Qui n’a pas dans ses ancêtres un fendeur ? A différencier du bûcheron, de l’arçonneur, du charpentier, du boisselier ou autre, le fendeur s’avérait être un des nombreux maillons de la chaîne d’exploitation du bois. Le très prolifique Henri Louis Duhamel du Monceau dans son volumineux ouvrage « De l’exploitation des Bois » consigne avec beaucoup de descriptions et dans son intégralité la filière bois, de la physique de l’arbre aux différents métiers d’art qui lui étaient liés…

Article VI. Travail du Fendeur.

C’est ici le lieu de parler des bois que l’on livre en grume aux Fendeurs pour être débités selon différentes destinations.
Quand les Bûcherons ont abattu les arbres, & qu’ils en ont retranché les branches, le Marchand qui les a destinés à faire du bois de fente, livre en cet état les corps d’arbres, & quelquefois aussi les grosses branches aux Ouvriers Fendeurs, qui, selon la grosseur & la longueur de ces tronces, les débitent pour différents ouvrages que nous expliquerons dans la suite.
Plusieurs motifs déterminent les Marchands à faire faire du bois de fente ; 1°, lorsque par la position d’une forêt, certaines marchandises sont d’un débit avantageux, telles que le merrain, le traversin, les échalas, &c, pour les pays de vignoble ; les rames, les gournables ou chevilles pour la construction des vaisseaux, lorsqu’on est à portée des Ports de mer ; ailleurs les cerches pour la Boissellerie ; aux environs des grandes villes, les lattes pour les couvertures des toîts ; & dans quantité d’endroits, les ouvrages de raclerie, qui consistent en différents petits ouvrages de Hêtre, comme clayettes, lattes pour les fourreaux de sabre & d’épée, lanternes, panneaux de soufflets, bâts, arçons de selle, &c.
2°, Quand le bois n’est pas d’assez bonne qualité pour fournir de bonnes pieces de charpente ; par exemple un arbre mort en cîme, ou qui, dans la longueur de son tronc, a des nœuds pourris ou des yeux de bœuf, ou dont le tronc fort court a pris des contours désavantageux ; ces arbres peuvent fournir des billes saines ; quoique courtes, elles sont propres pour la fente.
3°, Quand, par la difficulté des chemins, par l’éloignement des rivieres navigables & des grandes routes, ou par la distance trop grande de la forêt, jusqu’aux lieux où l’on en pourroit faire la consommation, le transport devient trop coûteux ; enfin, quand quelques-unes de ces raisons empêchent de voiturer les grosses pieces de bois, alors on prend le parti de les convertir en ouvrages de fente qui peuvent être transportés facilement, soit par petites voitures, soit à somme de cheval. Mais le Marchand doit faire attention que si d’un côté il retire un grand produit du corps d’un gros arbre qu’il fait débiter en fente, d’autre part, il lui en coûte nécessairement un prix considérable pour la façon.
Il seroit d’une bonne police de mettre des entraves à la cupidité des Marchands, & de les détourner de couper par tronces les plus beaux & les plus gros arbres, pour en faire de la cerche ; car ont pourroit faire de très-bons seaux avec du merrain de bois blanc, cerclés de fer, & débiter les arbres dont on fait de la cerche en bois de Menuiserie, de charpente ou de construction, suivant la qualité & la nature du bois.
Je ne dis rien des échalas, des lattes ni du merrain, parce que tout cela peut se prendre dans des arbres qui ne sont pas fort gros.
On a pu voir dans la Physique des Arbres, qu’un tronçon de bois est composé de fibres qui s’étendant suivant la longueur du tronc, forment sur l’aire de la coupe du tronc des orbes concentriques, & que ces fibres longitudinales sont liées les unes aux autres par un tissu cellulaire, & par des fibres transversales, qui ont été nommées insertions.
La force qui unit ces fibres longitudinales les unes aux autres, est beaucoup moindre que celle de ces mêmes fibres ; & c’est pour cela qu’il est bien plus aisé de les séparer, que de les rompre. On peut remarquer que les fentes s’ouvrent toujours par les rayons ou insertions.
Les Ouvriers qui travaillent les bois dans les forêts ont bien su profiter de cette propriété du bois pour le fendre, & en faire d’une façon expéditive plusieurs ouvrages qui, par cette manœuvre, sont beaucoup meilleurs que s’ils étoient refendus à la scie.
En effet, combien n’employeroit-on pas de temps à diviser avec la scie des lattes, des douves de futailles, des cerches de Boisseliers, &c ? Au lieu que par l’industrie qu’emploient les Fendeurs, ces ouvrages sont faits presque en un instant. J’ajoute qu’il sont beaucoup meilleurs ; ce qui deviendra sensible si l’on fait attention que la scie ne suivant point régulièrement les inflexions des fibres, elle les coupe, & ne fait que du bois tranché ; au lieu que par la méchanique du Fendeur, ces fibres restent dans leur entier, & les ouvrages en ont beaucoup plus de solidité.
Joignons à cela qu’en fendant le bois, on épargne ce que le trait de scie emporte, ce qui ne laisse pas d’être considérable ; car ce trait ne pouvant être moindre que 2 à 3 lignes, cela fait l’épaisseur d’une latte & presque d’une douve qui a au plus 3 lignes : il est bien vrai que le bois refendu à la scie est mieux dressé que celui qu’on fend, & qu’on ne peut rendre droit qu’en retranchant du bois.
Il y a dans les forêts des Ouvriers qu’on nomme Fendeurs, qui s’occupent presque uniquement à faire ces sortes d’ouvrages, qui ne laissent pas, dans certains cas, d’exiger de l’adresse de la part de ces Ouvriers, pour bien conduire la fente & mettre tout le bois à profit. Nous nous proposons de faire remarquer cela, après que nous aurons fait connoître les signes qui peuvent faire conjecturer si tel ou tel arbre sera propre pour la fente.

§. 1. DES MARQUES QUI PEUVENT FAIRE JUGER QU’UN ARBRE SERA PROPRE POUR LA FENTE.

On a déjà vu lorsque j’ai parlé des bois taillis qu’on peut fendre différentes especes de bois, Châtaignier, Chêne, Bouleau, pour en faire des cerceaux pour les poinçons, des cercles pour les cuves, des cercles pour les cribles, &c ; on verra dans la suite, qu’on peut également destiner à faire des ouvrages de fente, quantité de bois de différentes especes. Il y a des especes de bois qui se fendent beaucoup mieux que d’autres : le Chêne & le Hêtre se fendent communément beaucoup mieux que l’Orme, l’Erable, &c. Je dis communément ; car j’ai vu des Ormes qui étoient aussi aisés à fendre que le Chêne ; mais cela ne se rencontre pas ordinairement, & dépend quelquefois de l’espece ; l’Orme-teille & celui qu’on nomme Orme femelle à larges feuilles, se fendent ordinairement beaucoup mieux que l’Orme-tortillard : de même, parmi les Chênes, celui qui porte son fruit en grappe, se fend ordinairement mieux que celui que celui dont les fruits sont attachés à des queues fort courtes : au reste, on ne doit pas regarder ceci comme regle générale. Mais ce qui est encore plus singulier, c’est que la même espece d’arbre élevée dans le même terrein & à la même exposition, tantôt se trouve être de bonne fente, & tantôt ne peut être employé à cette destination ; bien plus, il arrive assez communément qu’un arbre qui se fendra bien vers les racines, sera très-difficile à fendre vers le haut de sa tige.
En général, les Ouvriers jugent qu’un Chêne se fendra bien quand son écorce est fine, quand l’arbre diminue uniformément de grosseur, & quand il a peu de noeuds.
Les bois roux, pouilleux & vergetés, se fendent quelquefois assez bien quand ils ont toute leur seve ; mais ces bois défectueux sont d’un mauvais emploi.
Les bois roulis doivent être rejettés pour les ouvrages de fente, parce qu’ils donnent beaucoup de déchet.
On prétend que le Hêtre dont la tige n’est pas exactement arrondie, & où il se trouve des especes de côtes qui s’étendent suivant la longueur du tronc, est le meilleur de tous pour la fente. Quand, lorsqu’on enleve dans le temps de la seve, un morceau d’écorce de ces arbres, on voit en le pliant en sens contraire, c’est-à-dire, la cuticule en dedans, que les fibres longitudinales se séparent aisément ; on préfere l’arbre où ces mêmes fibres ont une direction droite, & qui forment une hélice ou vrille très-alongée. Il y en a qui prétendent que quand les fibres tournent de droite à gauche, l’arbre se fend mieux vers la tête qu’au pied ; & que le contraire arrive si les fibres tournent de gauche à droite ; mais cette opinion ne paroît avoir aucun fondement : j’ai toujours vu que les arbres se fendoient d’autant mieux, que leurs fibres suivoient une ligne plus droite dans toute la longueur du tronc ; & peut-être que ce qui fait qu’une partie d’un même arbre se fend bien pendant qu’une autre est de mauvaise fente, c’est parce que la direction des fibres longitudinales se trouve dérangée, soit par l’insertion de quelque grosse racine, soit par l’irruption d’une grosse branche. On peut consulter sur ce point ce que nous avons dit plus en détail dans la Physique des Arbres sur la direction des fibres du bois.
Il arrive quelquefois que tous les arbres d’une vente se fendront mieux que ceux d’une autre : cela peut dépendre de la qualité du terrein ; car on remarque que les arbres qui poussent avec force se fendent mieux que ceux qui croissent lentement. En général, les jeunes arbres se fendent mieux que les vieux ; & le bois verd se fend beaucoup mieux que le bois sec.
Il suit de ce que je viens de dire, qu’il y a des arbres dont le bois se fend beaucoup plus régulièrement que d’autres ; mais qu’il n’est pas aisé de décider avec certitude, si un arbre sur pied sera de bonne fente ou non.
On doit absolument rebuter tous les arbres noueux, ainsi que ceux qui ont leurs fibres très-torses ; je dis très-torses, car on ne laisse pas de tirer parti des arbres dont les fibres le sont un peu moins, pour les employer à des ouvrages qui permettent de les redresser au feu : j’ai vu faire de très-bons panneaux de menuiserie avec du merrain qui avoit ce défaut.
Comme la direction des fibres des bois rustiques & très-forts, n’est pas ordinairement droite & réguliere, ils sont rarement propres à la fente.
Les bois gras se fendent assez bien, pourvu qu’ils ne soient pas secs ; car quand ils ont perdu toute leur seve, ils deviennent cassants ; c’est pour éviter cela que les Marchands ont grand soin de faire fendre leurs bois aussi-tôt qu’ils ont été abattus ; 1°, parce qu’alors ils se fendent régulièrement, & sans qu’aucune piece se rompe, 2°, parce que les fentes qui se forment dans les bois qui se sechent, leur occasionneroient un déchet considérable ; 3°, parce que l’aubier du bois verd se fend très-bien, & qu’on peut en passer une partie avec le bon bois ; au lieu que cet aubier devient en pure perte, quand le bois est trop sec ; 4°, si l’on fend une grosse bille de bois gras anciennement abattu, la circonférence de la piece a peine à se fendre régulièrement ; mais le centre conserve ordinairement assez de seve pour qu’on puisse le bien fendre. Ce qui rend avantageuse l’exploitation de la fente, c’est qu’on trouve à employer pour différents ouvrages, les billes de toute longueur ; savoir, de 6 pieds pour les échalas d’espaliers ; de 4 & demi pour les échalas des vignes ; de 4 pieds pour la latte ; de 3 & demi pour les merrains des demi-queues ; de 2 pieds 2 pouces pour leur enfonçure ; de 2 pieds pour les barres ; de 18 pouces pour le palisson ; de 8 pouces pour les chevilles des Tonneliers, &c ; en conséquence, on peut tirer parti de billes assez courtes qu’on leve, soit entre deux branches, soit entre deux nœuds.
Les Fendeurs ne laissent pas que de faire usage des bois blancs ; savoir le Tremble, le Peuplier, le Bouleau, le Saule, &c : ils en font du merrain pour des futailles, & des tonnes à enfermer le sucre, & d’autres marchandises seches ; des tinettes pour contenir des beurres ; des barres, des chevilles pour les Tonneliers ; des palissons pour les entre-voûtes des planchers de Paysans, &c. Quand il s’agit d’ouvrages plus importants, on n’emploie guere que le Chêne & le Hêtre ; & dans les Provinces méridionales, le Châtaignier, le Murier, le faux Acacia. Dans nos Provinces, tous les ouvrages de fente se font avec le Chêne, & les ouvrages de raclerie avec le Hêtre.Exploitation des Bois Pl. XXV.

§. 2. OUTILS DONT SE SERVENT LES FENDEURS.

