Version moderne de « marchis », marquis est une évolution de « marche », mais dans un sens particulier puisque les marches étaient autrefois des terrains situés en périphérie de territoires tribaux, sortes de zones de non-droit propices aux affrontements entre peuplades. Je n’ai pas à ma connaissance d’ancêtre qui ait eu un titre de marquis, cet article ne traite donc pas d’héraldique, par contre j’ai quelques individus qui portaient ce patronyme.

  • MARCHE, s. f., frontière militaire d’un état :

Il est mes filz e si tendrat mes marches
(Rol., 3716.)
Onques ne fu par nule guete
Si bien gardee tors ne marche.
(CHREST., Chev. a la Charrette, Vat. Chr. 1725, f° 18 a.)
Que nul d’eux presume d’envahir les bornes et limites de son frere, frauduleusement y entrer pour troubler son royaume, ou diminuer ses marches.
(FAUCHET, Antiq. gaul., 2e vol., II, 12.)

— Fig.

Corps si caduc qu’estoit le sien, et qui est si avant dans les marches de la vieillesse et cassé des gouttes.
(DU VILLARS, Mém., VI, an 1555)

— Par extens., limite :

Les deviseors deivent venir en la marche de la devise.
(Ass.. de Jér., t. I, p. 394.)
Que ledit seigneur Nicolle, ou sondit hayent cause en soit tenus de faire rendue ou recreance, droit de ville, eswart de marche, us et coustumes de pais.
(1409, dans Hist. de Metz, IV, 660)

— Pays situé sur la frontière :

Il est bon que desoresmais ilz commencent a voiager pour congnoistre le monde et les estranges marches.
(J. D’ARRAS, Melus., p. 204.)
Les Genevois y ont fait perte grande et comme infinie ; les Florentins, de vingt mille ducats ; ceux de la marque ou marche d’Ancone, de plus de vingt mille ducats. Ancone est la meilleure cité de la marque d’Ancone.
(J. CHARTIER, Chroniq. de Charl. VII, C. CCLXVI.)

— Quartier, pays :

Que tous les saincts prophetes patriarches
Furent jadis mariez en leurs marches.
(J. BOUCHET, Ep. mor., VII, aux mariez.)

— Hameaux disséminés sur le territoire d’une paroisse :

Usque ad marches de la Porreia et a marches de la Porreia usque…
(1155, Orig., A. Eure-et-Loir, Mabille, Cart. de Marmoutier, p. 208.)
De chaque marche qu’ils avoient ils donnoient autant de roles.
(1646, Visite des feux de bailliage d’Autun, Mém. de la Soc. eduenne, 1876, p. 384.)

— Basses marches, parties naturelles de la femme :

Mise avec de la laine es basses marches des femmes, elle reprime leurs decoulemens immoderez.
(CHOLIERES, Matinees, p. 22, éd. 1585.)

  • MARCHE, s. f., place où pose le pied ; t. de venerie, foulée, trace d’un animal.

Lire ici les exemples portés sous MARCHE, V, 163°

— Anc., promenade :

Les femmes publicques vont jusques au cymetiere faire les marches, qu’est chose escandaleuse.
(1539-49, A. mun. Lyon, BB 58.)
Je suis de ma complexion sujet a ces emotions brusques, qui nuisent souvent a mes marches, quoy qu’elles soyent legeres et courtes,
(MONT. III. 5.)

Extrait de : Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle. Frédéric Godefroy

Le marquisat et électorat de Brandebourg qui fait partie du cercle de la Haute-Saxe divisé en ses principales marches sçavoir vieille, moyenne et nouvelle, les quartiers de Sternberg, Vekermarck et le comté de Rappin / par le Sr Sanson, géographe ordinaire du roy

Le marquisat et électorat de Brandebourg qui fait partie du cercle de la Haute-Saxe divisé en ses principales marches sçavoir vieille, moyenne et nouvelle, les quartiers de Sternberg, Vekermarck et le comté de Rappin par le S.r Sanson, géographe ordinaire du roy

Le Französisches Etymologisches Wörterbuch attribue à « marka », l’origine de « marche ». Le très intéressant ouvrage « L’Aventure des mots français venus d’ailleurs » de Henriette WALTER, met également en avant l’évolution d’un mot attribué au peuple germanique, et plus particulièrement à ses populations forestières…

Marquer son territoire

Ces « Germains des bois » avaient surtout à cœur de marquer leur territoire, comme on peut le constater par l’abondance du vocabulaire désignant des limites, même si aujourd’hui tous ces mots n’ont pas gardé leur signification première.

