EDIT DU ROY,

EN FORME DE LETTRES PATENTES

pour l’ouverture des Mines d’Or & d’Argent nouvellement découvertes sur les Terres du Vigean & de l’Isle-Jourdain en Poitou.

Donné à Versailles le 8. Aoust, & en la Cour des Aides le 15. desdits mois & an.

LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU, ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE : A tous presens & à venir, SALUT. Les avis que Nous avons eu de la nouvelle découverte des Mines d’Or & d’Argent qui se trouvent dans les Terres du Vigean & de l’Isle-Jourdain en Poitou, Nous ont excité d’en faire venir des Matieres de marcacites qui nous ont esté envoyées par le Sieur Intendant de la Province dans une quantité suffisante, pour en faire plusieurs & differentes épreuves par les gens les plus experimentez & en presence de Commissaires par Nous préposez ; par toutes lesquelles experiences il a paru& il résulte pour constant que les simples marcacites contiennent de l’Or & de l’Argent dans une quantité assez considérable, pour qu’on en puisse inserer certainement avec tous les autres indices plus heureux les uns que les autres, que le filon ou l’arbre principal desdites Mines n’est pas éloigné ni difficile à découvrir. Et comme cette découverte peut devenir tres-avantageuse à nostre Etat, & beaucoup contribuer dans la suite au bien & au soulagement de nos Sujets, Nous croyons nonobstant les grosses charges & dépenses de la Guerre où Nous nous trouvons indispensablement engagez, ne devoir pas differer à faire travailler ausdites Mines, estimant en même temps que Nous ne pouvons pas en donner la direction generale à une personne plus expérimentée, ni plus affectionnée à nostre service, que le Sieur Doudon de Volagré. A CES CAUSES & autres à ce Nous mouvans, de nostre certaine science, pleine puissance & autorité Royale, Nous avons par ces Presentes ordonné & ordonnons, voulons & Nous plaist, que lesdites Mines soient ouvertes, & qu’incessamment & sans discontinuation il y soit travaillé sous les ordres & à la diligence dudit Sieur de Volagré, que Nous avons commis & commettons pour en faire la direction generale ; auquel effet voulons & entendons qu’il soit creusé & profondé dans tous les lieux & endroits où il jugera necessaire pour suivre lesdites Mines, & qu’il s’empare de tous les lieux qui luy seront necessaires tant sur nos propres fonds, comme dans nos Rivieres, Ruisseaux, Moulins, Terres labourables, Prez, Patureaux, Maisons, & generalement tous autres Heritages de quelque qualité qu’ils puissent estre, que ceux des particuliers, desquels Nous ordonnons qu’estimation sera faite entre les Proprietaires & nostre dit Commis de gré à gré ; ou au cas qu’ils n’en pussent convenir, par le Sieur Intendant de la Province, pour en estre le prix payé ausdits Proprietaires six semaines après & du jour qu’on s’en sera emparé. Et pour donner plus de moyens à nostre dit Commis de trouver le nombre d’Ouvriers qui luy sera necessaire pour faire travailler ausdites Mines dans toutes l’étenduë qu’il le jugera, outre les journées au prix courant que Nous ordonnons leur estre payées, voulons & entendons que tous ceux qui travailleront effectivement ausdites Mines, jouïssent sans aucune reserve des mêmes privileges dont ont toûjours joui & jouissent actuellement les Ouvriers travaillans à nos Monoyes, sçavoir d’exemption de Taille, de Collecte, Tutelle, Curatelle, de logemens de Gens de Guerre, de Subventions, & generalement de toutes autres Charges publiques, même de la Milice. Ordonnons que toutes les contestations qui pourront naistre & survenir au sujet desdites Mines, tant entre les Ouvriers & Commis, que les Proprietaires dont l’on se sera emparé des Heritages, soient portées en premiere Instance pardevant ledit Sieur Intendant de la Province de Poitou, & jugées par luy, auquel Nous luy en avons attribué & attribuons la connoissance privativement & à l’exclusion de tous autres Juges, pour son Ordonnance estre executée nonobstant oppositions ou appellations quelconques, sauf l’appel directement à nostre Conseil. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos amez & feaux Conseillers les Gens tenans nostre Cour de Parlement & Cour des Aides à Paris, que ces Presentes ils ayent à faire lire, publier & registrer, & le contenu en icelles garder & executer selon leur forme & teneur, nonobstant tous Edits & Declarations à ce contraires, ausquels Nous avons dérogé & dérogeons par ces Presentes, aux copies desquelles collationnées par l’un de nos amez & feaux Conseillers-Secretaires, voulons que foy soit ajoûtée comme à l’Original : CAR TEL EST NOSTRE PLAISIR. Et afin que ce soit chose ferme & stable à toûjours, Nous y avons fait mettre nostre Scel. Donné à Versailles au mois de Juillet l’an de grace mil sept cens cinq, & de nostre Regne le soixante-troisième. Signé, Louis Et plus bas : Par le Roy, CHAMILLART. Et scellé  du grand Sceau de cire verte.