Le métier de Fendeur n’exige pas un grand nombre d’outils : le principal est un Attelier ou selle à fendre, (Pl. XXV. fig. 1). Pour s’en former l’idée, il faut se représenter un gros fourchet de bois ABC ; la branche postérieure AB, est plus élevée que la branche antérieure CB.
Ce fourchet est soutenu par un pied solide D, qui se trouve placé à la réunion des deux branches, & par le pied E placé vers l’extrémité de la branche C. A l’égard de la branche A, comme il est à propos, suivant la hauteur du corps de l’Ouvrier, & selon les ouvrages qu’il doit faire, de la tenir plus haute ou plus basse, elle est simplement soutenue par une fourche F. Mais comme pendant le travail, l’Ouvrier fait toujours des efforts qui soulevent cette branche A, elle est affermie par une piece de bois G qui passe sur cette branche, ensuite sous la branche C : elle porte à terre par le bout inférieur G, & le bout supérieur est fortement lié au poteau vertical HH, qui est lui-même attaché par le bout supérieur, soit à quelque piece du plancher, si le travail se fait dans un bâtiment, soit à une branche d’arbre, si l’on fend dans la forêt ; le bout inférieur est un peu enfoncé en terre : de cette maniere l’attelier se trouve solidement assujetti.
On voit en B, à la réunion des branches, une petite plateforme arrondie qui sert à poser la masse ou mailloche I qui doit être toujours à portée de la main du Fendeur.
Pour comprendre l’usage de cet attelier, supposons qu’on veuille fendre la piece de bois NO (Fig.1) : on la pose presque verticalement en dedans des fourches, de façon qu’elle s’appuie contre la branche C ;  puis plaçant le tranchant du Coutre P, suivant la direction qu’on veut donner à la fente, on frappe sur le dos de ce coutre avec la masse  I, (Fig. 1 & 12); cette fente étant commencée, pour la continuer, on place la piece de bois presque horizontalement dans la position KL ; de maniere que le bout K passe sous la branche AB de l’attelier, & le bout L sur la branche CB : il est évident qu’en appuyant alors sur le manche M du coutre, on fait étendre la fente suivant le fil du bois ; quand la fente est ouverte, on empêche qu’elle ne se referme en y introduisant un coin Q ; puis on avance fortement le coutre, qui coupe les fibres qui ne sont point séparées ; & en appuyant encore sur le manche, on prolonge la fente qui bientôt s’étend jusqu’à l’extrémité de la piece, que l’on tient toujours de plus en plus ouverte avec le coin Q.
Avant d’aller plus loin, il n’est pas hors de propos de faire une remarque sur la façon de manier le coutre ; & pour cela je suppose, pour rendre la chose plus sensible, qu’on veuille fendre le morceau de bois ab (Fig. 2), avec le coutre c, dont la lame est fort large ; on parviendra bien à forcer la fente de s’étendre jusqu’au bout b, soit en élevant, soit en abaissant le manche c du coutre ; mais l’effet ne sera pas absolument le même ; car si l’on éleve le manche c, le tranchant e du coutre, appuyera sur la portion db de la piece de bois ab, pendant que le dos f du coutre appuyera sur gb de la même piece : or comme fb fait un plus long bras de levier que eb, la portion gb s’élevera, tandis que la portion db restera presque immobile.
Si au lieu d’élever le manche c du coutre, on appuie dessus pour l’abaisser, le contraire arrivera ; c’est-à-dire, que le tranchant e s’appuyera sur la partie gb de la piece de bois, & le dos f sur la portion db ; & comme fb fait dans ce cas un plus long levier que eb, la portion db de la piece de bois, descendra pendant que la portion gb restera presque immobile.
Pour faire comprendre que cette circonstance n’est point indifférente aux Fendeurs qui veulent bien conduire leur fente, supposons que le piece de bois kl (Fig. 3), soit fendue jusqu’en m ; si on suppose les fibres de ce bois tendues bien parallelement, depuis k jusqu’à l, & que deux forces pareilles appliquées en n & en o, agissent en sens contraire pour écarter les parties no, la fente doit naturellement s’étendre en ligne droite jusqu’à l, & de sorte que les morceaux ni & ol seront d’égale épaisseur ; mais il n’en sera pas de même si nous supposons une des deux forces appliquées en p (Fig. 4), & l’autre en q ; la portion rp restera droite, & la portion qs se courbera beaucoup. On sent évidemment que cela doit être, parce que la puissance appliquée en p, n’agit, pour augmenter la fente, que par le court levier pt ; au lieu que la puissance appliquée en q, agit par un long levier qt ; or, comme la courbure sq occasionne la rupture de quelques fibres ligneuses en t ; il en résulte que la fente quitte la direction qu’on lui supposoit avoir suivant l’axe de la piece, & elle s’approche d’autant plus du côté s, que la courbure qs est est plus considérable. Les Fendeurs ignorent les conséquences du raisonnement que je viens de faire ; mais ils savent très-bien appuyer ou élever le manche de leur coutre, pour faire prendre à leur fente la direction qui leur convient ; c’est pour cela qu’ils retournent en sens différents la piece KL (Fig. 1), afin de pouvoir manier plus commodément le manche de leur coutre, suivant la direction qu’ils veulent donner à la fente : ce n’étoit que par supposition que j’ai dit que le Fendeur relevoit son coutre ; car il est évident qu’il ne peut faire force qu’en appuyant, & c’est pour cela qu’il retourne sa piece, & qu’il appuye toujours sur le manche du coutre, ce qui fait le même effet que si, sans changer cette piece de situation, il relevoit son coutre comme j’ai supposé qu’il faisoit.
Le Fendeur sait encore profiter de la courbure qs, (Fig. 4), d’une façon plus sensible : pour le concevoir, supposons que la piece kl (Fig. 3), destinée à faire deux lattes, soit placée dans l’attelier, de la même maniere que la piece de bois KL (Fig. 1); si le Fendeur s’apperçoit que la fente s’approche trop de m, il met sa main en q (Fig. 5); & en appuyant, il fait prendre à cette partie la courbure qs ; alors en portant fortement le tranchant du coutre dans l’angle t, la fente change bientôt de direction & s’approche de s. Les Fendeurs emploient souvent & avec succès ces moyens pour fendre en ligne droite des pieces de bois, dont les fibres ont naturellement un peu d’obliquité.
Ces réflexions générales nous ont paru trop importantes sur cet objet, pour négliger de les rapporter. Je reviens maintenant au détail des outils.
Le coutre (Pl. XXV. Fig. 6), a deux biseaux ; c’est l’outil qui sert le plus au Fendeur : la partie ab est de fer acéré, & tranchante ; elle porte deux biseaux, comme on le voit par la coupe e, la partie dg, est le dos de ce coutre sur lequel l’Ouvrier frappe avec une masse pour commencer la fente ; ce dos est d’environ deux lignes & demie d’épaisseur ; la longueur de c en b, est de 9 pouces plus ou moins, suivant les ouvrages qu’on a à fendre : les coutres des Fendeurs de cerches sont nécessairement plus longs. La largeur du fer de d en c est ordinairement de quatre pouces ; la partie cb qui, comme on le peut voir par la coupe e, forme un coin mince & tranchant, est terminée par une forte douille ik, plus ouverte du côté de k, que du côté de i ; c’est pour cela que le manche qui est fait de bois, doit être plus menu par le bout L que par le bout k, qui est entré à force dans la douille & qui excede un peu le fer du coutre.
C’est avec ce coutre que l’Ouvrier commence la fente, & qu’il la prolonge tout le long de la piece, comme nous l’avons dit ci-dessus en parlant de l’attelier. Il est évident que si la longueur du manche augmente la force du Fendeur, la largeur du tranchant la diminue.
Le grand coutre (Fig. 7), differe du premier (Fig. 6); 1°, en ce que son fer est de 3 pouces plus long ; 2°, son manche a 18 pouces de longueur ; 3°, la partie abcd, n’a qu’un seul biseau ; la partie ab est acérée & fort tranchante ; & la partie cd forme un tranchant mousse : la coupe de ce coutre est représentée en e ; il est émincé à la partie cd, & échancré en f pour le rendre plus léger ; car ce coutre ne sert point à fendre ; les Ouvriers l’emploient comme une hache à main pour dégauchir leurs pieces, ainsi qu’on le voit dans la figure 8. Comme le tranchant de ce coutre est fort large, il dresse mieux les pieces de bois que ne pourroit faire le tranchant d’une cognée à main, dont le fer qui est étroit, forme des especes de sillons sur le bois.
La figure 9 représente une forte cognée d’abatteur, & dont les Fendeurs se servent quelquefois pour dégrossir leurs pieces de bois ; mais elle leur tient lieu plus souvent de masse ; & c’est avec la tête a de cette cognée qu’ils ont coutume de frapper les coins de bois dur qu’ils enfoncent dans les fentes des grosses billes : la forme de ces coins est représentée par les figures 10 ; on les fait avec du charme ; ils sont fort longs, minces, & tranchants.
Les Fendeurs emploient aussi des scies passe-par-tout, (voyez Fig. 11), des mailloches (Fig. 12), & quelquefois une masse ou gros maillet (Figure 13). La lame des scies est dentée comme AA (Figure 11), ou est faite en feuillet qui porte des dents comme BB, auxquelles on donne beaucoup de voie pour faire passer plus facilement la scie dans le bois verd.
Quand les Fendeurs veulent partager en deux une bille de bois, ils marquent l’endroit de la fente avec le coutre à deux biseaux ou avec la cognée ; ils frappent fortement ces outils avec la masse ; puis ils mettent le tranchant d’un de leurs coins dans ce fillon, & en frappant avec la tête de leur cognée, cette fente s’ouvre. S’ils apperçoivent dans la fente quelques filandres de bois, ils les coupent avec le coutre : on est surpris de voir une grosse bille de bois se séparer en deux avec beaucoup de facilité ; en supposant néanmoins que la piece est de Chêne, sans nœuds, & que les fibres du bois sont fort droites.
La figure 12 représente une masse ou mailloche semblable à celle qu’emploient les Charrons, qui, en plusieurs circonstances se servent aussi d’un coutre pour fendre le bois qu’ils mettent en œuvre. Cette masse ou mailloche est faite d’un rondin de charme, ou d’autre bois dur, dans lequel on aménage un manche a qui puisse être empoigné commodément d’une main : elle sert presque uniquement à  frapper sur le dos du coutre à deux biseaux.
On voit dans la Figure 14 les coins de fer qui ne servent guère qu’aux Ouvriers qui fendent le bois à brûler ; comme ce bois, pour l’ordinaire, est rempli de nœuds, & que ses fibres qui ont toutes sortes de directions, ne se fendroient pas avec des coins de bois, on emploie ceux de fer, qu’on chasse avec une grosse masse (Fig. 13), qui sert également à frapper les coins de fer & les gros coins de bois que l’on emploie alternativement, lorsque ceux de fer ont fait les premières ouvertures.
La scie en passe-par-tout (Fig. 11), sert également aux Bûcherons, aux Scieurs de long & aux Fendeurs ; souvent même on fournit à ceux-ci les billes toutes sciées : quand les billes ne sont pas trop grosses, on emploie des scies pareilles à celles des Charpentiers, pour les débiter.

§. 3. DES RAMES POUR LES GALÈRES & POUR LA MARINE.

Les rames se font avec du Hêtre de brin, que l’on fend à peu-près comme l’on fend les cercles de cuve, (voyez Livre II); toute la différence qu’il y a, c’est que comme les arbres qu’on doit fendre pour cet objet, doivent être fort longs, il faut les soutenir sur un nombre suffisant de chevalets, & avoir plusieurs coins qu’on insere dans la fente pour lui faire suivre bien régulièrement le trait qu’on a tracé sur la piece.
Il faut que les arbres soient bien filés, de belle fente, & qu’il ne se trouve aucun nœud dans l’étendue de 48 à 49 pieds de longueur pour les rames de toutes sortes de galeres ; avec cette différence, que pour les rames des Galeres extraordinaires, il faut que les pieds d’arbre puissent fournir en longueur, à compter du bout de la pelle, qui fait le tiers de celle de la rame, 11 pieds ; de ce point jusqu’à l’estrope, qui est la partie qui porte sur la galere, 20 pieds ; de l’estrope jusqu’au bout qu’on nomme le genou, 16 pieds : total 47 à 48 ; & pour les Galeres ordinaires, 41 pieds.
On peut tirer trois ou quatre rames des arbres qui ont plus de deux pieds & demi de diametre vers le pied ; mais on n’en peut tirer que deux de ceux qui n’ont précisément que deux pieds.
Lorsque l’arbre a été fendu en 2, 3 ou 4 pieces, on en enleve le cœur, dont on ne peut faire usage : on les livre en cet état, qu’on nomme attele ou ettele, dans les Ports où les Remolats les travaillent & les perfectionnent.
On livre dans les Ports des rames en attele beaucoup plus courtes pour les Chébecs, les demi-Galeres, les Vaisseaux, les Felouques, Chaloupes, Canots, &c : les Fournisseurs se conforment pour ces usages aux dimensions qui leur ont été fixées par les états de fourniture.Exploitation des Bois Pl. XXVI.

§. 4. COMMENT ON FEND LE BOIS A BRÛLER.

On emploie pour le chauffage toutes les pieces de bois dont on ne peut faire aucun autre usage, ou quand ces pieces sont trop grosses & trop chargées de nœuds pour être œuvrées. Alors on les fend avec des coins de fer & de bois dur. Quand ce sont des souches fort grosses, on vient à bout de les mettre en éclats, en y employant le secours de la poudre à canon. Pour cet effet, on perce avec une tarriere, un trou a ( Pl. XXVI. Fig. 14), de 5 ou 6 pouces de profondeur ; on le remplit de poudre à canon ; on ferme l’ouverture avec une cheville que l’on frappe à coups de masse ; ensuite on perce une lumiere en b avec une vrille ; on amorce cette espece de mine, à laquelle on met le feu avec une lance d’artifice b, & l’on a soin de se retirer promptement au loin pour éviter d’être blessé par les éclats. Par ce moyen une souche se fend ordinairement en trois parties comme le représente cde (Fig. 1 en B).
A l’egard des billes ordinaires, on en commence la fente avec un coup de cognée, & on y introduit un coin de fer & d’autres successivement, que l’on frappe avec une forte masse de bois : les rais pour les roues de voitures se fendent de la même maniere, ainsi que nous l’avons dit en parlant des taillis.

