dans les trois jours ; & dans le second cas, qu’ils soient tenus des dommages & intérêts.
Le huitième article défend aux Voituriers de partir des Ports de charge sans Lettres de voiture, à peine d’être déchûs du prix d’icelles ; mais si c’est le Marchand qui ait fait refus de la délivrer, en justifiant du refus, le Voiturier en est crû sur la quantité des marchandises, & sur le prix de leur voiture.
Enfin, le neuvième article explique ce que doit contenir lesdites lettres de VOITURE. Pour ce dernier article voyez LETTRE DE VOITURE.
Des articles du troisième chapitre de cette même Ordonnance, le 6 veut, Que les Voituriers donnent avis aux Propriétaires ou Commissionnaires de l’arrivée de marchandises vingt-quatre heures après être entrez aux Ports, & de leur exhiber leurs lettres de voiture, en marge desquelles doit être marqué par lesdits Propriétaires ou Commissionnaires le jour de l’exhibition desdites lettres.
Le septième permet aux Voituriers de décharger les marchandises du bateau à terre après une sommation faite au Propriétaire ou Commissionnaire à qui la lettre de voiture est adressée.
Le huitième règle les procédures, & devant qui elles se doivent faire, lors qu’après la sommation dont il est parlé dans l’article précédent, le Propriétaire ou Commissionnaire refuse d’accepter la lettre de voiture, & de recevoir les marchandises.
Par l’onzième article il est statué sur le tems que les bateaux chargez de grains, vins, foins, bois, charbons & autres marchandises qui doivent tenir Port, sont obligez de rester dans lesdits Ports ; ce qui est réglé à quinze jours pour tous, à la réserve des vins qui doivent tenir Port un mois. Il est aussi ordonné, Qu’en cas que la vente n’ait pû être faite pendant ledit tems, les Voituriers seront payez de leur retard, & leurs bateaux à eux restituez en bon état.
Le douzième n’oblige les Voituriers de rendre les marchandises par compte & mesure, qu’au cas qu’elles leur ayent été délivrées de la même manière, & que la lettre de voiture soit chargée de cette clause : si néanmoins le Marchand a mis sur le bateau un Gourmet, ou Garde, pour la conservation de sa marchandise, le Voiturier n’est plus tenu ni du compte, ni de la mesure.
Le quatorzième rend les Marchands responsables des bateaux dès qu’ils ont été mis à Port, & tant qu’ils reste de leur marchandise dans lesdits bateaux.
Par le quinzième au contraire les bateaux répondent des marchandises, si elles ont été endommagées par la faute du Voiturier, ou s’il a défaut dans la livraison de la quantité dont il a été chargé.
Enfin, le seizième article attribuë au Marchand pour qui le bateau est chargé, toute la marchandise qui s’y trouve au de-là de ce qui est porté par la lettre de voiture, en augmentant néanmoins par le Marchand le prix de la voiture à proportion de l’excédent dont il profite.
L’Arrêt du Conseil du 25 Juin 1678, portant Règlement pour les fonctions des Messagers, Maîtres des coches & carrosses, Rouliers & autres Voituriers par terre, consiste en vingt-un articles, dont quatre seulement ; à savoir les 6, 13, 14 & 20, regardent les Voituriers-Rouliers.
Par le sixième il leur est fait défenses de porter aucune lettre, que les lettres de voiture des marchandises & autres choses dont ils seront chargez, qui même leur seront délivrées ouvertes.
Les treizième et quatorzième laissent la liberté aux Receveurs particuliers, Fermiers des Domaines & Fermes de Sa Majesté, & à tous Marchands, Négocians & autres personnes, de faire transporter leurs deniers, marchandises ou autres choses à eux appartenans, par des chevaux, charettes  autres voitures de tels Voituriers qu’ils trouveront à propos.
Et par le vingitième il est fait défense aux Messagers, Maîtres de coches & carrosses de troubler les Rouliers & Voituriers dans leurs fonctions, à la charge par eux d’observer les Edits, Déclarations, Arrêts & Règlemens.
Un second Arrêt du Conseil du 8 Août 1681, & encore un troisième du 24 Janvier 1684, obtenus par le crédit d’un grand Ministre à qui appartenoit la plûpart des voitures publiques, ou qui étoit intéressé, ayant ôté aux Voituriers la liberté des entrepôts sur leur route, leur ayant interdit la faculté qu’ils avoient de se charger d’or, d’argent, de pierreries ; & les ayant obligé de se servir, quand leurs propres chevaux leur manquoient, des chevaux de louage dont la ferme appartenoit à ce Ministre pour lors Sur-Intendant des Postes du Royaume, toutes choses contraires ou à l’usage établi, ou au Règlement de 1678, & préjudiciable au Commerce ; les six Corps des Marchands de paris, les Négocians de Lyon, ceux de Moulins en Bourbonnois & de plusieurs autres Villes considérables pour le Négoce, s’étant unis aux Voituriers par terre & par eau de ces Villes & de quelques autres, il fut donné un quatrième Arrêt du Conseil du 2 Avril 1701, qui interprétant celui de 1684, maintint & garda les Marchands & les Négocians du Royaume dans la liberté où ils avoient toûjours été, d’adresser leurs caisses & balots aux Correspondans Marchands ou autres qu’ils pouvoient avoir pour leur Commerce en différentes Villes du Royaume, pour faire passer ensuite lesdites caisses & balots, du poids néanmoins au dessus de cinquante livres, aux lieux de leur destination, par les Voituriers que lesdits Correspondans trouveroient les plus commodes.
