Les ricoinés étaient des récits fantastiques de la province du Poitou, ce terme d’origine celtique évoque à la base une divagation. Je propose ici un rapide tour d’horizon de différents contes, termes locaux et autres croyances populaires régionales qui m’ont permis de découvrir que les garous pouvaient être des moutons ou que mes ancêtres sarrasins étaient des farfadets…

Au vu de la légère déviance avec le sujet, et même s’ils ont fait partie du folklore, les « sorciers » Gilles de Rais et Urbain Grandier ont été omis délibérément ; également les étranges recettes de praticiens élaborées à base de charmes, d’araignées pilées ou encore de graisse humaine commercialisée par les bourreaux.

« Il en est de certains esprits comme de certaines maisons sordides : ils ouvrent sur des basses-cours

Joséphin Soulary

 

Légendes

[accordion clicktoclose=true scroll=true][accordion-item title= »ALOUBIS »]s. m. pl. Gens affamés comme des loups. Vampire. Les traditions vendéennes le représentent sous l’aspect d’un homme maigre, décharné et insatiable, qui traîne la famine et la misère à sa suite. Rabelais dit : Allouvi ; du latin lupus. G.P.
«Retourné chez nous y trouvis
Trantes creuses bariques
Qui, comme de francs aloubis
Mangiant in bouc étique.»
(Abbé Gusteau, Poésies patoises, p. 22)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »AMIROLLET »]s. m. Esprit chanteur qui a revêtu la forme d’un rossignol. | Comme adjectif il signifie : gentil, aimable.
« Gl’allit raôder ien ser à l’entour d’au logis de sa belle, et pis se mettit à chonter si bé, si bé, qu’à creguit qu’o l’était in amirollet
(La légende de Germanette, recueillie par M. B. Fillon)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »BÊTE-PHARAMINE »]s. f. Animal fantastique. Pendant le jour, il habite dans les nuages ; il ne descend que la nuit sur la terre pour manger des serpents et pour troubler, par de mauvais rêves, le sommeil des enfants. C’est une superstition vendéenne.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »BIGOURNE »]s. f. Loup-garou, dont la tête porte deux cornes. Du celtique bigornen, limaçon de mer.
« I ai gron pau do bigourgn’, do galipot’ ai de la chasgalri.»

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »CHAMP MAUDIT (LE) »]Entre Clessé, St-Germain de Longues Chaumes et Fenery, dans un champ du domaine de Bonnefontaine, a péri, je ne sais quand un homme assassiné probablement. Depuis lors, le champ du crime où son corps repose est maudit…
Certains jours, à l’approche de la nuit, on y entend des cris effrayants. Ils se prolongent pendant des heures, entremêlés d’appels désespérés et de râles d’un homme à l’agonie. Afin d’assister le malheureux, vous vous approchez en hâte. Rien ne s’offre à votre vue, mais de tous les points du champ des soupirs de mourants s’élèvent, vous figent le sang dans les veines. Une chasse, un vendredi saint, y passa. Les chiens y furent frappés par des mains invisibles, si durement qu’ils restèrent sur place, en hurlant lamentablement, on eut grand peine à les arracher vivants de ce sinistre lieu.
C. PUICHAUD. Histoires et légendes inédites du Poitou. Conférence faite à la société d’ethnographie, le 27 mai 1896 à Niort. L’âme en peine.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »CHASGALERIE »]s. f. Escorte du diable ; bande conduite par les sorcières lorsqu’elles se rendent au sabbat. En roman, Chasse-Marie signifie sorcier, et chassiere a le sens de chasseur.
La Chasgalerie joue un grand rôle dans les superstitions poitevines.
Galeri était un ancien seigneur, condamné, à courir le garou et à chasser dans les airs, pour s’être livré à cet exercice un dimanche, pendant la grand’messe.
Gallery, dit M. B. Fillon, dans une brochure pleine d’érudition sur Guillery, est appelé Chasseur-Sauvage en Franche-Comté, Fantôme-Volant en Bretagne, le Veneur de Fontainebleau aux environs de Paris, le Roi-Huguet près de Tours, Hellequin en Normandie, Gallière en Limousin, Wildgrave-Falkemburg en Allemagne, etc.
M. B. Fillon pense que Gallery et Guillery pourraient bien n’être que le même personnage.
La Chasse-Gallery est l’une des légendes chevaleresques de la Vendée, si richement partagée en traditions de ce genre.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »CHATS FERRÉS (LES) »]Petosse, canton de l’Hermenault, est la localité où, de temps immémorial, on ferre les chats, pour qu’en se rendant au sabbat des sorciers, ils puissent piétiner sur la glace sans se casser les pattes.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »CHÉ-ROGE »]Le chien rouge se montre aux voyageurs pendant la nuit. C’est habituellement dans une vaste clairière qu’on le rencontre. Il commence par tracer, autour du voyageur, des cercles de feu qui se rétrécissent. Il finit enfin par se précipiter sur sa victime qu’il dévore. C’est une tradition vendéenne.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »CHEVAL MALLET »]Le cheval mallet est un coursier magnifique, au poil noir lustré, qui parcourt, les nuits sombres, couvert d’un harnachement splendide, les chemins creux du sol poitevin. S’il rencontre un voyageur isolé, il se penche, caressant, devant lui, en hennissant doucement, comme pour lui faire comprendre qu’il lui offre complaisamment le trône de ses reins puissants pour le conduire à la porte de sa demeure. Le voyageur est fatigué, il accepte l’aide qui lui est offerte.
Il monte en selle, s’applaudissant du retour facile, ayant en son esprit charmé la vision de sa famille rassemblée qui l’attend. Il voit le couvert mis, les bons mets fumants dont le parfum provoquant embaume. Le vin mousse dans les verres clairs, et le feu joyeusement pétille dans l’âtre flamboyant, alors qu’on s’embrasse heureux de se revoir. Il monte en selle, il est monté. Aussitôt comme un ouragan qui se déchaîne, le cheval s’en va, dévorant l’espace. Ses pieds légers ne touchent plus la terre, ses naseaux vomissent la fumée, ses yeux éclairent l’horizon. Il s’en va, sans souci des chemins frayés, traversant les halliers, franchissant les fondrières. Sa vitesse est telle, que le vent de son passage incline jusqu’à terre les arbres géants que la tempête ne dérange pas de leur solennelle immobilité. A son arrivée, les forêts se sont couchées. Devant ses yeux éblouis, le cavalier voit les villes et les bourgs défiler aussi promptement que dans un rêve. En quelques instants il a parcouru l’univers. Son voyage dure la nuit entière, toujours aussi rapide, car sa monture infatigable renouvelle en son parcours, en son vol vertigineux, ses forces, en s’abreuvant de vent, en se repaissant d’étendue. Déjà le matin point au loin, sa clarté réveille les coqs, dont le chant clair et jeune met debout les hommes reposés. Ils s’habillent en silence. Allons, en route pour le travail ! Ils partent, en chantant à plein gosier la vieille chanson que, dès le berceau, leur chantait leur mère, et brusquement, au détour du chemin, ils s’arrêtent… sans voix, angoissés. Devant eux gît un cadavre. C’est celui du voyageur nocturne. Le cheval mallet avant de disparaître, l’a jeté là, les reins brisés, le col tordu.
Ah ! s’il avait eu dans sa poche un sou marqué, il aurait évité le malheur. Sa femme éplorée ne se lamenterait pas devant son corps meurtri, ses enfants jeunes qui jouent, inconscients de leur position désespérée, recevraient encore de lui le pain savoureux qui va leur manquer, et que son rude et incessant labeur fournissait à peine à leur insatiable appétit ; ses amis en deuil ne restitueraient pas à la terre sa dépouille mortelle.
Un homme de Saint-Philbert-du-Pont-Charrault fit sur un cheval mallet un incomparable voyage. Il était porteur du talisman sacré, le sou marqué. Le réveil du jour le surprit à Paris. Il descendit de cheval, sans encombre, et resta trois jours dans la capitale. Il y mena joyeuse vie. Ces trois jours ont compté dans son existence parmi les plus heureux. Il avait parcouru le monde et connu Paris. Laissez-moi vous donner un conseil :
Ne voyagez pas sur un cheval inconnu. Ayez toujours dans votre poche la rançon du voyage.