§. 5. COMMENT ON FEND LES CHEVILLES POUR LES TONNELIERS.

Il convient que je parle de quelques ouvrages de peu de conséquence & aisés à faire, avant de traiter de ceux qui exigent plus d’adresse : je vais dire comment on fait les chevilles que les Tonneliers emploient pour les fonds de leurs futailles.
On fait ces chevilles avec toute sorte de bois : lorsque les Fendeurs se trouvent avoir des billes de Chêne qui n’ont que 8 ou 10 pouces de longueur, & qui par cette raison ne peuvent être employées à d’autres usages, ils les mettent à part pour occuper leurs apprentifs à en faire des chevilles ; mais quand il arrive que l’on manque de ces billes de fausse coupe, on se sert de bois de Tremble, de Peuplier, de Saule ou de Bouleau.
En Bourgogne on fait ces sortes de chevilles fort longues, parce qu’on en garnit tout le fond des demi-muids ; mais dans l’Orléanois, on ne donne à ces chevilles que 8 pouces de longueur pour les demi-quarts ; celles pour les quarts, sont moins longues ; en Angoumois, ces chevilles n’ont que 2 pouces de longueur, & ce sont les Tonneliers qui les font eux-mêmes. Tous le bois qu’on débite en billes pour l’usage de l’Orléanois, doit être scié à 8 pouces de longueur.
Le Fendeur (Pl. XXVI. fig. 2), assis sur un bloc de bois, prend une de ces billes a entre ses jambes ; il pose son coutre dans l’axe, & frappant avec la masse, il divise le tronçon en deux parties par la ligne 1, 1 (Fig. 3); puis plaçant successivement le coutre suivant les lignes 2, 2, le tronçon se trouve partagé en quatre ; & chacune de ces parties ayant été ensuite partagées par les lignes 3, 3 & 4, 4 ; il a six petites planches, (Fig. 4) d’un pouce d’épaisseur & de 8 pouces de hauteur sur différentes largeurs, à cause de la rondeur du tronçon. Il fend ensuite chacune de ces petites planches d’abord par la ligne 5 (Fig. 5), ensuite par les lignes 6, 6, enfin par les lignes 7, 7 &c. Un pareil tronçon, supposé de 8 pouces de diametre, fournit environ 40 chevilles.
Il faut ensuite dresser ces chevilles avec la plaine, les rendre plus menues par un bout que par l’autre, & les tenir même un peu moins épaisses qu’elles n’ont de largeur ; mais cette derniere opération ne regarde plus le Fendeur, c’est le Tonnelier qui donne cette façon avec la plaine, à mesure qu’il veut employer ces chevilles.
Les fusées qu’on emploie pour faire les entrevoux des planchers des Paysans, n’étant que de longues chevilles de bois blanc, qu’on ne dresse point à la plaine, & auxquelles on donne 2 pieds de longueur sur 1 & demi ou 2 pouces en quarré, pour soutenir du trochis dont on forme les entrevoux de ces planchers, ces fusées (fig. 5) se fendent comme les chevilles de poinçon : on fend de même à Paris des diligences ou petits cotrets, pour allumer le feu.

§. 6. COMMENT ON FEND LE PALISSON & LES BARRES POUR LES FUTAILLES.

On appelle Palisson de petites planches fendues (Fig. 6), ou des especes de douves dont on garnit l’entre-deux des solives des planchers des fermes & des maisons de peu de conséquence. On les fait ordinairement avec du bois blanc fendu à l’épaisseur d’un pouce, qui se trouve réduite à trois quarts de pouces quand elles ont été dressées à la doloire : leur longueur est fixée par la distance qui se trouve entre les solives, & qui est communément de 18 pouces, parce qu’on ne met que 6 pouces d’intervalle d’une solive à l’autre.
Les barres (Fig. 7), pour soutenir le fond des futailles, ont à peu-près la même épaisseur que les palissons ; on les fait de différentes longueurs, suivant la grandeur des futailles ; mais celles qu’on emploie dans l’Orléanois pour les poinçons ou les demi-queues, doivent avoir 22 pouces de longueur. Comme le palisson & les barres se fendent de la même maniere, nous parlerons de tous les deux à la fois.
On n’a pas besoin d’attelier pour fendre les chevilles, parce que les billes dont on les tire sont fort courtes ; mais on ne peut guere s’en passer pour faire le palisson & les barres ; néanmoins au lieu de l’attelier (Pl. XXV. fig. 1), que nous avons décrit ci-devant ; on emploie souvent pour ces petits ouvrages, une chevre a scier du bois telle que celle, Pl. XXVI. fig. 8 : en y plaçant la piece c qu’on veut fendre sous la traverse d’en bas a, & sur celle du milieu b, on a un point d’appui assez solide pour résister à l’effort du coutre : il est cependant plus commode d’avoir un petit attelier qui, à la grandeur près, ressemble a celui de la Planche XXV. (fig. 1).
Quand on a scié les billes selon la longueur convenable, savoir, celles pour faire du palisson, à 18 pouces, & celles pour les barres des demi-queues, à 22 pouces, le Fendeur prend une bille qu’il place verticalement, & posant son coutre dans le diametre de la piece, il le frappe avec une mailloche, & il commence la fente ; puis mettant le même morceau de bois dans la position où l’on voit la piece c, (Fig. 8), il appuie sur le manche du coutre ; alors la fente s’ouvre, mais il empêche qu’elle ne se referme, en y introduisant un coin ; ensuite il redresse le coutre, il le pousse plus avant dans la fente, il appuie de nouveau sur le manche, il fait suivre le coin ; de sorte que la piece de bois se trouve séparée en deux par la ligne 1, 1, (Fig. 3); après quoi il sépare en deux chaque moitié par les lignes 3, 3, &c.
D’une bille de bois blanc de 8 pouces de diametre, on retire 8 palissons épais d’un pouce, qui se trouvent réduits à 9 lignes après qu’ils ont été dressés ; ou 9 barres, parce qu’elles sont un peu moins épaisses que les palissons. A l’égard de ceux-ci, on les laisse dans toute la largeur des billes dont ils sont tirés ; mais on peut faire deux barres de celles qui sont les plus larges.
Je remarquerai en passant, que les Fendeurs qui font du douvain de Chêne, mettent à part une partie de leurs rebuts pour en faire des barres ; ce qui fait que l’on voit une assez grande quantité de barres qui sont de bois de Chêne.
A mesure que les Fendeurs ont débité une bille, ils dressent grossièrement les barres & les palissons, avec le grand coutre à un seul biseau, comme on le voit (Pl. XXV. fig. 8).
Le palisson destiné pour les bâtiments qui n’exigent aucune propreté, sont employés tels qu’ils sortent des mains des Fendeurs ; mais ceux qu’on emploie dans les bâtiments qui méritent plus d’attention, sont dressés sur le plat avec la doloire, & encore sur le tranchant avec la colombe : ce travail est du ressort des Tonneliers.
Pour ce qui est des barres, on les livre brutes aux Tonneliers, & c’est eux qui les dressent avec la doloire ou la plaine, & ils les amincissent par les deux bouts ab (fig. 7).
Le palisson prêt à être employé, forme, comme nous l’avons dit, de petites planches (Fig. 6); les barres, (Fig. 7), se terminent en tranchant par les deux bouts, afin qu’elles puissent s’ajuster mieux dans les jables.
Dans la forêt d’Orléans les Marchands vendent les barres par cent, & ils ajoutent 8 chevilles par chaque barre.
On fend du Chêne de la même façon, pour en faire du bardeau qui sert à couvrir des moulins ou d’autres bâtiments : on donne assez communément à  ce bardeau 10 pouces de longueur sur 5 de largeur, on le dresse avec la doloire : on l’attache sur les couvertures avec des clous comme les ardoises.

§. 7. COMMENT ON FEND LES ÉCHALAS, LES GOURNABLES OU CHEVILLES POUR LES VAISSEAUX.

Les échalas de vigne, qu’on nomme dans la forêt d’Orléans du Charnier, & dans le Bourdelois de l’Œuvre, ne sont pas toujours de bois de fente ; on les fait souvent de menues perches de Tilleul, de Saule, de Peuplier, d’Aune, de Genevrier, de Pin, de Chêne, &c, que l’on coupe à 4 pieds & demi de longueur : on les arrange par bottes de 50 échalas ; 25 de ces bottes font une charretée. Quand on dit que les échalas coûtent 12, 15 ou 18 liv. la charretée, on entend que 1250 échalas valent cette somme.
Les plus mauvais échalas de rondin, sont ceux d’Aune, ensuite ceux de Marseau, de Saule, de Peuplier ; ceux de Chêne ne valent guere mieux, parce qu’ils ne sont que d’aubier. Les échalas de Pin sont très-bons ; ceux de Genevrier sont encore meilleurs ; & si l’on pouvoit en avoir de Cyprès & de Cedre, ils seroient de très-longue durée : je conviens que ces arbres sont rares en France ; mais c’est parce qu’on ne veut pas les y multiplier ; car ils viennent avec une facilité étonnante, surtout dans les Provinces méridionales du Royaume.
On emploie rarement les gros troncs de bois blanc pour en faire des échalas de fente, parce qu’ils ne valent rien pour cet usage quand le cœur n’est pas sain ; & que quand ce bois est sain, on l’emploie plus utilement à faire des barres, des semelles de galoches, des sabots, de la voliche, &c. On refend en deux ou trois les grosses perches de Saule pour en faire des échalas. Ces perches se fendent comme celles qu’on destine à faire des cerceaux : comme nous en avons parlé à l’article des taillis, nous nous contenterons d’avertir, que quand on a fait de ces échalas refendus, il faut avoir soin de les lier par bottes, avec de bonnes hares qui puissent les serrer très-fortement, & qu’il ne faut employer ces échalas dans les vignes que quand ils sont bien secs ; autrement, les brins en se séchant, deviendroient très-courbes, par la raison qu’en se séchant sans avoir été contenus par aucun lien, la circonférence du bois qui contient plus d’humidité que le centre, se retireroit davantage, & l’on courroit risque de rompre ces échalas en les piquant en terre.
Les échalas de Pin sont faits de brins de 9, 10 ou 11 ans que l’on arrache : sans les refendre, on se contente seulement de les ébrancher & de les couper de longueur ; on les lie ensuite par bottes pour les vendre.
Si l’on veut faire des échalas de Genevrier, on doit y destiner de jeunes pieds que l’on a soin d’émonder, pour les déterminer à former une tige bien droite. J’en ai fait tailler de cette façon qui ont formé de belles tiges ; mais j’avois la précaution de laisser ramper au pied quelques branches dont l’ombrage étouffoit l’herbe : le Genevrier a cet avantage, qu’il subsiste dans les plus mauvais terreins ; il est vrai qu’il y croît bien lentement, & qu’il n’y forme pas une aussi belle tige que dans les terreins de médiocre qualité où l’on pourroit les élever avec plus d’avantage.
Dans la plupart des vignobles de l’Orléanois, on ne fait usage que des échalas de fente de Chêne : voici comment on les fend en forêt.
Comme il n’est point essentiel que ces sortes d’échalas aient une figure réguliere, on n’emploie  à cet usage que les arbres qui sont trop noueux pour en faire du douvain, de la latte, de la cerche, &c.
On coupe ces arbres par billes de 4 pieds & demi de longueur (Pl. XXVI. fig. 9); on les fend d’abord en deux par le centre AB, comme on fend celles pour les barres ; ensuite on divise encore chaque moitié en deux par la ligne CD, toujours du centre à la circonférence, ce qui donne quatre quartiers ; chacun de ces quartiers est encore divisé en deux parties par les lignes E, F, G, H ; de sorte que chaque bille fournit huit morceaux ou segments de cylindre ACE (Fig. 10), qui doivent être encore fendus de la maniere suivante.
On commence par les fendre par la ligne GF (Fig. 10); on emporte par copeaux avec le grand coutre la partie H, qui n’est que de l’écorce & de l’aubier ; ensuite on fend la planche AE, FG par les lignes I, K, qui doivent toujours être des rayons qui se dirigent vers le centre C, & on en tire trois échalas (Fig. 11), qui sont, pour la plus grande partie, d’aubier : autrefois on rejettoit entièrement l’aubier ; mais maintenant, comme le bois est devenu plus rare, on emploie tout ; quoiqu’un échalas d’aubier de Chêne dure moins qu’un rondin de saule ; on fend le restant du quartier par la ligne LM ; & après avoir divisé en deux le morceau FGLM par la ligne NO, on a deux échalas de bon bois ; enfin la portion LMC, étant encore fendue par la ligne PQ, on a un échalas triangulaire PQC ; & comme le morceau LMPQ se trouve trop menu pour faire deux échalas, & trop gros pour n’en faire qu’un, on leve une tranche RS, qui n’est à la vérité propre à grande chose.
Comme la forme des échalas de vigne est assez indifférente, & qu’on s’embarrasse peu qu’ils aient un air de propreté, le Fendeur ne se donne pas la peine de les dresser avec le grand coutre : il les couche entre quatre piquets A, B, C, D, enfoncés en terre ; (Fig. 12), où il les arrange comme en GH. Ils sont supportés à chaque bout par deux morceaux de bois EF, afin que l’Ouvrier ait la facilité d’y passer des harres pour les lier en bottes comme dans la Figure 13 : chacune de ces bottes doit contenir 50 échalas ; 25 de ces bottes, comme nous l’avons dit, font une charretée, & la quantité de 1250 échalas.
Les Ouvriers ont grande attention de mettre vers la circonférence des bottes & en parement, les échalas faits de cœur de Chêne, & de renfermer au centre ceux d’aubier.
Outre les échalas pour les vignes, on en fait d’autres pour pour les treillages des espaliers ; ceux-ci ont depuis 6 jusqu’à 7 pieds & demi de longueur ; & comme ils doivent être dressés avec la plaine par les Jardiniers, & quelquefois à la varlope par les Menuisiers, on les fait de bois plus parfait. Au reste, la maniere de les fendre est la même que celle des échalas de vigne.
Les gournables ou chevilles que l’on emploie dans la construction des Vaisseaux, se font de pur cœur de Chêne : il est important que ce bois ne soit point gras ; le plus fort est toujours le meilleur. On fend les gournables comme les échalas ; leur longueur doit être depuis 24 pouces jusqu’à 36 sur 2 pouc. & demi ou 3 pouces d’équarrissage. Les gournables pour les Vaisseaux de 80 pieces de canon doivent avoir 15 lignes d’équarrissage ; 14 lignes pour les Vaisseaux de 74 & de 64 canons ; 13 lignes pour ceux de 50 pieces ; & 12 lignes pour les Frégates : on les vend au millier.Exploitation des Bois Pl. XXVII.

