Le terme de domestique a pris son sens assez récent de serviteur au XVIIIe siècle, auparavant domesticus ne s’appliquait plutôt qu’au contexte familial, privé ou à l’apprivoisement.
Selon le Parallèle des langues françoise et latine le valet de condition libre est issu du famulus latin, quand le servitor se dévouait à Dieu.
Jean Baptiste Estienne Louvat, l’un de mes lointains parents bourguignons a servi à Dijon durant quelques années le président Jean-Charles Gravier, marquis de Vergennes avant de devenir marchand et de mourir prématurément à l’âge de 40 ans.

Selon le Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiale (T. 20), il était interdit aux particuliers de prendre à leur service des gens inconnus ou mal famés et ce depuis une ordonnance de François 1er (1540).
Pour occuper la fonction, mon ancêtre a donc bénéficié des appuis aristocratiques de son grand-père et de son arrière-grand-père qui étaient employés dans l’administration de la justice royale sur la région d’Arnay le Duc.
Sur les quelques exemples croisés au cours de mes recherches dans différentes régions, les domestiques des seigneurs avaient bien souvent des parrains et/ou marraines titrés dans leur environnement, et donc des parents qui étaient déjà de près ou de loin à leur service. Si dans la plupart des cas les individus se situent géographiquement sur les lieux possédés par leur seigneur, dans le cas de mon ancêtre, ce sont probablement dans les relations de Barbe de Blanchefort épouse du seigneur de Musigny ou dans celles du baron Claude de Cléron que se trouve l’explication de son déplacement sur la ville de Dijon. Ce lien sera peut-être mis au jour par une étude ultérieure, mais pour l’heure j’ai profité du travail désintéressé d’un « généanaute » pour retrouver la trace de cette neuvième génération de mes parents. Sans cette aide providentielle il m’aurait probablement été impossible de tracer seule la dizaine d’années que Jean Baptiste Estienne Louvat a passée à servir le futur guillotiné.
Le guide des maîtres et des domestiques, écrit par Henry Buguet mérite d’être cité ici mais ce document s’avère assez récent (1881) et sans revenir sur les différentes significations de « domestique », j’ai préféré relever dans l’Encyclopédie Diderot quelques éléments qui éclairent sur le statut plus ancien :