DU JARDIN À LA VILLE
Le mot jardin vient d’une forme germanique, que l’on retrouve dans l’allemand Garten et l’anglais garden, et qui désignait à l’origine un enclos.
La même racine indo-européenne a abouti au russe gorod, avec le sens de « ville », qui apparaît dans Novgorod « la ville neuve » et, sous une forme plus évoluée, dans Petrograd « la ville de Pierre ».

On retrouve bien l’idée de limite dans la haie faite de branchages ou d’arbustes pour servir de clôture à un champ, mais cette idée est moins évidente dans lice, liste, hallier ou jardin. Or, si aujourd’hui on n’emploie plus le mot lice que dans l’expression entrer en lice (pour une compétition sportive, par exemple), le mot désignait bien au Moyen Âge la palissade qui délimitait le terrain où se déroulaient les tournois, et la liste était encore une bordure, une frange en ancien français : le hallier était à l’origine un lieu entouré de noisetiers (cf. l’anglais hazel « noisetier ») et le jardin, tout simplement un enclos.
Il est enfin significatif que le mot marche, dans le sens de « région frontalière », soit aussi un mot d’origine germanique, de même que le mot marquis, qui désignait le gouverneur d’une marche franque.

LES TITRES DE NOBLESSE
Alors que roi, duc et comte viennent du latin, la plupart des autres titres de noblesse sont d’origine germanique comme :
marquis : gouverneur d’une marche franque, d’une zone frontière
baron : au Moyen Âge, ce terme désigne aussi bien le mari que le notable qui participe aux conseils
sénéchal : le serviteur le plus âgé (du germanique skalk « valet » et du latin SENEX « vieux »)
maréchal : le serviteur chargé des chevaux (cf. anglais mare « jument »).

Dans La collection des meilleures dissertations (vol. 6), j’ai pu trouver des écrits de M. CALMET extraits de son Histoire de Lorraine, qui me permettent de développer encore un peu plus l’histoire de ce mot de marquis que je ne peux m’empêcher de mettre en ligne :

DISSERTATION

SUR LE TITRE DE MARCHIS (MARQUIS).