§. 8. COMMENT ON FEND LES LATTES POUR LA TUILE & L’ARDOISE.

Jusqu’à présent je n’ai expliqué que la maniere de fendre les ouvrages les plus communs : ces opérations sont ordinairement commises aux Apprentifs-Ouvriers ; maintenant je vais parler des ouvrages de fente qui exigent plus d’adresse & d’expérience : les lattes sont de ce genre.
On doit déjà avoir remarqué que les Fendeurs divisent leurs quartiers suivant deux directions ; tantôt ils les fendent suivant les lignes dirigées, comme AB, ou CD (Pl. XXVII. fig. 1); d’autres fois suivant des lignes qui forment des rayons EF, EG, EH, EI, &c ; mais on doit observer qu’ils ne fendent leur bois suivant les lignes AB, CD, &c, que pour les premieres divisions où il reste beaucoup de bois, & que les subdivisions qui sont plus difficiles à exécuter, parce que les pieces qu’on leve son minces, se doivent faire toujours suivant les directions EF, EG, &c. La raison de cela est, qu’ils ont apperçu que la fente se fait toujours plus régulièrement par des lignes qui s’étendent du centre à la circonférence ; c’est-à-dire, suivant la direction des insertions ou mailles, que dans toute autre direction ; & l’on en comprendra la raison, si l’on veut recourir à ce que j’ai dit dans la Physique des Arbres, que le tronc d’un arbre est formé par des couches qui se recouvrent les unes les autres, & qui forment sur l’aire de la coupe d’un tronçon de bois les cercles L, L, L, L, &c. Comme ces cercles sont plus durs que la substance qui les unit, cela fait que, quand on dirige la fente suivant les lignes AB, ou CD, &c, il s’y fait des éclats qui se détachent des cercles, où le bois a moins d’adhérence, pour rester unis aux cercles qui ont plus de densité. La même chose n’arrive pas quand on fend le bois suivant les lignes EF, EG, EH, &c, qui coupent perpendiculairement les cercles L, L, L. Nous avons encore fait remarquer dans le même Traité, qu’on voyoit sur la coupe d’une piece de bois, des lignes qui s’étendent du centre à la circonférence : Grew compare ces lignes aux lignes horaires des Cadrans ; il les nomme insertions ou mailles ; il dit qu’elles sont formées par le tissu cellulaire ; qu’on les apperçoit par plaques brillantes sur le plat d’un morceau de bois fendu : or il est certain que le bois a beaucoup de disposition à se fendre par ces points ; & que c’est ce qui fait que les arbres ne se fendent jamais plus régulièrement, que suivant les rayons qui s’étendent du centre à la circonférence. Quelque jugement que l’on porte de cette théorie, le fait n’est point certain ; & les Fendeurs savent très-bien que leur fente seroit peu réguliere, s’ils levoient les pieces minces & délicates suivant toute autre direction que EF, EG, EH, &c. Il y a encore une remarque générale à  faire & qui est importante ; c’est que la fente se conduit mieux quand les deux portions qu’on sépare, sont à peu-près de même épaisseur, que quand l’une se trouve fort épaisse & l’autre très-mince ; c’est ce qui fait que les Fendeurs séparent toujours, autant qu’il leur est possible, leurs pieces par moitié ou par tiers : s’ils ont à fendre le quartier E, F (Pl. XXVII. fig. I), en 4 tranches, ils ne commenceront pas par placer leur coutre en aE, mais en bE ; ensuite ils diviseront chaque morceau en deux, par les lignes aE & cE.
Par la même raison, s’ils ont à fendre en lattes le quartier abc (Fig. 2), ils commenceront par mettre le coutre en dd, puis en ee, & ensuite en ff ; chaque tranche sera divisée en lattes, d’abord par la ligne 1, 1, puis par les lignes 2, 2, ensuite par les lignes 3, 3, &c.
Achevons d’expliquer par un exemple, la maniere de fendre les lattes quarrée pour la tuile.
On choisit pour cela des Chênes sans nœuds & les plus propres à la fente ; on les coupe par billes de 4 pieds de longueur, que nous supposerons avoir 9 pouces de diametre ; on les fend d’abord en deux ; chaque moitié encore en deux ; enfin chacun de ces quartiers encore en deux ; ainsi de chaque bille, l’Ouvrier retire huit quartelles semblables à abc (Fig. 2), qui font 5 pouces de b en c, & 3 & demi de a en c.
Il commence par fendre ces quartiers suivant le ligne dd (Fig. 2), puis ee, puis par la ligne ff. Il emporte avec le grand coutre l’écorce & une partie de l’aubier age ; ensuite il leve dans la tranche ac, ee, trois échalas qui sont presque entièrement d’aubier, & qui n’ont que 4 pieds de longueur, au lieu de 4 pieds & demi qu’ils devroient avoir ; c’est la tranche dd, ee, qui fournit des lattes ; cette tranche doit avoir 15 à 16 lignes d’épaisseur, parce qu’elle donne la largeur des lattes pour la tuile, qu’on nomme lattes quarrées. L’Ouvrier commence par la diviser en deux par la ligne 1, 1 ; ensuite il fend chaque moitié en deux, par les lignes 2, 2, de sorte que chaque quart lui fournit trois lattes qui doivent avoir 2 lignes & demie ou 3 lignes d’épaisseur.
Le ligne ee étant plus longue que la ligne dd, les lattes doivent être plus épaisses d’un côté que de l’autre ; les Couvreurs mettent le côté le plus épais en haut, pour recevoir le crochet de la tuile.
Quand une latte se trouve considérablement plus épaisse par un de ses bouts que par l’autre, le Fendeur la met entre les deux fourchets de l’attelier ; il la courbe en bas ; il appuie dessus avec sa main gauche ; & avec son coutre à deux biseaux, il enleve un copeau qu’il conduit jusqu’au bout de la latte ; ou bien il se contente d’enlever une partie de l’épaisseur du bois avec le grand coutre.
Dans une bille de 9 pouces de diametre, sa seule couronne dont dd, ee fait une partie, fourniroit environ 96 lattes. L’Ouvrier arrange ensuite les lattes par bottes de 50, (Fig. 4), entre quatre chevilles, disposées comme le voit (Fig. 5).
Il ne faut que 20 bottes pour faire une charretée, par conséquent la charretée de lattes ne contient que 1000 lattes. Souvent la latte se vend au cent de bottes.
On fend pour Paris, & on débite en lattes quarrées la tranche acee (Fig. 2), qui n’est presque que de l’aubier. On nomme cette latte, latte blanche, elle sert à latter les parties qui doivent être recouvertes de plâtre, comme plafonds, cloisons, &c ; les Maçons prétendent que la latte de cœur de Chêne tache le plâtre ; mais ce peut être un prétexte pour employer la latte blanche qui leur coûte moins que l’autre. Dans la forêt d’Orléans, on fait des échalas avec cette tranche. les lattes à ardoises se fendent comme celles pour la tuile ; elles ont de même quatre pieds de longueur, environ deux lignes & demie d’épaisseur ; mais comme elles doivent avoir 3 pouces & demi ou 4 pouces de largeur, il faut que la tranche fgde (Fig. 3), ait 4 pouces d’épaisseur, ce qui oblige de choisir des arbres plus gros, & souvent on renonce à faire des échalas au-dessus de la tranche fg, & en ce cas la ligne fg ; est placée au bord de l’aubier, & l’on tire de la latte de la tranche de, ab : les bottes de lattes voliches ne sont que de 25 lattes.
A l’égard du triangle hikl, (Fig. 3), on a coutume d’en faire des échalas : nous remarquerons en passant, que les lattes qu’on emploie en échalas sont peu estimées, non-seulement parce qu’elles sont d’un demi-pied plus courtes que les autres, mais encore parce que celles qui sont prises dans la tranche acee (Fig. 2), ne sont presque entièrement que de l’aubier.

§. 9. COMMENT ON FEND LE DOUVAIN, LE MERRAIN OU TRAVERSIN, C’EST-Á-DIRE, LES DOUVES OU DOUELLES DE FOND, & CELLES DE LONG POUR LES FUTAILLES.

La maniere de fendre les douves ou douelles pour les futailles, differe peu de celle que nous avons expliqué pour les lattes.
Il faut choisir du bois de belle fente qui ne soit point trop gras : il est nécessaire que les rondines soient d’autant plus grosses, qu’on a à faire à des douves pour de plus grosses pieces, parce que celles qui sont destinées pour de grosses futailles, sont ordinairement plus larges que celles qu’on doit employer pour des barrils, & qu’on prend toujours la largeur des douves dans le même sens que les lattes de la Figure 3 ; il est évident que la largeur des lattes quarrées, étant de 15, 16 ou au plus 18 lignes, elles peuvent être prises dans un arbre moins gros, que les douves qui ont 4, 5 & même 6 & 7 pouces de largeur.
Les Tonneliers ne trouvent jamais le merrain trop large, parce qu’il avance d’autant plus leur ouvrage ; néanmoins plus les douves de long sont étroites, meilleures en sont les futailles ; & j’en ai vu de très-belles dont les douves n’avoient que 2 pouces & demi ou 3 pouces de largeur.
J’ai dit qu’il falloit choisir pour le merrain des arbres de belle fente : on en sentira la nécessité, quand on fera attention que les futailles qui ne sont assemblées qu’à plat-joint, doivent contenir des liqueurs précieuses, assez exactement pour ne point courir risque qu’il s’en perde dans les transports : or des nœuds qui donneroient aux douves des contours irréguliers, ou qui occasionneroient un défaut de bois, ne conviendroient point à un assemblage exact à plat-joint, surtout pour des planches qui n’ont qu’une petite épaisseur.
Les futailles qui seroient faites avec du bois perméable aux liqueurs, occasionneroient un grand coulage ; c’est pour cela qu’on n’y emploie aucun bois blancs, tels que Saule, Tremble, Peuplier, Tilleul, &c : on n’emploie communément pour les futailles qui doivent contenir du vin ou de l’eau-de-vie, que du Chêne.
Dans le Limousin, l’Angoumois, &c, on fait de très-bonnes futailles avec le jeune Châtaignier ; j’ai vu de grosses tonnes faites avec de l’Acacia ; enfin dans les Provinces méridionales du Royaume, on fait du merrain avec le Mûrier blanc.
On rebute le Chêne qui trop gras, non-seulement parce que ce bois est perméable aux liqueurs, mais encore parce que comme il est fort cassant, quelque douve pourroit se rompre,lorsqu’on roule des pieces pleines sur un terrein dur où elles pourroient rencontrer un caillou.
Le bois de Chêne extrêmement gras, prend une couleur rousse bien différente du bon Chêne dont le bois est presque blanc ; c’est pourquoi il est défendu par les Statuts des Tonneliers d’Orléans, d’employer pour les futailles où l’on renferme des liqueurs, aucunes douves de bois rouge ou vergeté, excepté la douve du bondon qu’il leur est permis de mettre de ce bois.
Dans les Ports où l’on fait de grosses recettes de douvain, outre les marques extérieures qui font juger de la qualité du bois, on éprouve les douves en les frappant le plus fortement qu’il est possible sur l’angle d’une enclume ou d’une grosse pierre fort dure : alors si elles résistent à ce coup, ou si elles se rompent, on juge de la qualité de leur bois par les éclats qu’elles forment : si elles rompent net & sans éclat, c’est signe que le bois est gras ; & quand il est trop gras on le rebute. Il est bon que ceux qui font exploiter des bois, soient avertis des défauts qui pourroient empêcher les Tonneliers d’acheter leur merrain, afin qu’ils évitent de laisser employer à cet usage certains bois qui n’y seroient pas propres.
On fait néanmoins à dessein du merrain & du traversin avec du Chêne rouge très-gras, avec du Hêtre, ou même avec des bois blancs ; mais ces douves ne sont propres qu’à faire des tonnes pour le sucre, des barrils pour renfermer de la clincaillerie ou d’autres marchandises seches ; & pour ces objets, où l’exactitude n’est pas aussi nécessaire que quand il s’agit de contenir des liqueurs, on tient les douves fort minces.
Enfin, quand on a choisi le bois convenable à l’usage qu’on veut faire des futailles, on coupe les billes plus ou moins longues, suivant la grandeur des tonneaux qu’on se propose de construire. On fend d’abord les billes par quartiers, comme quand on veut faire de la latte ; mais comme il arrive souvent que les billes sont trop courtes pour des échalas ou des lattes, dans les parties qu’on n’emploie pas en merrain, on fait en sorte que le segment qu’on fait au-dessus de fg, (Fig. 3), emporte tout l’aubier, parce qu’il est important qu’il n’y en ait absolument point dans les douves. On leve ensuite une tranche semblable fgde, à laquelle on donne la largueur que les douves doivent avoir ; enfin on divise cette tranche, suivant les lignes 1, 1, 2, 2, &c, en observant de donner aux douves une épaisseur proportionnée à leur longueur.
A l’égard des tranches h, i, k, l, on peut les couper de longueur, & les fendre pour en faire des gournables ou chevilles pour la construction des Vaisseaux, supposé toutefois que ce bois soit bien sain, & ne soit pas gras ; car dans les recettes des gournables, les préposés sont très-difficiles sur la qualité du bois, & ils rebutent absolument celui qui a quelque marque de retour.
Comme l’industrie du Fendeur consiste à employer utilement tout son bois ; s’il ne peut pas trouver dans la tranche deab (Fig. 3), les douves pour de grosses futailles, il essayera d’en débiter pour des barrils, ou des lattes voliches qu’on emploie sur les jointures des batteaux, ou pour des ouvrages de moindre conséquence ; car ces sortes de billes sont trop courtes pour les débiter en lattes propres aux Couvreurs.
Quand le douvain est fendu, le Fendeur le dégauchit grossièrement avec le coutre à un biseau : on le vend en cet état aux Tonneliers, qui le dressent sur le plat avec la doloire, & sur le chant avec leur colombe ; ces opérations font partie de l’art du Tonnelier dont il n’est pas question ici.

