C’est en 1742, que le nom de famille Megnien se greffe sur mon arbre généalogique et c’est en effectuant des recherches concernant les anciens métiers ambulants que j’ai découvert que la maignènerie, travail du maignien, était en fait la chaudronnerie et le rétamage aux temps anciens. Les variantes orthographiques en sont assez nombreuses mais le nom se trouvait phonétiquement généralisé sur tout le territoire de France avec la même signification :

MAIGNAN, maagnan, magnan, maignen, meignan, maignin, magnien, mengnien, mengnein, mengnen, mesgnen, s. m. chaudronnier ambulant :
Nus maagnan, soit dedenz la vile, soit de dehors, ne puet nule des œvres apartenans au mestier de potiers d’estain vendre aval la vile, ne en son ostel, se l’œvre n’est de bon aloiement et de loial. (EST. BOIL., liv. des mest., 1re p., XII, 4, Lespinasse et Bonnardot) Var., maignen.

Pierre le Mengnien. (Ch. de 1286, Jumieg., Arch. S. Inf.)

Au mengnien de Seglas. (1336, Lett. de Gir. de Châtill., S. Sauv. de Blois, Bibl. Blois.)
Item autres menues coustumes, c’est assavoir des magniens, des seilles, des fruiz. (1342, Arch. JJ 103, pièce 316.)

Des peaux a layne, du chanvre, des maignanz. des seilles, etc. (1342, Arch. K 49, pièce 58.)

Guillaume le mengnen. (1360, Rançon du roi Jean, Arch. KK 102, f° 158 v°.)

Thomas le mengnein. (Reg. ceuilloir du Temple, Arch. MM 128, f° 22 r°.)

L’an mil quatre cent cinquante
Et quatre fus nommé Aignan,
Fondu et fait par bon entente,
Sans y frapper coup de meignan.
(Inscript. d’anc. timbres de la ville d’Orléans.)

A maignans, leurs poisles mener.
(Villon. Ball des povres Housseurs, Jacob, p. 154.)

A vous que faire du maignen,
Du maignen, commere, du maignen ?
(Farce des Femmes, Anc. Th. fr., II, 94.)

Quant le soleil sera sans tournoier
Et les maignens leurs poisles donneront.
(La Loyauté des Femm., poés. fr. des XVe et XVIe s., II, 37.)

Les maignans a jours de foire, .IIIId.
(Tarif des foires de Nieuil, Trinité, li. 124, n°4, Arch. Vienne)

A Mars, comme… lanterniers, maignins.
(Rab., Pantagr. prognostication, ch. V, éd. goth.)

Maignen ou chaudronnier, Ærarius faber.
(Fed. MOREL, Petit thresor des mots françois, éd. 1632.)

Ont lit dans le Dictionnaire étymologique de Ménage : « En plusieurs lieux de France, les chaudronniers crient par les rue, magnan, magnan. Les Berruiers disent mignan en la même signification.»
Bessin, magnan, chaudronnier ambulant. Beauce, maignen. Morv., Maignin. Champ., maignien. Poitou, maignin. Berry, mignan. Bourg., maignié, selon le Duchat. Metz, magni, selon le Duchat. Dans le canton de Mesvres, on appelle maignins les ouvriers de passage qui viennent au printemps raccommoder les souliers, les parapluies, la faïence. Suisse rom., Neuchâtel, magnin, drouineur, chaudronnier ambulant : « La cocasse a un trou, eh bien ! portez-la au magnin.» Quand le temps est très sombre et le ciel chargé, nous disons figurément et facétieusement : « Il va pleuvoir des magnins.» Nous disons aussi d’une personne sale ou au teint foncé : « Elle est noire comme un magnin.» (BONHÔTE, Gloss. neuchât.) Jura et Suisse rom., Vaud, magnin, hongreur. Bas-Valais, Vionnaz, magnen.

Noms propres, Magnan, Magnien, Magnin, Maignan, Magnein, Magniant, Lemainnien.