Le nom de marchis, que les princes de la maison d’Alsace ont porté avant même que le duché de Lorraine fût devenu héréditaire dans leur famille, est le même que celui de marquis, et vient indubitablement du latin marchis (Dans les titres écrits en latin, nos ducs (de Lorraine) ne prennent point d’autre qualité que celle de dux et marchio. Ce dernier nom est donc le même que marchis.), lequel dérive de l’allemand mark ou marcha, une frontière. Ainsi les ducs de Lorraine, les électeurs de Brandebourg, les ducs de Savoie joignent le titre de marchis ou marquis à leurs autres qualités, pour marquer leur autorité ou leur intendance sur les frontières ou terres marchisantes de leurs Etats. Toutefois, dans la maison de Lorraine, on distingue le titre de marchis, absolument pris, du titre de marquis, attaché à certaines terres de leur dépendance. On leur donne, à la tête de leurs lettres, la qualité de ducs de Lorraine et marchis ; puis celle de marquis du Pont, de Nomemeny, etc., pour faire voir que le nom de marchis emporte l’idée d’une plus grande étendue de pouvoir et de juridiction que celle de marquis d’un tel lieu ; quoiqu’à vrai dire le titre de marquisat, donné à certaines terres particulières, tire son origine de ces anciens marquis ou marchis qui tenaient rang entre les ducs et les comtes, au dessus de ceux-ci, et au dessous de ceux-là.
Aussi l’on peut remarquer que le nom de Marche se donne communément aux pays et aux villes qui se trouvent sur les frontières d’autres pays. La Marche d’Ancône, en Italie, ou le marquisat d’Ancône, est situé entre le duché d’Urbain au couchant, celui de Spolète au midi, et l’Abruzze au levant. La Marche trévisane est située entre le Frioul au levant, le Vicentin et le Padouan au couchant. La Marche de Brandebourg est la partie occidentale du marquisat de Brandebourg, dont les marquis n’étaient d’abord que des gouverneurs, et qui devinrent ensuite héréditaires. Ce pays séparait la Haute-Saxe des pays de Poméranie, de Pologne, de Silésie, etc. Ce fut Henri l’Oiseleur qui l’érigea en marquisat. La Marche, province de France, est ainsi nommée, selon l’autre de la Vie de Saint Thiébaut, chanoine, parce qu’elle était aux confins du Limousin et du Poitou. La Marche d’Espagne, selon M. de Marca, tire son nom de la frontière de l’Espagne et de la France ; et on appelait ainsi autrefois la Catalogne. La Marche, en Ecosse, est une province qui confine à l’Angleterre. La Marche de Savoie, ou, si l’on veut la qualité de marchis, donnée au duc de Savoie, vient des limites de la France et de l’Italie, dont il était le gardien. La ville de la Marche, en Barrois, est placée sur les frontières de Bourgogne, de Lorraine et de Champagne. La ville de Commercy, ou Commarcy, Commarchia, comme parlent les anciens titres, est située sur la Meuse, qui sépare la Lorraine du Barrois mouvant.
On pourra m’objecter que, sur ce pied-là, il n’y aura point de province à qui l’on ne puisse donner en ce sens le nom de Marche, puisqu’il n’y en a aucune qui ne confine avec quelqu’autre. Ainsi mon raisonnement n’aura aucune force pour prouver que le nom de marquis ou marchis a été donné aux gouverneurs ou gardiens des marches ou frontières, puisqu’on connaît tant de marquisats qui n’ont jamais eu aucune inspection ni aucune autorité sur les marches ou sur les frontières ; et réciproquement, qu’il y a tant de marches qui n’ont jamais eu de marquis ou marchis.
Je réponds qu’à la vérité toutes les provinces confinent l’une à l’autre, et en ce sens son marchisantes ou limitrophes l’une de l’autre ; et si dans la suite des temps toutes n’ont pas porté le nom de Marches, c’est qu’elles ne se sont pas trouvées, par leur situation, entre des monarchies différentes, et que les empereurs ou les rois n’y ont pas nommé des marquis ou des gardiens ; mais il est certain que toutes les terres qui ont été qualifiées anciennement du nom de marquisat, de même que les seigneurs qui ont été honorés du titre de marchis, sont tous placés entre deux ou plusieurs provinces, dont ils gardaient et défendaient les limites ; premièrement par commission, et dans la dépendance des rois et des empereurs, et ensuite indépendamment, et dans une entière souveraineté. Quant aux villes qui portent le nom de Marche ou de Commarche, comme Commercy, il ne faut pas s’imaginer que ce nom leur ait été donné par hasard ; leur situation est une preuve du contraire ; et si l’on examine tous les anciens marquisats, tant ceux qui sont attachés à une ville, comme ceux d’Arlon, d’Anvers, etc., que ceux qui font partie des titres d’une maison souveraine, comme de Lorraine, de Brandebourg, de Savoie, on trouvera que ces titres sont fondés sur l’emploi des gardiens des marches et des frontières. Fort différens en cela des marquisats de nouvelle création, qui sont établis uniquement pour donner du relief et de l’illustration à une famille et à une terre, comme ceux de Pont-à-Mousson, de Hatton-Châtel et de Mommeny, en Lorraine.