§. 10. TARIF DE LA LONGUEUR, LARGEUR & ÉPAISSEUR DU TRAVERSIN & DU MERRAIN POUR QUELQUES FUTAILLES DE DIFFÉRENTES GRANDEURS.

Pieces de 4. Longueur. Largeur. Epaisseur.
Merrain… 51 pouces. 6 pouces. 15 lignes.
Traversin… 38 pouces. 7 pouces. 18 lignes.
Pieces de 3.
Merrain… 48 pouces. 6 pouces. 15 lignes.
Traversin… 34 pouces. 7 pouces. 15 lignes.
Pieces de 2.
Merrain… 45 pouces. 6 pouces. 12 lignes.
Traversin… 30 pouces. 7 pouces. 14 lignes.
Demi-queue.
Merrain… 36 à 37 pouc. 5 à 6 pouces. 7 à 9 lignes.
Traversin… 24 à 25 pouc. 5 à 8 pouces. 7 à 9 lignes.

Les Fendeurs ont soin de mettre de côté les pieces les plus courtes ou celles qui sont échancrées par les bouts, parce qu’elles peuvent être employées à faire des chanteaux ou accoisons pour les fonds.
Comme les jauges varient selon les différentes Provinces, on doit proportionner la longueur des douves à celle des futailles, qui sont le plus en usage dans le pays où l’on en doit faire la consommation.
Quand les Tonneliers n’emploient que des douves étroites, leur ouvrage en est bien meilleur ; mais aussi leur prix doit être moindre que celui des plus larges, parce qu’il en entre beaucoup plus que de celles-ci dans la construction d’une futaille.
A Orléans, les Tonneliers achetent ordinairement le merrain au millier, assorti & composé de 1400 douelles ou douves de long, & 700 de douves de fond, propres à faire des maîtresses pieces & des chanteaux.
Le merrain pour les demi-queues, jauge d’Orléans, a deux pieds 6 pouces de longueur, 5 à 6 pouces de largeur : le traversin a deux pieds de longueur sur 6 à 7 pouces de largeur ; l’épaisseur de toutes ces douves, tant de long que de fond, est de 5, 6 ou 7 lignes au sortir des mains du Fendeur.
Les Tonneliers ont grande attention de flairer les douves avant de les employer, pour s’assurer si elles n’ont aucune mauvaise odeur ; car comme ils répondent du vin qui contracteroit un goût de fût dans les futailles qu’ils vendent, il leur est important d’éviter cette perte. Il m’est arrivé d’avoir fait remplir de bon vin, des tierçons que j’avois fait faire avec des douves puantes que les Tonneliers avoient rebutées ; & ce vin n’y a pris aucun goût : il est cependant certain qu’il y a des futailles qui gâtent le vin ; mais je puis assurer que ni les Fendeurs ni les Tonneliers n’ont point de méthode sûre pour les connoître parfaitement : ils rebutent absolument les douves faites avec du bois du pied des arbres où il s’est trouvé des fourmilieres, quoiqu’il ne soit pas certain qu’elles puissent gâter le vin.

§. 11. MANIERE DE FENDRE LES CERCHES POUR LES BOISSELIERS.

Les Cerches sont des planches minces, de bois de fil, & fendues comme les douves : elles servent à faire les caisses des tambours, les bordures des tamis, les seilles, les minots, les boisseaux & d’autres mesures de toutes grandeurs jusqu’au demi-litron, qui est la plus petite mesure pour les grains.
Les cerches sont faites de bois de Chêne ; & l’on choisit pour ces ouvrages les bois de la plus belle fente.
La cerche est plus avantageuse au Marchand que le merrain ; le merrain plus que latte ; & la latte plus que les échalas.
Les Marchands vendent aux Boisseliers pour faire des seilles, des boisseaux, &c, des cerches de trois especes : celles qui retiennent le nom de cerches pour le corps des seaux, ont depuis 10 pouces jusqu’à un pied, ou 13 pouces de largeur sur 3 pieds, ou 3 pieds 6 pouces de longueur, & 3 à 4 lignes d’épaisseur, dressées à la plaine. Les cerches qu’on nomme bordures, sont de la même longueur & de la même épaisseur, mais elles n’ont que 4 à 5 ou 6 pouces de largeur. On en fournit encore qu’on nomme garnitures ou Aprest-marchand : celles-ci ne different des bordures, que parce qu’elles ont 6, 7 ou 9 pouces de largeur.
Les cerches pour les minots, ont quatre pieds & demi de longueur sur 14, 15, 16 ou 17 pouces de largeur : les plus larges sont réservées pour les caisses de tambours : on vend encore aux Boisseliers des enfonçures ; ce sont des planches fendues : celles pour les seilles ont 10 à 12 pouces en quarré, & 5 à 6 lignes d’épaisseur : il s’en fait de plus grandes pour les minots.
Les Marchands ont coutume de livrer par assortiment aux Boisseliers les cerches & enfonçures : un assortiment est composé de huit bottes de grandes cerches ; chaque botte en contient six, en tout 48 ; plus, 16 bottes de garnitures ou Aprest-marchand : ces bottes contiennent 12 cerches, en tout 192 : les bottes de bordures contiennent plus de 12 cerches, & leur nombre augmente à proportion qu’elles sont plus étroites ; enfin pour compléter un pareil assortiment, on livre six fonds pour chaque botte de grandes cerches, en tout 48.
Dans quelques endroits, une fourniture complette est composée de 108 corps de seaux en 18 bottes ; plus, 108 bordures en 9 bottes, ou 216 bordures distribuées en 18 bottes & 108 fonds.
Une bille de belle fente, de 3 pieds 6 pouces de longueur & de 4 pieds de diametre, peut fournir 200 cerches pour corps de seaux ; ce qu’on retranche du cœur avant de la fendre, fournit de bons échalas. On donne à peu-près 7 liv. aux Fendeurs pour fendre un assortiment complet.
On pourroit imaginer que pour avoir des cerches d’un pied, & de 14 pouces de largeur, il faudroit fendre l’arbre par son diametre, & ensuite par des lignes paralleles pour fournir de la garniture & de la bordure, mais cela n’est pas praticable ; il faut nécessairement carteler l’arbre, ainsi que nous l’avons dit pour débiter la latte, & comme nous le ferons voir encore dans le paragraphe suivant.Exploitation des Bois Pl. XXVIII.

§. 12. ORDRE QUE SUIVENT LES FENDEURS DANS LEUR TRAVAIL.