Extrait de : Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle. Frédéric Godefroy

Quelles particularités différenciaient autrefois le maignen du chalderonier ?

L’ambulance seulement…

Le dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle renvoie le terme au chaudronnier :

Chaudronniers. La Taille de 1292 cite six chauderonniers, douze maignens et un potier de cuivre ; la Taille de 1300 mentionne quinze chauderonniers et quatre maignens.
On nommait maagnans, maignens, maingnens, maignans (Du latin magninus. Voy. Ducange.) les chaudronniers et étameurs ambulants. Ces noms s’appliquaient également aux potiers d’étain qui allaient crier leurs marchandises par les rues (Livre des métiers, titre XII.). Magnien en vieux français signifiait chaudron, et dans quelques patois, on nomme encore les chaudronniers des magnins, des magniers (Voy. le Dictionnaire de La Curne de Sainte-Pelaye.). Ils étaient appelés encore drouiniers, drouineurs et dinandiers, en raison du commerce immense de dinanderie qui se faisait dans la ville de Dinant (Belgique.). Le mot dinanderie est resté français (Voy. le Dictionnaire de Littré.), et il date d’assez loin, car on lit dans Philippe de Comines : « En l’an 1466, fut prins Dinant, assise au pays de Liège, ville très riche à cause d’une marchandise qui s’y faisoit de ces ouvraiges de cuivre qu’on appelle dinanderie, qui sont en effect potz et poisles et choses semblables (Edit. Dupont, liv. II, chap. I, t. I, p. 114.)».
On ne possède pas, pour les chaudronniers, de statuts plus anciens que ceux de juillet 1327, qui sont souscrits par les 46 maîtres exerçant alors à Paris ; 26 seulement signèrent ceux d’octobre 1420, qui fixent à six ans la durée de l’apprentissage. L’article 16 statue que deux maisons resteront ouvertes le dimanche à tour de rôle, l’une « en la rue Saint-Martin, l’autre ès autres rues foraines ».
Ces statuts furent fréquemment révisés dans la suite. Les révisions de 1514 et de 1566 s’appliquent au « métier de chaudronnerie, batterie et dinanderie ».
Les chaudronniers du seizième siècle participèrent au mouvement qui transformait en artistes la plupart des industriels ; ils confectionnèrent des bassins, des surtouts ornés de paysages et de dessins variés, des statues en cuivre repoussé, d’un travail savant et délicat (Voy. la Gazette des Beaux-Arts, année 1884, p. 165.), des lustres, des fontaines, des baignoires. Ils louaient ces dernières, ainsi que des bassinoires et toute la batterie de cuisine.
A la fin du dix-huitième siècle, la location d’une baignoire coûtait vingt sous par jour. L’eau était chauffée « à la bouilloire » (Voy. pourtant Hurtaut et Magny, Dictionnaire de Paris, t. I, p. 517.) ; il y avait donc intérêt à construire des baignoires qui n’en exigeassent pas un trop grand volume. Celles de cuivre représentaient le plus souvent un sabot à tige élevée, disposition aussi économique qu’incommode, car le corps y était presque moulé, et l’on dépensait ainsi moitié moins de liquide qu’en employant un cuvier oblong. La baignoire dans laquelle fut assassiné Marat, et qui a été acquise par le musée Grévin, est un sabot de ce genre. Les grands seigneurs avaient souvent dans leur hôtel des salles de bain fort luxueuses, où les baignoires affectaient la forme de canapés, de chaises longues, de lits de repos, etc. Il paraît qu’on s’y baignait parfois de compagnie, puisqu’il existait au château de Genlis une baignoire assez vaste pour contenir quatre personnes (Mme de Genlis, Mémoires, t. I, p. 256.). Mais il est bien probable qu’une baignoire de cette taille était en bois.