L’empereur Charlemagne, Louis-le-Débonnaire son fils, et les empereurs suivans établissaient des marquis sur les frontières de leurs Etats (Vita Lud. Pii. Relictis tantùm marchionibus, qui fines regni tuentes omnes, si fortè ingruerent, hostium arcerent incursus.), à mesure qu’ils poussaient leurs conquêtes. Les marches et les frontières s’étendaient et se resserraient de même, à proportion que leurs Etats étaient diminués par la défection des provinces ou par les irruptions des ennemis ; d’où vient la difficulté de fixer au juste l’étendue des marches et leurs limites, parce qu’elles ont beaucoup varié selon les temps, et que souvent la vigilance et la valeur d’un marquis, ou les étendaient ou les maintenaient, pendant qu’un autre, par sa nonchalance ou sa faiblesse, les laissait entamer et diminuer.
On lit dans un manuscrit (Mémoires du Père Benoît, capucin, envoyés à M. l’abbé de Camp.) tiré de l’abbaye de Stulzbronn, que Charles-le-Chauve établit, en 869, des comtes dans toutes les provinces de ses Etats, et qu’en particulier il nomma sur la Sâre un comte, qualifié comte de Sargau, et ensuite comte de Marche ou marchis, à cause qu’il lui avait confié la garde de la frontière : Comites ordinavit per totam regionem ; ad Saram quemdam comitem dictum de Sargau, de in Marcœ, propter limites. Les premiers domaines de nos ducs étaient aux environs de la Sâre, à Bitche, et aux lieux circonvoisins.
Un ancien poëme, composé du temps du duc de Ferry, dit que ce prince était marchis entre les trois royaumes. Par ces trois royaumes, il entend sans doute ceux d’Allemagne, de France et de Bourgogne. Quoique du temps de Ferry Ier, le royaume de Bourgogne ne subsistât plus, il subsistait du temps des premiers ducs de Lorraine, qui ont gouverné cette province avant Gérard d’Alsace ; et il a été connu encore depuis sous le nom de royaume d’Arles, réuni à l’empire depuis l’an 1032. Il est certain que la Lorraine se trouve située entre ces royaumes, et que les premiers ducs-marchis de Lorraine étaient marchisans entre ces trois Etats ; mais depuis long-temps le royaume de Bourgogne n’ayant point de rois particuliers, on n’y a fait que peu ou point d’attention.
Je lis dans un certificat donné au sujet des droits attachés à la dignité de marchis, que « Lothaire, qui a donné le nom à la Lorraine, eut une fille nommée Ermangarde, qui épousa Renier, duc de la Lorraine Moselane. Lothaire voulut que les enfans et héritiers de Renier et d’Ermangarde portassent le titre de marchis dans le pays de Lorraine. C’est un titre souverain que le duc de ce pays ne tient que de Dieu ; en cette qualité, il rend sentence et arrêt sans appel ; donne rémission, contient franchise dans le pays ; permet combat, connaît et détermine lui seul des cas d’honneur entre les rivières de la Meuse et du Rhin ; forge monnaie, crée tous officiers de grandeur, comme grand-maître, grand-chambellan, grand-écuyer, grand-fauconnier, grand-veneur, grand-gruyer, et autres officiers d’armes, comme roy d’armes, héraut poursuivant en cloche d’armes, comme en pays non régalisé d’autrui. Il crée des maréchaux, sénéchaux, baillifs, lieutenans, présidens, conseillers, maîtres aux requêtes, procureurs généraux, etc.»
Je ne sais de quelle date est cette attestation ; mais elle fait voir quelle idée on avait alors de la dignité de marchis, et de l’étendue de ses prérogatives. D’autres en pensent bien autrement. M. Dupuy, dans une lettre écrite à M. Le Bret, soutient que cette dignité de marchis n’est qu’une chimère et non un office, mais un titre qui n’a nul privilège ; et Cassau, dans la Recherche des droits du roi (P. 86. I. 3e LIV.), s’efforce de réfuter toutes les prétentions des ducs de Lorraine à ce sujet. Mais ces écrivains ne distinguent pas assez les temps, et ne font pas attention qu’encore que la qualité de marchis que portent les ducs de Lorraine soit réduite aujourd’hui à peu de chose, et que ses fonctions soient ou anéanties ou très-diminuées, il n’en faut pas conclure que la chose ait été ainsi dans les commencemens.