Registrées, Ouy & ce requerant le Procureur General du Roy, pour estre executées selon leur forme & teneur, & copies estre envoyées aux Baillages & Senechaussées du Ressort. A Paris en Parlement le 8. Aoust 1705. Signé DONGOIS.

Registrées en la Cour des Aides, Ouy & ce requerant le Procureur General du Roy, pour estre executées selon leur forme & teneur, suivant l’Arrest de ce jour. A Paris le 14. Aoust 1705.

Signé, ROBERT.

Collationné à l’Original par Nous Conseiller-Secretaire du Roy, Maison, Couronne de France & de ses finances.

Edit

Il s’avère que la région contiguë (Le Limousin) était un berceau  de l’exploitation aurifère par nos ancêtres les Gaulois quelques siècles avant notre ère. Au XVIIIe siècle, il semble que les paroisses d’Eschiseaux et d’Amboüilléras aient fait l’objet d’une exploitation des sols (Les anciens minéralogistes du Royaume de France – Mémoire concernant les mines de France par Charles Hautin de Villars.). La mine du Châtelet a par ailleurs donné lieu à cinquante années d’exploitation plus récemment. Le Dictionnaire universel (1820) de Louis Marie Prudhomme fait effectivement état de l’existence de mines sur Le Vigeant, et plus exactement au hameau de Bourpeuil :

VIGEAN, v. (Vienne), arr. de Montmorillon, canton de l’Isle-Jourdain, à 28 k. (6 l. 1/3) de Montmorillon, 4 m. (10 l. 1/3) de Poitiers. On trouve dans le territoire de ce village, au lieu dit Bourpeuil, des mines d’or et d’argent ; mais elles sont peu riches. Sur les bords de la Vienne il y a une mine d’antimoine, et on prétend qu’il y a dans le même endroit une mine d’argent, qui a été travaillée, mais dont le produit n’égaloit pas la dépense nécessaire à l’exploitation. Pul. 1252. Bur. de poste de l’Isle-Jourdain.

Carte géologique et agronomique du département de la Vienne

Les éléments relatifs à cette région sont plutôt légers sur cette période, et il s’avère assez difficile de recueillir en ligne quelques informations sur le contexte de vie de la plupart des intervenants de ma lignée agnatique, mais je me félicite que cette « ruée » de l’état dans la Vienne puisse introduire le travail d’Étienne Bonnot de Condillac sur le commerce et le gouvernement dans ses Œuvres complètes (Tome IV) qui retrace fort bien l’histoire de ces minerais transformés pour devenir monnaie…

À lire : Traités de physique, d’histoire naturelle, de minéralogie et de métallurgie par Johann Gottlob Lehmann (1759)

À lire : Art des mines – L’encyclopédie Diderot et D’Alembert

Pourquoi de l'Ocean courir les vastes bords, En Métaux précieux autrefois si féconde, France, ne trouvez-vous de l'Or qu'au nouveau Monde ! N'avez-vous pas toujours vos immenses Trésors.