On ne commença guère avant le quatorzième siècle à bassiner les lits. le procédé qu’employait Charles le Téméraire est assez étrange. Une fois le prince couché, un valet introduisait dans le lit une sorte de longue trompette, au moyen de laquelle il faisait pénétrer entre les draps de l’air chaud (Froissart, édit. Kervyn, t. XIII, p. 43.). Plus d’un demi-siècle après, apparaît la bassinoire classique. En 1454, Jaquin Lelong « maignan » de la cour, fournit pour le service de Marie d’Anjou, femme de Charles VII, une « bacinouere d’arin (D’airain.), a baciner litz (Comptes de la reine, dans V. Gay, Dictionnaire archéologique, t. I, p. 125.) ». En 1481, maître Pierre Symart, secrétaire de Louis XI, fait acheter une « bassinoelle, pour bassiner le lit dudit seigneur (Douët-d’Arcq, comptes de l’hôtel, p. 387.) ».
Montaigne déclare que l’on ne bassinait jamais son lit (Essais, livre III, chap. 13.). Gabrielle d’Estrées était plus frileuse, car dans son inventaire figure une bassinoire en argent (De Laborde, Glossaire des émaux, p. 170.). Mais celle-ci était certainement œuvre d’orfèvre, non de chaudronnier.
L’inventaire du mobilier de la Couronne pour 1673 mentionne trois bassinoires d’argent, dont une avait « son couvercle percé à jour de plusieurs fleurs de lis, et les armes du Roy au milieu (Tome 1, p. 63 et 67.)». Le moine était déjà connu (Voy. Saint-Simon, Mémoires, t. IX, p. 91.), mais la boule à eau chaude, originaire d’Angleterre, ne semble avoir remplacé l’ancien procédé que vers 1770. Le sieur Granchet annonçait, cette année-là, dans le Mercure de France (N° de février 1770, p. 203.) qu’il venait de « perfectionner la bassinoire angloise».
Je trouve plus tard les chaudronniers divisés en cinq classes :
1° Les chaudronnier menuisiers, véritables artistes en leur spécialité ;
2° Les chaudronniers grossiers (Voy. ci-dessous l’art. Grossiers.), qui fabriquaient les ustensiles du travail le moins délicat ;
3° Les chaudronniers planeurs, qui préparaient les planches de cuivre pour la gravure ;
4° Les chaudronniers faiseurs d’instruments de musique en cuivre : cors de chasse, trompettes, timbales, etc. ;
5° Les chaudronniers au sifflet. Ces derniers, qui représentaient les anciens maignens n’avaient le droit d’exercer leur métier ni à Paris ni dans les villes où les chaudronniers étaient constitués en communauté. Munis d’une flûte de Pan, dans laquelle ils sifflaient pour signaler leur passage, ils parcouraient les campagnes, portant tout leur bagage sur le dos dans un sac de peau appelé drouine ; ils faisaient les étamages, les raccommodages, et vendaient de vieux ustensiles de cuivre. Quelques-uns débitaient même du neuf ; ceux-là étaient en général suivis d’un cheval chargé de grands paniers d’osier.
Aux termes des statuts d’octobre 1735, les maîtres chaudronniers ne pouvaient avoir à la fois plus d’un apprenti, et la durée de l’apprentissage était fixée à six ans. Les fils de maître étaient dispensés de l’apprentissage et du chef-d’œuvre, qui consistait à « forger et finir entièrement un coquemar ou caffetière de cuivre rouge ».
A la fin du dix huitième siècle, le nombre des maîtres était de 130 environ, et la communauté avait pour patrons saint Maur et saint Fiacre. Les maîtres étaient dits officiellement chaudronniers-dinandiers.
Au quatorzième siècle, la rue d’Écosse portait le nom de rue du Chaudron, qu’elle devait à une enseigne.
Outre les noms mentionnés ci-dessus, les chaudronniers ont été dits encore cauderliers, caudreliers, caudronniers, caudriers, chauderiers, chaudreliers, dinants, dynans, batteurs d’airain, batteurs de cuivre, potiers d’airain, potiers de cuivre, etc.
Voy. Paaliers.

Habit de Chaudronnier