Pour se mettre au fait de cette affaire, il est bon de remonter jusqu’à son origine, jusqu’au temps, par exemple, d’Othon Ier, au dixième siècle. Alors le titre de marchis était grand et important ; ses fonctions étaient nobles et étendues, et elles ont subsisté sur le même pied jusqu’au douzième ou treizième siècle, que, le royaume de Lorraine ayant été partagé à plusieurs princes souverains, tant ecclésiastiques que séculiers, les empereurs d’Allemagne et les rois de France se sont accoutumés à ne plus considérer leurs Etats comme pays limitrophes et marchisans ; et par une suite nécessaire, les ducs de Lorraine, comme marchis, n’ont plus conservé qu’une ombre de l’ancienne splendeur de ce titre, et ses fonctions ont insensiblement été réduites à très-peu de chose. Mais s’ils ont perdu de ce côté-là, ils ont gagné du côté de la souveraineté, qui s’est affermie et étendue, et du côté de leur domaine, qui s’est très-considérablement augmenté depuis ce temps.
Voici quels étaient les droits du prévôt de Marche, qui a subsisté jusqu’à nos jours dans le bourg de Château-Salins (Tiré d’un écrit composé pas Anstien Melin, prévôt de marche de Château-Salins ; communiqué par M. Rosselange, prieur de Neuviller.) : « S. A. de Lorraine, comme marchis, est en possession de faire recevoir  par ses prévôts de marche les sujets de ses voisins qui volontairement se viennent rendre à lui. Pour leur entrée de réception, ils doivent chacun douze gros pour le droit du prévôt qui les reçoit bourgeois enregistrés ; et tous les ans, trois gros, pour reconnaissance qu’ils sont bourgeois entre la Meuse et le Rhin. Les sujets des seigneurs qui ne sont pas de la souveraineté de Son Altesse peuvent être reçus bourgeois, soit qu’ils soient détenus prisonniers ou non ; mais les sujets de sadite Altesse ne peuvent être reçus bourgeois qu’à main saine, c’est-à-dire avant que d’être appréhendés en justice.
Ceux qui sont ainsi rendus bourgeois de marche sont sous la protection de son Altesse, et elle est obligée de les défendre contre leurs seigneurs ou officiers de justice. Si toutefois le premier seigneur de ces bourgeois veut faire informer contre eux pour délit ou méfait, le seigneur présente sa requête à sadite Altesse, qui fait assigner les parties à son noble conseil pour en juger souverainement, ou renvoie le fait à son procureur-général de Lorraine pour faire ce que de raison.
Le procureur-général adresse ses requises au sieur prévôt de marche, sous la prévôté duquel ledit intéressé est bourgeois, à ce de décerner commission à son sergent de marche, d’interpeller le seigneur de celui qui a commis le grief, de députer quelqu’un pour en reconnaître à journée de marche ; et aussi leur sieur prévôt ayant décerné sa commission, le sergent fait sa première interpellation.
Que si leur seigneur n’y acquiesce ni en seconde, troisième et quatrième, le sergent rédige en écrit ses relations et interpellations, avec les réponses qui lui ont été faites. Alors on communique le tout au sieur procureur-général, qui par après requiert que l’on use de représailles ; autrement, en termes vulgaires, que l’on contre-gage : ce qui se fait à main-forte par leur prévôt de marche, ou sur les officiers du seigneur, ou sur les gens de justice ou autres sujets, ou, à faute de ce, sur leur bétail.
Ayant ainsi ledit prévôt représaillé, les personnes ou bétail par lui détenus demeurent en arrêt jusqu’à ce que ledit seigneur ait présenté requête à sadite Altesse pour députer homme de sa part, pour, avec celui qu’il commettra de la sienne, connaître de tout à journée ; et lesdits députés assemblés, et parties ouïes avec ledit sieur procureur-général, et le procès vu, sur lequel les bourgeois prétendent être grévés ; s’il y a quelque nullité, et qu’il ait été mal procédé, lesdits députés déclarent ladite procédure nulle, mal et précipitamment faite ; le condamné (si c’est en cas de crime) remis en son honneur, bien, fame et réputation, avec défense de le lui objecter ; les gens de justice qui ont rendu le jugement, condamnés à tous dépens, dommages et intérêts d’icelui.» C’est ainsi que le sieur Melin a vu exercer le droit de marche pendant trente-six ans qu’il a été officier à Château-Salins, et a vu révoquer plusieurs jugemens rendus contre des bourgeois de marche, et a donné son certificat le 2 décembre 1628.