Extrait de : La tradition en Poitou et en Charentes

[/accordion-item][accordion-item title= »FAILFADET »]s. f. Farfadet, lutin, esprit follet. Du latin fatidica. Dans le centre de la France, on dit fadet, fadette. (Voyez Frère-Fadet.) B.F.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »FARFADETS »]Nous sommes en l’an 732. L’armée de Charles-Martel, dans les plaines de Poitiers, livre bataille à celle d’Abdérame et la taille en pièces. Les Sarrazins échappés au désastre sa sauvent dans toutes les directions. Une bande, une tribu d’entre eux échoue à Saint-Sauveur, se réfugie dans l’église et s’y fortifie. En bons défenseurs du sol natal, les habitants du lieu les assaillent et leur imposent un ultimatum — se rendre ou mourir. — C’était en mai, et comme la température était douce, ils promirent, en manière de dérision, de se rendre s’il givrait le lendemain. Le lendemain, il givra. Fidèles à leur promesse, désireux de vivre en France, où la vie est si douce, au mois de mai surtout, vaincus par le prodige, ils se rendirent et se répandirent dans le pays, qu’ils habitèrent en cachette. A partir du fait miraculeux du givre en mai, Saint-Sauveur fut surnommé Givre en mai.
Je vous ai parlé des Sarrazins, nous ne les connaissons pas en Gâtine sous ce nom. Les envahisseurs de l’église, d’après la légende que j’ai recueillie précieusement, étaient des farfadets. Ils ont marqué leur passage un peu partout dans les Deux-Sèvres et autre part. Sans chercher ailleurs, je trouve dans le canton de Bressuire de nombreuses traces de leur séjour. Ils demeurèrent longtemps à la Boulardière, commune de Terves, aux environs de la motte célèbre du bois de Terves.
En certain temps que je ne saurais fixer, on venait de tuer, à la Boulardière, vers le carnaval, le cochon qu’on tue alors dans tout le Bocage. On cuisina. Depuis le matin, à la grande cheminée cuisait la fressure, mets gâtinais composé de sang, de chair, de pain et de graisse bouillis ensemble. Un farfadet vint et s’installa près du feu pour surveiller l’opération. Quand elle fut terminée, pour le remercier de ses bons offices, on le pria de s’asseoir, par mépris de sa personne, sur le trépied où douze heures de temps le chaudron avait chauffé. Il s’y assit sans penser à mal et… brusquement relevé, disparut en criant : « Cul brûlé ! Cul brûlé !» Pardonnez-moi cette expression, je vous en prie, Mesdames et Messieurs. Je tiens à vous la citer afin de vous faire constater qu’un homme de notre sang n’eût pas ainsi parlé. J’ajoute qu’un Français ne se fût pas assis sur le trépied rouge et ne fût pas parti sans vengeance ou sans menace. Nous nous connaissons. Il paraît qu’on ne revit plus dans la maison le Farfadet. Vous comprenez pourquoi. Moi de même.
Le hameau de la Boulardière est hospitalier aujourd’hui, comme tout le Bocage. Si quelque bon vent vous y pousse, vous ne recevrez nulle part l’invitation à vous reposer sur le trépied de la tradition. Partout où vous frapperez, on vous ouvrira. Partout, votre main tendue tombera dans la main largement ouverte d’un ami.
Les souterrains, seuls témoins de l’occupation du pays par les farfadets, leurs auteurs, ont à peine un mètre de haut. J’en induis qu’ils les creusèrent pour s’y cacher accidentellement, plutôt que pour les habiter constamment. Ils s’y réfugiaient pour éviter l’agression de leurs ennemis naturels, nos pères, dont la main était lourde. Ils en sortaient de préférence la nuit. Ces souterrains sont donc des caches, des refuges. Pour y entrer il fallait ramper. Après quelques instants de position horizontale on reprenait la position verticale dans une chambre ronde sont les parois étaient taillées pour s’asseoir. Au milieu de la chambre une pierre plate servait de foyer pour le chauffage et la cuisson des aliments. La fumée s’en allait par un trou creusé dans la voûte. Dans les champs, le terrier des farfadets était presque introuvable ; dans les bois, dans les forêts, il l’était absolument. J’ai toujours soupçonné qu’ils surent réduire au perpétuel silence les voyageurs que la curiosité ou toute autre cause attira dans leur voisinage.
Je n’ai pas la prétention d’inventer. Je me contente de dire : les souterrains-refuges ont été creusés par les farfadets, par les Sarrazins, qui, dans leurs courses interminables à travers l’Europe, ont trouvé — s’ils ne la connaissaient au départ — cette façon pratique de s’abriter contre la rigueur des climats, de défier les recherches, et de résister victorieusement aux attaques des hommes et des fauves.
Je précise : ces gens étaient des troglodytes d’Arabie, espèce intermédiaire entre l’homme et la bête. Cette énonciation que j’émets, d’après la description que les anciens nous ont léguée de ces êtres étranges, devrait être étudiée, autant pour connaître la composition de l’armée d’Abdérame, que pour fixer le lieu d’origine des occupants occultes de notre territoire en ces temps reculés.

Extrait de : La tradition en Poitou et en Charentes

nb : La revue des traditions populaires situe la même légende sur la commune des Châtelliers-Châteaumur plutôt que sur celle de Terves.[/accordion-item][accordion-item title= »FRÈRE-FADET, FARFADET »]s. m. C’est le Trilby de la Vendée. Charmant et aimable petit lutin qui hante la nuit les maisons habitées par de jolies femmes blondes. Pendant le jour, les Farfadets se retirent dans de grandes cavernes où ils amassent d’immenses trésors.
« Les boquines, dit M.B. Fillon, racontent l’histoire comique, et touchante à la fois, d’un farfadet amoureux d’une jolie femme du village de la Fosse, commune de Mouilleron-en-Pareds. La donnée de ce récit est en tout semblable à  celle de la légende du Korigan de Bretagne, du Gobelin amoureux de Normandie, du Sotray de Lorraine et du délicieux Trilby de Ch. Nodier.»