L’on a travaillé depuis à un Règlement du Roulage qu’on n’a point encore vû paroître, mais qui seroit d’une grande utilité pour le Commerce, qui languit & qui est interrompu par les mutuelles entreprises des Rouliers & des Messagers & Maîtres des carrosses, les uns sur les autres.
Les lettres de voiture étant proprement la seule pièce nécessaire aux Voituriers tant par terre que par eau ; & étant également utiles ausdits Voituriers pour recevoir le prix de leur Voiture & le payement de leur salaire ; aux Négocians & autres personnes pour la sûreté de leurs marchandises & effets ; & aux Employez, Receveurs & Commis des Aides & Fermes du Roi pour la perception des droits qui sont dûs ; il n’y a rien aussi qui soit plus exactement établi & réglé par les Ordonnances, soit des Aides, soit des cinq grosses Fermes, & par quantité d’Arrêts, que la nécessité & la forme desdites lettres de voiture.
Les articles 2 & 3 du titre 5, & article 1 du titre 7 de l’Ordonnance des Aides du mois de Juin 1680, veut, Que les vins soient accompagnez de lettres de voiture faites doubles par devant Notaire, ou autres personnes publiques ; qu’elles soient remplies d’une même main ; qu’elles fassent mention du lieu où le vin a été chargé, le nom du Propriétaire, de sa demeure & qualité, de l’endroit de sa destination, & du nom de la personne à qui il est adressé ; & qu’elles soient visées par les Commis des Bureaux où elles doivent passer, à peine de confiscation & d’amende.
Les Arrêts du Conseil du 25 Juillet 1684 & 29 Mai 1688, règlent les choses sur le même pied pour les lettres de voiture des eaux-de-vie qui se vendent & se transportent d’un lieu à un autre.
Les articles 2, 4 & 5 du titre des droits sur le poisson de Mer frais, sec & salé, ordonnent pareillement aux Voituriers qui amènent ledit poisson destiné pour la Ville de Paris de prendre de pareilles lettres de voiture avant de l’enlever des Ports de Mer & autres lieux d’où ils partent ; de les représenter aux Commis, s’il y en a d’établis dans lesdits Ports, pour y être enregistrées et contrôlées, ou s’il n’y en a point, de les faire passer par devant le Notaire, Tabellion, ou Greffier du lieu ; lesquelles lettres doivent contenir la quantité, la qualité & la destination de la marchandise, & le nom du Commissionnaire ou Marchand qui l’envoye, & de celui à qui elle est adressée.
Par l’article 4 du titre des Droits sur les bois dans Paris il est enjoint aux Marchands, tant de ladite Ville qu’aux Forains qui y en font arriver, soit par terre, soit par eau, de représenter aux Commis leurs lettres de voiture en bonne forme avant de le faire décharger.
Il est pareillement ordonné par l’article 9 du titre des Droits de marque & de contrôle de papier, Que les Voituriers par eau & par terre chargez de la conduite des papiers, seront porteurs de lettres de voiture en bonne forme, à peine de confiscation des papiers, bateaux, charettes & chevaux, & de 500 liv. d’amende.
Enfin, pour prévenir tous les inconvéniens qui s’ensuivroient de la falsification des lettres de voiture, l’Ordonnance du 22 Juillet 1681, art. 21 & 22 du titre commun pour les Fermes du Roi, veut, que ceux qui auront falsifié des lettres de voiture soient condannez pour la première fois au fouet, & au bannissement de cinq ans de l’Election où la falsification aura été commise, avec amende, qui ne pourra être moindre que du quart de leurs biens ; & en cas de récidive, aux galères pour neuf ans, avec amende qui doit être de la moitié de leurs biens.
L’Ordonnance des cinq grosses Fermes du mois de Février 1687 a aussi deux articles, que les Voituriers par terre ne peuvent ni ne doivent ignorer.
Ces articles, qui sont le 1 & le 23 du titre 2, portent défenses à tous Voituriers qui conduisent des marchandises dans l’étenduë des cinq grosses Fermes, à quatre lieuës des environs des Bureaux, de passer par des chemins obliques & détournez, quoi qu’ils soient porteurs d’aquits, congez ou passe-avans, sous peine de confiscation des marchandises, & de 300 liv. d’amende.
On ne parlera point ici de divers droits établis sur les voitures tant par eau que par terre, comme entr’autres des doubles payages & du sol pour livre par augmentation sur le prix de toutes les voitures du Royaume, créez par Edit du mois d’Octobre 1704 ; parce que la plûpart des droits que le malheur des tems avoit fait imposer sous le règne de Louis XIV ayant été abolis & supprimez sous le nouveau règne de Louis XV & sous la sage Régence de Philippes Duc d’Orleans, on a lieu d’espérer la remise de tous les autres ; & que ce ne seroit que rappeller assez inutilement le souvenir des malheurs de tant de guerres ruineuses à l’Etat, qui peut se flater qu’une heureuse & longue Paix pourra enfin les faire entièrement oublier.

La Seine en aval du Pont Neuf, à Paris

La Seine en aval du Pont Neuf, à Paris par Denis Auguste Marie RAFFET (1754)