Un arbre supposé tel que celui de la Planche XXVII. (Fig. 6) & marqué A, ne pouvant être propre à faire une belle piece de charpente à cause des branches a, b, c, & des nœuds qui s’y rencontrent, on l’abandonne aux Fendeurs qui le scient par billes, pour les débiter en ouvrages auxquels ont les juge propres, relativement à leur grosseur & à la longueur qu’il est possible de donner à chaque bille.
En supposant qu’un pareil arbre a 12 pieds de circonférence par le pied ; on commence par donner un trait de scie en e, pour en séparer la culasse (Fig. 7), qu’a fourni l’abattage. On fend cette culasse en deux par la ligne gg ; chaque moitié encore en deux par les lignes h, h, ce qui donne des quartiers comme la Figure 8 ; on ôte le bois du cœur de ces quartiers, représenté par le triangle ponctué kk (Fig. 8) : on fend ensuite ces quartiers par les lignes n, n, n, (Fig. 9); enfin on refend ces tranches par planches de demi-pouce d’épaisseur, qui servent à faire des fonds de seaux. Comme les culasses ne peuvent pas fournir tous les fonds nécessaires, on y supplée un coupant une rondelle entre les nœuds du corps de l’arbre ; comme par exemple en ab de la Figure 6, lorsqu’on peut y en trouver une de 7, 8, 9 ou 10 pouces de longueur : quelques-uns de ces fonds sont faits de deux pieces ; alors ont les assujettit avec de petits gougeons de fer.
Lorsqu’on peut lever dans le même arbre, entre a & e (Fig. 6), une bille bien saine & sans nœuds, de 3 pieds cinq à six pouces de longueur, on la destine à faire de la cerche pour les corps de seaux.
Supposons qu’une bille telle que celle de la Figure 10, se trouve avoir 3 pieds 6 pouces de longueur, & 4 pieds de diametre : pour la débiter en cerches, l’Ouvrier qui doit la fendre en deux par la ligne ponctuée rr, place perpendiculairement le tranchant de la cognée sur cette ligne ; & frappant sur la tête de la cognée avec la mailloche t (Fig. 11), il commence une petite fente vers chaque extrémité du diametre rr (Fig. 10).
Quand ces deux ouvertures son faites, il place dans chacune le tranchant d’un coin de bois de Charme, de Cormier ou de tout autre bois bien dur : ces coins x (Fig. 11) sont fort longs, & ils ont peu d’épaisseur ; & par cette raison, la tête de la cognée suffit pour ouvrir une fente ; souvent même il n’est pas besoin d’employer un troisieme coin pour diviser en deux une pareille bille ; néanmoins lorsque le Fendeur apperçoit quelques éclats qui tendent à interrompre le droit fil du bois, il introduit en cet endroit un troisieme coin qui procure une séparation régulière des deux moitiés : chaque moitié est fendue ensuite en deux par la ligne yy (Fig. 12), & les quartiers de même en deux, par les lignes z, z ; puis ces chanteaux, dont le Fendeur enleve le bois du cœur qui fait un triangle, comme kk (Fig. 13), le sont aussi en cartelles par les lignes &, & ; & celles-ci sont encore fendues en deux pour en former d’autres plus minces ; on porte celles-ci dans la loge où l’on travaille les cerches.
Mais en levant le triangle kk, il faut que le Fendeur prenne garde que la partie mo, no, (Fig. 14), porte 11 à 12 pouces de largeur, ce qui fait 22 à 24 pouces, le Fendeur peut emporter un prisme de 10 pouces de hauteur en kk (Fig. 13); & en ôtant, comme nous allons le dire, deux pouces de bois en o, il lui reste un madrier de 12 pouces de m en o, & de 3 pieds 5 à 6 pouces de m en n ; on porte ces madriers à la loge des Fendeurs où l’on achève de fendre les cerches. En supposant qu’une tronce (Fig. 10), ait 4 pieds de diametre, c’est-à-dire, 144 pouces de circonférence, chaque tranche ou chaque seizieme de cette tronce (Figure 14), doit avoir 9 pouces d’épaisseur du côté de oo ; mais elle n’aura au plus que 3 pouces du côté mn. Comme dans chacune de ces seiziemes parties, on doit lever 12 cerches, il faut partager le côté o en 12 parties, & aussi le côté mn en 12 ; & quand les cerches seront fendues, elles auront 9 lignes d’épaisseur du côté de o, & seulement 3 lignes du côté de mn. Les Fendeurs, sans prendre aucune mesure, exécutent cependant ces divisions très-exactement : reprenons l’ordre de leur travail.
Le Fendeur ayant un genou en terre, & tenant de la main droite le coutre, emporte, en hachant, le secteur o, q, o (Fig. 14); ainsi il équarrit la piece en emportant l’écorce avec une partie de l’aubier ; cela se fait avec un coutre à deux biseaux, dont la lame a un pied de longueur : il fend ensuite sur la fourche ou l’attelier (Pl. XXV. fig. 1), la tranche en 2 par la ligne pq (Fig. 14); il fend encore chaque moitié en 3, & chaque tiers en 2, ce qui fait les 12 cerches.
J’ai dit ci-dessus comme l’Ouvrier conduit la fente bien droite ; mais je dois faire remarquer ici que quand les arbres sont moins gros, comme les cartelles forment un coin plus aigu, il ne seroit pas possible de diviser le côté nm (Fig. 14), en autant de cerches que le côté o ; par exemple, si l’arbre n’avoit que 36 pouces de diametre, c’est-à-dire, 108 pouces de circonférence, chaque cartelle d’un seizieme ne pourroit avoir que 6 pouces & demi d’épaisseur du côté de n, pendant que celle que l’on tireroit d’une rondelle de 4 pieds de diametre, auroit 9 pouces ; & par conséquent si l’on vouloit conserver aux cerches la même épaisseur du côté n, on n’en pourroit tirer que 8 au lieu de 12 ; cependant on pourroit refendre la partie o en 12, puisque la partie n de la bille de quatre pieds de diametre peut être divisée en cette quantité, quoiqu’elle n’ait que 3 pouces au plus de largeur ; mais la cartelle d’une bille de 3 pieds de diametre, n’a que 18 pouces de largeur de n en o (Fig. 13) : si en ôtant le cœur de cette cartelle, & en la pelant de son écorce, on en tiroit un pied de bois, comme on fait aux cartelles d’une bille de 4 pieds, cette cartelle ne se trouveroit plus avoir que 6 pouces de largeur, & elle ne pourroit fournir que de la bordure. Pour tirer de ces cartelles des cerches pour les seaux, on se contente de n’enlever que 5 pouces ou 5 pouces & demi du cœur, & on ne retranche qu’un pouce & demi du côté de l’écorce ; alors la largeur de cette cartelle sera de 11 pouces, ce qui est suffisant pour faire des corps de seaux ; mais aussi chaque cartelle n’aura que 2 pouces ou 24 lignes d’épaisseur du côté de n (Fig. 15), ce qui ne peut fournir que 8 ou 9 cerches ; et comme on perdroit du bois en ne levant que 8 cerches du côté de o, on commence par faire deux levées r & s (Fig. 15), dans la partie la plus épaisse, avec lesquelles on fait des bordures ou de l’apprêt-marchand ; reste la piece on, qu’on fend en deux ; puis chacune de ces moitiés encore en deux, & encore chacune de ces pieces en deux, & on aura 8 cerches pour des corps de seaux ; ce qui aura été retranché du cœur, fournira de très-bons échalas ; mais qui n’auront que 3 pieds 5 à 6 pouces de longueur ; en tout cas on pourroit en faire des gournables.
Quand les billes n’ont que 2 pieds & demi de diametre, on ne peut tirer que 4 cerches dans la partie on, & de la bordure dans les levées r, s ; si les tronces sont encore moins grosses on n’en tire que de l’apprêt-marchand & des bordures.
Lorsque les nœuds & les branches ne permettent de donner aux billes que 2 pieds & demi de longueur, on n’en tire que des cerches pour les quarts ou les litrons, & de la bordure pour l’assortiment de ces ouvrages.
Il arrive quelquefois qu’une cerche fendue a trop d’épaisseur du côté de l’aubier ; alors le Fendeur prend le coutre à un biseau, avec lequel il enleve un bordillon, qui est une bordure mince & étroite qui sert à lier les bottes ; & si le bois n’est pas assez épais pour permetre de faire cette levée, il n’enleve seulement que quelques copeaux, ce qui épargne de la peine au Planeur.
Quand les billes sont trop menues pour faire de la cerche, on les débite en merrain, en traversin, en lattes, ou en échalas.
Les trois Ouvriers qui sont ordinairement attachés à une loge, se réunissent pour mener le passe-par-tout & couper les billes. Chacun se distribue & se charge d’une partie de l’ouvrage : l’un cartelle & enleve le cœur du bois des billes ; l’autre écorce les cartelles & fend les cerches, les bordures & les fonds. Ces fonds sortent des mains du Fendeur dans l’état où ils doivent être pour être vendus ; mais les cerches doivent passer par les mains du Planeur pour être mises d’épaisseur.
Le banc à dresser (Pl. XXVIII. fig. 1), est composé d’une planche inclinée ab, de 4 pieds & demi de longueur, 8 pouces de largeur, un pouce & demi d’épaisseur : près l’un de ses bords & environ à 2 pieds du bout antérieur b, cette planche est percée en g d’un trou, pour recevoir la queue d’un mentonnet h ; cette queue est fermement assujettie dans la planche du dessous cd : la planche supérieure ab ; est soutenue à 2 pieds du terrein par 2 pieds ii, qui entrent d’un bon demi-pied en terre, & la partie c du bas de cette même planche est arrêtée par quelques piquets & chargée d’un gros tronc d’arbres k, qui augmente sa solidité ; la planche du dessous excede par le bout d, de 8 à 9 pouces l’à-plomb de la planche inclinée ; elle a un mouvement de charniere en a, où elle est retenue à l’aise par une cheville clavetée ; de sorte que quand le Planeur veut changer la situation de sa cerche, il éleve le mentonnet h, en soulevant le bout d de la planche avec son pied ; quand il a placé convenablement sur la planche supérieure la cerche lm, il l’assujettit fermement en cette situation, en appuyant son pied sur l’extrémité d de la planche de dessous, qui lui fournit un levier assez long pour presser fortement le mentonnet h contre la cerche lm : après quoi il enleve des copeaux avec sa plane, & il diminue l’épaisseur qui est toujours trop grande du côté de l’aubier ; il retourne la cerche pour en faire autant à la partie qui étoit sous le mentonnet. Quand ce côté de la cerche est réduit à peu-près à la même épaisseur que le côté qui répondoit au cœur du bois, le Planeur, pour s’assurer si cette cerche est de l’épaisseur convenable dans toute sa longueur, la retire du banc ; il en pose un bout à terre, la fait ployer d’abord dans une partie, ensuite dans une autre (Fig. 2); & après avoir reconnu par la roideur de la cerche l’endroit où il y a trop de bois, il la remet sur la planche ab, pour enlever ce surplus avec la plane ; il retire ensuite cette planche, la fait plier en aile de moulin pour voir si l’épaisseur est égale vers les deux bords ; la grande habitude qu’il a contractée, lui facilite le moyen de la réduire en très-peu de temps, à l’épaisseur convenable dans toute sa longueur ; après quoi, & afin quelle ne se dessèche point, il la couvre d’un tas de copeaux verds.
Le Fendeur & le Planeur continuent ainsi leur travail jusqu’au soir, & finissent par rouler les cerches par bottes, comme nous allons l’expliquer.
Quand il est question de rouler les cerches, le Fendeur & le Planeur se réunissent pour travailler de concert à cette opération. D’abord ils piquent en terre deux barres de fer AA (Fig. 3), qu’on nomme chenets, pointues par un bout, & percées par en haut de plusieurs trous, dans lesquels ils ajustent les crochets BB avec des clavettes : ces crochets soutiennent à différentes hauteurs, & suivant la longueur des cerches, la tringle de fer CC.
On place cet établissement au-dessus du vent & vis-à-vis un grand feu de copeaux D (Fig. 4), auquel on présente les cerches E (Fig. 3 & 4).
Le bois qui est de bonne qualité, au lieu d’un œil rougeâtre qu’il avoit, devient blanc lorsqu’il est chauffé : il n’en est pas de même du bois roux ; celui-ci ne perd jamais cette couleur : au reste, les cerches échauffées deviennent fort tendres & capables de se plier à volonté ; de temps en temps on les retire, on les retourne & on appuie le genou dessus (Fig. 2), pour connoître si elles ont acquis de la souplesse : pendant que le bois chauffe, le Fendeur prend un battant ou une demi-bordure ou bordurette (Fig. 5), qui est une bordure manquée, étroite & mince ; il fait un trou à chaque bout ; il la plie en rond ; il passe dans les trous une laniere (Fig. 6), qui est faite d’un copeau de bois verd fort mince, levé avec la plane sur une jeune branche de Charme ou de Chêne ; ensuite il fait tourner chaque bout de cette laniere autour de la bordurette ; & pour l’arrêter, il en passe l’extrémité entre la laniere & le bout de la bordurette ; en sorte que plus les bouts de la bordurette font d’effort pour s’écarter, plus le nœud se resserre ; ce nœud est représenté en H (Fig. 8) : le diametre total du lien que forme cette bordurette, est de 12 à 14 pouces.
On prépare aussi deux gardes ou battants I (Fig. 8), qui consistent en deux petites planches minces que les Fendeurs ménagent en faisant les fonds des seaux : nous en expliquerons
bientôt l’usage.
Les cerches étant bien chaudes & suffisamment pliantes , le Fendeur en tire trois du haloir ; il en pose une à terre, sur le bout de laquelle il place un rouleau (Fig. 9), qui a 3 pieds 4 pouces de longueur, 9 pouces & demi de diametre ; à un des points de sa circonférence est une grande mortaise M (Fig. 9 & 10), longue d’un pied 4 pouces, & profonde de 2 pouces : la coupe de ce rouleau est représentée dans la figure 10, & fait voir la forme de cette mortaise : le Fendeur y engage le bout de la cerche (Fig. 11); & en tournant le rouleau, il fait prendre à cette cerche la courbure qui convient pour la mettre en botte ; sur le champ il la déroule, & en met une autre à la place pour lui faire prendre le même pli. Quand ces trois cerches ont été roulées l’une après l’autre, il engage de nouveau l’extrémité de l’une d’elles dans la même mortaise ; & lorsqu’il en a plié ou roulé environ 6 pouces, il pose une seconde cerche sur celle-là ; il tourne un peu le rouleau, & place encore une troisieme cerche sur la seconde (Fig 11). Comme il faut plus de force pour plier ces trois cerches, le Fendeur & le Planeur se réunissent pour mener ensemble le rouleau ; ils ont soin que ces trois cerches soient roulées & bien serrées ; ensuite un troisieme Ouvrier souleve le rouleau par un bout, un autre retire ces trois cerches & les place dans le lien (Fig. 7); comme ce lien a un peu plus de diametre que ces trois cerches roulées, elles s’y déroulent un peu, de maniere que les bouts de la cerche extérieure ne se joignent pas : ces bouts ne manqueroient pas de se rompre vers les bords, s’ils n’étoient simplement réunis que par la bordurette, parce que ce bois est de fil, & que cette cerche fait effort pour se redresser ; pour empêcher cela, on met sous le lien, les gardes 1, 1 (Fig. 8) qui sont, comme je l’ai dit plus haut, deux petits bouts de planches minces : ces gardes appuyant sur toute la largeur des cerches , empêchent qu’elles ne se fendent.
L’Ouvrier n’a encore mis dans le lien que 3 cerches, & il en faut 6 pour faire la botte. Il tire du haloir trois autres cerches, les roule séparément, & ensuite toutes trois à la fois, ainsi que les premieres, & il les place à force dans le vuide de la botte (Fig. 7), qui se trouve alors complette (Fig. 12) : on les empile six a six les unes sur les autres, afin que les Marchands voyent plus aisément si les cerches ont la largeur qu’ils desirent.
Nous avons dit qu’on tiroit les cerches qu’on nomme aprêt-marchand, autrement les bordures, de billes plus menues, ou dans des levées qu’on fait au bord des cartelles, & j’en ai établi la largeur : on met celles-ci par bottes comme les cerches de seaux, avec cette différence qu’il en entre 12 dans chaque botte, & que comme elles sont étroites, on n’y met point de garde, parce qu’il n’y a point à craindre qu’elles se fendent ; on n’emploie point aussi de demi-bordures pour les lier ; on se contente de percer les deux bouts de la bordure extérieure FF (Fig. 7), & d’y mettre une seule laniere H.
Les cerches pour les quarts & les litrons, se font comme les autres, excepté qu’on les leve dans des billes plus courtes, & dans des arbres moins gros.

ARTICLE VII. Des ouvrages de Raclerie

On fait dans les forêts avec du Hêtre, quantité de petits ouvrages que l’on nomme Raclerie. Ils s’exécutent la plupart de la même maniere que la fente des cerches, par des Ouvriers à qui on vend le bois en grume, & qui le travaillent également dans les forêts : nous allons entrer dans les détails qui leur sont particuliers.

§. 1. DES CERCHES POUR CLAYETTES, CHASERETS, CLISSES ou ECLISSES.