DOMESTIQUES (Jurisp.) […] Mais on n’entend ordinairement par le terme de domestiques, que des serviteurs. Ceux-ci doivent à leur maître la soumission, le respect, & une grande fidélité.
En France où il n’y a point d’esclaves, tous les domestiques sont libres ; ils peuvent quitter leur maître quand ils jugent à-propos, même dans les pays où il est d’usage que les domestiques se loüent pour un certain tems. Si le domestique quitte son maître avant le tems convenu, le maître n’a qu’une action en dommages & intérêts.
Il y a néanmoins quelques exceptions à cette règle générale.
La première est que suivant une ordonnance de la prévôté de l’hôtel, du 14 Septembre 1720, il est défendu à tous valets & domestiques étant en service chez les officiers de la maison du Roi & des maisons royales, & des conseils, & ceux de la cour & suite de Sa Majesté, de quitter leur service sans le congé par écrit de leurs maîtres, à peine de déchéance de ce qui leur sera dû de leurs gages, & d’être suivis & punis comme vagabonds. Il leur est aussi défendu sous les mêmes peines, quand ils sortiront du service, même avec congé, & à ceux qui voudront y entrer, de rester à la suite de la cour & conseils du roi, plus de huit jours sans être entrés en service ou sans emploi. En entrant en service ils doivent déclarer leurs véritables noms & surnoms, le lieu de leur origine, s’ils sont mariés, s’ils sortent de quelque service ; & en ce cas donner copie de leur congé par écrit, lequel doit contenir le tems qu’ils auront servi, à peine de punition corporelle contre ceux qui feront de fausses déclarations, ou qui fourniront de faux congés. En cas de refus de congés, les domestiques qui auront lieu de se plaindre, doivent se pourvoir devant le prévôt de l’hôtel ; sans quoi ils ne peuvent quitter le service, sous les peines ci-dessus prescrites.
La seconde exception établie par plusieurs ordonnances militaires, est pour les valets d’officiers d’armée, lesquels en tems de guerre ne peuvent quitter leur maître pendant la compagne, quand ils l’ont servi pendant l’hyver précédent, à peine d’être punis comme vagabonds.
La troisième exception est que le roi accorde quelquefois, en faveur de certains établissemens, que les domestiques ne pourront quitter leur maître sans un congé par écrit ; ou, en cas de refus de sa part, un congé de l’intendant, qui ne doit le donner qu’en connoissance de cause. Il y a un exemple récent d’un semblable privilège accordé à celui qui a inventé une nouvelle maniere d’élever les moutons.
Les maîtres peuvent & même doivent reprendre leurs domestiques, lorsqu’ils s’écartent de leur devoir ; mais ils ne doivent point maltraiter. Si les domestiques commettent quelque délit considérable, soit envers leur maître ou autres, c’est à la justice à les punir.
Le vol domestique est puni plus sévèrement qu’un simple vol, parce qu’il renferme un abus horrible de confiance, & que les maîtres son obligés de laisser beaucoup de choses entre leurs mains.
Les maîtres sont responsables civilement des délits de leurs domestiques, c’est-à-dire des dommages & intérêts qui en peuvent résulter ; ce qui ne s’entend néanmoins que des délits commis dans les lieux & fonctions où leurs maîtres les ont employés.
Il avoit été défendu par une déclaration de 1685, aux personnes de la R(eligion) P(rétendue) R(éformée) d’avoir des domestiques catholiques ; mais par une autre déclaration du 11 Janvier 1686, il leur fut au contraire défendu d’avoir pour domestiques d’autres que des catholiques.
L’ordonnance du Roi du 8 Avril 1717, porte qu’en conformité de la déclaration du premier Juillet 1713, tous les domestiques compris sous le nom de gens de livrée, seront tenus de porter sur leur juste-au-corps & surtout, un galon de livrée apparent ; & il est enjoint aux maîtres de veiller à ce que ces règlemens soient exécutés par leurs domestiques. Il seroit à souhaiter qu’ils le fussent en effet plus exactement qu’ils ne sont ; ce seroit le moyen de contenir les domestiques dans le respect, & d’éviter aux maîtres beaucoup de superfluités que la plûpart font dans l’habillement de leurs domestiques.
Les serviteurs & domestiques doivent former leur demande pour leurs gages, dans l’année, à compter du jour qu’ils sont sortis de service. Si leur maître est décédé, & qu’il se trouve un registre de recette & dépense, ils peuvent demander trois années de leurs gages, suivant l’ordonnance de 1510 ; mais s’il n’y a point de registre, ils ne peuvent demander qu’une année, pour laquelle ils sont privilégiés sur les meubles.
Les domestiques sont capables de donations entre-vifs & à cause de mort de la part de leur maître, à moins que la libéralité ne fut exorbitante, & qu’il ne parût qu’elle fût un effet de l’obsession & de la séduction ; y ayant quelquefois des domestiques qui acquièrent un certain empire sur l’esprit de leurs maîtres, & sur-tout lorsque ce sont des gens âgés & infirmes qui sont livrés à leurs domestiques.
Les maîtres peuvent aussi recevoir des libéralités de leurs domestiques, pourvû qu’elles ne paroissent point avoir été extorquées en vertu de l’autorité que les maîtres ont sur eux ; & que par les circonstances il n’y ait aucun soupçon de suggestion, & que la disposition paroisse faite uniquement par un motif de reconnoissance.
Le témoignage des domestiques est rejetté dans tous les actes volontaires, tels que les contrats & les testamens, & dans les enquêtes ; il est seulement admis dans les cas où ils sont témoins nécessaires, comme dans un cas d’incendie, naufrage, & en matière criminelle. […]

le_bon_serviteur

Qui veut servir faisant devoir
Servir son maistre bien et beau,
Oreille d’Asne doit avoir
Pieds de serf et grouin de pourceau,
N’espargner sa cher ne sa peau
Travailler tousiours sans se feindre
Porter le feu avec l’eau
S’il est besoing pour l’esteindre
Par bien servir & loyal estre
De serviteur on devient maistre