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »GALIPOTE, GANIPOTE »]s. f. Lutin qui prend la forme de toutes sortes d’animaux. | Courir la galipote, c’est faire le loup-garou, ou avoir reçu un sort qui force à faire le loup-garou. | Ce mot est aussi pris dans le sens de se hâter et de courir très-vite. Du celtique galoupa, aller au galop. (Voyez Garache) P.-G.-R.-B.-F.-P.
Un pastoureau poitevin dit à son voisin Colas de se hâter de l’accompagner, pour aller visiter l’enfant Jésus :
« Vesin Colas, dame, o lest à quiau cot
quo faut prenre en moin ses deux bot
Et pi couri le trot ;
Le trot et la galipotte…»
(Abbé Gusteau, No poitevinea.)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »GARACHE »]s. f. Sorcière, lutin qui prend les formes les plus fantastiques. Sorte de loup-garou qui erre pendant la nuit dans les bois et les ravins pour effrayer les voyageurs et leur jeter de mauvais sorts. Les voyageurs qui ont eu le malheur de la rencontrer, disent qu’elle a la forme d’une énorme chauve-souris, et qu’elle cherche à donner des coups de ses gigantesques ailes noires et velues.
La garache est le symbole de l’ignorance, qui crée des fantômes, que les lumineux rayons de l’instruction chassent et dissipent. (Voyez Galipote)
« Iquiaulong va passer prebande
Et la garache et l’àlouby.»
(Ballade de la Chasse Gallery.)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »GAROU »]s. m. Courir le garou, c’est le sorcier qui court la campagne changé en loup. Du roman garou, loup. Quand on dit loup-garou, on fait un pléonasme, parce que garou signifie loup. (Voyez Galipote, Garache.)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

Le garou est une personne condamnée par Satan à prendre la forme d’un animal, et à parcourir sept communes dans la nuit de la transformation. A l’aube, elle est chez elle, à moins d’accident mortel. Sous sa forme accidentelle, le garou se joue des hommes, des périls où tout être succomberait. La plus légère atteinte d’une arme ou d’un projectile bénits le ramène à sa forme vraie. Une atteinte nouvelle met fin à son existence. On en cite qui ont péri misérablement dans leurs courses aventureuses, et gisent privés des bénédictions et des prières posthumes au pied des grands chênes poitevins, gardiens fidèles du mystère des choses qui se sont passées sous leurs noirs ombrages.
Des gens de Moncoutant avaient l’habitude, aux jours lointains de leur jeunesse, de fréquenter des maisons amies. Ils sortirent un soir de l’une d’elles, située à la Touche, divisés en groupes. Le premier devait s’en retourner par le chemin le plus direct. La dame du logis eut la curiosité de demander à l’autre groupe, composé de deux inséparables et gais compagnons, quelle direction ils voulaient prendre pour arriver au bourg, dont ils étaient à cinq cents pas. Ils répondirent : « Nous passerons par la Pierre-Plate.» Ce nom, d’origine celtique, laisse entendre qu’au début de notre histoire locale, existait en ce lieu un monument mégalithique, un dolmen disparu depuis des temps immémoriaux. Il était situé à l’endroit précis ou s’élève aujourd’hui la maison du garde champêtre de la commune de Moncoutant. « Mes enfants, leur fit observer leur hôte — ne passez par la Pierre-Plate, où se produisent des apparitions bizarres, où s’accomplissent, toutes les nuits, des choses effrayantes. Vous vous en repentiriez.» La jeunesse est folle et court au danger. C’est ce qui vous explique que les deux camarades eurent une irrésistible envie de passer au lieu redouté. Ils partirent. La terre était couverte de neige, le temps était clair. Minuit sonnait à l’horloge du bourg. En arrivant au pré dit du Cormier, où l’on prenait un sentier, en raison du chemin profond et impraticable qu’il surplombait de deux mètres, ils virent un spectacle qui les cloua sur place et revit toujours inoubliable en leur esprit : celui d’un fantôme traversant la prairie en geignant. L’un dit : « Je crois que c’est la vache à Colas. — Mais, répondit l’autre, on ne met pas le bétail dehors par un temps pareil.» Le fantôme continua sa route, se dirigeant sur la haie du vieux chemin, comme pour leur couper le passage, en se doulant si lamentablement maintenant, qu’ils en avaient la chair de poule. Plus de doute, c’était un garou. Il s’assit sur la haie sèche, qui craquait bruyamment. « Eh bien ! — dit l’un des héros de l’histoire — tirons notre couteau et fonçons sur la bête. Il ne faut pas qu’on rie de nous demain. Fonçons !» Aux cris répétés de : « Tuons-la ! tuons-la !» ils foncèrent bravement. Ils la touchaient presque, l’arme désireuse de s’enfoncer dans sa chair, lorsqu’elle disparut avec un fracas retentissant de bois brisé, s’abîmant dans la boue du chemin creux. « Tuons-la ! tuons-la !» répétaient-ils, en descendant la pente, quand du bas-fond ils entendirent sortir cette supplication : « Ne me faites pas de mau, mes petits enfants.» Le garou était tout simplement un vieil ivrogne qui rentrait chez lui, hoquetant. Il avait pris un endroit clair de la haie pour l’échalier du sentier, avait essayé de l’enjamber et, manquant de forces, y était resté à califourchon. A l’approche du danger, il avait tenté de s’esquiver ; sous ses efforts désespérés, la haie avait cédé. Il s’était enlisé dans cinquante centimètres de neige et de terre détrempée.
Sur le chemin de la Pierre-Plate, le père de mon père fut témoin d’un événement inexplicable, dont il n’aimait pas qu’on l’entretînt. Il y passait un soir, accompagné de son chien, vaillant animal, que rien n’avait jamais effrayé. A quelques pas d’eux, tomba du terrier un corps assez gros, qui s’évanouit instantanément en touchant la terre.
Le chien courut dessus en aboyant ; arrivé au point de chute, il se retiré précipitamment derrière son maître, avec les symptômes d’une terreur profonde, insensible aux encouragements, aux excitations les plus énergiques. Le lendemain, mon grand-père, pour se rendre compte de cet étonnant phénomène, retourna sur les lieux. Il ne vit rien qui le renseignât. Il défendit à ses enfants de passer par la Pierre-Plate. Ils y sont passés, malgré l’interdiction, et n’ont rien vu.
Je vous affirme, moi, que la vie est encadrée d’un surnaturel qui déroute les plus sceptiques et qu’on n’expliquera jamais, jamais.
Un jeune homme du pays, s’en allant voir sa mie, le jour fini, est suivi par un chien minuscule. Il essaie plusieurs fois de le chasser. Le chien s’écarte et revient. Impatienté, il le frappe si ardemment de son bâton qu’il lui casse la patte. La pauvre bête lui dit : « Malheureux, tu m’as fait grand mal ! Ne raconte à personne ce qui vient d’arriver.» Le jeune homme est consterné en entendant ces mots sortir de la bouche d’un animal, il l’est davantage encore en le voyant prendre la forme de sa fiancée. Il dut la transporter chez elle, la jambe brisée. Puissance de l’amour ! elle lui pardonna sa brutalité, qui pourtant la rendit boiteuse pour toujours. Ils s’épousèrent, et… vous voyez la suite.
Des jeunes gens, un soir, s’emparèrent d’un mouton qu’ils avaient vu plusieurs fois folâtrer dans leur cour. Ils l’entraînèrent chez eux. « Tu vas parler, garou !» Le mouton restait muet. Ils lui mirent le museau sur le feu. A l’instant même sa peau tomba et disparut, laissant voir une jeune femme d’une beauté parfaite en complet déshabillé. Vision radieuse aussitôt évanouie.
Au cas où vous ramèneriez un garou à sa forme naturelle, ne citez jamais le nom du sujet de la métamorphose. Vous seriez atteint d’un mauvais sort.
Entre Moncoutant et Courlay, au gué de la Guérinière jadis, existait parallèlement à la route, une étroite passerelle en pierres pour les piétons. Un domestique y arrivait un soir, quand il aperçut devant lui, barrant le passage, un animal qu’il jugea devoir être un loup. Il fallait passer. Le ruisseau trop gros pour qu’il tentât de le franchir, il prit la passerelle. Brave et fort comme il l’était, qu’avait-il à craindre d’un loup vulgaire, timide devant qui n’a peur ? Il avança prêt à la lutte, s’il le fallait, son couteau, qui avait été béni le jour des Rameaux, grand ouvert au poing. L’animal recula. Mais, sitôt le passage franchi, il s’élança sur l’homme, si brusquement que ce dernier ne put faire l’usage de son arme.
Un combat furieux s’engagea entre les deux adversaires, où chacun déployait ses forces décuplées par l’énergie qu’on a quand la vie est en jeu. Ils tombèrent dans la boue, en poussant, l’un des cris, l’autre des hurlements de rage, se mordant, se déchirant, sans répit ni miséricorde, un long quart d’heure durant. Enfin l’homme eut le dessus. Il serrait le loup si fortement à la gorge qu’il en râlait, presque étranglé. En ce moment, le loup, qui était un loup-garou, parla : « Fais-moi grâce, tu n’auras pas à t’en repentir.» Le vainqueur desserra le collier de ses doigts d’acier et le laissa partir. Il ramassa son couteau et continua son chemin. A la croisée de la Forge, la bête retomba sur lui, sans qu’il ait pu savoir d’où elle venait. Nouvelle lutte aussi acharnée que la précédente, et dans laquelle encore il triompha. Il marchait à grands pas, les yeux fixés sur les feux de Moncoutant, tout proche ; le loup-garou, pour la troisième fois, tenta de l’arrêter. Il était prêt, son couteau s’enfonça dans le corps du possédé, en sortit prêt à frapper encore. O prodige ! La bête s’était changée en homme, et lui, François G…, reconnut un de ses voisins. « Tu m’as vaincu, dit-il ; c’est a destinée, je te pardonne. Souviens-toi que si jamais tu racontes ce qui vient de se passer, tu périras d’ici peu.»
François rentra chez lui, les habits déchirés, couvert de boue, les mains et le visage en sang. Il se coucha, son sommeil fut agité, toute la nuit il délira. Le lendemain, il eut le tort de nommer celui qui l’avait attaqué. Dès lors, l’appétit lui manqua, il ne dormit plus. Il mourut de consomption dans l’année, lui, que nous connûmes si florissant de santé, si débordant de vie.