Toutes ces dénominations sont synonymes, & signifient des cerches étroites & fort minces, dans lesquelles on dresse les fromages.
On fait quelquefois ces sortes de petites cerches minces avec du bois de Chêne ; mais le plus ordinairement on y emploie le Hêtre, parce que ce bois peut être réduit à une moindre épaisseur, & qu’il convient mieux pour les fromages ; c’est aussi par cette raison que l’on y destine les pieces de bois qui sont de la plus belle fente. Indépendamment de tout cela, l’exploitation la plus avantageuse pour les Marchands, est toujours celle qui peut fournir les pieces les plus délicates.
Les cerches pour les clayettes doivent avoir 3 pieds à 3 pieds & demi de longueur ; il suffit que celles pour les caserettes aient deux pieds ; la largeur des unes & des autres est de 3 pouces, 3 pouces & demi ou 4 pouces.
En conséquence, 1°, quand on peut lever entre deux nœuds ou entre deux branches, une bille de 3 ou 3 pieds & demi de longueur, on la destine pour en faire des clayettes ou éclisses : si la bille ne peut être que de 2 pieds, on se contente d’en faire des chaserets (Fig. 16); 2°, comme la largeur des clayettes & des chaserets n’est que de 3 à 4 pouces, on les peut prendre dans des arbres plus menus que les cerches pour les seaux, dont la largeur doit être d’un pied, ou de 6 pouces pour l’apprêt-marchand.
Si l’on fait ces sortes d’ouvrages avec du bois de Chêne, il faut retrancher au moins une partie de l’aubier : dans le Hêtre, la portion de l’arbre qui est la plus précieuse, est le bois qui se trouve immédiatement sous l’écorce ; c’est cette partie qui se fend le mieux, & que les Fendeurs conservent avec le plus de soin. Ces Ouvriers commencent par scier les tronçons d’une longueur convenable pour les clayettes ou les chaserets; ainsi en supposant une bille de 24 pouces de diametre & de 3 pieds de longueur, ils la fendent d’abord en deux, puis par quartiers, puis par demi-quartiers ; ils emportent 8 pouces du bois du cœur, dont il seroit cependant possible de tirer de menus ouvrages ; mais le plus souvent on en fait du bois à brûler : la tranche se refend en deux, puis encore en deux, comme pour les cerches à seaux, excepté qu’on ne donne à celles-ci qu’une ligne ou une ligne & demie d’épaisseur. On acheve de mettre les clayettes d’épaisseur avec la plane, sur le chevalet que nous avons décrit en parlant des cerches à seaux : on chauffe ces feuilles comme les cerches à seaux ; mais comme elles sont plus minces, & par conséquent plus aisées à plier, on n’emploie point de rouleau, mais on les roule sur le moulinet (Pl. XXVIII. Fig. 14). C’est une espece d’attelier qui consiste en une fourche semblable à celle de l’attelier des Fendeurs, mais beaucoup plus légere ; les deux branches n’ont gueres que trois pouces de diametre, & elles sont assez resserrées pour qu’il n’y ait de l’une à l’autre branche, au bout où elles s’écartent le plus , que 6 pouces de distance. On soutient cette espece de fourche à quatre pieds de hauteur sur des fourchets enfoncés en terre ; & le tout est assez solidement établi, pour qu’en passant une cerche toute chaude, successivement dans toute sa longueur, entre les deux branches du moulinet, & en appuyant dessus, on la force de prendre une courbure qui la dispose à être mise en botte : ayant percé une de ces cerches (Fig. 15), pour arrêter les deux bouts par un lien, un Ouvrier prend les cerches qui ont été pliées au moulinet 3 à 3, & en les pliant, il les force d’entrer dans celle qui sert de lien ; & quand il en a mis ainsi successivement 12 les unes dans les autres, la botte (Fig. 13), se trouve composée de 13 éclisses, y compris celle qui sert de lien : le Marchand paye le Fendeur à raison de 10 sous du cent, & il les vend à la grosse, qui est composée de 160 bottes, 36 ou 38 livres.
Ces éclisses se vendent aussi à des Vanniers qui les garnissent d’osier pour faire des chaserets (Fig. 16 & 17), ou ils les vendent tout garnis d’osier aux Boisseliers : comme il y a des Provinces où l’on dresse les fromages sur des clayons (Fig. 18), en ce cas on ne garnit point d’osier les cerches. Les Paysans dressent leurs fromages dans des éclisses qu’ils retiennent avec un lien de ficelle ou d’osier ; dans d’autres endroits on dresse les fromages dans des chaserets, dont le fond est garni d’osier (Fig. 16 & 17).

§. 2. LATTES POUR LES FOURREAUX D’ÉPÉE.

Les lattes pour les fourreaux de sabre & d’épée, sont de vraies lattes de Hêtre qui ont 3 pieds 4 pouces de longueur, 3 pouces & demi de largeur par un bout, & 2 pouces & demi par l’autre : on les fait les plus minces qu’il est possible : les habiles Ouvriers en font qui n’ont qu’une ligne & demie d’épaisseur ; mais, pour l’ordinaire, leur épaisseur est de deux lignes.
On destine à ces ouvrages des billes de 14 pouces de diametre ou environ. On fend ces billes par quartiers, ensuite par demi-quartiers, & l’on a soin de réserver du côté de l’écorce, une tranche de 3 pouces & demi d’épaisseur ; le cœur de la bille se met avec le bois à brûler ; ensuite le Fendeur réduit avec le coutre un des bouts de la tranche à deux pouces & demi environ d’épaisseur.
Il fend la tranche ainsi préparée en deux comme pour la latte ; chaque morceau encore en deux, & il continue ainsi jusqu’à ce que ces lattes n’aient au plus que deux lignes d’épaisseur. Comme la façon se paye au cent à l’Ouvrier, & que le Marchand les vend au compte ; il est évident qu’on tire d’autant plus de profit d’un arbre, qu’on fend les lattes plus minces.
Le Fendeur remet les lattes au Planeur qui les dresse sur le chevalet, & les réduit à moins d’une demi-ligne d’épaisseur. Le Fendeur fait une table de son moulinet, en posant sur les branches de la fourche une planche épaisse ; c’est sur cette planche qu’il pose les cerches pour clayettes & chaserets lorsqu’il les met en botte ; c’est aussi sur cette planche que celui qui fait les lattes pour fourreaux d’épée, les pose, pour les mettre en botte de 25, liées de trois lanieres.
Les Ouvriers ne rejettent pas les lattes rompues ; ils les mettent au milieu des bottes, où elles sont retenues par celles qui sont entieres ; de sorte qu’il y a telles bottes où il ne se trouve de lattes entieres que celles qui font la couverture. Le Marchand donne aux Ouvriers 10 sous du cent de lattes ; & il les vend à la grosse de 3000 feuilles ou lattes, sur le pied de 36 ou 38 liv.

§. 3. PIÈCES POUR LES ROUETS.

Les Fendeurs débitent encore des pieces qu’on vend aux Tourneurs pour faire des rouets. L’ouvrage des Fendeurs pour cet objet, est de débiter les planches qui forment le banc ou table du rouet, & les cerches qui font la jante de la roue.
On scie les billes pour faire ces cerches à 6 pieds de longueur ; & comme il suffit qu’elles aient 4 pouces de largeur, on les prend dans des arbres de 18 à 20 pouces de diametre : en les écœurant, on observe de n’en ôter que le superflu, & que la tranche pour les cerches, puisse porter 4 pouces de large : on refend cette tranche en deux, & ainsi jusqu’à ce qu’on ait réduit les cerches à deux lignes ou deux lignes & demie d’épaisseur dans le plus mince ; on les dresse ensuite à la plane sur le chevalet, on les chauffe, & on les dispose sur le moulinet à prendre la courbure qu’elles doivent avoir, sans le secours du rouleau, parce que, comme les bottes ont un grand diametre, il faut peu de force pour plier ces cerches, qui d’ailleurs sont minces : en cet état, on en forme des bottes de 12 cerches.
A l’égard des bancs, comme ils doivent avoir deux pieds & demi de longueur & 9 à 10 pouces de largeur, & 10 à 11 lignes d’épaisseur, on les prend dans des billes plus courtes & plus grosses.
Les Marchands vendent ces sortes de cerches environ 25 sous la botte, formée de 12 pieces ; & les planches pour le banc ou table, sur le pied de 8 livres le cent.

§. 4. DES LAYETTES.

Les Ouvriers qui s’occupent à faire des Layettes, s’établissent ordinairement aux bords des forêts de Hêtres ; c’est-là qu’ils font les boîtes à perruque, des coffrets qu’on nomme layettes, parce qu’ils servent à renfermer les layettes des enfants : les boîtes pour mettre des confitures seches, & pour une infinité d’autres usages. Ces ouvrages se vendent tout assemblés aux Layetiers de Paris par assortiment de six, qui, diminuant toujours de grandeur, s’emboîtent les uns dans les autres. Ces boîtes ne sont assemblées qu’avec des clous de fil d’archal ou de laiton, ainsi que les charnieres & les crochets qui les ferment. Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet art qui se pratique plus souvent dans les Villes que dans les forêts. Mais les planches que les Layetiers y emploient & qu’on nomme hausses ou goberges, sont fendues au coutre dans les forêts, ou on les dresse aussi à la plane, précisément comme la cerche de seau ; elles ont ordinairement 3 pieds & demi de longueur, 4 à 6 pouces de largeur, & doivent avoir, dressées & blanchies, 5 lignes à 5 lignes & demie d’épaisseur ; celles qui n’ont que 2 lignes ou 2 lignes & demie, ne sont employées que pour les petites boîtes : les hausses se vendent par bottes.Exploitation des Bois Pl. XXIX.

§. 5. DES COPEAUX POUR LES GAÎNIERS, & CEUX DONT ON FAIT LES RAPÉS.

Il n’y a aucun ouvrage de fente aussi délicat à faire que les copeaux ; mais il n’y a point aussi d’exploitation plus avantageuse pour le Marchand. Ainsi, quand on peut espérer d’avoir un grand débit du copeau, on destine à cet usage les bois propres à la plus belle fente.
Comme le copeau doit être très-mince, on le vend toujours très-cher, relativement au bois qu’il consomme : si un Hêtre pouvoit être entièrement débité en copeaux, il produiroit une somme considérable, quoiqu’il coûte beaucoup de main-d’œuvre, & qu’on perde beaucoup de bois. On coupe les billes à 3 pieds & demi de longueur ; on les cartelle & on les écœure pour en former des parallélipipedes ab assez réguliers (Pl. XXIX. fig.1) ; on abat dans toute la longueur les angles a & b, pour qu’ils se tiennent plus solidement sur l’établi, comme on voit en k (Fig. 4) ; enfin, par le moyen d’une machine dont nous allons donner la description, on leve les copeaux sur celle des faces, qui répond de l’écorce au cœur de l’arbre ; de sorte qu’à l’épaisseur près, les copeaux sont fendus comme les clayettes & tous les autres ouvrages de fente, c’est-à-dire, du centre à la circonférence.
Comme la feuille de copeau est trop mince pour pouvoir être enlevée avec le coutre, on emploie un gros rabot qui la leve avec précision & avec promptitude. On pense bien qu’il faudroit que l’Ouvrier eût des bras prodigieusement vigoureux pour faire agir un rabot capable d’enlever les feuilles de copeaux d’un quart de ligne d’épaisseur, de 3 pieds & demi de longueur, & de 6, 12, ou quelquefois 14 pouces de largeur ; aussi emploie-t-on la machine représentée (Pl. XXIX. fig. 2 & 3), qui multiplie la force : quatre hommes sont employés à la faire mouvoir. Voici la description de la machine que j’ai vu servir à cet usage : on auroit pu y retrancher une lanterne ou une roue sans perdre de force.
A (Fig. 2 & 3), est une lanterne qui porte onze fuseaux; B hérisson qui a 12 dents ; C, une autre lanterne à 8 fuseaux & qui est enarbrée avec le hérisson B : D, hérisson qui porte 17 alluchons ; E, une bobine que l’on voit ponctuée à la Figure 2; elle est enarbrée avec le hérisson D : tout ce rouage est porté par deux jumelles paralleles LL : K est la piece de Hêtre qui doit être réduite en copeaux : elle est reçue & solidement affermie entre deux autres jumelles MM (Fig. 2, 3 & 4) : G est le rabot qui doit lever les copeaux : les jumelles LL, & MM, sont soutenues par des montants OO, assemblés dans deux forts patins NN : HH est la corde qui communique le mouvement du rouage au rabot : I, est un rouleau qu’on peut hausser & baisser pour maintenir la corde à la hauteur convenable. Le gros & fort rabot G détache les copeaux de la piece de bois K : un homme monté sur un gradin, saisit la poignée P du rabot, qu’il dirige dans sa marche, & qu’il retire en arriere quand le copeau est levé ; & deux autres hommes sont appliqués aux manivelles F, qui obligent la corde H de se rouler sur la bobine E. Par cette machine, la force des hommes est multipliée ; mais il seroit aisé de l’augmenter encore davantage : on pourroit aussi la simplifier en supprimant la roue B & la lanterne A. On met ordinairement en Q une bobine semblable à E, parce que celle-ci étant établie plus bas, on roule la corde sur la bobine la plus élevée, quand le bloc de bois K a beaucoup d’épaisseur ; & l’on transporte la corde sur la bobine placée plus bas, quand, après avoir levé beaucoup de copeaux, le bloc est devenu plus mince, afin que la tirée de la corde soit toujours à peu-près horisontale & parallele au plan supérieur de ce bloc : on conçoit que cela est nécessaire pour que le rabot soit bien mené. Pour faciliter encore la direction de la corde, on la fait passer sur le rouleau I, qui est reçu entre deux montants, & qu’on peut élever ou baisser à volonté.
Il est clair que quand on fait agir les manivelles, la corde H, se roulant sur une des bobines, le rabot est tiré sur le bloc, & en détache un large copeau ; & quand le fer ou lame du rabot est parvenu au bord opposé du bloc, après en avoir détaché un copeau, les Ouvriers appliqués aux manivelles, les tournent en sens contraire, pendant que celui qui est à la conduite de la poignée P du rabot, le rappelle en arriere pour le mettre en état de reprendre un autre copeau. Il est inutile de dire qu’il faut avoir des rabots de différentes grandeurs, suivant qu’on veut enlever des copeaux plus ou moins larges, comme depuis 6 jusqu’à 14 pouces.
Nous avons dit ci-devant, qu’il falloit quatre hommes pour servir cette machine ; & cependant on n’en a vu jusqu’à présent que trois occupés ; savoir un qui conduit le rabot, & deux qui tournent les manivelles : le quatrieme est chargé de ramasser & arranger les copeaux.
Ces quatre Ouvriers travaillant ensemble font 800 feuilles de copeaux par jour ; on leur paye 4 sous de la botte, formée de 50 feuilles; & elle se vend environ 16 sous.
Quand celui qui ramasse les feuilles de copeaux, en a rassemblé 50, il les porte sous une presse (Fig. 5), formée de deux fortes membrures ab, cd, qui peuvent être rapprochées l’une de l’autre par deux vis ef, au moyen des leviers de fer gh. Il arrange les feuilles entre ces plateaux, dont la longueur doit être proportionnée à celle des copeaux ; & après les avoir serrés entre ces plateaux avec les vis, il coupe avec une plane tout ce qui déborde, à peu-près comme les Relieurs rognent les feuilles des livres : au sortir de la presse, il lie chaque botte avec trois liens ; c’est en cet état qu’on vend les copeaux.
On vend à bas prix ceux qui sont rompus aux Marchands de vin qui en font des rapés pour éclaircir leurs vins : on prétend que les copeaux de Hêtre leur donnent de la qualité. Ces copeaux se rassemblent en bottes de la même maniere qu’on le voit représenté par la Figure 6. Comme les Marchands trouvent un débit assez avantageux du bois à brûler, les Ouvrier ne ménagent point les bois qu’ils fendent pour les cerches & autres ouvrages de cette espece ; celui qu’ils enlevent du cœur des pieces & qui pourroit servir à faire des lattes pour les fourreaux d’épées, est jetté au bois de corde : il est vrai que la partie de l’arbre qui se fend le mieux est toujours celle qui est plus voisine de l’écorce, & qu’on ne pourroit pas faire d’aussi belle fente du bois du cœur ; mais il y a des cas où les Ouvriers devroient être plus économes du bois. Par exemple, pour assujettir le bloc, destiné à faire des copeaux, sur les pieces qui le soutiennent, ils entaillent le dessous en chanfrain, comme on le voit en K (Fig. 4); & cette partie ne peut plus servir à faire du copeau. Il ne seroit pas difficile d’imaginer un moyen simple d’assujettir ce bloc d’une autre façon, sans en rabattre les angles inférieurs, & par conséquent on tireroit un plus grand nombre de copeaux de cette piece de bois.
Les Gaîniers emploient beaucoup de copeaux; les Miroitiers en font aussi usage pour garantir le tein des glaces.

