Au début de mes prospections généalogiques en Bourgogne un cousin éloigné m’avait fourni quelques éléments concernant ma branche familiale CLAIR. Il avait mis en évidence que mon ancêtre direct avait bénéficié des bienfaits de l’image miraculeuse de Notre Dame d’Etang

… ! (Scepticisme) ! …

Poursuivant mes recherches, sans approfondir plus avant ces révélations, comme à mon habitude pour avérer mes filiations je  retrouve effectivement le baptême d’un enfant mort-né, mis au monde deux années avant mon ancêtre sur la paroisse de Rouvre sous Meilly d’où ma branche DUMAY est originaire :

Cejourd’huy seizieme feuvrier mil sept cent quarente huit a eté jn’humée dans la chapelle de S.te Margueritte en petit enfant d’Emilland Le Cler lab.r a Avensey et de Marie Dumay lequel ayant eté apporté par ses parens devant l image miraculeuse de Notre Dame d Etant qui repose dans dans l eglise de Rouvre et Meilly a eté ondoyé sous condition ayant donné des signes d un reste de vie en presence des themoins cy bas nommées aussy soussignée avec nous,

Quelle ne fut pas ma surprise quand je découvre que le frère de Bernarde CHAMBIN, une autre de mes ancêtres, possède également son petit miraculé !

Ce jourd’huy vingt deuxième avril mil sept cent quarante huit a eté jnhumée dans le cimetiere de l eglise paroissialle de Rouvre et Meilly par (Rature) le prêtre soussigné en presence des themoins cy bas nommée soussigné avec nous paroissien de Rouvre une petite fille de Jean Chambin lab.r a Maligny et d’Emillande Gros qui ayant eté apporté devant l ‘image miraculeuse de Notre Dame d’Etant residante en notre eglise a eté ondoyé sous condition par moy prêtre curé soussigné ay donné quelque signe de vie

L’Inventaire général du patrimoine culturel fait effectivement état d’une statuette de la Vierge à l’enfant, dite Notre-Dame de Miséricorde :

Selon une notice affichée dans l’église, cette statuette du 18e siècle est une reproduction de la statue miraculeuse de Notre-Dame d’Etang (commune de Velars-sur-Ouche) érigée par Philibert Saulgeot, curé de Meilly, en 1748 ; des procès-verbaux consignés dans les archives paroissiales relatent le retour à la vie, le temps du baptême, de treize enfants morts-nés déposés sur son autel. La vitrine de style néo-gothique date de la seconde moitié du 19e siècle. Une statuette similaire est conservée dans l’église de Semarey.

En vérité les registres paroissiaux font état d’une première exposition à l’image pieuse dans la chapelle Sainte Marguerite de Rouvres sous Meilly le 27 Décembre 1745 :

Ce jourd’huy vingt septième
Decembre mil sept cent quarente
cinq a eté jnhumé dans la
chapelle Sa.te Margueritte par moy
prêtre curé de Rouvre soussigné
en presence des tesmoins cy bas
nommés soussignées avec nous en
petit enfant de Pierre Denizot
lab.r a Meilly et d’Anne Goisset
ses pere et mere de legitime
mariage lequ’el estant venus aux
monde sans aucun signe de vie
a eté aporté a l’eglise dudit
Rouvre et exposé sur l’hautel de
la tres S.te Vierge qui a fait miracle
sur luy en telles sorte que cette
enfant ayant donné quelque signe
de vie, en presence du sieur curé
qui avoit exposé l’jmage de Nostre
Dame D’Estant sur cette enfant
luy a communiqué de la chaleur
en suitte duqu’el miracle faite en
presence d’une infinités de personnes
a d’esterminés le sieur curé a luy
donner le saint baptesme apres
lequ’el jl a mist cette enfant en
terre benitte, fait a Rouvre les
jour et an que dessus,

Notre-Dame d’Etang est localisée sur la Montagne d’Etang au XIVe siècle où elle fait l’objet de pèlerinages. L’Histoire de la découverte de l’image miraculeuse de Notre-Dame d’Etang et du culte qu’on lui a rendu jusqu’à présent par Antoine Dejoux reprend l’aventure de cette petite sculpture à partir de 1435.