Extrait de : La tradition en Poitou et en Charentes

[/accordion-item][accordion-item title= »La bête qui mange la beauté des filles d’Angles »]Le vallon de Troussepoil était anciennement le repaire d’une grosse bête noire à long poil, faite comme un ours, qui ravageait le pays à plusieurs lieues à la ronde. Les vaches et les femmes étaient la viande qu’elle préférait, de sorte qu’il n’y avait jour où elle ne fit ample consommation des unes et des autres. Les habitants consternés imploraient toutes les puissances pour être délivrés d’un si grand fléau. Le légat du pape se proposa pour exorciser la bête, mais il ne réussit pas, ayant perdu sa vertu parce qu’il avait embrassé une fille le matin. L’abbé de Fontaines échoua également pour avoir bu quatre chopines de vin passé minuit, et celui de Talmond pour avoir cassé la tête à un paysan qui lui barrait son chemin. L’Abbaye d’Angles était alors gouvernée par un saint homme du nom de Martin qui voulut aussi tenter l’aventure, mais il eut soin de passer d’abord cinq jours et cinq nuits en prières. Avec ses signes de croix, il réduisit la bête à venir se ranger sous son bâton, et il l’amena ainsi, docile et douce comme un agneau, jusqu’au milieu de la cohue d’Angles. Les hommes et les femmes chantaient alleluia, mais les filles virent là-dedans matière à risée et dirent : « Père Martin, dompis quand êtes-vous breger do diable ?» L’abbé, sans rien répondre, fit monter la bête au pignon de l’église, où elle est encore (Le pignon de cette église est surmonté d’une statue d’ours qui sert de piédestal à une croix.), et quand l’ours eut été changé en pierre par un nouveau signe de croix, le saint homme lui dit : « Tu ne vivras de mesuy que de la beauté des filles d’Angles», et aussitôt les filles d’Angles, qui jusque là avaient été jolies, devinrent laides.
(BENJAMIN FILLON, Poitou et Vendée, p. 263)