§. 6. DES PANNEAUX OU BATTANS DE SOUFFLETS.

Comme on fait des soufflets de différentes grandeurs , on coupe les billes de 12, 14 & 18 pouces de longueur.
On fend ces billes par quartiers qu’on écorce souvent fort peu, afin de ménager la largeur qui est nécessaire pour les grands soufflets ; car on ne choisit ni le plus gros ni le plus
beau bois pour cette sorte d’ouvrage, qui a encore l’avantage de n’exiger que des billes assez courtes.
Le Fendeur emporte avec son coutre le bois qu’il y a de trop du côté de l’écorce, pour en former des especes de planches (Fig. 7), qui soient a peu-près d’égale épaisseur du côté de l’écorce & du côté du cœur.
Un Ouvrier ébauche le soufflet avec une hache bien tranchante, & emporte les angles a, b, c, d ; & comme le tuyau du soufflet doit être placé du côté de e, il laisse les levées a, b, plus épaisses que celles c, d, ce qui commence déjà à donner une losange qui fait la forme alongée au corps du soufflet.
Le soufflet dégrossi passe au Planeur qui, sur une sellette semblable à celle dont se servent les Planeurs de cerches, réduit cette losange à l’épaisseur qu’elle doit avoir ; savoir 14 à 15 lignes du côté de e, & 10 à 11 lignes du côté de f.
Il est bon de remarquer que sur la sellette à planer, il y a une planche à laquelle est faite une entaille ou mortaise qui en traverse l’épaisseur auprès de la serre ; c’est sur cette planche que l’on pose verticalement le panneau que l’on veut planer sur son épaisseur.
Quand le Planeur a mis d’épaisseur le panneau de soufflet ; il le rend à celui qui l’a ébauché, celui-ci le présente sur un patron, & trace avec de la pierre noire la figure exacte que ce panneau doit avoir (voy. Fig. 8), & sur le champ il emporte avec sa hache tout le bois qui excede le trait de la pierre noire ; & avec autant de promptitude que d’adresse, il forme la poignée g (Fig. 8), ainsi que tout le contour du soufflet jusqu’à f, avec assez de précision, pour que le Planeur, qui reprend ensuite ce panneau, n’ait plus qu’un coup à donner sur le tranchant, pour perfectionner le contour, qui se trouve déjà bien régulier au sortir des mains du premier Ouvrier.
On fait que les soufflets font formés de deux panneaux, dont celui de dessous porte la soupape & la tuyere abcd (Fig. 9); le panneau supérieur efgh, est plus court, parce que la portion ehcd, qui porte la tuyere, appartient à celui de dessous. Autrefois on travailloit à part ces deux panneaux, on consommoit plus de bois, & les Boisseliers étoient alors embarrassés à trouver des panneaux qui pussent s’ajuster l’un à l’autre. On a remédié à ces petits inconvénients, en levant les deux panneaux dans la même piece ; ainsi, après qu’elle a été formée, comme abcde (Fig. 9), on passe un trait de scie par la ligne ponctuée depuis a, jusqu’à h, & pour cela, on assujettit plusieurs panneaux ensemble, comme dans la Fig. 9, dans une encoche, qui est une piece de bois AB (Fig. 10), de 12 à 15 pouces de diametre, & d’environ 28 à 30 pouces de longueur : cette piece est soutenue à 4 pieds & demi du terrein par quatre forts pieds c, c, c, c, qui entrent en terre de quelques pouces ; & pour augmenter la solidité de cette espece d’établi,on charge les pieds de derriere avec des bûches D, qui servent outre cela de degrés au Scieur pour s’élever au-dessus de l’encoche.
Le devant de cette piece de bois est creusé d’une grande mortaise longue de 9 pouces de E en F, large de 3 pouces, & profonde de 4 pouces : c’est dans cette mortaise que l’Ouvrier met six soufflets à la fois par le bout de la tuyere ; il les y assujétit avec des coins assez fermement, pour qu’un compagnon qui pose un de ses pieds sur le billot, & l’autre sur les soufflets, puisse conjointement avec un second Ouvrier placé dans une fosse au-devant de l’encoche, passer tous deux le trait de scie entre chaque panneau pour les séparer. Il est essentiel que ces soufflets soient fixés dans l’encoche, de maniere que leurs surfaces soient exactement verticales ; afin que tous les panneaux soient d’égale épaisseur ; il faut encore que les Ouvriers appuient bien légèrement la scie, quand ils refendent les poignées pour ne les pas rompre ; mais quand ils sont à la partie évasée du soufflet, ils menent la scie à grands traits pour avancer la besogne : lorsque le feuillet de la scie est parvenu à la mortaise de l’encoche, l’ouvrage est fini, parce qu’il n’y a que la partie du panneau ehdc (Fig. 9), qui s’y trouve engagée, & celle-là ne doit point être séparée.
Ce sont les Boisseliers à qui l’on vend ces panneaux ainsi préparés, qui achevent de les séparer, & ils n’ont plus que le trait de scie eh (Fig. 9) à y donner. Ce sont aussi les mêmes Boisseliers qui font faire par les Tourneurs quelques moulures sur les panneaux des soufflets qu’ils veulent enjoliver.Exploitation des Bois Pl. XXX.

§. 7. DES BATTOIRS À LESSIVE.

Les battoirs à lessive sont faits par les mêmes Ouvriers qui font les soufflets. On scie les billes dont on les tire, à 12 ou 13 pouces de longueur ; la partie évasée du battoir doit avoir 12 pouces de large, & l’épaisseur, vers le manche, doit être d’environ 15 lignes. Quand la bille a été débitée en planches, on les dresse à la plane ; puis on y présente un patron dont on trace le contour avec de la pierre noire ; ensuite un Ouvrier emporte avec la hache tout ce qui est hors du trait, & le Planeur acheve l’ouvrage. (Voyez Pl. XXX. fig. 4.)
On enfume ces battoirs de la même maniere que les sabots.[/accordion-item][accordion-item title= »§. 8. DES ÉCOPES. »]Pour faire les Ecopes (Pl. XXX. fig. 5 & 6) dont se servent les Bateliers, pour vuider l’eau qui entre dans leurs bateaux, on coupe les billes de bois à 4 pieds de longueur, parce que le manche ab, a 2 pieds & demi de longueur, & la cuiller bc, 18 pouces. On ne fend chaque bille qu’en quatre, de sorte que chaque quartier dddd (Fig. 7), doit faire une écope.
On dégrossit avec la hache, la cuiller & le manche de l’écope ; on creuse la cuiller avec un aceau très-courbe & qui a le tranchant assez large (Fig. 8), & on finit de creuser la cuiller avec un autre outil (Fig. 9), qu’on nomme tie, qui est une acette peu recourbée, mais dont la lame n’a que 2 pouces de largeur; cet instrument qui est très-tranchant, mené à petits coups, perfectionne l’intérieur de la cuiller ; enfin, on met l’écope sur la sellette, où le Planeur en perfectionne l’extérieur.

§. 9. DES PELLES À FOUR & AUTRES.

Comme les pelles des Boulangers doivent avoir des pales de 18 à 20 pouces de longueur fur 11 à 12 pouces de largeur, on est obligé d’y employer de gros arbres qui aient au moins 4 pieds de diametre ; & quand le manche est de la même piece que la pale (Fig. 10), comme ce manche doit avoir 7 pieds de longueur, il faut des billes de 8 pieds 7 à 8 pouces de longueur, ce qui consomme beaucoup de gros bois. On équarrit l’arbre, on le fend par quartiers & on l’écorce ; chaque quartier est refendu en deux autres quartiers ; chacun de ces demi-quartiers l’est encore en deux, & ainsi jusqu’à ce qu’ils soient réduits en planches d’environ quatre pouces d’épaisseur qui doivent fournir deux pelles. On trace une pelle sur une face de la planche ainsi réduite (Fig. 10) ; on emporte avec la hache tout le bois superflu ; on refend avec le coutre cette planche qui donne par ce moyen deux pelles, que l’on acheve de perfectionner sur le chevalet avec la plane.
On fait des pelles dont la pale est longue & étroite pour enfourner les pains longs, & pour certains usages des Pâtissiers, (Fig. 11).
On consomme nécessairement beaucoup de bois pour les pelles, parce que leur manche est pris dans une tranche qui est de toute la largeur de la pale ; il est sensible que si l’on enlevois à la scie les côtés A & B (Fig. 10), on pourroit employer ce bois à faire des petits ouvrages de fente ; mais ce n’est pas l’usage.
J’ai vu des pelles dont le manche étoit rapporté (Fig. 12); elles sont un peu plus lourdes, & ne sont pas si solides que celles d’une seule piece ; mais aussi elles dépensent beaucoup moins de bois ; & comme le manche en est plus arrondi, il y a des Boulangers qui les préferent aux autres.
Les pelles à fumier (Fig. 13), & celles pour remuer les grains (Fig. 14), se font comme celles à four ; mais comme le manche de celles à fumier n’a que 2 pieds 6 pouces de longueur, & la pale, quatorze pouces de longueur sur 10 à 11 pouces de largeur , & que le manche des pelles à grain, ainsi que la pale est de même longueur sur 8 à 9 pouces de largeur, on coupe les billes plus courtes, & on y emploie des arbres moins gros. Il y a encore des pelles pour charger les terres & les gravois, qui ne different de celles à fumier, que parce que la pale en est plus petite. Les pelles à fumier & à gravois sont plus épaisses en bois que celles à grain, & elles sont peu creusées dans leur face supérieure ; au lieu que les pelles à grain sont minces & légeres, mais plus creusées, ce qui exige qu’on tienne les tranches de bois un peu plus épaisses, afin d’y former des bords. Au reste, quand les tranches ont été fendues & dressées à la plane, on y trace la figure de la pelle ; on emporte tout le bois superflu avec la hache ; on forme le manche & le dos de la Pale avec la plane sur le chevalet, & on creuse le dedans de la pale des unes & des autres avec l’aceau & la tie ; & l’on finit par les enfumer comme les sabots.