Sur le contexte de l’époque

Les enfants mort-nés ou en détresse bénéficiaient généralement à leur naissance d’un ondoiement par la sage-femme ou le chirurgien. Lorsqu’ils survivaient, ils devaient également être baptisés sub conditione (Sous condition)… Le répit est le terme appliqué à la pratique qui permettait de baptiser un enfant momentanément ressuscité, il fut interdit par le pape en 1751.

La foi a toujours enfanté des miracles, et le sentiment a été dans cette œuvre thaumaturgique son collaborateur le plus assidu et le plus efficace. On ne prétend pas fournir ici une nouvelle démonstration de ces vérités banales; mais peut-être ne sera-t-il pas inutile de mettre en lumière la puissance du rite dans la production de certains prodiges.

§ 1. LES SAINTS PROTECTEURS DES ENFANTS MORTS-NÉS

Les enfants qui meurent sans recevoir le baptême ne peuvent aller au Ciel. N’ayant pas commis de péchés personnels, ils ne sont pas soumis aux peines sensibles, ils ne brûlent pas dans le Purgatoire ou dans l’Enfer ; mais ils vont dans les limbes. La perspective n’en est pas moins douloureuse et tragique; ils subissent, en effet, la peine essentielle des damnés, qui est l’éternelle privation de la vue de Dieu.
Cette pensée devait être singulièrement cruelle aux cœurs d’un père et d’une mère déjà meurtris par la mort de leur enfant et la ruine des espérances qu’ils avaient pu mettre en lui. Pour les esprits portés au rationalisme, ce fut chez beaucoup un germe d’incrédulité. Pour ceux chez qui la foi, maîtresse de l’esprit et de l’être pensant tout entier, maintenait son souverain empire, la révolte du cœur sut créer une espérance nouvelle, un miracle de tendresse. Ils l’obtinrent des saints et surtout de la Vierge, la Mère douloureuse, dont le fils fut crucifié. Certes, ils eussent souhaité que l’enfant revint à la vie et prit la place qu’on lui destinait au foyer ; mais ce regret était presque entièrement noyé dans l’effroi du dam possible et ce n’était pas cela qu’ils demandaient : brisés, frappés, foudroyés, ils portaient à quelque sanctuaire vénéré le petit cadavre. Priant avec angoisse : — Rendez, disaient-ils, rendez à notre enfant quelques instants de vie, pour que l’on puisse le baptiser; ouvrez-lui la porte des cieux ! — Et souvent le saint ou la Vierge se sont laissés toucher. Les registres paroissiaux ont consigné ces résurrections par centaines et par milliers, attestant du même coup la puissance de la foi et la force de l’amour maternel, dans l’invention d’un miracle qui suscite encore notre émotion attendrie.
Nombreux sont les saints qui ont opéré de semblables merveilles : S. Etienne, Ste Cunégonde, S. Léonce, Ste Rosalie, S. Thomas de Villeneuve, S. Thomas d’Aquin, S. Vivence, S. Edme auraient ressuscité des enfants mort-nés.
Sur la montagne de Viserny, près de Semur-en-Auxois, existe une chapelle rurale placée sous le vocable de Ste Christine. On apportait dans la chapelle, sur l’autel de la sainte, les enfants mort-nés ou morts sans baptême qu’on y laissait exposés ; ensuite, ils étaient déposés dans un petit caveau sous les dalles de l’église. Ce petit charnier est rempli de débris de squelettes de petits enfants et surtout de crânes dont l’épaisseur ne dépasse pas l’épaisseur d’une feuille de papier.[…]

Extrait de : En marge de la Légende dorée : songes, miracles et survivances : essai sur la formation de quelques thèmes hagiographiques par Pierre Saintyves

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