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »LEMPS »]Le Lemps était une belle ville autrefois ; elle a été engloutie totalement, mais on a été longtemps, longtemps, que pendant la messe de minuit on entendait les cloches sonner ; et il y avait trois grues, que toujours elles y étaient, qu’on ne pouvait pas les chasser…
Dans le temps, le Bon Dieu se promenait quand la ville de Lemps existait. Il était en pauvre. Il est allé chez des riches qui lui ont refusé la charité. Il est allé chez une pauvre femme qui lui a dit : « Ah ! mon cher ami, je n’ai pas de pain !» Elle n’avait que deux boisseaux d’orge, et encore pas de bonne. Il lui a dit de la faire cuire. De ces deux boisseaux d’orge, elle en a eu une grande fournée.
Cette femme avait deux filles. C’était une veuve. Et puis le bon Dieu dit à cette femme : « Vous allez sortir de la ville ; et, quand vous serez sorties de la ville, vous entendrez un grand bruit ; en entendant ce bruit, vous ne regarderez pas derrière vous autres !»
Et puis la ville du Lemps s’est engloutie et les trois femme curieuses entendant le bruit, ont regardé derrière elles, et elles on retourné en grues…
Une fois, beaucoup de gens s’étaient réunis pour sortie les cloches pendant la messe de minuit. Les cloches arrivées sur la pelouse, une personne a dit : « ah ! ah ! nous les avons toujours bien, quand même ce serait le diable qui les tenait ! alors les chaînes ont cassé : les cloches sont retombées, et plus jamais elles n’ont sonné.»
(Recueilli à Lussac-les-Châteaux. Vienne)
Cette tradition d’une ville disparue remonte aux temps les plus reculés. C’est l’histoire du déluge ; celle de Sodome et Gomorrhe : Loth sauvé avec sa femme, puis celle-ci punie de sa curiosité et changée en statue de sel. Comme eux, Philémon et Baucis, en Phrygie, donnèrent l’hospitalité aux dieux et fuirent d’après leur conseil sur la montagne où ils se virent en sûreté quand le déluge couvrit le pays : ils furent changés en arbres. Strabon, Ovide, Pline, parlent des villes de l’Achaie, dont on voit encore les murs au fond des eaux.
On la retrouve un peu dans tous les pays : sur le bord de la mer, le ville d’Is avec le roi Grallon et sa fille Dahut (Sur les villes disparues par les envahissements de la mer, cf. Sébillot. Légendes, croyances et superstitions de la mer, t. 1 p. 293.); auprès des lacs et des étangs, en Angleterre, notamment dans le Brecknockshire, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Serbie, dans le Danemarck, en France…
Je lis dans A. Theuriet (Fleurs de Cyclamen), à propos du lac d’Annecy : « Oui, les gens du pays prétendent qu’à cette même place où nous sommes, un village entier a été englouti sous l’eau, parce que les habitants avaient refusé de donner l’hospitalité à une vieille mendiante, qui était fée. Pendant les nuits de pleine lune, les coqs du village submergé chantent au fond du lac, et les cloches tintent comme pour la messe.»
J.F. Bladé dans ses Contes populaires de la Gascogne rapporte une tradition identique sur l’origine du lac de Lourdes. De même que dans la tradition poitevine, c’est le bon Dieu qui, repoussé de tous, reçoit enfin l’hospitalité d’une vieille femme à qui en récompense il donne le conseil d’abandonner le village avec son petit enfant au berceau. Nous y retrouvons même la multiplication des pains.
Mais nulle part cette tradition ne nous semble aussi complète qu’en Poitou. L’épisode du Dieu qui reçoit l’hospitalité de pauvres gens, après avoir été repoussé des riches est à peu près partout le même. Seul le nombre de personnes sauvées de la catastrophe varie ; varie aussi, selon les pays, le sort de ces personnes : parfois elles survivent ; le plus souvent la curiosité les a poussées à enfreindre les recommandations du Dieu, et pour leur punition, elles sont transformées en statues de sel, en arbres, en grues
Ce que je crois particulier à la tradition poitevine, c’est l’explication de ce fait qu’aujourd’hui les cloches du Lemps ne sonnent plus. Mais, si on ne les entend plus, je connais des gens du pays qui affirment que l’on peut encore voir par une claire nuit d’hiver les toits des maisons et les clochers au fond de l’étang.
Qu’est-ce qui a donné naissance à ces traditions ? – Ce qu’on appelle le Lemps est un plateau marécageux, situé au sortir de la forêt de Lussac, et où, l’hiver, se forme un véritable petit lac. On y trouve de nombreux restes de construction. Evidemment il y a eu là une agglomération : ville ou village. Peut-être l’étymologie du mot – dont j’ignore la véritable orthographe- pourrait-elle aider à en éclaircir l’origine. De quel siècle en date la disparition ?
Je serais tout disposé à croire qu’il faut passer par dessus ces ruines et remonter, comme presque toutes les traditions de ce genre, aux temps des cités lacustres.
L’anéantissement de ces frêles constructions, dû à quelque accident de la nature, orage ou inondation, a frappé l’imagination enfantine du peuple, et, le souvenir s’en perpétuant même aux traditions bibliques, la légende s’est peu à peu formée et complétée.
LÉON PINEAU.[…]

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »LOUC GAROU »]s. m. Sorcier qui court la nuit, changé en loup, ou, ce qui est plus exact, simplement couvert d’une peau de loup.
« … Qu’i heulet aussi fort quo fereit ein lougarou
(La Mizaille à Tauni)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

