Qui n’a pas dans ses ancêtres un fendeur ? A différencier du bûcheron, de l’arçonneur, du charpentier, du boisselier ou autre, le fendeur s’avérait être un des nombreux maillons de la chaîne d’exploitation du bois. Le très prolifique Henri Louis Duhamel du Monceau dans son volumineux ouvrage « De l’exploitation des Bois » consigne avec beaucoup de descriptions et dans son intégralité la filière bois, de la physique de l’arbre aux différents métiers d’art qui lui étaient liés…

Article VI. Travail du Fendeur.

C’est ici le lieu de parler des bois que l’on livre en grume aux Fendeurs pour être débités selon différentes destinations.
Quand les Bûcherons ont abattu les arbres, & qu’ils en ont retranché les branches, le Marchand qui les a destinés à faire du bois de fente, livre en cet état les corps d’arbres, & quelquefois aussi les grosses branches aux Ouvriers Fendeurs, qui, selon la grosseur & la longueur de ces tronces, les débitent pour différents ouvrages que nous expliquerons dans la suite.
Plusieurs motifs déterminent les Marchands à faire faire du bois de fente ; 1°, lorsque par la position d’une forêt, certaines marchandises sont d’un débit avantageux, telles que le merrain, le traversin, les échalas, &c, pour les pays de vignoble ; les rames, les gournables ou chevilles pour la construction des vaisseaux, lorsqu’on est à portée des Ports de mer ; ailleurs les cerches pour la Boissellerie ; aux environs des grandes villes, les lattes pour les couvertures des toîts ; & dans quantité d’endroits, les ouvrages de raclerie, qui consistent en différents petits ouvrages de Hêtre, comme clayettes, lattes pour les fourreaux de sabre & d’épée, lanternes, panneaux de soufflets, bâts, arçons de selle, &c.
2°, Quand le bois n’est pas d’assez bonne qualité pour fournir de bonnes pieces de charpente ; par exemple un arbre mort en cîme, ou qui, dans la longueur de son tronc, a des nœuds pourris ou des yeux de bœuf, ou dont le tronc fort court a pris des contours désavantageux ; ces arbres peuvent fournir des billes saines ; quoique courtes, elles sont propres pour la fente.
3°, Quand, par la difficulté des chemins, par l’éloignement des rivieres navigables & des grandes routes, ou par la distance trop grande de la forêt, jusqu’aux lieux où l’on en pourroit faire la consommation, le transport devient trop coûteux ; enfin, quand quelques-unes de ces raisons empêchent de voiturer les grosses pieces de bois, alors on prend le parti de les convertir en ouvrages de fente qui peuvent être transportés facilement, soit par petites voitures, soit à somme de cheval. Mais le Marchand doit faire attention que si d’un côté il retire un grand produit du corps d’un gros arbre qu’il fait débiter en fente, d’autre part, il lui en coûte nécessairement un prix considérable pour la façon.
Il seroit d’une bonne police de mettre des entraves à la cupidité des Marchands, & de les détourner de couper par tronces les plus beaux & les plus gros arbres, pour en faire de la cerche ; car ont pourroit faire de très-bons seaux avec du merrain de bois blanc, cerclés de fer, & débiter les arbres dont on fait de la cerche en bois de Menuiserie, de charpente ou de construction, suivant la qualité & la nature du bois.
Je ne dis rien des échalas, des lattes ni du merrain, parce que tout cela peut se prendre dans des arbres qui ne sont pas fort gros.
On a pu voir dans la Physique des Arbres, qu’un tronçon de bois est composé de fibres qui s’étendant suivant la longueur du tronc, forment sur l’aire de la coupe du tronc des orbes concentriques, & que ces fibres longitudinales sont liées les unes aux autres par un tissu cellulaire, & par des fibres transversales, qui ont été nommées insertions.
La force qui unit ces fibres longitudinales les unes aux autres, est beaucoup moindre que celle de ces mêmes fibres ; & c’est pour cela qu’il est bien plus aisé de les séparer, que de les rompre. On peut remarquer que les fentes s’ouvrent toujours par les rayons ou insertions.
Les Ouvriers qui travaillent les bois dans les forêts ont bien su profiter de cette propriété du bois pour le fendre, & en faire d’une façon expéditive plusieurs ouvrages qui, par cette manœuvre, sont beaucoup meilleurs que s’ils étoient refendus à la scie.
En effet, combien n’employeroit-on pas de temps à diviser avec la scie des lattes, des douves de futailles, des cerches de Boisseliers, &c ? Au lieu que par l’industrie qu’emploient les Fendeurs, ces ouvrages sont faits presque en un instant. J’ajoute qu’il sont beaucoup meilleurs ; ce qui deviendra sensible si l’on fait attention que la scie ne suivant point régulièrement les inflexions des fibres, elle les coupe, & ne fait que du bois tranché ; au lieu que par la méchanique du Fendeur, ces fibres restent dans leur entier, & les ouvrages en ont beaucoup plus de solidité.
Joignons à cela qu’en fendant le bois, on épargne ce que le trait de scie emporte, ce qui ne laisse pas d’être considérable ; car ce trait ne pouvant être moindre que 2 à 3 lignes, cela fait l’épaisseur d’une latte & presque d’une douve qui a au plus 3 lignes : il est bien vrai que le bois refendu à la scie est mieux dressé que celui qu’on fend, & qu’on ne peut rendre droit qu’en retranchant du bois.
Il y a dans les forêts des Ouvriers qu’on nomme Fendeurs, qui s’occupent presque uniquement à faire ces sortes d’ouvrages, qui ne laissent pas, dans certains cas, d’exiger de l’adresse de la part de ces Ouvriers, pour bien conduire la fente & mettre tout le bois à profit. Nous nous proposons de faire remarquer cela, après que nous aurons fait connoître les signes qui peuvent faire conjecturer si tel ou tel arbre sera propre pour la fente.

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ARTICLE VII. Des ouvrages de Raclerie

On fait dans les forêts avec du Hêtre, quantité de petits ouvrages que l’on nomme Raclerie. Ils s’exécutent la plupart de la même maniere que la fente des cerches, par des Ouvriers à qui on vend le bois en grume, & qui le travaillent également dans les forêts : nous allons entrer dans les détails qui leur sont particuliers.

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