nb : Le loup-garou est également appelé MALE-BÊTE, JENOPE.[/accordion-item][accordion-item title= »LUTINS DU CARREFOUR (LES) »]Au carrefour de la Balingue, paroisse de St-Michel-le-Cloucq, canton de St-Hilaire-des-Loges, neuf lutins habillés de blanc, délégués par leurs chefs, arrivent par les neuf chemins qui y aboutissent, à l’heure de minuit, le 1er jour de l’an, pour se concerter sur les mauvais tours qu’ils auront à jouer dans l’année à ceux qui rentreront tard au logis.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »MELUSINE, MERLUSINE »]s. f. Fée poitevine.
La légende de la Mélusine est la plus célèbre et la plus curieuse des traditions poitevines. Selon Jean d’Arras, qui vivait à la fin du XIVe siècle, Raimondin tua son oncle, le comte de Poitiers, par accident, à la chasse. Comme personne n’avait été témoin de ce meurtre involontaire, il en garda le secret, épousa une fée qu’il rencontra près d’une fontaine, dans la forêt de Lusignan, où il errait, et devint comte de Poitiers. La Mélusine, en l’épousant, avait mis pour condition que tous les samedis Raimondin la laisserait s’enfermer seule, et qu’il ne chercherait ni à savoir ce qu’elle ferait, ni à la voir, ni à découvrir le lieu où elle se retirerait.
Le comte de Poitiers tint parole, et il eut pour fils le terrible Geofroy à la Grand’ Dent. Mais un jour, que la cour était au château de Lusignan, il eut l’imprudence de suivre sa femme. Il la vit se diriger vers un souterrain, où elle s’enferma dans un caveau. Troublé par l’obscurité, il le fut bien plus encore lorsqu’il entendit des cris horribles éclater dans le caveau, et qu’un bruit inexplicable, comme de l’eau battue par une roue de moulin, arriva jusqu’à lui. Il s’approche de la porte ; elle était de fer. Avec la pointe de son épée, il parvient à y pratiquer une petite ouverture, qui lui permet de voir ce qui se passait dans le caveau. Le spectacle qu’il aperçoit le frappe de terreur. Sa femme, qui se baignait dans une cuve, était transformée, depuis la ceinture jusqu’aux pieds, en serpent. Comme elle était fée, elle sut de suite que son mari était derrière la porte de fer. Elle bondit jusque sur la tour de Lusignan, puis elle poussa trois cris aigus et disparut pour toujours.
La tradition populaire raconte qu’elle revenait sur la tour de Lusignan, et qu’elle faisait entendre trois cris, lorsqu’un seigneur de cette maison ou qu’un roi de France devait mourir.
Aujourd’hui, la tour de Lusignan est renversée, et la locomotive, cette fée du progrès, fait seule retentir les échos des sifflements de la vapeur.
Mais quelle est donc cette Mélusine que la légende prend au bord d’une fontaine, au fond des bois ? Les opinions sont très partagées à ce sujet.
Des historiens, et dom Mazet en tête, assurent que la Mélusine n’est autre qu’Eustache Chabot, fille de Thibaut Chabot II, sire de Vouvent, qui épousa un seigneur de Lusignan et devint la mère des Lusignan. D’où le nom de Merlusine, ou mère des Lusignan.
A cette assertion on réplique qu’Eustache Chabot, mariée à Hugues VIII de Lusignan, et à laquelle on prétend que cette dénomination se rapporte, n’était pas plus la mère des Lusignan que toutes les épouses des sept autres Hugues qui s’étaient succédé dans la seigneurie de Lusignan, avant l’époque où l’on place l’existence de la Mélusine. D’ailleurs, ajoute-t-on, les habitants de Lusignan ne disent pas Merlusine, mais Meurlusine. L’ancien château de Lusignan, démoli par ordre de Louis XIII, n’avait pas été bâti par la Mélusine. Les chartes, qui méritent plus de confiance que la tradition, constatent que ce château avait été construit par Hugues II.
D’autres écrivains racontent qu’une femme très remarquable par sa beauté et pas sa puissance féodale, possédait Melle et Lusignan. Le peuple, impressionné par l’activité qu’elle déployait à couvrir ses terres de châteaux, et surtout frappé de sa mort mystérieuse, lui aurait donné le nom de Mellusignan, qui aurait fini par être prononcé Mélusine. Nous devons dire que cette opinion a prévalu jusqu’au jour où l’on a prouvé, par des documents, que jamais les seigneuries de Melle et de Lusignan n’avaient été possédées simultanément par le même seigneur. Il a donc fallu se mettre en quête d’une nouvelle version.
Cette fois, c’est à la Grèce qu’on s’est adressé. Un mémoire, lu à la société des antiquaires de l’Ouest en 1839, cherchait à prouver que la tradition populaire relative à Mélusine devait être rapportée à la déesse Cérès. En grec, Melloï désigne les gâteaux sacrés distribués dans les thesmophories, et Eleusine indique le lieu où l’on célébrait les mystères de la bonne déesse. Mais ce mystère étymologique n’a pas été plus heureux que les autres. Malgré les gâteaux Mélusine, qu’on vend à Lusignan, on a démontré que Melloï n’est pas plus un mot grec qu’Eleusine.
Alors, ne trouvant l’origine de la tradition ni en Poitou, ni en Grèce, on a été la chercher jusqu’en Orient. D’après cette tradition, Foulques V, comte d’Anjou, passa avec les croisées en Palestine, où il épousa Mélisende, fille de Baudouin II, roi de Jérusalem ; il succéda à son beau-père sur le trône. Lorsqu’il mourut, il laissa deux fils en bas âge, Baudouin III et Amaury. Leur mère, Mélisende, femme du plus rare mérite, gouverna comme tutrice de Baudouin III, qui mourut jeune et sans enfant. Amaury hérita de la couronne, et donné sa fille en mariage à Guy de Lusignan, qui fut appelé à régner après Baudouin IV.
Nous ne voyons pas trop comment le nom de la reine Mélisende serait devenu populaire en Poitou, dans un pays où, pendant son existence, elle ne vint pas une seule fois. Mélisende n’est dont point notre Mélusine.
Un philologue poitevin, dont l’érudition est très-profonde, s’occupe depuis longtemps de pénétrer le mystère qui enveloppe Mélusine, non pas comme Raimondin, mais dans un but des plus louables. M. Cardin donne à cette légende une origine scandinave. Nous partageons cette opinion.
Au moyen-âge, la Mélusine a été le sujet des romances des ménestrels, qui ne faisaient que reproduire de vieilles traditions, venues peut-être en Europe du fond de l’Inde. Cette légende a été ainsi portée en Angleterre, en France, en Allemagne et en Suisse. Dans le Luxembourg, il existe deux poèmes allemands sur la Mélusine. Bâle, en Suisse, possède la légende de la jeune fille serpent, qui a beaucoup de rapport avec notre tradition. Une autre légende allemande, qui a pour titre la jeune fille de l’Oselberg, raconte que la nuit des Quatre-Temps, une jeune fille paraissait sur les ruines du vieux château ; elle avait la tête et le buste d’une femme, mais le reste de son corps se terminait en queue de serpent. C’est bien la forme de la Mélusine.
Nous voilà donc dépossédé de notre fée poitevine. Comme dans la légende, notre curiosité est punie. Nous avons voulu soulever le voile qui couvrait ce mystère, mais la Mélusine, indignée, a fui jusque dans les régions glacées de la Scandinavie, où aucun indiscret n’ira ni la chercher, ni la troubler.
Nous ne voulions dire que peu de mots sur cette légende, mais elle est si célèbre, que nous avons cru devoir nous écarter de notre concision habituelle et donner des détails qui, peut-être, offriront quelque intérêt.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

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les_tres_riches_heures_du_duc_de_berry_mars

Mars. Les Très Riches Heures du Duc de Berry. À l’arrière-plan figure le château de Lusignan (Poitou), propriété du duc de Berry qui l’a fait moderniser. On voit à droite de l’image, au-dessus de la tour poitevine, un dragon ailé représentant la fée Mélusine.

[accordion-item title= »MULE DU DIABLE (LA) »]On montrait l’empreinte du fer de la mule du diable sur le piédestal de la Croix Mathon sur le chemin du château détruit de Marsais à Maranzais. Le récit est fort long ; voici le résumé de la légende.
Geoffroy le Mauvais, seigneur de Marrais, accepte le défi du diable à minuit, en pleine forêt au carrefour des Trépassés, et l’attaque avec une épée sortie d’un fourreau plein d’eau bénite. Satan vaincu se retire et laisse sa mule comme gage de la victoire. Cette mule ne devra ni manger ni boire. Un jour un valet lui donne de l’avoine, et d’une ruade, la monture endiablée renverse le château, ensevelissant sous ses ruines maîtres et serviteurs.
Le Diable apparaît alors et enfourche sa mule, celle-ci voulut en passant renverser la croix Mathon, mais ne laissa que l’empreinte de son fer.
HUGUES IMBERT. Rev. de l’Aunis de la Saintonge et du Poitou. Niort. Clouzot, 1er semestre, p. 362).
LÉO DESAIVRE.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »NIOLE D’ANGOISSE »]Dans les marais du Poitou, on croyait à l’apparition de la niole d’angoisse, petite barque recouverte d’un drap blanc. Quand elle passait près des rives, emportant un mort, une voix disait à ceux qui se trouvaient là : « Détourne ou je détourne ».

Extrait de : Revue des traditions populaire

[/accordion-item][accordion-item title= »PONT HANTÉ »]En Poitou la lavandière du château de Salbor donne des soufflets aux imprudents, qui se hasardent la nuit malgré les battements réitérés de son battoir sur le pont construit sur l’ancien gué. […]

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »REVENANT DE LA FENÊTRE (LE) »]Quand vous allez de Châtellerault à Monthoiron, un peu au-delà de ce bourg et sur la droite, gravissez la pente du Bois Prieur et suivez le ravin de la Fontaine aux vaches ; si les taillis sont nouvellement coupés, vous apercevrez sur le sol les restes d’habitations nombreuses ; vous verrez les pierres éparses du prieuré de la Fenêtre. On dit que par les nuits d’orage, et la veille de toutes les grandes solennités religieuses, un homme vêtu de noir, debout et les bras croisés, apparaît sur les roches élevées. Alors des lueurs phosphorescentes se projettent à l’horizon ; dans le fond des bois on entend de sourd rugissements et des cris lamentables… Un jeune homme expie, dans l’autre monde, toutes les larmes et le sang qu’il a fait répandre en celui-ci. C’est Jean Guillebert qui livra le prieuré aux routiers du Mauclou en 1523. Le prieur fut assassiné et tout le pays dévasté. Ce prieur de mœurs fort dissolues, avait mis à mal la fiancée du Maudit et Guillebert, enfant de l’adultère, était son fils.
Tel est le court résumé de cette triste histoire que l’auteur raconte en 54 pages.
(A. DE LA FOUCHARDIERE. Remarques hist. et litt. sur quelques poésies vulgaires du Poitou au XVIe siècle). Paris, Techener, 1838, p. 77-131

Extrait de : Revue des traditions populaires

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Maladies, maléfices et guérisons

[accordion clicktoclose=true scroll=true][accordion-item title= »BRUT (AVOIR LE) »]loc. C’est ainsi que l’on désigne les sorciers dans la Vendée. Avoir le brut, c’est posséder le pouvoir de se transformer en lièvre, de guérir les personnes et les bestiaux malades ; c’est aussi avoir vendu son âme au diable. L’une des plus grandes injures qu’on puisse adresser à une personne c’est de l’appeler mangeur de lièvres empaillés. B.F.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »DÉSENÇORCELEUR »]s. m. C’est le devin du village ; il a le pouvoir de rendre nuls les sorts jetés aux gens et aux animaux.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »DEUIL DES ABEILLES »]Il est d’usage, en Poitou, lorsque le maître de maison meurt, de mettre les ruches en deuil, ce qui se fait en clouant à chaque ruche un petit morceau d’étoffe noire. D’après les dires des vieux du pays, si on n’observait pas cette tradition, les abeilles mordraient le maître décédé, lorsqu’il reviendrait, la nuit, pour les visiter.
(Comm. de M. DESBORDES.)

Extrait de : Revue des traditions populaires

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ruches

[accordion-item title= »ÉCOTIULÉ (ÊTRE) »]loc. C’est, dès les premiers jours du printemps, entendre, à l’aube, le chant d’oiseaux qui reviennent dans le pays, comme la caille, l’hirondelle, le loriot, etc. C’est un heureux présage. « A quio matin, i ai t’agu de la chance, i ai t’été écotiulé ; bé sur qui va treuver ine feille ocques in bon drigail.» B.F.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »ÉVANGILER »]v. a. Lorsque les enfants sont malades, ou pour les préserver d’une épidémie, on les porte à l’église, et on les fait évangiler. Le prêtre, pour cette cérémonie, leur place le bout de son étole sur la tête, et récite l’évangile du dimanche de la semaine. Si on veut les préserver de la peur et les rendre braves, il faut les faire évangiler le jour de la Saint-Jean.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »FONTAINES »]Du reste il convient de dire que dans tous l’Ouest, la piété envers les fontaines a été et est demeurée fort répandue. J’ai visité à Pamproux (Deux-Sèvres) la fontaine de la Roche-Ruffin, célèbre dans toute la contrée, dans un état assez délabré ; elle rend fécondes les jeunes mariées, qui, le jour de leurs noces, y vont mettre de l’eau dans leurs chaussures. Dans un pays où protestants et catholiques sont en nombre égal, nulle différence entre eux quant à l’observation de cette coutume.
La Font-Adam (de Pers), non loin de Lezay, qui jaillit en eau ferrugineuse, est un but de pèlerinage et de processions. On y baigne les perclus.
A Voulon (Vienne), la fontaine de Saint-Macou dénoue les enfants rachitiques.
Enfin, à Benasse (Deux Sèvres), des sources abondantes forment le ruisseau appelé le Pied-de-l’Ause, affluent de la Dive-du-Midi. Elles sont hantées par les fées et par d’anciens génies païens. L’une d’elles, Fontour, sort d’une grotte qui sert de refuge aux fées, comme c’est l’usage. Elles prennent leurs ébats la nuit hors de cette retraite et leur principal loisir consiste à aller tirer les fuseaux des fileuses endormies.
DANIEL BOURCHENIN.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »FOURCHET »]s. m. Le fourchet est une maladie ulcéreuse du pied de bœuf, dont le siège est entre deux onglons (Ongles du bœuf). Lorsqu’un bœuf est atteint de cette maladie, les paysans intelligents, et ils sont en grande majorité aujourd’hui, appellent le vétérinaire ; mais il en est encore qui n’ont de confiance que dans le désençorcellou. Voici comment ce dernier procède : il fait sortir le bœuf de l’étable, lui fait poser le pied malade sur un gazon bien uni ; puis, après en avoir marqué le contour avec un couteau, il fait retirer le bœuf. Alors il enlève, avec la plus grande précaution, l’empreinte du pied. A cet instant, il faut que les personnes présentes tournent le dos et ne cherchent pas à voir ce qui se passe derrière elles, car l’opération serait manquée, et ne pourrait être recommencée. Lorsque le désençorcellou a terminé son charme, on peut regarder du côté du bœuf. On voit alors l’animal placé près d’un buisson, à une des branches duquel est attachée une tige d’églantier dont la pointe traverse la motte de gazon. Il faut laisser le gazon dans cette position, car à mesure qu’il sèche, le fourchet s’en va. Tout le monde ne peut pas faire ce traitement, car il y a une manière d’enlever la motte de terre et de la suspendre à une branche ; c’est là que consiste le secret de l’opération. Un paysan, qui n’était point aussi badegoule (Niais, crédule) qu’il voulait le faire paraître, se munit d’un petit miroir ; à l’instant où il tournait le dos à l’opérateur, il le vit, en regardant dans le miroir, tirer de sa poche un onguent dont il frotta rapidement le pied malade du bœuf. C’est là tout le secret du désençorcellou !

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »GELINE »]s. f. Poule. En latin gallina. Voici un secret, connu seulement de quelques personnes du Bocage vendéen, pour obtenir, non pas la poule aux œufs d’or, mais une bonne pondeuse, qui couve bien et qui remplit parfaitement ses devoirs de mère de famille. Il faut, pour avoir ce phénix, mettre couver un œuf de poule dans un nid de pie. C’est difficile, mais cela n’est pas impossible. La pie couve cet œuf comme les siens. Dès qu’il est éclos, on doit se hâter d’enlever le poussin, car il pourrait faire une chute dangereuse. Si le poussin est une poule, on possède un trésor ; mais si c’est un coq, il aura les oreilles blanches et tous les œufs de ses poules produiront des poussins : ce n’est pas chose à dédaigner. B. F.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »GORILLON »]s. m. Petit porc. Même racine celtique que gore.
Le gorillon est l’objet d’une grande superstition de la part des paysans qui croient encore aux ensorceleurs. Ils sont persuadés qu’il faut soustraire la grouaie (Troupe, quantité.) des gorillons à tous les regards, surtout à ceux de leurs voisines qui leur veulent du mal ; elles les ensabatteraient (Ensorcelleraient), et ils périraient tous.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »HERBE À LA DÉTOURNE »]Malheur à celui qui marche sur cette herbe ; il ne peut plus retrouver son chemin, il s’égare ; il ne faut rien moins que le fil d’Ariane, sous la forme d’un garde-champêtre, pour le remettre dans la bonne route. L’herbe à la détourne appartient à la famille des orchidées ; c’est le spirantes automnalis.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

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[accordion-item title= »LEVEUR DE LUETTE »]loc. Les leveurs de luette sont très nombreux. Leur talent consiste à soulever l’organe avec le manche d’une cuiller, en saisissant en même temps une mèche de cheveux du malade. La guérison est radicale.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »LEVEUR DE RATE »]loc. Le leveur de rate consacre sa science médicale à ne soigner que la rate. Lorsque cet organe est malade, il lui suffit de passer la main sur les côtes pour obtenir une guérison immédiate. C’est facile et prompt.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »MALANGINE »]s. f. Maléfice, ensorcellement.
« Et Potence, penday, tu as la malangine.»
(Saint-Long, Amours de Colas, p. 1)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »MOUCHE (LA) »]Panique qui se déclare parmi les bestiaux d’un champ de foire.
D’après les métayers vendéens, la mouche est causée par un ensorcellou, qui fume du foie de loup dans sa pipe, sur le champ de foire. Les bestiaux, irrités, reconnaissent l’odeur de leur ennemi, et courent sur la fumée. On voit que le métier de fumeur de foie de loup n’est pas sans danger. On croit aussi que la mouche peut être produite par des jeteurs de sort. Ces paniques peuvent occasionner les plus graves accidents ; mais celui qui possède un bâton de néflier coupé la veille d’une grande fête, peut instantanément calmer les animaux furieux, et les faire retourner à leur place, aussi doux que des moutons. Cependant, il faut connaître la manière de se servir de ce bâton de néflier. On doit saisir le bœuf de gauche par la corne, avec la main gauche, et placer le bâton sur le joug, au milieu des deux animaux, puis les en toucher à plusieurs reprises. On peut ainsi conjurer le mal.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »NAU »]s. m. La fête de Noël. Du gaël. irlandais nouaz, nouveau.J.
La bûche de Noël joue un grand rôle dans les traditions populaires. Pour se préserver de l’incendie, il faut mettre une bûche dans le foyer, la nuit de Noël à minuit, faire une prière devant, puis la retirer et l’éteindre. Pendant huit jours on la met un instant dans le foyer, puis on la retire et on l’éteint. Le huitième jour, on prend un morceau de charbon de cette bûche, et on le conserve toute l’année. C’est un préservatif certain contre l’incendie. Comme les idées changent dans ce monde, aujourd’hui beaucoup de personnes, tout en conservant un morceau de charbon de la bûche de Noël, poussent la prévoyance jusqu’à s’assurer à une compagnie contre l’incendie. Mais, selon la tradition, c’est là une précaution bien inutile.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »NOUEUX D’AIGUILLETTE »]s. m. Individu qui passait pour avoir le pouvoir de condamner à l’impuissance. J.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »PREMIER MAI »]Le premier jour de mai, on boit un verre de vin blanc, on mange un brin d’ail et se frotte les lèvres avec une pièce de vingt francs, pour avoir beaucoup d’argent.
C’est parmi les bergères à qui, ce matin-là, sortira la première, afin d’avoir les plus jolis troupeaux.
On met un chiffon dans le talon de son sabot, et l’on passe dans le pacage des autres pour en ramasser tout l’herbe.
On passe sur le fumier du voisin et on en prend une fourchée pour lui enlever tout son jus.
Les jeunes filles vont avant le lever du soleil, se débarbouiller avec de la rosée, pour avoir le teint frais ; quelques-unes, dit-on, se roulent toute nues dans l’herbe, afin d’être plus belles de tout leur corps.
LÉON PINEAU.

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »ROGNOUX, ROGNOUSE »]adj. et subs. Teigneux , teigneuse, qui a la teigne. Il existait à la Grainetière, dans la Vendée, une statue en pierre placée sur la tombe d’un seigneur de Parthenay. Pour guérir les enfants de la teigne, il suffisait de gratter le nez de la statue et de leur faire avaler cette poussière. C’était un remède infaillible. Le nez n’a pas duré longtemps ; à défaut de cet organe, on racle la tête de la statue, qui bientôt aura disparu en poussière. On la remplacera par une autre tête, qui possédera sans doute la même vertu curative.
« He ! jamais je ne vy in ome puu rognoux.»
(Saint-Long, Amours de Colas, p. 10)

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »SEMAINE SAINTE »]Les semences de la Semaine Sainte. Dans les environs de Guéret et aussi en Poitou, lorsqu’on sème des graines pendant la semaine sainte et spécialement le vendredi saint, chaque graine donne une pousse double. (Comm. de M. DESBORDES).

Extrait de : Revue des traditions populaires

[/accordion-item][accordion-item title= »SORT (JETER UN) »]Superstition. Autrefois, nous ne pouvons cependant pas encore dire qu’il y ait bien longtemps de cela, le paysan vendéen qui croyait ses bestiaux menacés d’un sort, s’empressait de placer deux faucilles en croix devant la porte de son étable, puis il mettait dans sa poche un reste de bougie de la Chandeleur et un charbon béni dérobé au feu de la Saint-Jean. C’était un préservatif certain contre les esprits malfaisants. Aujourd’hui, beaucoup de fermiers ont plus de confiance dans le vétérinaire. Ce n’est pas nous qui blâmerons ce progrès, car, si nous aimons les traditions historiques, nous voyons avec joie tomber et s’éteindre tout ce qui repose sur la superstition de l’ignorance.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

[/accordion-item][accordion-item title= »TOUCHEUR »]s. m. Gens qui prétendent avoir le don de guérir, en touchant l’organe malade, soit des hommes, soit des animaux. C’est une industrie très répandue et surtout très lucrative, non-seulement dans les campagnes, mais encore dans les villes. Le toucheur guérit plusieurs maladies, seulement en touchant ou en soufflant. Pour avoir le don de toucher, il faut être le 7e garçon d’une famille où il n’y a pas eu de fille, et porter sur le corps des signes mystérieux. Le toucheur ne peut guérir que les maladies suivantes : le muguet ou chancre, les maladies de peau, les tumeurs, les rhumatismes et les scrofules.

Extrait de : Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis par Léopold Favre

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